ET DE LA SYRIE
Mon intention, comme on peut bien croire, nest pas de donner ici une description complète de la Palestine et de la Syrie. De bons ouvrages ont été publiés sur cette matière. D’ailleurs, il faudrait, pour réaliser ce plan, écrire un volume entier; et je dois me réduire à un petit nombre de pages. Je me bornerai donc à recueillir, sur plusieurs villes et autres lieux des deux provinces, quelques remarques plus ou moins étendues.
SUR LA VILLE DE GAZA ou GAZAH.
Une des villes les plus méridionales de la Palestine était celle de Gaza. Cette place, dont l’existence remonte à la plus haute antiquité, portait, en hébreu, le nom de Azza, c’est-à-dire forte. Elle était une des cinq satrapies des Phi-
(1) Fol. Ii9v°.
(2) Fol. 140 v°.
(3) Fol. 1 42 v°.
(4) Fol. 174 v°.
(5) Fol. 180 v°-
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listins. On sait que, dans la suite, elle opposa aux armes d’Alexandre une résistance désespérée, et que ce fut seulement après un siège de deux mois qu’elle tomba au pouvoir de ce conquérant (1). Après la mort d’Alexandre, celte place, ainsi que celle' de Joppé, fut prise par Antigone (2). Ptolémée, après avoir vaincu Démétrius-Poliorcète, s’empara de la ville de Gaza (3). Mais, bientôt après, ayant reçu la nouvelle de la marche d’Antigone, il évacua la Syrie, et fit démolir les places principales, au nombre desquelles était Gaza (4)- Elle fut assiégée par Jonatlias, frère de Judas-Machabée, et contrainte de signer avec lui un traité de paix et d’alliance (5). Alexandre-Jannée, s’en étant rendu maître, après une longue résistance, la fit entièrement détruire (6). Gabinius releva les ruines de cette place (7). Auguste ajouta aux états que possédait Hérode, Gaza, Joppé et d’autres villes (8). Après la mort d’Hérode, Archélaüs eut sous sa dépendance, entre autres villes, celle de Gaza (9).
Strabon fait mention du port des Gazéens. Puis, il ajoute : « A sept stades « au-dessus de ce lieu est la ville, jadis célèbre, qui fut ruinée par Alexan- « dre, et qui est restée déserte (10). » Suivant Arrien ( 1 1 ), la distance qui sépare Gaza de la mer est d’environ vingt stades. Le port de Gaza , dont Strabon vient de faire mention, était le lieu nommé Maïoïïp.a Maïurna , dont le nom semble appartenir à la langue égyptienne, et offrir les deux mots ua iou (lieu maritime). Sous le règne de l’empereur Constantin, cette ville qui avait montré pour l’idolâtrie le plus vif attachement, se convertit tout à coup, et prit le nom de Constantin. Elle avait un évêque distinct de celui de Gaza (12). Quoique la religion chrétienne eût fait dans ces deux villes de grands progrès, cependant une partie des habitants montrait un attachement opiniâtre pour le culte des idoles. On lit dans X Histoire de Sozomène (i3) que la popula-
(x) Arriani, Expeditio Alexandri , pag. 173 et suiv. , ed. Raphel.; Diodori Siculi, Eibliothecn historien, lib. XVII, cap. 48, t. Vil, p. 3',6, ed. Bipont.; Curtii, De rebus gestis Alexandri Magni, lib. IV, cap. 6, p. 197, ed. Snakenburg.
(2) Diodor. Sicul., I. XIX, c. 5g; t. VIII, p. 329.
(3) Diodor. Sicul. 1. XIX, c. 84, t. VIII, p. 3go.
(4) Lib. XIX, cap. g3, t. VIII, p. 407.
(5) Josephi Antiquitutes judaicœ, 1. XIII, c. 5, t. I, p. 647, ed. Havercamp.
(6) Cap. i3, p. 670.
(7) Antiquit. jud., 1. XIV, c. 5, p. 691.
(8) Lib. XV, c. 7, p. 761.
(9) Lib. XVII, c. 1 1, p. 862.
(10) Geographia , lib. XVI, p. 769.
(11) Loc. laud. p. 174.
(12) Euseb. Vita Constantini , lib. IV, cap. 38. Sozomen. Histor. ecclesiast. , lib. II , cap. 5 , p. 4âo; 1. V, c. 3, p. 597, 598, ed. Vales.; Oriens Christian us, t. III, col. 622 et seqq. Sur les évêques de Gaza, v. ibid. col. 6o3 et seqq.
(13) Lib. VII, c. !*>, p. 725.
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tion de Gaza et de Raphia combattit avec acharnement, pour la conservation de ses temples. Le même écrivain nous apprend (i) que deux frères, Zenon et Ajax, qui s’étaient établis à Maïuma, sous le règne de Théodose, soutinrent de longues luttes contre les payens. Dans la Vie cle saint Hilarion, écrite par saint Jérôme, il est plusieurs fois mention des deux villes de Gaza, de Maïuma, et de la population idolâtre qui s’y trouvait en grand nombre (2). Ce fut à Maïuma que saint Hilarion fut inhumé (3). Moschus (4) parle du monastère de l’abbé Dorothée, qui était situé dans le voisinage de ces deux villes. A Gaza, ou dans les environs, étaient le monastère de l’abbé Cyrus, et celui de l’abbé Siridon (5) L’abbé Irénée habitait également un couvent voisin de Gaza (6). On lit dans les Actes de saint Bacclius le jeune (7), que le père de ce saint, qui vivait sous le règne de Constantin et d’Irène, habitait la ville de Maïuma, située près de Gaza, à deux stations de Jérusalem. Sur les médailles de la ville de Gaza, on peut voir Eckhel (8), Sestini (9), Pellerin (10), Rasche (1 1), et M. Mionnet (12).
L’auteur du Mesalek-alabsar ( 1 3) nous donne, sur ce lieu , les détails suivants : « Gazah est une ville, située entre l’Egypte et Damas. C’est là que fut inhumé « Hâschem-ben-Abd-Menaf, et elle a donné naissance à Schaféï. Ses édifices sont « construits en pierre et en chaux , et très bien bâtis : elle, est placée sur « une colline élevée, à environ un mille de la mer de Syrie. L’air y est parfaite- « ment sain. Le vin que l’on y boit pur facilite la digestion , mais n’a pas une « saveur agréable.
« Les habitants boivent de l’eau de puits. La ville a un réservoir destiné à re- « cevoir la pluie. Les eaux de l’hiver s’y conservent, mais deviennent trop pe- « santés. On recueille, sur le territoire de cette ville, un grand nombre de fruits, « parmi lesquels les raisins et les figues tiennent le premier rang. On y voit un <t maristan (hôpital), bâti par le sultan aujourd’hui régnant. Puisse Dieu récom- « penser ce prince : car c’était là l’édifice qui pouvait être le plus nécessaire pour
(1) Lib. VII, c. 28, p. 75i.
(2) Ap. Fitœ patrum , p. 75, 76, 77, 79, 83.
(3) Ibid., p. 85.
(4) Pratum spirituelle. Ibid. p. 912.
(5 ) foannis eleemosynarii vita , p. 192, 198.
(6) Pratum spirituale , p. 877.
(7) C/iristi martyr uni lecta trias , p. 66.
(8) Doctrina nur/wrum veterurn, t. III, p. 448 et secjq.
(9) Classes generales , seu moneta velus,]). 1 52
(10) Recueilde médailles de peuples et de villes, t. II , p. 237 et suiv.
(11) Lexicon univers ce rei numariœ, t. II, pars prima, col. i328 et seqq.; Supplémenta , tom. II, col. 1 195 et seqq.
(12) Descriptions des médailles antiques, grecques et romaines , t. V, p. 535 et suiv.
(13) Man. arabe 583,fol. 227 r° et v°.
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« les voyageurs. De nombreux medreseh (colleges) et tombeaux , embellissent cette « place. C’est un gouvernement important, qui a une garnison , composée de trou- « pes régulières, d’arabes et de turcomans. Son territoire est resserré entre la « mer et le désert. Il confine, du côté du midi, aux solitudes où errèrent les enfants « d’Israël. Il offre des champs cultivés, et de nombreux bestiaux. On y trouve « réunis des nomades et des habitants qui ont une demeure fixe. La populace tion se compose de diverses tribus, ennemies les unes des autres, et qui, si « elles n’étaient contenues par la crainte que leur inspire le souverain, se livre- « raient à des hostilités continuelles. » Suivant l’auteur de l 'Histoire de Jérusalem(i): « Parmi les villes qui avoisinent Jérusalem, Gazah est une des plus grandes, et Elle a don né naissance à Salomon, fils de David. Elle est une place frontière; car « elle se trouve à peu de distance de la mer. Son territoire est couvert d’arbres « nombreux et de palmiers. Tout autour de la ville régnent de vastes plantations « et des champs ensemencés. Elle produit des fruits de toute espèce. C’est une « des plus belles villes de la Palestine; elle a vu naître jadis quantité d’hommes « savants et vertueux. Elle a été la patrie de l’imam Mohammed-ben-Edris-Scha- « féi. Le lieu où il vint aumonde est encore aujourd’hui connu, et l’ony va enpé- « lerinage. Quand cette ville n’aurait àla célébrité d’autre titre que d’avoir donné le « jour à Salomon et à Schaféï, cela suffirait pour sa gloire. » Au rapport de Khalil-Dâheri (2) :«Gazza iyl (Gazah) est une belle ville, située sur un terrain uni, et qui « produit une grande abondance de fruits. On y trouve des mosquées, des collées ges, et de beaux édifices, dont la vue excite l’admiration. On la surnomme « Dehliz-almulk (le vestibule du royaume). Elle a un territoire étendu et de nom- « breux villages. Elle est la capitale d’une province considérable. » Suivant le témoignage du même historien (3), cette ville avait un relais pour la poste des pigeons, et un autre pour le transport de la neige en Égypte (4)- L’auteur du Diwanalinschâ nous donne sur Gazah un petit nombre de détails, qui sont visiblement extraits du Mesâlek-alabsar (5). Plus loin (6), il s’exprime en ces termes : « Gazah était jadis sous la dépendance du naïb de la Syrie, qui y plaçait des fonc- « tionnaires choisis par lui. Bientôt, ce canton forma un gouvernement séparé, et « fut soumis à un naïb , envoyé de la cour du sultan, et qui exerce son autorité « à la fois sur la côte maritime et sur les montagnes. Quelquefois, lorsque c’est un
(1) Man. arabe 7x3, p. 24 3.
(2) Man. 6g5, fol. 82 r° et v°.
(3) Fol. 238 v°.
(4) Fol. 240 r°.
(5) Man. i573, fol. 87 r°.
(6) Fol. i52 v°, i53 r°.
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« commandant de l’armée , il gouverne exclusivement les côtes de la mer. Le naïb « de Gazah se distingue des commandants de l’armée , en ce qu’il porte une robe « de dessus qui recouvre deux robes de soie unies ^JlWt ; et son diplôme
« d’investiture jJÜu est écr it sur les deux tiers d’une feuille, tandis que celui d’un « commandant d’armée n’a que les dimensions d’une demi-feuille. Il n’y a point « à Gazali d’autre émir-commandant, et la ville ne renferme point de forteresse. « On y compte, parmi les fonctionnaires militaires, i° le hâdjeb-kebir (grand « hâdjeb); c’est un émir de tabl-khdnah , qui souvent réunit à son titre celui de
« osladar-aldiwan-alscherif v ^blxw! (ostadar du conseil auguste).
« L ’ ostadar du conseil , lorsqu’il forme un fonctionnaire séparé, est, la plupart du « temps, un émir de dix, qui reçoit un diplôme écrit sur un tiers de
« feuille. Les mihmandar sont au nombre de deux, et le principal est nommé « par le sultan. Le nakib-alnokaba ( nakib des nakibs), qui répond au nakib-al- « djéisch ( nakib de l’armée), est également choisi par le prince. On voyait jadis, « dans cette ville, un schad-aldawawin (inspecteur des bureaux) et un émir-akhor- „ alberid (chef des écuries de la poste); mais ces places ont cessé d’exister. Le « wâli de la ville et celui de la campagne sont tous deux à la nomination du « naïb. Gazali renferme, i° un kadi scliaféï, qui jadis était choisi par le kadi- « alkodal de Damas, mais qui maintenant est nommé immédiatement par le « prince. Son diplôme est écrit sur un tiers de feuille. . . 20 un kadi hanéfi, « qui est sur le même pied que le précédent; 3° un kadi mâleki, dont le diplôme « a la forme ordinaire. Ce fonctionnaire et le kadi hanéfi, sont de création ré- « cente; 4° un wakil-beït-almâl (agent du trésor), qui reçoit un rescrit dans la « forme ordinaire; 5° un mohtesib, nommé par le naïb. Parmi les employés qui a remplissent les fonctions administratives on compte: i° Le
« kâtib-derdj wôV (secrétaire de la feuille), que l’on désigne quelquefois par
« le titre de kâtib - alinschâ „ Jé". Son rescrit est dans la forme
k ordinaire; 20 le nâder-djeïsch (inspecteur des troupes). On y voyait jadis un « vizir, qui relevait de celui de la Syrie; mais cette place a été supprimée, et ses « fonctions ont été réunies à celles du naïb. »
L’an i3 de l’hégire (i), les arabes musulmans, commandés par Amrou-ben-alas, vinrent mettre le siège devant la ville de Gaza. L’an 672, un tremblement de terre se fit sentir à Gaza, à Ramlah, et dans les villes voisines (2). Suivant le témoi-
(2) Abou’lmahâsen, m. 663, fol. 3o v '.
(1) Elmacini Hiitorict saracemca , p. 19-
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gnage d’Abou’lmahâsen (i), ce fut le sultan Melik-Nâser-Mohammed-ben-Kelaoun, qui éleva Gazah au rang de gouvernement; il y établit un naïb, qui prit le titre de Melik-alomcirâ (roi des émirs). Avant cette époque, Gazah était un simple bourg, qui faisait partie du territoire de Ramlah.
Au rapport de Makrizi (2), l’émir Alem-eddin-Sandjar-Djaouli, fut celui qui, d’après les ordres du sultan , rendit à Gazah le titre et les attributs d’une ville. Il y fit bâtir une magnifique mosquée djami, un beau bain, un medreseh (collège), destiné pour les fakih (jurisconsultes) schaféïs, un château, un meïdan (hippodrome), un khan où l’on était reçu gratuitement, un maristan (hôpital), à l’entretien duquel furent affectés des wakf importants, et qui fut placé sous l’inspection immédiate des gouverneurs de la place. Suivant le même historien (3) et Abou’lmahâsen (4), l’émir lounes, qui périt de mort violente, l’an 791 de l’hégire, avait fait construire un vaste khan (hôtellerie), en dehors de la ville de Gazah. Ce lieu existe encore aujourd’hui, sous le même nom de Khan-Younes (5).
Suivant l’assertion de Makrizi (6) .et d’Abou’lmahâsen (7), l’an 784 de l’hégire, Mouwaffik-eddin-Adjemi , l’un des sofis, du monastère de Scheïkhoun, fut nommé kadi des hanéfis, à Gazah. « Avant cette époque, dit l’historien, on n’a- « vait point vu, dans cette ville, un kadi de la secte d’Abou-Hanifah. » Sous le règne du sultan Melik-Dâher-Barkok (8), l’émir Akboga-Safawi , naïb (gouverneur) de Gazah, méditant une trahison, fut arrêté, envoyé à Karak, et remplacé par l’émir-Hosam-eddin-Ehn-Bâkisch. Bientôt après (9), la même place tomba au pouvoir de l’émir Ilboga-Nâseri , qui s’était révolté contre Barkok. Lorsque Nâseri, s’avançant pour combattre ce prince, fut arrivé à Gazah (10), Hosam-ed din-Bâkisch , gouverneur de la ville, sortit à sa rencontre, et lui offrit des présents et des vivres. Ce fut une des premières places dont Barkok s’empara (11),
(1) Man. 663., f. 106 v°.
(2) Description de V Égypte, t. II, man. 798, f. 344 r°.
(3) Ib., fol. 365.
(4) Histoire d’Égypte, m. 666, f. 35 r°.
(5) Volney, V oyage en Syrie et en Égypte , t. II, p. 219; Robinson, Voyage en Palestine et en Syrie , t. I, p. 25; Histoire de l’expédition française en Égypte, t. III, p. 317, 3 1 8; Scholz, Reise, p. 125, 126. MM. Ii'by et Mangles écrivent #<2neunis ( Travels in Egrpt and Nubia, pag. 175). On