SUR LE FLEUVE ORONTE
Les géographes grecs et latins ont désigné par le nom O route , la rivière sur les bords de laquelle était située la ville d’Antioche; mais cette dénomination paraît avoir été peu connue des Orientaux. Les Arabes s’accordent pour donner à cette rivière le nom de Asi ^oL*Jî. Comme ce mot signifie le rebelle , c’est là ce qui a donné lieu à la singulière allusion que contient la lettre adressée par le sultan Bibars au prince Boëmond. On peut croire que, chez les Syriens, ce fleuve portait un nom analogue, celui de Atzoïo qui a la même signification , et qui lui avait peut-être été donné à cause de sa rapidité. Et ce qui me confirme dans cette opinion, est le témoignage de Sozomène (3), qui atteste que la ville d’Apamée était située sur le fleuve Axius irpoç tû> ’A^'w TtoTap-S. Les Arabes, comme je l’ai dit, désignent cette rivière par le nom de Asi , fleuve de Hamah, et Mcikloub (renversé), à raison de la bizarrerie de son cours. On lit dans X Histoire d’Abou’lmahâsen (4) \ « Le fleuve connu sous le nom
« de Makloub. » Les historiens des croisades , ayant mal compris un passage du Livre des Rois , où il est fait mention de la rivière Farfar ip-S qui coulait près de Damas (5), se sont presque tous accordés à désigner l’Oronte par cette dénomination. C’est ce qu’attestent l’auteur du Gesta Francorum (6), le moine Robert (7), Balderic (8), Albert d’Aix (9), Guibert (ro). Toutefois , Guillaume de Tyr(u) s’est bien aperçu de cette méprise, et a pris soin de la signaler. Quelques-uns de ces écrivains, tels que Albert d’Aix (12), Foucher de Char-
(1) Man. 666, fol. 148 r°.
(2) Vetera Rornanoruin itineraria , p. 196.
(3) Historia eeclesiastica , lib, VII, p. 725.
(4) Man. 671, fol. i44 v°.
(5) Liv. des Rois, II, cap. 5, v. 12.
(6) Ap. Gesta Dei per Francos , p. 23 , 25.
(7) Ibid., p. 71.
(8) Historia hierosolymitana, p. 124, 127.
(9) Ibid. , p. 226, 229, 248, 249, 256, 342, 367, 376.
(10) Historia hierosolymitana, p 498, 5o5, 522, 52.5.
(11) Historia, lib. VII, p. 685.
(12) Historia, p. 225, 226, 253, 256.
APPENDICE
très (1), l’auteur du Gesta Francorum (2), attestent que le fleuve qui baignait Antioche portait , chez les habitants de cette ville, le nom de Ferri. Pour comprendre cette assertion, il faut se rappeler que, de nos jours encore, une rivière considérable, qui vient se jeter dans celle d 'Asi, est désignée par la dénomination d ' Aphrin. C’est ce qu’on peut voir, surtout dans la Relation de Drummond (3). Voyez aussi Abou’lféda (4). Dans l’ouvrage du P. Mariano Morone da Maleo (5), on lit Vaffrino.
On lit dans X Histoire de Djemal-eddin-ben-Wâsel (6), que Melik-Moudjâliid , prince de Hems, résolut de détourner la rivière d’Asi, pour l’empêcher d’arriver à Hamah. « Cette rivière, dit l’écrivain , sort d’une digue placée près du lac de « Kadas. » Puis il ajoute (7) : ^JaJULi ^sLxJt ^JJî ^ -4-U
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« Le prince ayant fermé par une digue le passage d’où sort l’Âsi, cette rivière « cessa, pendant deux jours, de couler vers Hamah. Les moulins et les roues hy- « drauliques ne purent plus être mis en mouvement. Les eaux se répandirent « dans les vallées; mais bientôt, ne trouvant point d’issue, elles se reportèrent en « arrière avec une extrême violence, renversèrent les constructions que le prince « de Hems avait fait élever-, à l’endroit de la digue, et reprirent leur cours habi- « tuel. » On lit dans le Diwan-alinschâ (8) «Le fleuve Oronte,
« c’est-à-dire l’Asi.» Et dans le Kâmel d’Ebn-Athir (9), «que la forteresse de Bur- « ziali -AjJs est située vis-à-vis de la ville d’Afamiah ; ... que, dans l’intervalle
« qui sépare ces deux places, est un lac, formé par les eaux de l’Âsi, ainsi que par « des sources qui prennent naissance dans la montagne de Burziah et ailleurs. » Je ne m’étendrai point ici sur ce qui concerne le cours de cette rivière. Je dirai seulement quelques mots de plusieurs lieux qui se trouvent indiqués par les historiens des croisades. Le premier qui se présente est le Pons ferreus , qui est nommé par l’auteur des Gesta Francorum ( i o), le moine Robert (1 1), Balderic (12). Dans X Histoire de l’abbé Guibert (1 3), on lit : Pons pharphareus ; et Pons ferri, dans
(1) Gesta peregrinantium, p. 390,422. (7) Ibid., p. i3.
(2) Page 564. (8) Ms. i573, fol. 88 v°.
(3) Opus geographicurn, p. i57. (9) Tome VI , pag. 80.
(4) Terra sauta nuovamente illustrata , tom. I, (10) Pag. 8, 16.
p. 402. (xi) Historia Ierosolymitana, p. 45, 49) 65.
(5) Travels, p. 198, 199, 202, 2o3. (12) Historia hierasolymitana , p. 101.
(6) Kâmel , tom. Vit, p. 12. (i3) Historia hierosolymitana , p. 622.
APPENDICE
celle de Guillaume de Tyr (1). Ces derniers mots correspondent au nom arabe, qui est üjisr-alhadid et présentent la même signification. On lit dans
le Kdmel (2) et dans X Histoire de Nowaïri (3) : ^ v^àJb ^ot*JÎ LTLkil « Djisr-alhadid (le pont de fer) est situé sur le fleuve Asi, dans le voisinage d’Antioche. » Ce lieu se trouve nommé dans X Histoire d’Abou’lféda (4), ainsi que dans le Manhel-sâfi d’Abou’lmaliâsen (5). On lit dans le Kitab-arraoudatdin (6) y^. « Djisr-alhadid , qui sé-
« pare la province d’Alep de celle d’Antioche. » On peut voir, sur ce lieu, la Relation de Drummond (y), celle de M. Robinson (8), et de M. Poujoulat (9). Il ne faut pas confondre ce lieu avec une forteresse appelée Hisn-aldjisr y^\
(le château du pont), qui, au rapport de X Historien d’Alep, fut bâtie, pour tenir en bride et resserrer la ville de Schaïzar (10).
Non loin de là, était une ville, dont le nom a été bien connu des historiens des croisades : je veux dire celle de Harem Abou’lféda (11) et l’auteur du Lexique géographique arabe (12) la placent à une journée d’Antioche. On lit dans le Kdmel (i3) : ^ JCiUaJ! wjLiü' ^s> pU» « La forteresse de Hârem
« est située non loin d’Antioclie, du côté de l’orient. » Dans X Histoire d’Abou’lféda, on lit (14) que les soldats du Khawarizm traversèrent Hârem, Roudj, et l’extrémité de la province de Damas, pour se rendre à Gazah. Plus loin (i5), le même écrivain fait mention de la prise de Hârem par Houlagou , et du massacre de ses habitants , par ordre de ce conquérant farouche. Les historiens des croisades ont plus ou moins altéré le nom de cette ville. Guillaume de Tyr (16) écrit H arène ; 1 auteur des Gesta francorum, Aregh ( 1 y); le moine Robert (18) Arech ; Baudry ( 1 9), Areth; l’abbé Guibert (20) Areg ; Albert d’Aix (2 1 ) Harich , et Arech (22) ; et l’auteur
(1) Historia, lib. XVIII, p. 953.
(2) Tom. VI, p. 82.
(3) (26e part.) man. de Leyde, fol. 99 v°.
(4) Annales , tom. IV, p. 90; Âbilfedæ, opus geographicum , p. 157.
(6) Man. ar. 707 A , fol. 32 r°.
(7) Travels, pag. 182.
(8) V oyage en Palestine et en Syrie , t. II, p. 362.
(9) Correspondance cC Orient, tom. Vil, p. 160.
(10) Man. 728, fol. 97 v°, io3 v°.
(11) Tabula Syriœ, p. 117.