DU SULTAN MELIK.-MOËZZ-IZZ-EDDIN-AIBEK
LE DJASCHENKIR-TURKOMÂNI-SÀLÉHl.
Aïbek (2) était Turc d’origine et de naissance. Il passa au service du sultan 227 Melik-Sâleh-ISedjm-eddin-Aïoub, après avoir appartenu à l’un des enfants du Turkoman(3), d’où lui vint, chez les Mamlouks-Bahris , le surnom d’Aïbek-Turkomani.
(t) Manuscrit arabe 672, page 227.
(2) Abou’lmahasen (man. arab. 66 1, fol. 161, verso) fait observer avec raison que le nom Aï-beh , est formé de deux mots turcs, dont le premier signifie la lune , et le second répond au mot arabe émir C’est ainsi que deux des concubines de Saladin portaient le nom de Aï-Khatoun, (Nowaïri, man. de Leide , 26e partie, fol. 107, recto et verso).
(3) Les enfants duTurkoman étaient deshommes qui jouèrent unrôle important sous la dynastie des Àïoubites. Nour-eddin-Omar-ben-Ali-ben-Resoul le Turkoman ^ t
avait été nommé, l’an 616 de l’hégire (1219 de J. C.), pour gouverner le Yémen, en l’absence de Melik-Masoud-Iousouf, roi de cette contrée. Ce prince étant mort à la Mecque, dans le courant
Il monta successivement en grades, prit rang parmi les émirs Sâlehis, et obtint la charge de djaschenkir, (4), qu’il exerça jusqu’à la mort de Melik-Sâleli,
et le massacre de son fils Melik-Moaddam. Sous le gouvernement de Schedjeraddorr, il fut nommé Atabek des armées vjjGLi'l(5). Cette nouvelle étant
de cette année, Nour-eddin établit sa domination sur le Yémen, envoya de nombreux présents à Melik-Kâmel, père de Melik-Masoud , et lui déclara qu’il se considérait comme le délégué du sultan. Sa postérité conserva la souveraineté du Yémen (Makrizi, Solouk , t. I, pag. i52). Il prit le titre de Melik-Mansour. Nous le voyons, en plusieurs circonstances, envoyer des sommés d’argent considérables à Radjih, schérif de la Mecque, afin de le mettre en état de lever des troupes pour faire la guerre au sultan d’Égypte (ibid. pag. 1 58, i5g). L’an 623 (1226 de J. C.) ( ibid . pag. 161), il fit marcher une armée pour occuper la Mecque; mais le général qui commandait ces troupes fut fait prisonnier, et conduit au Caire. L’année suivante, il alla en personne attaquer la Mecque, dont il se rendit maître sans coup férir. Mais cette place fut bientôt reprise avec non moins de facilité (ibid. pag. 1 63). L’an 635 (1237 de J. C.), il fit de nouveau la conquête de la Mecque (ib. pag. 170). L’an 638 (1240 de J. C.), le sultan d’Égypte, voulant enlever cette ville au prince du Yémen, fit partir, pour cette expédition, un corps de troupes sous les ordres d’Ahmed, fils du Turkoman
(J3. ^ (ib' pag’ l87)’
(4) Ce mot est, comme l’on voit, le terme persan tchaschni-ghir, jS qui, en passant, avec-
une légère altération, dans le langage arabe de l’Égypte, a conservé sa signification primitive. En effet, un écrivain arabe ( Inscha , man. arab. 1 57 3, f° 128, r°) l’explique ainsi : « Le djaschenkir est « l’officier préposé pour goûter, avant le sultan , les mets et les boissons que l’on sert sur la table du «prince, dans la crainte que l’on n’y mêle du poison. » Le sultan Bâber, dans ses mémoires historiques (man. pers. de Leroi, 4, fol. 198 r°), atteste expressément que le même officier qui, chez les Turks, portait le titre de bakawul Jjl£j était désigné dans l’Inde par le nom de tchaschni-ghir jS ^L£,Us.. Le mot a pris, chez les Arabes d’Égypte, la forme schaschni Nous lisons
dans un passage de Nowaïri (26e partie, ms. de la bibliothèque royale de Leide, fol. 108 r°) :
iJjb j il* «On lui présenta la liqueur. Il en .prit
«un peu pour la goûter, et remit le vase à un enfant.» Abou’lmahasen (ms. 661, fol. 157 v°) , après avoir dit que Melik-Sàleh- Aïoub avait choisi Aibek pour son djaschenkir, ajoute : iSLjj t U îifcî «Pour cette raison, lorsque le prince lui conféra le titre
« d’émir, il lui donna, pour armoiries, la figure d’une petite table.» Car, si je ne me trompe, lemotksJ»:s. répond à celui de ou qui , en persan , désigne une petite table. Ce terme existe encore
aujourd’hui: car, au rapport de M. Rich [Narrative of a résidence in Koordistan , t. I, p. 126), khuantchee indique «une table oblongue, sur laquelle on pose les plats.»
(5) Le mot Atabek , composé des deux expressions turques ata , Ij ! ,père, et bek, ,
seigneur, désignait, dans l’origine, le tuteur d’un prince , le régent du royaume. Il devint ensuite un titre cpie l’on conférait à des émirs d’un rang distingué. Mirkhond (IVe partie, fol. 87 r0^ parlant du célèbre Nizam-almulk, s’exprime en ces termes : « Le sultan lui donna les titres d 'Atabek, l j î ,
«et d ' Ata-khodjah, ia-ljîLljt : car ces surnoms, et d’autres semblables, étaient, à cette époque, «affectés à des émirs. » On sait que plusieurs de ces personnages éminents ayant usurpé la puissance suprême, conservèrent, au faîte des grandeurs, le titre qu’ils avaient porté dans l’origine, et dont
an 648 (iü5o). I. MELIK-MOÊZZ-A ÎBEK.
arrivée à Bagdad, le khalife Mostasem-billali expédia en Égypte une lettre dans laquelle il désapprouvait la conduite des émirs et leur disait : « S’il n’existe pas « un homme parmi vous , faites-le-moi savoir, et je vous enverrai un homme. » Sur ces entrefaites, on apprit que Melik-Nâser (6) s’était emparé de Damas. Aussitôt, les émirs Bahris ayant tenu conseil, convinrent unanimement d’élever à la dignité de sultan l’émir Izz-ecldin-Àïbek, général des armées, et lui donnèrent le titre de Melik-Moëzz. Il jouissait parmi eux d’une haute réputation, comme réunissant au zèle pour la religion et à la générosité une prudence consommée. Les émirs le firent monter à cheval, le samedi, dernier jour du mois de Rebi-second. Chacun d’eux alternativement portait devant lui le Gdschiah, iuiUJ! (7). Le cor-
la forme plus modeste semblait déguiser l’ambition de ces hommes que leur épée et leur bonheur avaient élevés au thrône. On connaît plusieurs dynasties dont les princes n’ont pris d’autre titre que celui d 'Atabek. Au rapport d’Abou’lmahasen (man. arab. 66i, fol. 16 v°) Melik-Gazi, fds de Zenghi, fut le premier d’entre les Atabeks qui fit flotter un drapeau au-dessus de sa tête. Ses prédécesseurs n’avaient pas osé adopter cet attribut de souveraineté, dans la crainte de déplaire aux princes Seldjoucides. Ce mot passa en Egypte avec la dynastie des Aïoubites, et devint un titre qui désignait le premier officier du royaume. Nous lisons dans un ouvrage de Makrizi (Kitab-assolouk , t. 1, man. arab. 672, pag. i3g), que Melik-Afdal-Ali , fils de Saladin, après avoir été prince de Damas, passa en Égypte, et remplit les fonctions d’Atabek auprès de Mansour, fils d’Àziz. Khâlil-Daheri (man. arab. 69 5, fol. 23o v°) s’exprime en ces termes : « L’Atabek des armées est le même que le
« grand émir, et porte encore le titre de bekler-beki ^So » Abou’lmahasen ( Manhel-safi , t. III,
man. arab. 749, fol. 140 r°) fait mention delà dignité d ’Atabek des armées Le même
écrivain, dans son histoire de V Égypte (man. arab. 663, fol. 182, v°), nous donne les détails suivants : « L’Atabek des armées, l’émir Scheïkhoun-Omari fut le premier Atabek qui porta le titre «d 'émir-kébir, yy&\ j.y ^ ! (grand émir). Depuis ce temps, la charge d’Atabek aAjIjYÎ devint et « est encore une dignité IsLbj, qui se confère par le don d’une khilah (robe d’honneur). Jusqu’alors, « l’usage voulait que celui d’entre les émirs qui était le plus ancien prît le titre d ’émir-kébir, sans « porter un costume distinctif Ü*lâ., et l’on voyait à la fois plusieurs de ces officiers porter le surnom « d ’émir-kébir. Mais lorsque l’émir Scheïkhoun, ayant été nommé Atabek des armées j.fL»**} ! LSi Ij t « eut adopté le titre d ’émir-kébir, l’ancien usage tomba en désuétude ; et cette charge devint une des «principales que pouvaient ambitionner les émirs. « Pierre Martyr ( Legatio babylonica , fol. 85 v°) s’exprime en ces termes : « Émir-chébir, is est magistratus primas post soldanum. » Dans l’histoire arménienne des Orpélians ( Mémoires sur l’ Arménie , t. II', p. 164), le mot Atabek est écrit wpiu^uit{, et la charge d’Atabek est désignée par ^p ^puj^n^pitAu.
(6) Melik-Nâser-Sâlah-eddin-Iousouf, fils de Melik-Aziz, et arrière-petit-fils de Saladin, avait hérité de son père la principauté d’Alep et ses dépendances. Convoitant la conquête de toute la Syrie, qui, dans ses rêves ambitieux, devait le conduire à la possession de l’empire de l’Égypte, il commença par réunir à ses États la forteresse de Hems; et, dans le cours de l’année 648 (de J. C. i25o), il s’était rendu maître de la ville de Damas.
(7) Le mot gdschiah iLi,Lè, pour être bien compris, exige de moi des détails étendus. Il signifie
HISTOIRE DES SULTANS M AM LO UK S
lége se rendit au château de la montagne , et les émirs se placèrent à table avec le nouveau souverain. On ordonna par une proclamation de décorer les villes du Caire et de Fostat; ce qui fut exécuté.
quelquefois un cercle, une réunion, ceux rjui entourent habituellement un homme. On lit dans une tradition rapportée par Bokhari ( Sahih , t. I, man. arab. 242, fol. i63 v°) : dois JsO U dj>! iLiAs 3, « Lorsqu’il entra chez lui, il le trouva au milieu d’une réunion de sa famille. »
Dans le Kitab-alagdni (t. I, fol. 90 v°), on lit, en parlant du khalife 'Hescham-ben-Abd-almelik: y»! j Sa «11 était sorti, accompagné de ses parents, de ses
« serviteurs, de ses familiers et de ses courtisans. » Plus bas (fol. 91 v°) : ja\
« Il ordonna d’emmener ses parents, sa famille, ses domestiques, et ceux qui «composaient sa société habituelle. » Dans les Prolégomènes historiques d’Ebn-Khaldoun (fol. 80 recto) , il est fait mention de grandes mosquées qui peuvent contenir une foule nombreuse ,
L±A*J ! ï Lw» .
Dans un autre sens, le mot désigne une couverture plus ou moins riche que l’on mettait
par-dessus la selle du cheval. Dans une histoire d’Égypte, il est fait mention (man. arab. 689, fol. 22 r°) de chevaux qui portaient des couvertures d’or wsàô Plus bas (fol. 2S v°), il est parlé de
couvertures de soie jaunej.â^d comment:ateur turc du Gulistdn de Sadi explique
le mot par ce rlu’- recouvre la selle. C’était toujours un esclave qui portait ce
meuble. De là vienV que Sadi emploie cette expression ( Rosarium , pag. 1 52) :
« Si je ne suis pas homme à monter sur des chevaux, je courrai devant vous , portant le gdschiah » (c’est-à-dire, «je serai votre esclave.») De là s’est formée l’expression 3>j ^ On lit dans
le Djihan-huschaï (man. persan de Ducaurroy, 36, fol. 20 v°) : ^Q^y jt Ç~~“J j
4 jl À-Jkl * «Si Rustem eût vécu de son temps, il n’aurait fait autre chose
«que porter son gdschiah ». (c’est-à-dire le servir'). Dans le Tarihhi- fVassaf (fol. 16 1 recto): jJJwCjjljcü jD 3jb y «Pour ce qui concerne le
« service personnel des princes , ils ne choisissent d’autre fonction que celle de porter le « gdschiah . » Dans l 'Akbar-nâmeh d’Abou’lfazl (man. persan de l’Arsenal 19, fol. 260 v° ) : jî “Les grands de la nation portaient auprès de lui le gd-
« sc h iah . » De là viennent les expressions ^ ù-dJs porter le gdschiah, î a ^ ^ P
ou « avoir le gdschiah sur l’épaule (c’est-à-dire servir), et à3oLt celui qui porte le gd-
schiah (c’est-à-dire Y esclave). On lit dans un vers cité par Devletschah ( Tezkiret-asclichoara , man. pers. 25o, fol. 162 r°) :
y >XjS ji. {)
« Ce ciel du soleil de la générosité, ce Baïsengar, qui est tel, que naturellement le soleil et Saturne « ont pris pour lui le gdschiah sur leur épaule (c’est-à-dire sont ses esclaves). » Dans le Matla-assaadeïn (man. pers. de l’Arsenal 24, fol. 98 r°) on lit: ,Îj!,5 j} ^ jJibi.
«Il porte à son oreille l’anneau de l’esclavage, et sur son épaule le gdschiah de la domesticité.» Dans un autre passage (fol. 255 v°) : y\j y !
an G4-S (i25o). L MELIK-MOËZZ-AÏBEK. J
Le dimanche suivant, on reçut la nouvelle que Melik-Moughith s’était emparé de Karak et de Schaubak; et que la forteresse de Soubaïbali LwJ 1 (8) était tombée
^.'o « Mirza-Abou’lkasem-Bâber, ce prince si grand
«que les rois les plus fiers etles monarques distributeurs de couronnes portaient avec empressement su i «leurs épaules 1 egdschiah de l’affection pour lui» (c’est-à-dire, se faisaient gloire d être ses seivitems,
ses vassaux). Dans 1 e Habib-assiiar de Khondémir (t. II, fol. 225 v°) : SijJy $y
«Ils s’empressent de rechercher le titre de ses courtisans. » (Tom. III, fol. 208 verso ; •
ïAlOt y aJLA». . Plus bas (fol. 242 v ) :
^ 1 *XO çp ïOl — j\ ^ b — ^
jJ&ilSo! çiii \j jbjJLÂ-l 0 Ces braves qui, sous le rapport de
«la force et de la-puissance, se croyaient supérieurs à Rustem-Destàn; qui, pour ce qui concerne le courage « et l’audace, supposaient qu’Esfandiar, au corps d’airain, aurait porté devant eux 1 egnschiah. » Ailleurs
(f. 246 v°) : y 20 IjsLw L*.» <u£,L& «Il se dévoua au service du prince.» Ailleurs
(fol. 259 v°) : ^yx> b.» Et enfin (fol 2 C>6 vH) : S JJi3 ! (y J' y
Dans le Tarikhi-W assaf\ f. 60 v°) y? ‘'■Ol.U « L’esclave du monde.» Dans le Tankhi-guzideh
(m. de Bruix, 9, f. 208 v°) : y> y l * y ^ ~c’ ^ 1 \ ^y ^ ^ ^ î
« Il se livra un combat tel, que si Rustem eût été vivant, il aurait reconnu la supériorité d’une pareille
«bravoure.» Dans X Anvari-So/iaïli (éd. de Calcutta, fol. 5 v°) : CS ÿ Jû y
Plus bas (fol. 35 v°) : o4xJÎ yj^J3 y3 -ko kJ^Lû. Dans l’histoire de Mirkhond
(Ve partie, fol. 62 v°): yjl y j! x-Alc J.»î « Les habitants de Helleh se sou-
« mirent enfin à lui.» Dans une histoire des Mongols de l’Inde (man. pers. 74, t. Il, fol. 3o v°) :
y,j$ y iJIasLLÎ <cJ2,L&. Et plus bas (fol. 58 v°): y jl CUtl-el tÉ
y.ASy «Un monarque si puissant, que l’empereur des Grecs recherchait avec ardeur le
« titre de son vassal. »
Le mot (LAli se trouve souvent employé chez les écrivains arabes. Plusieurs auteurs nous en donnent l’explication en ces termes (Makrizi, Description de l’Êgypte, man. arab. 798, fol. iy5v°; Mesalek-alabscir , man. arab. 583, fol. 169 v°; Inscha, man. arab. 1 5 7 3, fol. 121 v°) : « Le mot « gdschiah L-Û.L- désigne une couverture de selle, qui était formée de cuir et tellement brodée en « or, qu’elle semblait une pièce d’orfèvrerie. Elle était portée devant le sultan, par un des écuyers qui «s’avançait à pied, au milieu du cortège. Dans les marches pompeuses, c’était un des grands
« yx> qui le tenait; à l’extrémité de cet ornement, à droite et à gauche, était attaché
«le Djeftnh ïb&sr^l. » C’était, comme l’on voit, un des insignes de la souveraineté; et, dans les occasions les plus solennelles, lorsque le monarque devait paraître avec tout l’appareil du pouvoir, et de manière à commander un respect universel, c’était un des principaux personnages de l’État qui portait devant lui ce signe de l’autorité. Lorsque le sultan Bibars-Bondokdari associa au thrône son fils Melik-Saïd; il le fit monter à cheval, environné de toute la pompe de la royauté. Lui-même,
au pouvoir de Melik-Saïd. Bientôt après, tes émirs s étant réunis, se dirent entre eux : « Nous ne pouvons nous dispenser d’adjoindre à Melik-Moëzz un membre
marchant à pied, auprès de l’étrier du jeune prince, portait le Gâschiah. Ensuite, les émirs le prirent successivement. Ils firent ainsi leur entrée au Caire, à pied, en portant le Gâschiah (Nowaïri, Vie de Bibars , man. d’Asselin, fol. 24 v°). Melik-Kâmel, ayant désigné pour son successeur son fils Melik-Sâleh, lui fit traverser le Caire, avec tout l’appareil de la royauté. Les émirs portaient alternativement le Gâschiah.
Ebn-Athir [Kâmel, t. VII, p. 187), décrivant l’inauguration de Melik-Moëzz-Aïbek , remarque expressément que les émirs portaient, à tour de rôle, le Gâschiah devant lui. Le sultan Ahmed, quittant l’Égypte, pour se retirer à Karak, choisit dans le trésor lesobjets les plus précieux, et entre autres, le Gâschiah d’or (Abou’lmahasen , Histoire d’ Égypte, man. arab. 663, fol. 140 v°). Mais bientôt après, Ismaïl , frère d Ahmed, étant monté sur le trône, écrivit au prince déchu dedui renvoyer le Gâschiah et autres insignes de la souveraineté {ibid. fol. 14 1 v°). Melik-Sâleh-Sâfth^ ayant reçu le titre de sultan, l’an 762 de l’hégire (i35i de J. C.), on porta devant lui le Gâschiah. Les émirs et les personnages les plus distingués marchaient devant lui : l’émir Taz et l’émir Mankli-Boga tenaient le mors de son cheval (ib. fol. 173 v°J. A l’époque où Toman-Bey fut élu sultan d’Égypte, on chercha inutilement dans l’arsenal les Gâschiah d’or JJ t I et les autres insignes de la royauté
(man. arab. 689, fol. 702 v°).
Ce n’était pas seulement le sultan d’Égypte qui avait le droit de faire porter devant lui le Gâschiah. Tous les princes de Syrie et autres qui appartenaient à la famille de Saladin , et qui étaient censés exercer une souveraineté absolue dans leurs petits États, se montraient en public avec cette marque d’une autorité indépendante. Lorsque Melik-Sâleh-Aïoub prit possession de Damas, Melik-Djewad portait le Gâschiah devant lui (Makrizi, Solouk , t. I, p. 173). Melik-Aschraf se rendant à Alep, apporta avec lui le diplôme qui conférait la souveraineté de cette ville à Melik-
Aziz. Mohammed, fils de Daher-Gazi-Aziz, qui était alors âgé de dix ans, sortit à la rencontre du prince,, qui le revêtit des robes d’honneur , envoyées par Melik-Kâmel , et porta le Gâschiah devant lui. Après avoir séjourné quelques jours à Alep, il prit le chemin de Harran ( ibid ., p. 137). Melik-Mansour, prince de Hamah, étant arrivé à la cour du sultan Kelaoun, ce prince le combla d’honneurs et de bienfaits, lui assigna pour logement l’édifice appelé Kabsch ; par son ordre, on le fit marcher en pompe, accompagné du Gâschiah et des drapeaux, emblèmes de la souveraineté ( Mesalek-alabsar , man. arab. 642, fol. 121 v°). Melik-Modaffar ayant été nommé prince de Hamah, à la place de son père, on lui apporta, entre autres marques de sa dignité, le diplôme d’investiture
jJüü, la robe d’honneur * l’épée, le Gâschiah, etc. (Ebn-Athir, Kâmel, t. VII, p. 385, 386).
Melik-Afdal-Mohammed, fils de l’historien Aboulféda, succédant à son père, comme prince de Hamah, on porta le Gâschiah devant lui (Hasan-ben-Omar, man. arab. 688, fol. 194 v°. Continuateur d’Elmacin, man. arab. 619, fol. 217 v°). L’an 6a5 de l’hégire (1227 de J. C.), Melik-Kâmel envoya le Scheikh-aschschoïoukh Ebn-Hamouieh pour porter des robes d’honneur à son neveu Melik-Nâscr- Daoud, souverain de Damas. L’ambassadeur porta le Gâschiah devant le prince; après quoi, ce devoir fut rempli par Aziz etSâleli, oncles paternels de Daoud (Makrizi, Solouk, 1. 1, p. i44)> Melik-Moudjahid, souverain du Yémen, ayant reçu une Khilah de la part du sultan Mohammed-ben-Kelaoun, on porta le Gâschiah devant lui (Continuateur d’EImacin, man. arab. 619, fol. 2o3 v°). Mais le même prince, faisant le pèlerinage de la Mecque, les émirs égyptiens s’opposèrent à ce qu’il parût accompagné de
an 648 (i25o). I. MELIK-MOEZZ-AIBEK. 7
«de la famille royale, afin que son autorité soit universellement reconnue, et que «les princes de sa maison se soumettent à lui sans répugnance. » D’un consen-
cet insigne de la royauté (Abou’lmahasen , man. arab. 663, fol. i38 v°). On conçoit sans peine que ces officiers, jaloux de maintenir les prérogatives de leur maître, ne voulaient pas souffrir qu’un autre que lui se montrât avec les marques de la souveraineté dans une ville soumise à la puissance du sultan d’Égypte. Quelquefois des personnages d’un rang élevé, dévorés d’ambition, et profitant de la faiblesse de leur maître, osaient s’arroger un privilège qui devait appartenir exclusivement au souverain. Nous lisons dans l’histoire des Seldjoucides, écrite par Bondari (man. arab. 767 A, fol. g3 v°), qu’un vizir parut solennellement en public, faisant porter devant lui le Gâschiah et des épées nues.
Ce n’était pas seulement sous le règne des sultans d’Égypte que le Gâschiah fut un des insignes de la puissance suprême; cet usage existait bien antérieurement. On lit dans l’ouvrage d’Ebn-Athir ( Kâmel , t. V, p. 14), que l’an 52g de l’hégire (ii34 de J. G.), le sultan Seldjoucide Masoud, ayant fait sortir en public le khalife , escorté de toute la pompe royale , porta lui-même le Gâschiah devant ce prince. Melik-schah, ayant vaincu et fait prisonnier le khan de Samarkand, voulut , pour honorer son captif, marcher à pied , près de son étrier, et porter sur son épaule le Gâschiah. , emblème de la souveraineté (Bondari, man. arab. 767 A, fol. 40 r°). Il paraît que cet ornement n’était ni pesant, ni d’un gros volume, car nous voyons dans une circonstance, un personnage mettre le Gâschiah sous son aisselle (Fakhr-eddin-Razi , man. arab. 895, fol. i3i r°). C’est, je crois, d’après cette signification du mot Li,L& qu’il faut expliquer un passage d’Imad-eddin-Isfahani ( Conquête de Jérusalem, man. arab. 714, fol. 5, v°), où 011 lit, en parlant des chrétiens, Li.lt si je ne me trompe,
l’auteur a voulu dire que les croisés ambitionnaient le droit de porter le Gâschiah de la mort, c’est-àdire, de se soumettre à son empire, qu’ils brûlaient de mourir pour la défense de leur religion. Le verbe wJaâ. serait pris ici dans le sens qu’il a dans un passage du même historien, où on lit (fol. 47 v°) : LjjJ ! wüaà. « 11 ambitionna ce rang. »
Je ne parlerai point ici des autres insignes de la souveraineté, attendu qu’il en sera fait mention dans le cours de cette histoire. Mais il est une expression qui s’est trouvée employée dans cette note, et sur laquelle je dois donner quelques détails. Je veux parler du mot Lia. anneau, pendant d’oreille,
qui se prend comme emblème de la servitude; d’où viennent les locutions : Lia. ou
esclave, Lia. service, esclavage, et j Lia. ou se soumettre à quel-
qu’un, se rendre son esclave.
On lit dans le Tarikhi- Jp'assaf (manuscr. de la Bibliothèque du Roi, fol. i3 verso) : Lia. JL « La planète de Saturne est comme un Indien, esclave. » Plus loin
(f. 60 v°) : Lia. « Le soleil est son esclave. » Dans la continuation de l’histoire de Raschid-
eddin (man. pers. 68 A, fol. 479 v°) : pb (Jéj? jS jlls ^ AL <ula.^tj3 y ^ «Je porte, comme
«à l’ordinaire, à mon oreille, l’anneau du service du Kaân » (c’est-à-dire « Je suis son esclave. ») Dans le Hahib-assiiar de Khondémir (t. III, fol. 260 r°) : SJ-.LS' ûLU!j ^C^fla. L-La.
« Ayant mis à son oreille l’anneau de la servitude et de l’obéissance. » Dans X Anvari-Sohaïli (éd. de
Calcutta, fol. 5 v°) : Lia. «Ayant mis l’anneau 'de son service à
«1 oreille de son âme (c est-à-dire :« se soumettant à lui de tout son cœur »). Dans le Mcitla-assaadeïn
tement unanime, ils portèrent au trône, comme collègue de Melik-Moëzz, Melik- A.scliraf-Moudaffer-eddin-Mousa, fds de Melik-Mser-Iousouf, qui était âgé d’en-
(fol. 3o8 v°) : lü-La.. Dans l’histoire des poètes persans de Dev-
letschah (man. pers. a5o, fol. 120 r°) : « Les rois se sou-
«mirentà lui.» Dans [’ Akbar-nâmeh(m. de l’Arsenal 19, f. 2o3 r°) :j.aLii
iiLv. >»UL» Jssl «A la vue de ces merveilles, les
« hommes qui s’occupent des objets extérieurs , comme ceux qui pensent aux choses solides, commente cèrent àse soumettre. » Plus bas (fol. 239 v°) : wOlj! àïLs. »ÎJ5^T a
ixJuS «Les rebelles des parties les plus reculées de l’Hindoustan se soumirent volonté tairement. » Ailleurs (fol. 248 r°) : AlGI vJUO LsiLs., (f. 280 v°) : v OL ,jù
AaO ^.Lkd b5!j LiLs. « Il l’admettra parmi les serviteurs de la sublime cour. » Ibid. :
Jj.iuCj Et enfin (fol. 290 v°) : ààLs. j! j-Xj
hMj ïL^-i jlljC « Mon père fut un des serviteurs de la cour. »
Dans le Bostân de Sadi (édit, de Calcutta, p. 89 et i32) : ^ LiLs.^1 « O toi ,
«l’esclave de la sagesse du monde. » Dans le Gulistan du même auteur ( Rosarium politicum , ed. Gentio, p. 60), on lit ces vers :
■ïjji ^j\ \j L.3j\ &Ji!La.
a&Ls. J jt, <u LC d> t àiaJ ^ \ s.L J
« Un esclave , si tu ne le traites pas bien, s’échappera. Agis avec tant de bonté et de douceur, qu’un
« étranger vienne volontairement se rendre ton esclave. » Ailleurs (pag. n8,ed. Semel.) : xaLs.
pjl-iL-j I «Je suis leur serviteur.» Enfin, dans le Secander-nâmeh de Nizami (éd. de Calcutta
p. 198) , on lit : JL ^iLs. ^alj > ce clue commentateur explique en ces termes :
Lw $ A.O - Lé. w îS^j ^ d*? d ^ Çj Lo ^ J ^ ^ ^ j ^
C’est-à-dire : « Comme je soumets la pierre par le moyen du fer. » Ces locutions , où le pendant d’oreille est employé comme symbole de l’esclavage, rappellent la loi qui existait chez les Israélites (Exod. cap. XXI, v. 6), et, en vertu de laquelle, lorsqu’un esclave voulait rester perpétuellement au service de son maître, celui-ci le conduisait devant le tabernacle, et lui perçait l’oreille. C’est ainsi que Juvénal (Sat. I, v. 104) dit, en parlant d’un affranchi:
Natus ad Euphratem ; molles quod in aure feneslræ Arguerint, licet ipse neget.
On peut consulter, sur ce sujet, la note de M. Rosenmüller ( Scholia in Exodum , pag. 358 — 36o).
(8) Le manuscrit qui est sous mes yeux offre ces mots t <ula ; et la même leçon se trouve
aussi dans d’autres passages (tom. I, p. 2o3, it. 225). Mais je n’ai pas hésité à lire Soubaïbah
L-LvcJI. En effet, dans une Vie du sultan Ribars (man. arab. 8o3, fol. 14 r°), on trouve ces mots :