‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 16 sur 183 · I. MELIK-MOËZZ-AÏBEK · texte numérisé non relu

I. MELIK-MOËZZ-AÏBEK

an 65i (i253).

■vit d’autre parti que la retraite. Les Turcs poursuivirent les fuyards, égorgeant ou faisant prisonniers tous ceux qu’ils pouvaient atteindre, jusqu’au moment où la nuit vint arrêter leurs efforts. Ils enlevèrent un riche butin, et emmenèrent une si grande quantité de femmes, d’enfants, de chevaux, de chameaux, qu’il leur eût été impossible d’en faire le compte. Les vainqueurs retournèrent à leur camp, qui était placé près de Belbeïs. De là, ils marchèrent contre les Arabes des tribus de Senbes et de Lewatah, qui formaient la population des provinces de Garbiali et de Menoufiah, et qui^ s’étaient réunis en armes dans les cantons de Sakha et de Senhour. Ils les défirent, égorgèrent les hommes, et emmenèrent les femmes en captivité. Depuis cette époque, les Arabes d’Égypte se trouvèrent dispersés, et perdirent entièrement leur puissance (5y). Le schérif Hisn-eddin ayant rejoint ce qui lui restait de partisans, députa vers Melik-Moëzz pour demander une amnistie. Le sultan l’accorda sans difficulté, et promit de conférer à l’émir, ainsi qu’à ses compagnons, des bénéfices militaires, de manière qu’ils feraient partie de l’armée, et combattraient contre les ennemis de l’État. Hisneddin, trompé par son orgueil, s’imagina que les Turcs ne pourraient se passer de son secours, dans leurs guerres contre Melik-Nâser. Il se rendit à Belbeïs, à la tête de ses soldats, et sans aucune inquiétude. Au moment où il approchait de la tente du sultan, il descendit de cheval, afin d’entrer dans la salle où était ce prince. Mais aussitôt, il fut arrêté avec tous ceux qui l’accompagnaient, et qui étaient au nombre d’environ deux mille cavaliers, et six cents fantassins. On dressa des potences dans l’espace qui s’étend depuis Belbeïs jusqu’au Caire, et ces malheureux furent tous étranglés. Le schérif Hisn-eddin fut envoyé à Alexandrie pour y être détenu en prison, et confié à l’émir Schems-eddin-Mo- 240 hammed-Ben-Bâkhil , gouverneur de cette place. Moëzz donna ordre d’augmenter la contribution 'ÀxJaS (58) qu’on levait sur les Arabes, d’exiger d’eux un présent

(5?) p A5 J-?- ■ — Hj A.?- ; mot à mot : leur charbon fut éteint.

(58) Le mot désigne : Une contribution , soit celle que l’on impose dans une occasion

extraordinaire et unique, soit celle qui est levée annuellement. On lit dans Y Histoire de la Conquête de Jérusalem (man. arab. 7 14, fol. 247 v°) : I b « La contribution qu’ils avaient fixée. »

Et plus loin (fol. 253 r°) : àjuk'j « Une contribution très-onéreuse.» Dans la Vie du sultan

Kelaoun (man. de Saint-Germain , 118 bis, fol. 112 r°) : Ix.Xl ^.b «Ils fixeront pour eux-

« mêmes une contribution. » Plus bas (fol. i63 v°) : 2L* aJL 4,xJa9 jfjàJ JL, «II

«demanda que l’on fixât une contribution qu’il acquitterait chaque année. » Et enfin (fol. i65 r°) : 8 La ^y ïlcs-*-* « Payer d’avance une année de cette contribution. » Dans

de chevaux (09) plus nombreux qu’auparavant, et de les traiter avec rigueur et dureté. Ces nomades furent réduits à une extrême humiliation; leur nombre

l’histoire de Nowaïri (man. de Leide, fol. 97 v°): JjsÎ Jjl»

«Us s’engagèrent à payer une contribution égale à celle des habitants de Jérusalem. » Dans la Vie de Bibars , du même écrivain (man. d’Asselin, fol. 75 r“) : «Il exigeait des villes des Ismaéliens les «contributions yAkï)! qui consistaient en douze cents pièces d’or, et cent mesures de froment.»

Dans V Histoire des Aïoubites , par Schems-eddin (man. arab. non catalogué, fol. 19)

Isdail! « L’émir les mettait en liberté, et exigeait d’eux une rançon. » Dans

l’ouvrage biographique d’Ebn-Khallikan (man. arab. 780, fol. 347 v°) :

;ir

y j J1 «Il leva les contributions qui avaient été imposées aux Berbers. » Dans l’ouvrage histo-

rique de Makrizi ( Solouh , tom. I, pag. 704) : ï.*~kiJ! kLsA « Il partit pour lever la contribution. » Et dans une Histoire d’Égypte [ de mon manuscrit, fol. 11 r°) : ^JlykàH J-yS^ « Elle payera les «deux contributions.» Le verbe ^ka signifie : Imposer un tribut, une contribution. On lit dans V Histoire des Patriarches d’ Alexandrie (tom. II, man. arab. i4°, pag. 3 1 8) : Xsli' ly$,~i.>! Ixkâ

jLo s «Ils s’imposèrent eux-mêmes à trois mille pièces d’or.» Dans le Kâmel d’Ebn-Athir

(manuscrit, tom. IV, fol. 148 r°) j L)3 v â.3 1 J-2*- “On imPosa sur les habitants

« de la ville une contribution de soixante mille pièces d’or. » Dans la Pie de Bibars, par Nowaïri (man. d’Asselin, fol. 81 v°) : a y L'4 IJ J.s ij^xk'à «On imposa une contribution à sa fille. » Dans la

Vie du sultan Kelaoun ( loc . laud.) : kukâ .& ^xküi. Le même verbe, à la troisième forme } prend aussi la même signification. On lit dans l’histoire de Nowaïri (man. arab. 645, fol. 9 r°) : i-iys4 ykUà klksAî ^ J~jî « Il députa vers le conseil du khalife, et imposa

«une contribution qui lui fut payée. «Plus bas [ib. v°) : L» j I JV^

j\ls2 &5î « Il demanda que l’on imposât sur le canton de Reï et ceux du voisinage une

« contribution de sept cent mille pièces d’or. » De là vient le mot XxkUu, pris dans le sens de tribut , contribution. O11 lit dans la Vie du sultan Mahmoud, écrite par Otbi (man. arab. de Ducaurroy 27,

fol. i83 v°) : Àxklïl! JU J-ck! <! H manqua à payer le montant de la contribution. » Dans la

Vie de Noradin et de Saladin (man. arab. 707 A, fol. 54) : "ÿ Ly c/3

Lo «La contribution qui leur était payée par la ville de Damas se montait à huit cent mille

« pièces d’or. » Dans l 'Histoire des Seldjoucides de Bondari (m. ar. 767 A , f. 97 r° et v°) : k J ^ Uai s àJ! lyL» ï*kliU . . . LJljyÜI J'yAM JA J LAkLJ! «Le trésor du

«sultan levait chaque année, sur la province de Schirwan, une contribution qui s’élevait à « quarante mille pièces d’or. »

(5g) Le mot kaoud l>ÿ désigne : Un présent ou une contribution que payaient les Arabes , et qui consistait en chevaux, chameaux , etc. On lit dans l’ouvrage de Makrizi (. Solouh , tom. I, pag. 674) : J^j « Il amena le présent. » Ailleurs (pag. 691) : ibU I J-* « Il envoya le présent

« suivant l’usage. » Plus bas (pag. 698) jLe. J ! JÜ ! « Il envoya le présent qui se corn-

AN 65 1 (1253). I. MELIK-MOËZZ- AÏBEK. 43

diminua, et ils se trouvèrent dès lors dans la position où ils sont de nos jours. Cette même année, l’émir Seïf-eddin-Aktaï s’allia, par un mariage, avec Melik- Modaffer, souverain de Hamali. Il envoya pour chercher la fdîe de ce prince, Fakhr-eddin-Mohammed, fils du Art^eûBeha-eddin-Ali-ben-Hannâ, à une époque où celui-ci n’avait point encore été promu au vizirat, mais où cette place lui était destinée. La jeune mariée fut amenée à Damas avec la pompe la plus magnifique. Aktaï demanda à Moëzz la permission d’habiter avec son épouse le château de la Montagne. Cette proposition déplut vivement au sultan, qui, depuis cette époque, chercha un prétexte pour faire périr Aktaï. Ce dernier était à charge au prince (6o), qui n’avait plus sur les Bahris ni pouvoir, ni autorité, ni droit de commandement ou de répression. Aucun d’eux ne daignait obéir à ses ordres ; s’il assignait un présent à quelqu’un, il se voyait hors d’état de tenir sa promesse : si au contraire c’était un des Bahris au bénéfice de qui la gratification fût accordée, il se faisait donner plusieurs fois la valeur de ce qu’il devait recevoir. Tous se réunissaient au logis de Fâres-eddin-Aktaï, qui se trouva à la tête de toute l’administration. C’était à lui qu’étaient adressées les lettres écrites par Melik-INâser et autres. Personne n’eût osé ouvrir une lettre , ou traiter de quelque objet, ou terminer une affaire, si ce n’est en présence d’Aklaï, qui en imposait parla multitude de ses adhérents (6i). Cette même année, des pèlerins

« posait de douze chevaux. » Ailleurs (pag. y 35) : Ikw J ‘jü J I jLo «Il envoyait son présent

„ chaque année; (pag. 1096) : ^ L &.X. Ojj Ç 'ÉS • • • 2 «H

«amena le présent ... Il conduisait avec lui cent chevaux de grand prix, sans compter les dro-

« madaires et autres animaux;» (pag. 1102) : ïjs& <us iSy «Il amena un présent, qui

«comprenait un grand nombre de chevaux; » (pag. 1167) : (jUït aA j Sùjb ç És « Il

« amena son tribut où se trouvaient soixante et douze^chevaux;» (tom. II, fol. i3 v°) Djb

^ “H amena un présent considérable composé de chameaux et de chevaux. » Dans

Y Histoire d’Égypte d’Ahmed-Askalâni (man. arab. 656, fol. 9 v°) : ,»LkJi wob àjs

j J-d j ^«3 j *7* J aj LaiJ ! ^J! «On vit arriver le présent de

« Mendjek, vice-roi de Syrie : il était extrêmement considérable, et renfermait des lions, une hyène,

« un cerf, et d’autres animaux. » De là s’est formé le verbe qui signifie : Livrer le présent ou le

tribut désigné par le mot On lit dans l’histoire de Makrizi ( Solouk , tom. I, pag. 2o5) : Sjê

A-kw Ajbo « H livra, chaque année, par forme de présent, cent chevaux. >»

(60) Je lis au lieu de Jjù.

(61) Le mot khodjdasch autrement ^,1 ou khoschdasch J OU ^ yO î j

arrivèrent en grand nombre, par terre et par mer. La station au mont Arafat devait avoir lieu le vendredi (62). Bientôt après le schérif Djamaz-Ben-Hasan

et qui prend au pluriel les formes ou iLil AwjjA, ou L^IaJUa, n’est autre chose que le

terme persan khodjah-tasch Il désigne, dans le langage de l’Égypte, Un Marnlouk

qui avait été avec un autre au service d’un personnage important ; et cette circonstance perpétuait entre ces hommes des liens de confraternité, d’amitié, et de dévouement, réciproques. Je vais citer des exemples des différentes manières dont ce mot est écrit. On lit dans le Manhel-safi d’Abou’lmahâsen (tom. III, man. arab. 749, fol, 211 v°) : ^UsLJ! Âj Âx> ^

^ü>Îas- J pi ûjtf «Il se regardait lui-même comme étranger dans le palais du sultan , attendu «qu’il n’avait pas été camarade de ce prince.» Plus loin (f. 212 r°j : \ÿ ! A» «Cet homme

«est mon parent et mon camarade. » Dans un autre endroit du même ouvrage (tom. IV, man. 760, fol. 8 v°) : IxJb j js> «Lui et son camarade Ilboga-Ameri. » Ailleurs (fol. 171 r°) :

4âAi,ÎA£ï- «Un Marnlouk de ses camarades.» Ailleurs (fol. i45 r°) : ! AS- A*cjj

» Il rejoignit à Alep ses camarades.» Et enfin (fol. 222 r°) : àwIaS- ^1

tilw «Il se réfugia auprès de son camarade l’émir Argoun-schah. » Dans la Vie du sultan Bibars (man. arab. 8o3, fol. i3 r°) : <0 a^âÎAç^S. y ^jLLLJ! JL» «Le sultan engagea

« quelques-uns de ses camarades à rendre témoignage pour lui.» Dans la Vie du sultan Mohammedben-Kelaoun (man. arab. de Saint-Germain 97, fol. 85 r°) : î Aç^â. «Quelques-uns

« des émirs ses camarades. » Et plus bas ( ibid .) : Ij « O camarade.» « Ton

« camarade. » Dans l’ Histoire d'Égypte d’Abou’lmahâsen (man. arab. 66 7, fol. 74 r°) : ! A^A ij jtô

<• Attendu qu’il était leur camarade. » Dans le même ouvrage (man. arab. 663, fol. 7 6) : î

i: jÂkl! «L’émir Afrem était le camarade et l’ami inLime de Modaffer-

« Bibars. » Plus loin (fol. i3i) : p»Aâ& y ^ a^La 4.*i» «Ses camarades s’opposèrent

« à ce qu’il les quittât.» Dans le Kitab-assolouk de Makrizi (tom. I, pag. 607) : j <iô!

C’était son camarade, car ils avaient été l’un et l’autre Mamlouks de Sâleh-

« Ali. » Dans Y Histoire d’Égypte d’Ebn-Aïas (man. arab. 5g5, A, tom. II, fol. 76) : wolj ^

i*L\y.Éd>. «Le gouverneur d’Alep était son camarade.» Dans une histoire du même pays (de mon manuscrit, fol. 55 v°) : U! j jJLi. y « 11 est mon camarade, et moi je suis son Marnlouk. »

Dans l’histoire de Nowaïri (man. de Leide, 26e partie, fol. 208 v°): àA^ÎAw^i. -!r « La chose arriva aux oreilles des émirs ses camarades.» Dans la Vie de Bibars, du même écrivain (man. ar. d’ Asselin , f. 23 v°) : tïyyy v>Jæ- Ai-jà. AaJjJI OjjJ «Un soldat de la

« milice venant à mourir, ses camarades s’emparaient de ce qu’il possédait. » De là vient, au féminin, le mot khoschdaschah <Li> U signifiant : Une camarade , une compagne d’esclavage. Dans l’Histoire d’Égypte d’Abou’lmahàsen (man. arab. 661, fol. i56 v°), on lit :

çg^.L 1 a£.:S L^j bS j aJ ! «W- j « Les émirs Sâléhis défendirent contre eux Schedjer-addorr,

«dont ils prenaient vivement les intérêts, attendu qu’elle avait été leur camarade. » En effet, cette princesse, avant de devenir l’épouse de Melik-Sâleh-Nedjm-eddin-Aïoub , avait été esclave de ce sultan. De là on a formé également le substantif khodjdaschiah I Aa-^S. , signifiant : La position

an 65i (ia53). 1. MELIK-MOËZZ-AÏBEK. 45

s’empara de la ville de la Mecque, où il séjourna jusqu’à la fin du mois de Dhou’lhidjdjah.

Parmi les personnages marquants qui moururent dans le cours de cette année, on distinguait : i° le schérif Abou-Saïd-Hasan-ben-Ali-ben-Katadah-ben-Edris- Hasani, émir de la Mecque. Il eut pour successeurs dans cette dignité son fils Abou-Nemi,etson frère Edris; a° Melik-Sâleh-Ahmed-ben-Dâher-Gazi-ben-Nâser- Iousouf-ben-Aïoub , prince d’Aïntab : il était âgé de cinquante et un ans; 3° Kemâleddin'Abou-Mohammed-Abd-alwahid-ben-Abd-alkerim-Ansâri-Zamelkâni , de la secte de Schaféï (63), natif de Damas, et qui mourut dans cette ville (64);

d’un homme qui a été conjointement avec un autre , au service d’un même maître. On lit dans la Vie de Bibars (man. arab. 8o3, fol. 116 r°) : j ^LkUJîj IA»

« Le sultan avait avec cet homme des liens solides de confraternité et d’amitié. »

(62) Le texte porte ÜL^k^I ; il faut lire : làâ J t ou à VF*'-

Le mot wakfeli ‘isiàj, qui signifie, en général, une station , désigne, lorsqu’il s’agit du pèlerinage

de la Mecque, la station qui a lieu au mont Arafat. On lit dans Y Histoire d’Égypte d’Ahmed-Askalâni (tom. II, man. arab. 657, fol. 112 v°) : Ailleurs (fol. 144 v°) : üsJ !

üjjb La JL {jyï bJ t « La fête eut lieu (à la Mecque) le lundi, et au Caire le

« dimanche. » Plus bas (fol. 255 r°) : Lysr*! 'isé j) I (Voy. Burckhardt, Travels in Arabia, tom. II ,

pag. 46, 48> 76)- Le verbe <, &3j signifie faire la station au mont Arafat. On lit chez l’historien

Askalâni (fol. 25g r°) : 0^«Jt ÜJJ \jjSJ j « Us firent la station le vendredi, et

«jetèrent les cailloux la nuit du samedi.» Le mot ^ en est le nom d’action. On lit (ibid.) :

ïi jxi I Le participe v àal se rencontre dans un passage du Manhel-safi d’Abou’lma-

hâsen (t. IV, man. arab. q5o, fol. 182 r°), où on lit : ïij.30 wàâtj «Il était en train de faire la «station au mont Arafat.» Le mot aas>j, employé pour désigner, en général, la fête du second Baïram , se rencontre dans un ouvrage turc d’Ali-schir. On y lit ( Koulliati-Newaïi (t. II , fol. 767 r°) : <<C’ était la fête des victimes. » Et l’auteur était alors dans la ville de

Meschhed.

(63) Suivant le témoignage de l’historien Hasan-ben-Omar (man. arab. 688, fol. 6 v°) , ce personnage était surnommé , non pas Zamelkâni, mais Ebn-Zamelkâni ^ KLjJ ! I. L’écrivain ajoute

que cet homme, dont il fait un pompeux éloge, était surtout habile dans la rhétorique et l’éloquence ^l~JI j <3; qu’il avait rempli les fonctions de professeur dans la ville de

Balbek , celles de kadi à Sarkhad , et qu’il faisait d’excellents vers.

(64) Hasan-ben-Omar ( /oc . laud.) et Abou’lmahâsen (man. arab. 661, fol. 164 v°) ajoutent à cette

liste le scheïkh Saad-eddin-Abou-Abd-allah-Mohammed-ben-Mouwaïad-ben-Hamwaïh , surnommé Djouwaini ^sr-^i , parce qu’il était natif du canton de Djouwaïn, dans le Khorasan. C était un

homme savant, austère, zélé pour les pratiques de la vie religieuse, et profondément attaché aux

4° Djemâl-eddin-Abou’lkâsem-Abd-errahman-ben-Meki, natif de la ville d’Alexandrie. C’était le petit-fds du Hâfid Abou-Tâher-Selefî, et il était l'oracle de son siècle (65) sous le rapport des traditions (66).

A cette époque, Fâres-eddin-Aktaï, le djemdar, se trouvait au faîte des honneurs. Les Mamlouks-Bahris le reconnaissaient pour leur chef, et se livraient à de

dogmes des sofis. Il voyagea en Syrie, en Égypte, fit le pèlerinage de la Mecque, et établit sa résidence à Damas. Après avoir mené en Syrie la vie d’un fakir, il retourna dans l’Orient, eut des entrevues avec l’empereur mongol, qui conçut de lui une haute opinion, et lui fit présent de sommes considérables. 11 convertit à l’islamisme un grand nombre de Mongols. Retiré dans sa patrie, il y fit construire un monastère ïLiülA, et tout auprès un tombeau w y. Ce fut là qu’il mourut dans les exercices de la vie religieuse.

(65) Le texte porte : ->L~^t Jl& aJI A3j. Dans un passage d’Abou’lmahâsen [Manhel-safi ,

tom. IV, man. y5o, fol. 87 v°) on lit absolument les mêmes mots : I jis- aJI ^aM. Plus bas

(fol. 91 r°) : îoIlJ ^3 Dans l’histoire d’Ebn-Khallikan (man. arab. 730, fol. 265 r°) :

â>L.~.^l ^ Dans l’ouvrage d’Ahmed-Askalâni (tom. II, man. arab. 65j,

fol. 170 r°) : |J- Le mot .iL-J qui signifie en général Y attribution, désigne, lors-

qu’il s’agit de traditions musulmanes : L’action d’indiquer par quelle bouche a passé chaque tradition, en remontant jusqu’à Mahomet. On lit dans le Tarifât : ALjAsdl JjyV, ^ I àL.w)) !

AM Lii.cs.. D’après cela, si je ne me trompe, ces mots j,L aJ!

signifient : « 11 possédait au plus haut point le talent de citer les traditions et d’indiquer leurs « sources, et les témoignages sur lesquels se fondait leur authenticité. » De là s’est formé l’adjectif , signifiant : Celui qui connaît les traditions , et indique leurs sources. On lit dans Y Histoire d’Égypte d’Abou’lmahàsen (man. 661, fol 5 r°) : \j jJ ! ^ « 11 était, sous le rapport des traditions,

«l’oracle de l’Égypte.» Plus loin (fol. i3 v°) : JJ.— ^ «L’oracle de l’Espagne.» Dans le

Manhel-safi du même écrivain (t. IV, fol. 37 v°) : ^.AÜÎ. Ailleurs (fol. 68 r°) :

A*ol I j Lj xJ ! « 11 fut, après son père, l’oracle de l’Égypte.» Dans Y Histoire des hadis de

Sakhawi (man. arab. 690, fol. 4 v°) : aj'jJ!j icJiK « Il fut élevé sous la tutelle de sa mère,

« qui était une femme versée dans la science des traditions. » Le mot jJ~w est souvent employé comme équivalent de On lit chez un écrivain arabe (man. arab. 1407, fol. 14 r°) ; JjJ, ls ; et

la scholie explique le mot JjL en ces termes : aL« ^ «C’est l’action de

«rapporter une tradition à celui de qui elle émane. » Dans Y Histoire d’Égypte d’Ebn-Aïas (man. arab. 689, fol. 32 v°) : AL*. aJ « Il était un oracle en fait de traditions. » Dans le

Manhel-safi d’Abou’lmahâsen (t. IV, fol. Zq v°) : JlLJ! ïjJIj «Il égala son père, pour

» sa vaste connaissance des traditions. » Et plus bas (fol. 180 v°) : aJ t " É fut l’oracle

«de son siècle, en fait de traditions. »

an 65a (1254). I. MELIK-MOËZZ-AÏBEK. 47

graves désordres. Toutes les fois que cet officier montait à cheval pour se rendre de sa maison au château , il avait devant lui une troupe de Mamlouks tout prêts à exécuter ses ordres; et lui, recevait sans répugnance ces marques de respect.

Ses partisans enlevaient, de leurs propres mains, les richesses, les femmes, les enfants des particuliers, sans que personne pût les empêcher. Ils pénétraient 241 dans les bains, et en arrachaient les femmes par violence. Moézz recueillait Targent. Toutefois, ce prince était fatigué de la conduite d’Aktaï. Quelques-uns de ses Mamlouks ayant concerté avec lui l’assassinat de cet officier, le mercredi, troisième jour du mois de Scliaban, à l’heure de midi, Moëzz fit dire à Aktaï de venir le trouver au château de la Montagne, attendu qu’il voulait le consulter sur une affaire. Aktaï partit aussitôt, sans aucune pompe et sans inquiétude. Lorsqu’il eut franchi la porte du château, et qu’il se dirigeait vers la salle des colonnes ï*ls (67), on ferma la porte, et on empêcha ses Mamlouks

d’entrer avec lui. A peine était-il arrivé dans le vestibule , qu’il fut assailli

(66) Cette année, la hauteur primitive du Nil fut de cinq coudées huit doigts ; et la crue s’éleva à dix-sept coudées dix-sept doigts (Abou’lmahâsen, fol. i65 r°).

(67) Le mot kaah tels désigne une salle. Il se trouve continuellement, avec cette signification,

dans la Description de l’ Égypte de Makrizi. Ainsi, dans sa notice sur le Château de la Montagne (man. arab. 798, fol. 178 r°), on lit : olc-ls . . . « 11 bâtit des salles ornées de marbre. «

Ailleurs (man. 797, fol. 377 r°) : 'ij~f Üsl? j^sô\ ^ ^ « Dans l’enceinte du palais

« occidental , était comprise une grande salle. « Plus loin (fol. 388 v°), il parle d’une tente qui contenait quatre salles ol^ls Dans l’histoire de Nowaïri (man. de Leide, 26e partie, fol. 49 v°) :

ois '.3 ^ ii&La «Il entra dans une des salles du palais. » Ailleurs (fol. 68 v°) :

AjlLsél ïs la 3 « il s’asseyait dans la mosquée Atik (la mosquée d’Amrou),

« dans la salle destinée au Khatib (prédicateur). » Et enfin (fol. 169 v°) : A*1 sb àslaj.5&

! &,» 1^.3 « 11 fit bâtir, dans le château de la Montagne , une salle où il venait tenir « des conférences avec les jurisconsultes et les hommes vertueux. » Dans Y Histoire d'Égypte d’Ebn- Aïas (tom. Il, man. 5q5 A, fol. ia5) : « H fit rebâtir la salle du Mekiâs. >.

Ce mot fait au pluriel olsli ou ^L$. On lit dans l’ouvrage de Khalil-Dâheri (man. arab. 695,

fol. 245 v°) : LaX,wO « Les salles destinées exclusivement pour leur habitation. »

Ce terme existe encore aujourd’hui, avec la même signification. Voy. llussel ( History of Aleppo, t. 1, pag. 3i). Dans un passage de la Description de l'Égypte de Makrizi (man. arab. 673 C, t. I, p. 49), est employé pour désigner le lit d’un canal. On y lit : A^la O-Jah « Elle fit paver le lit de ce « courant d’eau. »

par Koutouz, Béhadur et Sandjar-Gatmi , qui avaient été apostés pour le tuer, et qui le frappèrent de leurs épées jusqu’à ce qu’il expirât (68). Cependant le bruit de sa mort se répandit dans le château et dans la ville du Caire. Ses partisans, au nombre d’environ sept cents cavaliers, se présentèrent sous les murs du château. Ils étaient persuadés que leur chef n’avait point été tué, mais seulement arrêté, et qu’ils obtiendraient de Moëzz sa liberté. On distinguait parmi eux Bibars- Bondokdari, Kelaoun- Alfi , Sonkor-asclikar, Baiseri, Tenkez et Beramek. Au moment où ils ne s’y attendaient pas, Moëzz leur fit jeter la tête d’Aktaï qui tomba devant eux. A cette vue, tous ces Mamlouks perdant courage, se dispersèrent (69). Ils profitèrent de la nuit pour sortir du Caire , et mirent le feu à la

(68) Le nom de Fâres-eddin-Aktaï ^Ikil est écrit chez les historiens de plusieurs manières.

Dans le manuscrit de Y Histoire A Égypte d’Abou’lmahâsen (man. 661), on lit presque partout Akliâ Lhsî. Mais, dans le Manhel-safi du même auteur (tom. 1, man. 747, fol. 209 r° et v°), ce mot est écrit Aktaï; et les détails dans lesquels entre le biographe ne permettent pas de douter que ce ne soit là la véritable orthographe : ce qui est d’ailleurs confirmé par le témoignage de Makrizi et d’autres écrivains.

(6g) Le texte porte : J-d ^ kiw. Le verbe doit être lu au passif kiw. On peut voir, sur ce

sujet, les observations de Hariri (Dorret-algavvas (man. arab. de Ducaurroy 45, fol. 3g r°). Cette expression signifie tantôt perdre courage , rester interdit, et tantôt se repentir. Dans Y Histoire de la

Conquête de Jérusalem , par Imad-eddin-Isfahâni (man. 714, fol. 58 r°), on lit : £ Jj ^ kiw , ainsi

que dans un passage de la Vie de Mahmoud par Otbi (man. ar. de Ducaurroy 27, fol. 18 r°), et une glose marginale explique cette locution par « Il se repentit.» Dans le Kitab-assolouk de Makrizi (man. arab. 672, pag. 646) : 8^5 ! Jîj) ^ y kiw «Il resta interdit, et sentit que sa ruine

« approchait. » Dans l’Alcoran ( Surat . VII, v. 148) : kiw U ; et Zamakhschari explique ces

mots par le verbe ç JJ (Kaschschaf, tom. II, fol. 25 v°). Le verbe s’emploie également à la quatrième

forme. On lit dans le Sirat-arresoul (man. arab. 629, fol. 109 r°) : ^yü! kiwi «Ce

«fait excita leur repentir. «Dans l’histoire d’Ebn-Djouzi (man. arab. 640, fol. 20 r°) : kiwi

« Mohammed-Amin tomba dans le découragement. » Dans les poésies d’Omar-ben-Fâred

(man. arab. 1479, f°L ^9 v°), on lit : ^Aj 3 kiwi « La tristesse me jette dans le désespoir. »

" ' ci

Et l’auteur du Commentaire donne cette explication '■yfsd j j »lk=kl j Jj 8Aj kiwi. «Les

« mots £ AJ ^3 -kiwi signifient : Ha bronché, il s’est trompé, il s’est repenti , il est resté interdit . » Meïdâni,

dans son Recueil de proverbes arabes ( Proverb . 2167), s’exprime en ces termes : 8Aj 3 kiw. Ces mots se disent proverbialement d’un homme qui se repent. Suivant Akhfasch, on doit dire :

an 652 (ia54)-

Page 1