‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 15 sur 183 · I. MEL1K-M0EZZ-AIBEK · texte numérisé non relu

I. MEL1K-M0EZZ-AIBEK

an 65i (ia53). I. MEL1K-MOEZZ-AIBEK. 3q

prince de Damas, grâce à la médiation de Nedjm-eddin-Bâderâïi. Il s’était rendu au Caire, accompagné d’Izz-eddin-Ezdemur, et du secrétaire de la chancellerie de Bagdad, Nidam-eddin-Abou-Abd-allah-Mohammed, fds de Maulâ-Halebi, afin de négocier ce traité; et ils ne cessèrent point leurs démarches, jusqu’à ce qu’ils eussent réussi dans leur entreprise. On convint que les Égyptiens posséderaient le pays qui s’étend jusqu’au Jourdain, et que tout ce qui est au delà appartiendrait à Melik-Nâser ; que le partage assigné aux Égyptiens comprendrait Gazah , Jérusalem, Naplouse, et le Sâhei tout entier (la Phénicie); que Moëzz rendrait la liberté à tous les partisans de Nâser qui étaient tombés entre ses mains. Chacun des princes jura l’observation du traité, et ce serment fut confirmé par des actes en bonne forme. Melik-Moëzz, à la tête de son armée, reprit le chemin de l’Égypte, et rentra au château de la Montagne le mardi, septième jour du mois de Safar. Bâderâïi séjourna au Caire. Moëzz mit en liberté Melik-Moaddam-Touranschali, fils du sultan Sâîah-eddin-lousouf, son frère Nosret-eddin, et les autr es princes et émirs qui étaient ses prisonniers. Il les fit venir dans la maison du vizirat, afin qu’ils fussent témoins du serment qu’il allait prêter comme allié de Melik-Nâser. Après quoi, il fit remettre à Melik-Moaddam un présent magnifique. Nidam-eddin , fils de Maulâ, et son associé Izz-eddin-Ezdemur, reçurent chacun une somme de 10,000 pièces d’or.

Cependant les Mamlouks-Bahris , prenant chaque jour plus d’ascendant, montraient en même temps un surcroît d’audace et d’insolence. Ils en vinrent au point de complote]1 la mort de Moëzz. Bientôt après, les Egyptiens s’emparèrent de la forteresse de Schaubak : en sorte que Melik-Moughith 11e conserva plus que la ville de Karak, Balka, et une partie de la province de Gaur. Cette même année,

Moëzz supprima le traitement y^L que touchait l’émir Hosam-eddin , fils d’Abou- Ali. Cet officier, après être resté confiné dans sa maison, obtint de Moëzz la permission de se rendre en Syrie. Melik-Nâser l’accueillit avec honneur, l’attacha à son service, et lui donna le commandement de cent cavaliers.

attestent qu’il avait été secrétaire des deux princes Melik-Sâleh-Ismaïl et Melik-Nàser-Dâoud. Il se livrait à la poésie, et les deux historiens nous donnent des échantillons de son talent. Voici les deux vers que cite Abou’lmahâsen :

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« Ta présence nous a apporté le bonheur, et à nos ennemis la destruction.

« Tu arrives, semblable à une pluie qui vient rafraîchir des contrées sur lesquelles régnait la soif. »

Cependant, les Arabes du Saïd et delà partie septentrionale de l’Égypte (55) se soulevèrent, et commirent de nombreux brigandages, tant par terre que par eau, en sorte que les marchands et les voyageurs n’osaient plus se mettre en route. Le schérif Hisn-eddin-Thaaleb, fils de Xémir-Kébir Nedjm-eddin-Ali, le principal personnage des Arabes de la famille de Thaaleb-Ben-Iakoub, prit les armes , en disant : « C’est à nous que le pays appartient. » Les révoltés empêchèrent les soldats de lever les impôts. Ils disaient, ainsi que leur chef : «Nous sommes «plus dignes que les Mamlouks de commander dans cette contrée; c’est bien «assez pour nous d’avoir servi les fils d’Aioub, qui étaient des révoltés et des « usurpateurs de la souveraineté. » Ils refusaient avec mépris de se soumettre aux Turcs, qui n’étaient, disaient-ils, que des esclaves de révoltés. Ils écrivirent à Nâser, prince de Damas, pour le presser de marcher vers l’Égypte. Les Arabes étaient à cette époque nombreux, riches en argent et en chevaux; ils se réunirent auprès de l’émir Hisn-eddin-Thaaleb, qui habitait le canton de Dehrout-Sarbân Ils vinrent en foule de l’extrémité du Saïd, et des frontières du Bobaïrali et du Fayoum, pour prêter à cet émir serment de fidélité. Leur armée se composait de douze mille cavaliers et d’une infanterie innombrable. Moëzz fit marcher contre eux Fâres-eddin-Aktaï , le djemclar, et l’émir Fâres-eddin-Aktaï

Mostareb , , à la tête de cinq mille cavaliers. Ces généraux s’avançant vers le

canton de Dehrout ï^ao, l’émir Hisn-eddin-Thaaleb marcha à leur rencontre. Les deux partis en vinrent aux mains , et le combat dura depuis le point dujour jusqu a midi. L’émir Hisn-eddin étant tombé de son cheval t^jb (56), ses com-

pagnons se rangèrent autour de lui. Les Turcs les attaquèrent avec courage, et quatre cents Arabes ou Nègres furent tués autour de leur chef. Enfin , on le fit remonter à cheval. Mais, comme il vit que les Arabes s’étaient débandés, il ne

(55) Le texte porte : b ; j’ai cru devoir lire : îj.

(56) Le verbe *.k.i j signifie être renversé, tomber. On lit dans un passage de notre historien

(man. arab. 67 2, pag. 3 16) : jislaj. Les mêmes mots se trouvent répétés dans la Vie du

sultan Kelaoun (man. de Saint -Germain 118 bis, fol. 4 r°). Dans l’histoire d’ Ahmed- Askalân1 (fol. 81 v°), on lit également : sj Dans le même ouvrage (t. II, man. 65^, fol. ^2),

et dans une foule d’autres 'passages, signifie renverser, faire tomber. On lit dans Y Histoire rf Égypte d’Abou’lmahâsen (man. arab. 671, fol. 32 v°) : bu^ ^ ïjlêib « Il le précipita en bas «de son chameau.» Dans l’histoire d’Ebn-Aïas (man. arab. 5g5 A, t. 11, fol. 56) : ÿjj.kùs

« Ils le jetèrent en bas de son cheval. »

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