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dix années. L’émir Faklir-eddin-ben-Djelban et le kadi Scliems-eddin-Akhnâni , schâhid (témoin) du trésor, furent envoyés, avec une somme de trois mille dinars égyptiens, pour racheter les prisonniers. Le sultan regagna son camp; puis, il se rendit au château des Curdes, surveilla les travaux de construction, et régla tout ce qui concernait l’administration de ce canton.
Le onzième jour du mois, Bibars s’empara de la forteresse d’Olaïkah une des places occupées par les Ismaéliens. Il y plaça une garnison; après quoi, il reprit le chemin de Damas, où il fit son entrée le quinzième jour du mois. Il en repartit le a4, et vint camper à Safad. De là, il fit transporter des machines de guerre du côté de Koraïn (108). Bientôt, il se rendit sous les murs de
cette place, dont il forma le siège, et s’en rendit maître le second jour du mois de Dhou’lkadah. Il se mit en marche, et arriva vers le point du jour aux
portes d’Akka, accompagné d’un corps de troupes > JLLo. Voyant que les Francs
ne faisaient aucun mouvement, il regagna son campement de Koraïn.
Le vingt-quatrième jour de Dhou’lkadah, il ordonna la démolition de cette forteresse. Il se rendit ensuite dans le vSisinage d’Akka , et vint camper à Ladjoun Il avait précédemment expédié en Égypte un ordre de mettre en mer des galères pour faire une descente dans l’île de Chypre. Ces bâtiments partirent au mois de Schewal; mais, arrivés dans le voisinage de Chypre, ils se brisèrent tous sur des rochers. Les habitants, instruits de ce désastre, firent prisonniers tous les équipages de ces navires (109). Le roi de Chypre écrivit au sultan une
(108) Au rapport de Nowaïri(fol. 85 r°), Koraïn appartenait aux Hospitaliers arméniens
qui ne possédaient dans le Sahel (la côte maritime) aucun autre poste. C’était une place extrêmement forte, et qui incommodait extrêmement la ville de Safad. Le sultan étant venu mettre le siège devant Koraïn, se disposait à lancer une flèche contre la citadelle, lorsqu’il vit passer un pigeon, qu’il tira et tua. L’oiseau était porteur d’une lettre , écrite par un espion que les Francs entretenaient dans le camp, et elle contenait des détails sur le sultan. Ce prince dit aux députés qui se trouvaient devant lui : « Prenez cet oiseau , et faites lecture de cette lettre aux Francs, car je vois avec plaisir que l’on « vous donne de mes nouvelles. » Le premier jour du mois de Dhou’lkadah , le sultan se rendit maître du faubourg; le lendemain il emporta le bastillon. Bientôt la sape fut attachée aux murs. Le sultan avait promis aux tailleurs de pierre de leur donner mille dirhems, pour chaque pierre qu’ils arracheraient. Les attaques continuaient avec une extrême vigueur. Enfin, les assiégés demandèrent une capitulation. Il fut réglé qu’ils sortiraient delà place, et se retireraient où ils voudraient, sans emporter ni argent ni armes.
(109) Cet événement est raconté avec plus de détails par Makrizi (man. 682, fol. 386 v.), Nowaïri (fol. 45 r°), le prétendu Hasan-ben-Ibrahim et Abou’lmahâsen. Suivant ces historiens, le sultan avait
lettre pleine de menaces, et dans laquelle il lui disait :«Des galères égyptiennes, « au nombre de onze, faisant voile vers l’ile de Chypre, pour l’envahir, ont été « brisées par le vent, et sont tombées en mon pouvoir. » Le sultan, à la lecture de cette dépêche, s’écria : « Louange à Dieu! Depuis que je suis sur le trône, mon «drapeau n’avait essuyé aucun échec. Je craignais donc d’éprouver l’influence « du mauvais regard SjLs). Hé bien! ce revers me met à l’abri d’un autre. » II expédia au Caire un ordre de construire vingt galères, et de faire revenir cinq autres bâtiments qui se trouvaient à Kous. Puis, il adressa au prince de Chypre une lettre pleine de reproches et de menaces terribles.
Sur ces entrefaites, il arriva des ambassadeurs , envoyés par le prince de Sour (Tyr), pour demander la paix. On tomba d’accord que les Francs conserveraient seulement quinze villes du territoire de Sour, que cinq autres, qui étaient les plus considérables, appartiendraient au sultan : que, pour le reste, le revenu serait partagé par moitié. Le traité ainsi conçu fut confirmé par le serment des
donné l’ordre d’équiper dix-sept galères pour allertaire une expédition dans l’île de Chypre. Le principal pilote Ebn-Hassoun conseilla de peindre en noir les navires, afin de leur donner une entière ressemblance avec ceux des Francs, et d’y placer des drapeaux ornés de croix; de manière que les Chrétiens croyant voir une flotte de leurs coréligionnaires fussent pris à l’improviste. Ce conseil fut suivi ; mais la chose fut regardée comme de mauvais augure. Le sultan avait reçu la nouvelle que le roi de Chypre venait d’arriver à Akka avec sa flotte : et il se proposait de mettre à profit l’absence de ce prince. Les galères étant arrivées à la vue de l’île, devant le port de Lemisoun, furent surprises par la nuit. La première galère croyant entrer dans le port, alla donner sur des écueils, où elle se brisa. Les autres bâtiments, arrivant à la file, éprouvèrent le même sort. Un vent violent, qui vint à souffler les repoussait loin du port, et les jetait les uns sur les autres. Onze galères furent brisées; et tout ce qu’elles portaient, d’équipage et d’artisans, tomba entre les mains de l’ennemi, au nombre de plus de dix-huifcents hommes. Le principal pilote Ebn-Hassoun échappa, avec le reste des galères, qui regagnèrent leurs stations navales. Les officiers et les archers étaient demeurés au pouvoir de l’ennemi : les Francs les échangèrent contre des prisonniers de leur religion. On n’avait pu s’entendre relativement aux rets (pilotes) qui étaient au nombre de six, parmi lesquels étaient celui d’Alexandrie et celui de Damiette. Le sultan, voulant les racheter, envoya, pour cet effet à Tyr, l’émir Fakhreddin-Mokri , le hâdjeb (chambellan). Mais les Francs demandaient un prix exorbitant. Ces prisonniers avaient été transférés à Akka, où on les gardait avec un soin extrême, et où ils étaient enfermés dans une prison fortifiée. Le sultan recommanda à l’émir Seïf-eddin, l’un des commandants de Safad, de mettre tout en œuvre pour les enlever. Cet émir séduisit, à force d’argent, les soldats préposés à leur garde, qui leur portèrent des limes et des scies. Les prisonniers s’échappèrent des cachots de la citadelle, à l’aide d’une barque. Des chevaux étaient disposés pour eux. Ils les montèrent, et se rendirent au Caire. Personne, dans la ville d’Akka, ne se doutait de leur évasion. Cet événement causa dans cette place une violente émeute.