IV. MELIK-DAHER-B1BA RS
décapiter les personnes qui habitaient sur la montagne de Tebenmel; après quoi, leurs corps furent attachés à des gibets dans la ville de Maroc, et on confisqua leurs biens. A cette même époque, fut fondée la nouvelle ville de Fez, qui devint la capitale des Benou-Merin.
Le vingt-troisième jour du mois de Djoumadâ premier, le sultan s’empara de Kosaïr^^aJ, la principale forteresse du territoire d’Antioche, et fit conduire les habitants dans toutes les directions où ils voulurent aller. Bientôt après, ayant reçu la nouvelle que les Tatars s’avancaient en armes vers la ville de Birab, il réunit ses troupes, leur distribua des gratifications, sortit de Damas, et prit la route de Hems. Mais apprenant que les Tatars étaient retournés sur leurs pas, il rentra à Damas. Sur ces entrefaites, les émirs du pays de Roum (PAsie-Mineure) se déclarèrent contre le Berwcinah ( Perwannh c’est-à-dire le chambellan), et plusieurs d’entre eux, pour s’éloigner de lui, quittèrent la ville de Raïserieb. Les émirs Daiâ-eddin-Mahmoud-ben-Kliatir, Sinan-eddin-Mousâ-ben-Torontai et Nidham-eddin , frère de l’Atabek Medjd-eddin , se rendirent avec leurs familles auprès du sultan , dans l’intention d’entrer à son service. Ce prince les fit partir pour le Caire. Bientôt après , Mahmoud-ben-Khatir ayant voulu ourdir avec eux quelques intrigues, ils furent tous arrêtés prisonniers; mais après une captivité de quelque temps, on leur rendit la liberté. Le premier jour du mois de Redjeb, le sultan partit de Damas, et prit la route de l’Égypte. Il fit son entrée au château de la Montagne, le vingt-huitième jour du mois. Il reçut un présent que lui adressait le souverain du Yemen,et qui comprenait un rhinocéros, un éléphant et un âne sauvage rayé Les ambassadeurs de ce prince furent chargés de
pii remettre des objets précieux. Un présent destiné pour le roi Mankou-Timour, fut confié à l’émir Izz-eddin-Aïbek-Fakhri. Les ambassadeurs de l’empereur Lascaris , ceux d’Alfonse et ceux de la ville de Gênes, reçurent leur audience de congé.
Cependant le fils de la sœur du roi de Nubie, nommé Meschker (167), arriva à la cour pour se plaindre des injustices qu’il avait éprouvées de la part de David,
{157) J’ai donné ailleurs {Mémoires sur l’Egypte, t. II, pag. 96 et suiv.) un récit de cette même expédition. J’avais pris surtout pour guide la narration de Makrizi, telle qu’elle se trouve dans sa Description de V Égypte. Cette dernière, comme on peut s’en convaincre, est plus étendue, plus complète. Le nom du prince, neveu du roi de Nubie, est écrit de plusieurs manières. Dans la. Description de V Égypte de Makrizi , on lit Schekendah, ainsi que dans l’histoire du prétendu Hasanben-lbrahim; et dans celle de Nowaïri (fol. 89 r°) : j*. J’ignore quelle est la véritable leçon.
souverain de celte contrée. Le sultan fit partir avec lui l’émir Ak-sonkor-Fârekâni, qui avait sous ses ordres un corps de troupes régulières, des soldats choisis parmi la milice des diverses provinces, des Arabes, des artificiers, des archers, des matelots JU^ , et un arsenal complet sliLOjj. Ce général se mit
en marche le premier jour du mois de Schaban. S’étant avancé au-delà d’Asouan, il vit venir à sa rencontre les noirs, montés sur des chameaux. Il les attaqua , les mit en fuite, et fit un grand nombre de prisonniers. L’émir Izz-eddin-Afrem , détaché par lui , fondit sur la forteresse de Daw ^jJ! , tua ou fit prisonniers beaucoup d’ennemis. Ak-sonkor le suivit de près , portant également partout la dévastation. Il arriva jusqu’à l’île de Mikaïl, située à l’entrée des Djenddil , (cataractes) de la Nubie, tuant ou emmenant tout ce qui se trouvait sur son passage. Kamar-eddaulah , qui portait le titre de général de la cavalerie ( 1 58)
et avait sous son commandement la moitié de la Nubie, fut maintenu par l’émir dans la possession de la contrée soumise à sa juridiction. Ak-sonkor étant venu aux mains avec le roi David, ce prince perdit la plus grande partie de ses soldats, qui furent tués ou faits prisonniers. Il parvint à s’échapper, en remontant le fleuve; mais son frère, nommé Scliekou (ou Schenkou) tomba au pouvoir de l’ennemi. Les troupes poursuivirent durant trois jours le roi fugitif, faisant main-basse sur ceux qu’elles rencontraient, jusqu’à ce que toute la population fit sa soumission. La mère du prince et sa sœur furent au nombre des prisonniers. Mescliker, déclaré roi, reçut la couronne, et fut installé sur le trône, à la place de David. On lui imposa la contribution qu’il devait payer annuellement, et qui consistait en trois éléphants, trois girafes, cinq panthères femelles, cent bons chameaux fauves , cent beaux bœufs bien choisis. On régla que le
revenu du royaume serait partagé en deux portions égales; qu’une moitié appartiendrait au sultan; que l’autre moitié serait consacrée à l’entretien et à la garde du royaume. Que les deux provinces d’Alali ^LJt ( 1 5g} et de la Montagne J./.S-51
(i58) On lit ici : > *=wLo ; mais je crois qu’il faut substituer à cette leçon celle de:
J~s-M "Le seigneur de la montagne. »
(i5g) te nom semble être corrompu, car je ne vois, dans la Nubie, aucun canton qui porte une dénomination semblable. Dans l’Histoire de Hasan-ben-Ibrahim , le mot est écrit sans points diacritiques. J’avais soupçonné qu’il fallait lire j*ds)\ jJj la ville de Kasr. En effet, une place de ce nom était la première forteresse que l’on rencontrât sur le territoire delà Nubie. Toutefois, comme le manuscrit de Nowaïri présente également la leçon il faut croire que cette leçon est préféra-
ble, et qu’elle désigne un canton dont les autres historiens et géographes n’ont pas fait mention; car