‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 169 sur 183 · SUR LA VILLE D’HEBRON · texte numérisé non relu

SUR LA VILLE D’HEBRON

La ville d’Hebron est une des plus anciennes villes dont l’existence soit constatée par l’histoire. Car, suivant le témoignage de Moïse, elle fut fondée sept ans avant Tanis ; elle portait primitivement le nom de Kiriat-Arba. Hébron est souvent nommé dans les annales du peuple juif. Je n’ai pas besoin de transcrire, sur cette matière, les passages qui ont été recueillis par Quaresmius , Reland, Lequien, et d’autres écrivains plus modernes. Sous le règne de Constantin (5), une foire se tenait, dans le voisinage d’Hebron, sous le térébinthe de Mamré ou Mambré, au lieu où Abraham avait reçu la visite des anges. L’empereur, informé par sa mère que cette fête était accompagnée de pratiques superstitieuses et d’excès condamnables, donna ordre de détruire les idoles élevées dans cet endroit, et d’y construire une église.

Je 11e m’arrêterai point sur ce sujet, attendu que les faits sont bien connus,

(1) Manuscr. 583, fol. 23i v°. (5) Eusebius, Vita Constantini, lib. III, c. 62,

(2) Man. arab. 666, fol. 74 r°. 54; Sozomeni Hisloria ecclesiastica , lib. 11,

(3) Manuscr. arab. 695, fol. 243 r°. pag. 447,448.

(4) Man. 666, f. 1 54 -

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et je me hâte de passer aux détails que les auteurs orientaux nous donnent sur cette ville.

Au rapport de l’auteur du Mesalek-alabsar(o.) , « La ville de Khalil JJldd! A: était « jadis un champ ensemencé par Abraham. C’est une place qui n’a pas de murs,

« et qui est située, par rapport à Jérusalem, à une distance d’environ une demi- « journée de marche ordinaire. Elle est enclavée entre des montagnes, de ma- « nière à n’être ni dans une plaine , ni dans une vallée. On ne saurait dire si « c’est un bourg ou le chef-lieu d’un canton. Sans l’avantage qu’elle a eu d’être « habitée par l’ami de Dieu (Abraham), on ne parlerait pas d’elle. Mais, grâce « aux bénédictions qu’a répandues sur elle le séjour de ce personnage auguste, « elle peut rivaliser avec toutes les contrées du monde. Bektemur , le djoukendar , « avant d’être promu au rang de kâfil-almemalik ( vice-roi ), amena dans cette « ville une source qui en était à quelque distance. J’ai vu cette eau qui coule « dans un aqueduc élevé, auquel on monte par un escalier d’environ vingt de- « grés. Le tombeau de Khalil (Abraham) est entouré d’un mur. Il se trouve « renfermé dans cette enceinte; mais on n’est pas bien sûr où est précisément « le lieu de la sépulture de ce patriarche. Dans l’espace qu’environne le mur , est « un souterrain qui passe pour contenir le corps d’ Abraham , et dans lequel on « tient toujours une lampe allumée. De là vient cette expression usitée

« chez le peuple: «le maître du souterrain et de la lampe. « Suivant l’auteur de X Histoire de Jérusalem (i), Hébron est située vis-à-vis Beït-almakdas

« (Jérusalem), du côté du midi. Son aspect est extrêmement agréable; elle a « une forme arrondie, et environne la mosquée sur ses quatre faces. Les cons- (( tructions de cette ville sont récentes, et bien postérieures à l’édifice bâti par « Salomon, c’est-à-dire à la mosquée. En effet, à l’époque de notre Seigneur Khalil « (Abraham), la caverne se trouvait dans une plaine, et le lieu n’offrait aucun « édifice. Khalil (Abraham) résidait sous une tente , à Mamré , dans le voisinage « de la ville de Khalil , vers le nord. C’est un terrain qui offre encore une source « d’eau et des vignes. Les choses restèrent dans cet état jusqu’après la mort de (( Khalil (Abraham) et de ses enfants. Dans la suite, Salomon fit bâtir le mur « qui environne les tours augustes. Bientôt des constructions s’élevèrent suc- « cessivement , et peu à peu, autour de cette enceinte, il se forma une ville. « Ainsi que je l’ai dit, elle enveloppe la mosquée des quatre côtés. Une partie

(1) Man. 583, fol. 224 v°, 225 r°.

(2) Man. arab. 71 3, fol. it\t\ v°, 245 r° et v°.

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« de la ville est située sur le sommet d’une montagne; c’est celle qui s’étend à '< l’orient delà mosquée, et porte le nom de Baïloun ^ L>. (1) L’autre partie, qui « borne la mosquée à l’occident , est enfoncée dans une vallée. Les lieux placés « sur la hauteur dominent en général les parties basses. Les rues sont en partie « d’un abord facile, et en partie escarpées; les édifices sont, comme ceux de « Jérusalem , construits de quartiers de pierres de taille, avec des toits en voûtes. « Les murs n’offrent point une brique, ni les toits une pièce de bois.

« Les rues les plus remarquables sont les suivantes : Haret-alscheïkh-Ali- « Bcikkâ (la rue du scheïkli Ali-Bakkâ); elle est séparée de la ville , dans la direc- « lion du nord; Haret-alakrad { la rue des Curdes), située sur une hauteur, au « pied de la montagne; Haret-aldj ebaruiah iâjjLsrH ïjLa. (la rue des habitants de « Beit-Djebrin), appelée jadis Haret-alfasatakah ïJL.wS! «jL». (la rue des marie chands de pistaches); Hamt-almeschirajcih ïjL&. ; Haret - alsewakinah

« è-- ^L-M «jU.; Haret-alhadâbinah ïjla. , qui comprend Haret-annasdra

,< c L ,-g. ■ 31 *,La. (la rue des Chrétiens); Haret-alschaâbinah JûjLuUI ts,L>; Haret- « râs-Kaïtoun «jL®., qui est séparée de la ville, du côté de l’ouest ; Haret-

« addâriah b. S 1 «jl®. dont fait partie Haret-alkasarouah ïjjLaJÔ\ isjL®.; Haret-al- « iehoud ! ‘^L. (la rue des Juifs); Haret-alzadjadjin ïjL®. (la rue des

« Verriers). Ces différentes rues, ainsi qu’il a été dit plus haut, entourent la mos- « quée : on en distingue deux principales, savoir : Hâret-aldâriah (la rue des Dâris), « située à l’occident de la mosquée. Elle renferme les marchés de la ville , et « tous les objets utiles; c’est la plus belle de toutes. 20 Haret-alakrad ( la ruç « des Curdes ), placée à l’ouest de la mosquée. La ville offre bien d’autres rues ; « mais je me suis contenté de mentionner les plus connues. Parmi les édifices, -c le plus beau est le zawiah (couvent) du scheikh Omar-Moudjarrad , situé « dans la rue des Curdes. Le medreseh (collège) Kaïmerieli, situé près de « la porte septentrionale de la mosquée, dans le voisinage de la source appelée c <. Aïn-altawdschi ^0 (la source de l’eunuque). Zawiat-almagaiibeh

u wjLslII ïjjij (le couvent des Magrebis), près de la même fontaine. La citadelle est « un château bâti parles Romains, et qui touche la mosquée, du côté de l’occi- « dent. C’est, dit-on, Melik-ÎNaser-Hasan qui en a fait un wakf , et l’a convertie «en medreseh (collège). De notre temps, elle sert de logement à plusieurs « habitants de la ville. C’est dans son intérieur que se trouve le tombeau de

(1) Peut-être ce nom est-il une altération du mot grec 2irr|Aouov.

L {deuxième partie.) 3 i

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« Joseph le Juste. Le zawiah (couvent) du scheïkh Àli-Bakkâ, situé dans la rue «du même nom. Zawiat-alkawasimah (le couvent des Kâsémis),

« situé dans le voisinage, doit son nom au sclieïkli Ahmed-Kâsemi-Djoneïdi, l’un « des descendants d’Abou’lkâsem-Djoneïd , et qui a sa sépulture dans cet édifi- « ce. La mosquée, placée dans le quartier des hasaris Là. (marchands de

« nattes), et des rabbdbis (fabricants de sirops); elle porte le nom de

« mosquée d’Ebn-Othman , et elle est surmontée d’un minaret. C’est un lieu « révéré (i) j&j. Un meschhed (chapelle), situé au voisinage de la

« porte de la mosquée, dans le quartier du souk-algazl (le marché au fil), sur le « bord de la fontaine du Tawdschi (l’eunuque). C’est là que se trouve le tom- « beau du sclieikh lousouf-Nadjdjâr, homme célèbre pour sa vertu. Le medreseh « Fakhrieh, dans le voisinage de la rue Schadbinah. Il est aujourd’hui abandonné. « Il est vraisemblable qu’il doit son nom au propriétaire de l’édifice appelé « Fakhrieh, situé à Jérusalem. Le ribat-mansouri kl; , placé vis-à-vis

« la porte de la citadelle, qui a été construit et consacré à une destination pieuse « par Melik-Mansour-Kelaoun , l’an 679. Le bimaristan (l’hôpital) Man-

et souri, construit par ordre du même prince, l’an 680.

« On voit dans celte ville un grand nombre de zdwiah (couvents),

« savoir : i° le zdwiah du scheïkh Ibrahim-Mezzi. Il est situé entre Hâret-alakrad « (la rue des Curdes), et Hdret-alddriah (la rue des Dâris). Dans la rue des Cur- « des, est le zdwiah du scheïkh Abd-erraliman-Azderoumi ; zdwiat-albistamiah « L~>Lk~Jî Ljtj, placé dans le voisinage de la mosquée de Djaouli, du côté du « nord; zdwiat-alsemakiah situé auprès du zdwiah du sclieikh

« Omar-Moudjarrad ; la mosquée du scheïkh Beha-eddin-Wafaï; zâwiat-Abi-Aka- « kah ; le ribat du Tawâschi (l’eunuque); zdwiat- Scheikhoun ; Ribat-Mekki. Dans « le Hdiret - Ras-Kaïtoun ^ , qui est séparé de la ville, du côté de

« l’occident, on trouve : 1° zdiwiat-alscheïkh-Ridwan (le couvent de Scheïkh « Ridwan); i° zdwial-alscheïkh-Khidr (le couvent du Scheïkh Khidr); 3° zàiwiat- « a/salalikah AiUsbLaJI situé au voisinage de l’étang, et qui se trouve

tt enclavé dans le zâwiah- Adhemiah; Zj° zdwiat-arraï h ; 5° le zdwiah

« du scheïkh Kehenbousch-Adhemi; 6° la mosquée de Masoud; 70 le zdwiah du « scheïkh Mohannned-Baïdah; 8° zâwial-aLmouwakki ïjjî; (le couvent du

« copiste); 90 le zâwiah du scheïkh Ibrahim le hanefi, et autres édifices. La mos-

(1) Voyez la note à la fin de cet article.

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quce de Fcirounah As--1 est située dans Hâret-aldadjdjadjin (la rue des

marchands de volailles). Le zâwiah d’Abou-Kemal est hors de la ville. Le ribat de Djemaïli est dans la rue des Chrétiens. Le zâwiah-alkhadrâ \

L^-=rJt est dans le voisinage du lieu d’ablutions de la mosquée. Le zâwiah d’Anas est dans la rue appelée Hdret-alhaddbinah X.s Lv.-srÙ le

zâwiat-alkâderinh est horsde la ville. L’édifice nom trié Kobbet-al-

zâhed jüfctpl XéJ (la coupole du religieux), est placé entre la rue du scheïkh Ali-Bakkâ et la ville. En dehors de la ville, (1) du côté de l’ouest, sur le sommet d’une montagne, se trouve une mosquée appelée Meschhed-cdarbaïn

(le monument des Quarante), où, dit-on, reposent les corps de quarante martyrs. On y vient en pèlerinage, et c’est un lieu révéré On voit dans la ville plusieurs sources, savoir, 1 0 Aïn-altmvdschi {j^r&

(la source de l’eunuque), placée à la porte septentrionale de la mosquée, dans le voisinage du marché. Elle sort de terre dans le bourg de Madjdal-fasd

J , situé près de la ville de Khaiil. Le produit de ce bourg est destiné à

l’entretien du canal de la source, et de son bassin , placé à la porte de la mosquée. On attribue cette fondation à l’émir Beklemur, le Djoukendar.il a laissé des descendants qui habitent le Caire, et qui ont conservé sur ce lieu un droit de juridiction. Cette source est la plus belle et la plus abondante de toutes 20 Aïn-almesdjid ^ (la source de la Mosquée), qui se trouve près de

la porte où l’on bat le Tabl-khanâh. Elle prend naissance dans un lieu appelé Khallat-aloïoun ^,.*3 ! Li-i., situé dans le voisinage du zâwiah du scheïkh Ali- Bakkâ; 3° Aïn-Sdrah ^ (la fontaine de Sârah), placée en dehors de la ville, au milieu de vignes. Sa source est tout près de son bassin. Aïn-alsamikah qui prend naissance dans la vallée de Sârah. Am-alhammdm (la fontaine des Bains), qui prend sa source dans la vallée de Toffah ^Lidt jplj (la vallée des Pommiers), réunit ses eaux à celles de la fontaine de Samikah , et sert à l’entretien des bains situés dans l’intérieur de la ville. La source appelée Amdiabri ^ fut découverte, il y a environ vingt ans,

près du cimetière inférieur. Elle prend naissance au pied de la montagne, sur le sommet de laquelle se trouve le mesclihed-alarbaïn. Dans le voisinage du zâwiah du scheïkh Ali-Bakkâ, est un puits formé par une source. Et, tout près de là, se trouve un bassin ( sebil ), qui a été construit d’après l’ordre de l’émir Seïf-eddin-

1) Page 246.

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« Selar, naïb-assaltanah de l’Égypte et de la Syrie, par les soins de l’émir Ki- « kaldi-Nedjmi, sous le règne de Melik-Nâser-Mohammed-ben-Kelaoun , l’an 702, « à l’époque où fut bâti le minaret qui s’élève au-dessus du zâwiah du scheïkb « Ali-Bakkâ.

» En dehors de la ville, dans le quartier des tombeaux destinés à la sépulture cc des morts musulmans , on voit, i° le cimetière inférieur, qui est le plus ancien, if et qui est situé à l’occident de la place, du côté de la rue des Dâris , dans le voice sinage du meschhed-alarbaïn ; 20 le cimetière appelé Torbet-arras jJ

« (le tombeau de la Tête), situé à l’orient, vers la rue des Curdes; 3“ un troisième « cimetière, situé dans la r ue du scheïkb Ali-Bakkâ, et qui porte le nom de Makcc barat albaki ^ . .0 J j : ÿ . Quant aux vignobles ^ yCj t , placés en dehors de « la ville, ils l’environnent de toutes parts. Ils produisent des fruits de toute es- <f pèce, mais surtout des raisins. Ces vignes sont disposées comme celles de Jé- « rusalem. Dans la plupart s’élèvent des palais solidement bâtis. Les habitants c< viennent là, chaque année, durant l’été, passer plusieurs mois. »

L’auteur ajoute (1) cc que de Jérusalem à la ville de Khalil , la distance est « d’environ deux berid (postes) , qui équivalent à treize, ou suivant d’autres, à « dix-huit milles. »

Le même écrivain (2) transcrit, au sujet de cette ville, un passage extrait d’un livre sur la prééminence de l’empire de l’ islamisme ji, ,

composé par Ahou-Abd-allah-Mohammed-ben-Amed. . . . Mokaddesi,elconçu en ces termes : « Habra est le bourg d’Abraham. On y voit un château

cc considérable, qui, dit-on, est l’ouvrage des génies, et construit de larges ce pierres, ornées de peintures. Au milieu, est une coupole de pierres, concc struite depuis l’islamisme, qui recouvre le tombeau d’ Abraham, celui d’Icc saac placé sur le devant, et celui de Joseph, dans la partie postérieure. Chacc que prophète a, vis-à-vis de lui, sa femme. Cet édifice a ete converti en moscc quée, et l’on a bâti tout autour des maisons qu’habitent ceux qui veulent y vice vre en retraite. Des constructions l’entourent de tous côtés; et l’eau y arrive cc par un petit canal. Ce bourg, dans une étendue d’une demi journée, en tout cc sens, présente une suite non interrompue de villages, de vergers, de vignes, cc de plants de pommiers. La plus grande partie des fruits est portée en Égypte, cc Dans ce lieu, on exerce constamment l’hospitalité. On y voit des cuisiniers, cc des boulangers, des esclaves, chargés de servir à ceux des pauvres qui se pre-

(1) Pag. a/,8.

(2) Page 27.

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« sentent, des lentilles cuites dans l’huile, et d’en donner à ceux des riches qui « veulent bien le recevoir. Melik-Mouwaïad-Ismaïl , prince d’Alep, racontant dans « sa chronique les événements qui se sont passés durant l’année 5i3 (x), rapporte a que, cette année là, on découvrit le tombeau d’Abraham (Khalil) et de ses fds, « Isaac et Jacob, dans le voisinage de Jérusalem; que beaucoup de personnes » virent les corps de ces patriarches, qui s’étaient conservés sans altération; et « qu’auprès d’eux, dans la caverne, étaient rangées des lampes d’or et d’argent. « L’auteur ne dit point de quelle manière eut lieu cette découverte; ce qui peut « faire douter de cette relation. En effet, à l’époque indiquée, Jérusalem et la ville «. de Khalil (Hébron) étaient au pouvoir des Francs. Les Musulmans n’y exerce çaient aucune autorité; et l’on n’a jamais entendu dire que les Francs, à l’épo- << que de leur domination , permissent aux Musulmans l’entrée de ces places. » L’historien de Jérusalem (2) ajoute: « les Romains avaient ouvert une porte pour « pénétrer dans la caverne où reposaient les patriarches, et y avaient construit « une église; mais elle fut renversée par les Musulmans, à l’époque où ils s’em- " parèrent de la contrée environnante. »

L’auteur décrit, en ces termes, le tombeau d’Abraham (3): « Ce lieu auguste, <c qui est dans l’intérieur du mur de Salomon, a en longueur, dans la partie qui « regarde la Syrie, depuis le milieu du mihrab, placé près du menber, jusqu’au mi- « lieu du meschhed (monument), où se trouve le tombeau de notre seigneur Ja- <c cob, quatre-vingts coudées, de celles qui sont en usage pour les travaux, moins « une petite différence d’une demi-coudée. Sa largeur, d’orient en occident, depuis « le mur où est percée la porte d’entrée, jusqu’au milieu du riwak (portique) occc cidental, où se trouve la tribune grillée par laquelle on arrive au tom-

<( beau de notre seigneur Joseph, est de quatre-vingt cinq coudées, auxquelles il cc faut ajouter une petite fraction d’un tiers ou d’une moitié de coudée. La me- « sure appelée clhira-alamal J.V*M ^3 (coudées des travaux) est celle dont on se « sert de nos jours pour mesurer les bâtiments. L’épaisseur du mur, est

« sur toutes les faces, de trois coudées et demie. Le nombre des assises « est de quinze, dans l’endroit qui a le plus d’élévation savoir près de la porte cc de la citadelle, du côté qui regarde l’occident, vers la kiblah. Dans ce lieu,

(1) Le même fait se trouve rapporté, dans les (2) Page 2 5. mêmes termes, par Abou’lmahâsen (man. 671, (3) Pag- 33.

fol. 264 v°).

’246 APPENDICE

« 1 édifice s’élève au-dessus du sol à une hauteur de vingt-six coudées, et cela « sans compter la construction romaine, placée au-dessus du mur de Salomon. « Parmi les pierres qui forment la partie bâtie par Salomon, il en est une, « placée près du lieu du Tabl-khanah , qui a onze coudées de longueur. Chaque « assise de cette construction a de largeur environ une coudée deux tiers. Le « mur susdit est surmonté de deux minarets, d’une architecture extrêmement « gracieuse. L’un est placé à l’orient, dans le voisinage de la kiblah, l’autre à « l’occident, du côté qui regarde le nord.

« Cet édifice, renfermé dans l’intérieur du mur, et tel qu’il existe de notre « temps, sous la forme d’une mosquée, comprend un bâtiment voûté v s » , ; « qui occupe environ la moitié de l’espace renfermé dans le mur.

« 11 se compose de trois nefs dont celle du milieu a plus d’élévation que « les deux qui lui sont contiguës, à l’occident et à l’orient. Le toit porte sur qua- « tre piliers, solidement bâtis. Au milieu de cet édifice voûté, sous la nef la plus « élevée, se trouve 1 e mihrab, et, tout à côté, le menber , formé de bois, et d’un « travail aussi beau que solide. Il fut fabriqué, sous le règne de Mostanser-bil- « lah-Abou-Temim-Maad, le fatimite, khalife d’Égypte, par les ordres de Bedr- « Djemâli, qui gouvernait l’empire, pour décorer le rneschhed d’Ascalon , ou, « suivant l’opinion des Fatimites, se trouvait déposée la tête de Hosaïn , fils « d’Ali-ben-Abi-Taleb. Le travail fut exécuté dans le cours de l’année 4$4> ainsi « que l’atteste une inscription gravée en caractères cufiques. Il est pr obable que « ce menber fut transporté et placé dans la mosquée de K/ia/il par les soins de « Melik-INâser-Salah-eddin-Iousouf, à l’époque où ce prince fit démanteler Ascalon.

« Il subsiste encore de nos jours. Vis-à-vis est l’estrade ïfi des muezzin (crieurs),

« soutenue par des colonnes de marbre d’une extrême beauté. Les murs de la « mosquée sont revêtus de marbre sur toutes les faces. Cette partie de l’édifice « fut construite par les ordres de Tenkiz, naib (gouverneur) de la Syrie, sous le « règne de Melik-Nâser-Mohammed-ben-Kelaoun , l’an 732. Les tombeaux augus- « les sont placés dans l’intérieur du mur. Sous l’édifice susdit, se trouve le tom- « beau de notre seigneur Isaac, auprès du pilier qui se trouve à côté du menber.

« Vis-à-vis est le tombeau de Rebecca, femme d’Isaac, à côté du pilier oriental.

« Cet édifice a trois portes, qui conduisent sur le parvis de la mosquée. L’une « d’elles, celle du milieu, mène à la sépulture auguste où repose KhâTil (Abraham). «C’est un lieu voûté, dont les quatre murailles sont revêtues de marbre. Dans «sa partie occidentale , on voit la chambre vénérable, dans l’intérieur de

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« laquelle se trouve le tombeau qui passe pour renfermer Abraham-alkhalil.

« Vis-à-vis, du côté de l’orient, est le tombeau de Sarah, femme de ce patriarche. « La seconde porte, qui regarde l’orient , est placée auprès de la porte du mur de « Salomon, derrière le tombeau de Sarah. La troisième porte, qui regarde l’occi- « dent, est derrière le tombeau d’Abraham.Toutà côté, se trouve le mihrab des mate lekis. Cette porte conduit au riwak (portique) , dont elle forme la seule ouverte ture. Le mihrab des malekis fut construit par les soins de l’émir Schehab-eddinet 1 ag m o u ri, ndder- alharameïn (inspecteur des deux lieux sacrés) et naïb-assaltanah te (gouverneur), sous le règne de Melik-Dâher-Barkok. Il fil ouvrir dans le mur de et Salomon la tribune grillée par laquelle on arrive au tombeau de notre

et seigneur Joseph. Il fit également construire les galeries ’üijj t à la place des celte Iules qui existaient dans cet endroit. Il y plaça sept lecteurs de l’Alcoran, et un <e scheïkh chargé de faire expliquer, dans l’espace de trois mois, les ouvrages de te Bokliari et de Moslem. Ces travaux eurent lieu dans le mois de Ramadan de et l’année 796. A l’extrémité de la cour renfermée dans l’enceinte du mur de Sate lomon, du côté du nord, est le tombeau qui porte le nom de notre seigneur te Jacob. Il est placé à l’occident , vis-à-vis celui d’ Abraham. En regard de ce moee nument, du côté de l’est, se trouve la sépulture de Lika (Lia), femme de ce « patriarche. Le parvis ^-sr^ de la mosquée, cette partie qui est entièrement ■< découverte, règne entre le tombeau de Khalil (Abraham) et celui de Jacob. Les te coupoles qui surmontent les tombeaux où reposent, dit-on, Khalil (Abraham), « Sarah sa femme, Jacob et Lika (Lia), son épouse, ont été, comme je l’ai appris , « construites par les soins des Ommiades. Tout le terrain compris dans l’enceinte « du mur, tant la partie abritée d’un toit , que la cour découverte , est pavée de « carreaux qui remontent au temps de Salomon , et qui présentent un coup d’œil « admirable, sous le rapport de la masse comme sous celui du travail.

.t Au voisinage du tombeau de Khalil (Abraham), dans l’enceinte de l'édifice « voûté, au-dessous du sol, est une caverne appelée Serddb (le souter-

« rain), où se trouve une petite porte qui conduit au menber. Un des serviteurs « attaches à une ville voisine descendit, il y a environ une année, dans ce

« souterrain, pour chercher un pauvre, privé de la raison, qui était tombé dans « ce creux. Plusieurs eunuques s’introduisirent dans la même caverne etpénétrè- « rent par cette porte, qui les conduisit au menber placé sous la coupole que sou- * tiennent des colonnes de marbre, dans le voisinage de la maison destinée au « khatib (prédicateur). Suivant ce que m’a rapporté un de ceux qui étaient des-

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« cendus dans ce souterrain, il vit un escalier de pierre, composé de quinze degrés, « placé au bout de ce passage, du côté qui regarde la kiblah , et qui à son extrémité « est fermé par des constructions. 11 est facile de voir que là était une porte qui « s’ouvrail auprès du menber , et par laquelle on pénétrait dans le souterrain. En « dehors du mur de Salomon, dans la partie qui regarde l’orient, est une mos- « quée d’une extrême beauté. Entre cet édifice et le mur de Salomon, s’élève le « dehliz (vestibule) qui est voûté, d’une forme allongée, et qui réunit à la magni- « ficence une majesté imposante. La mosquée et le vestibule ont été construits «par les soins de l’émir Abou-Saïd-Sandjar- Djaouli , inspecteur des deux villes « sacrées , et naïb-assaltcinah. Cette mosquée prit le nom de Djaouliah. C’est un «édifice admirable, taillé dans une montagne. O11 assure que sur cet emplace- « ment était le tombeau de Judas; que Djaouli fît raser ce mausolée, creuser le « terrain , et le couvrit d’un toit et d’une coupole; celle-ci est soutenue par douze « piliers, qui s’élèvent au milieu de l’édifice. Le sol de la mosquée, les murs et « les piliers furent couverts de marbre. Des tribunes grillées en fer furent placées «à l’extremite du bâtiment, du côté de l’ouest. La mosquée, dans sa longueur « qui regarde la Syrie, a quarante-cinq coudées, et sa largeur, d’orient en occire dent, est de vingt-cinq coudées. Les travaux de construction furent commencés «au mois de Rebi-second de l’année 718, et se terminèrent dans le mois du «même nom, l’an 720, sous le règne de Melik-Nâser-Mohammed-ben-Kelaoun. « Sur le mur est une inscription qui porte ces mots: « Sandjar a fait exécuter les « travaux uniquement à ses fiais, sans y consacrer aucune somme prise sur les « revenus des deux villes sacrées. » Au voisinage de la mosquée Djaouli, du côté « de \akfbla/i,esl une cuisine où l’on prépare le haschischah JLi.-ws--1! (repas pour « ceux qui sont en retraite dans la mosquée et pour les voyageurs. Sur la porte « de cette cuisine, chaque jour, après Yasr (l’après-midi), on bat le tabl-khanah « (tambour) au moment de la distribution du repas. Ce festin a quelque chose « d’admirable : les habitants de la ville et ceux qui arrivent y participent égale- « ment. Il consiste dans du pain que l’on fabrique chaque jour, et dont on fait «trois distributions. Le matin et après l’heure de midi, la distribution a lieu « pour les habitants de la ville. Après Yasr , les habitants et les voyageurs sont «admis indifféremment à y prendre part. La quantité de pain qui se fabrique «journellement s’élève à quatorze mille raghif (pains ronds), et va quelquefois «jusqu’à quinze mille. Les fonds assignés pour cet objet présentent une somme

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« incalculable, et personne, riche ou pauvre, n’est exclu de ce repas. Près de la « mosquée, au lieu où se bat le tabl-khanah (le tambour) , se trouvent les bâti- « ments destinés à la préparation du repas, et qui se composent de fours et de « moulins. C’est un vaste emplacement qui renferme trois fours et sept moulins. « Au-dessus sont les greniers, où l’on dépose le froment et l’orge. Ce lieu, tant « en haut qu’en bas, offre un coup d’œil admirable. Le froment qui y entre n’en « sort que sous la forme de pain. Quant à ce qui concerne la préparation du « repas, le nombre d’hommes qui y sont employés, les travaux qui ont lieu pour « moudre , pétrir le froment et le convertir en pain , pour la fabrication des us- « tensiles de bois et autres, tout cela forme un ensemble merveilleux, dont on « ne trouverait l’équivalent chez aucun souverain du monde. »

L’an 6a5 de l’hégire (i), Melik-Kâmel, étant arrivé dans la Palestine, envoya des gouverneurs à Nabolos , Jérusalem et Khalil (Hébron).

Nous avons vu plus haut, et le fait est encore attesté par Nowaïri (2), que le sultan Bibars étant allé visiter la ville de Khalil (Hébron), et ayant appris que les chrétiens et les juifs étaient admis, moyennant une contribution pécuniaire, à voir et à parcourir les monuments que cette ville offrait à leur vénération, leur en interdit formellement l’entrée. Makrizi (3) fait mention de la mosquée construite dans la ville d’Hebron JoJdrH par les soins de l’émir Djaouli. Nous apprenons de l’historien Hasan-ben-Omar (4) que clans l’année 713 de l’hégire (i3i3 de J.-C.), le sultan d’Egypte, Melik-Nâser-Mobammed-ben-Kelaoun , fit amener à Jérusalem l’eau d’une source qui coulait à Hébron JJldrM 1 uju*. L’an 820, le sultan Melik-Mouwaïad-Scheïkh alla faire un pèlerinage à Hébron JJLbM (5) L’auteur de ['Histoire de Jérusalem parle du bourg de Hatman ^1 situé en dehors

de la porte de la ville de Khalil (6). Il atteste que dans l’intervalle qui sépare cette ville de Jérusalem (7), se trouve un bourg appelé Siir^* , qui renferme une mosquee, dans 1 intérieur de laquelle est, dit-on, le tombeau d’Esaü. «Comme le " fait, dit 1 auteur, est répandu partout et passe pour constant, cet édifice est le « but d un grand nombre de pèlerinages.» Ce village de Siir est probablement celui que M. Poujoulat nomme Siphir (8). MM. lrby et Mangles (9) rencontrèrent sur la

(1) Hasan-ben-Ibrahim, fol. 24 r°. (6) Man. 71 3, p. 317.

(2) Vie de Bibars (man. d’Asselin, fol. 71 v°). (7) Ib. pag. 25 et 284.

(3) Description de l’Êgypte , man. 798, f. 344 r0. (8j Correspondance d’Orient, t. V, p. 2i3.

(4) Manuscr. 688, fol. 1 4 3 v°. (9) Travels in Egypt and Nubia, p. 342.

(5) Abou’lmahâsen,man. 666, fol. 1 54 r°.

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