IV. MELIK-DAHER-BIBARS
AN 674 (l275).
ISO
le butin dans la plaine d’Antioche, qui s’en trouva remplie, tant en longueur qu’en largeur. Le prince vint en personne pour en faire le partage. Il n’y eut aucun fonctionnaire d’épée ou déplumé qui ne reçut une gratification, et le sultan ne réserva rien pour lui-même. Dès que la distribution fut achevée, il se dirigea vers Damas, où il fit son entrée au milieu du mois de Dhou’lhidjah. La place dekadi des Hanefis de Damas fut donnée à Medjd-eddin-Abou-Mohammed- Abd-errahman , fils du sdheb (vizir) Kemâl-eddin-Omar-ben-Aladim. Il succéda à Schems -eddin-Abd-allah-Mohammed-ben-Atâ-Adhraï, qui était mort à l’âge de soixante-dix-huit ans.
Le hdjid Djemâl-eddin-Abou’lmahâsen-Iousouf-ben-Alimed.... Asadi-Dimaschki, 374 connu sous le nom de Iagmouri mourut cette année à Mahallab, ville
de la province du Caire, âgé de plus de soixante-dix ans. Cette année vit périr également i° Amin-eddin-Abou-Bekr-Mohammed-ben-Ali.... Khazredji-Mahalli, grammairien et homme de lettres; 20 Le hdfid Wadjih-eddin-Abou’lmodaffar-
Mansour-ben-Moslem-ben-Mansour Hamadâni-Iskendrâni (natif d’Alexandrie),
le mâieki, l’historien; il mourut dans la ville d’Alexandrie, à l’âge de soixantesix ans (1 55).
Le huitième jour du mois de Mobarrem, l’émir Seif-eddin-Belban , le dawdddr , an arriva à Tarabolos (Tripoli) avec un nombreux cortège. Il était porteur d’une ^4 lettre du sultan, adressée au souverain de cette ville. Grâce aux efforts du négociateur, le prince s’engagea à payer chaque année vingt mille dinars souri (de Tyr), et à remettre vingt prisonniers musulmans. Le vingt-quatrième jour du même mois, l’émir Bedr-eddin, le khazindar (le trésorier), quitta Damas, pour aller chercher Melik-Saïd; il menait avec lui les fils des émirs. Arrivé au château de la Montagne, il en repartit le dernier jour du mois, accompagné de Melik- Saïd; tous deux étaient montés sur les chevaux de la poste. Ils arrivèrent à Damas, le sixième jour de Safar. Le sultan sortit à la ^encontre de son fils, et entra avec lui dans la citadelle de Damas. Dans le même mois , le sultan Abou-Iousoufben-Abd-alhakk, souverain du Magreb, se mit en campagne pour aller faire la guerre aux Francs. Le prince des chrétiens LcUJl fut tué dans le combat, et en-
ment dans le Journal de la Société de Géographie de la Grande-Bretagne (tom. VIII, pag. i85 et suivantes).
(i55) Cette année, au rapport d’Abou’lmahâsen (fol. 224 v°), la hauteur primitive du Nil fût de cinq coudées, quatre doigts; sa crue s’éleva à dix-sept coudées, trois doigts.
viron dix mille hommes périrent avec lui; tandis que les musulmans perdirent seulement environ trente soldats. On compta dans ce butin , cent-vingt-quatre mille bœufs. Le nombre des prisonniers s’éleva à sept mille. La masse du butin était incalculable, au point qu’une brebis se vendait un dirhem. Il fallut quatorze mille six cents chameaux pour transporter les munitions de guerre gj ^SLM (i56). Cette même année, les agents des Benou-Merin firent ouvrir les tombeaux des khalifes Mouwahhid (Almohades); ils en tirèrent les corps d’Abd-elmoumin-ben-Ali et de son fils lakoub-Mansour, auxquels ils firent couper la tête. On fit également
( 1 56 ) Le mot kora a, eu arabe, plusieurs significations. Il désigne souvent des chevaux. On
lit dans le Sahih de Bokhari (tom. I, man. 242, fol. 117 v°) : gj <j £LJ! Et une glose marginale
offre cette explication : enten(f Par mot kora la totalité
«des chevaux.» Dans le commentaire d’Ebn-Nobatah sur la lettre d’Ebn-Zeïdoun (manuscrit de M. Silvestre de Sacy, fol. 101 r°), on lit : ^y \s>\^ . . . v^XI»
JLw j «Je vis à la porte du palais d’un roi, une réunion de chevaux du Khorasan, et de mulets
«d’Égypte. » Dans le commentaire de Tebrizi sur le Hamasah (page 102) :
« Le terme générique kora qui exprime les chevaux. » Dans la Vie de Mahmoud par Otbi (man. de Ducaurroy, fol. 19 recto), est rendu par «Leurs chevaux. » Dans un proverbe de
Meïdani ( Prov . 3595, de mon manuscrit page 56o) : « Ils font reposer leurs chevaux.»
Dans la Géographie d’Ebn-Haukal, (man. de Leyde,pag. 3i) ^y i~à>U! iy&
*xJî j jtâ) «Une multitude d’animaux, tels que bœufs, moutons, chevaux de toute espèce, «chèvres. » Dans le Traité du gouvernement de Kemâl-eddin (m. ar. 890, fol. 71 r°) : ^y IjAæÎ L» ^ ^ J J La^3 ( « Tout ce qu’ils avaient rassemblé d’hommes, d’armes, de chevaux. » Dans
l’ Histoire d’ Égypte de Mohammed-ben -Moïcassar (man. ar. 802 A, fol. 42 v°) : jUs^J! j ^J! j ^ J » Devant lui étaient les soldats, avec leurs armes , leurs chevaux et leurs
« drapeaux. » Dans l’histoire d’Ebn-Khaldoun (tom. III, fol. 284 v°) : ïjl.5 Jjus.
xjpzs. j j «Il confia à l’eunuque Schâhek l’inspection de son palais, de ses chevaux et de son «harem. » Ailleurs (f. 271 v°) : j ^wLJ îjAd.1 «Ils prirent leurs vêtements, leurs
«armes, leurs chevaux. » Mais, dans le passage de Makrizi, il est clair que le mot ne saurait désigner des chevaux ; car, on ne charge point des chevaux sur des chameaux. 11 doit donc signifier» si je 11e me trompe, des munitions de guerre. On lit dans l’histoire d’Ebn-Khaldoun (t. VI, f. i63 v°):
àx* j&'L» pc «Il enleva tout ce qu’il possédait de bêtes de somme, «de munitions et d’armes. «Dans plusieurs des passages que je viens de citer, peut-être le mot ç\y a-t-il le même sens. On sait que, dans son autre acception primitive, ce terme désigne le talon , le sabot d’un animal. De là vient ce proverbe Letjè Lcî^ Imu «Si on donne à un
« homme l’extrémité du pied d’un animal, il demande toute la jambe. » Sur l’origine de cette expression on peut voir Masoudi [Moroudj , 1. 1, fol. 402 v°) , et le Kitab-alagam (tom. III, fol. 358 r°).