III. MELIK-MODAFFER-KOUTOUZ
an 657 (1259).
l’organisation de l’armée, le soin d’enrôler des soldats, et tous les détails de l’administration. Lui-même s’occupa avec ardeur de compléter ses troupes et de se préparer à la guerre.
Cependant, on reçut la nouvelle qu’un corps auxiliaire, envoyé par Houlagou à Melik-Nâser, marchait vers Damas. Koutouz, qui redoutait Nâser, lui écrivit une lettre pleine de soumission, dans laquelle il protestait avec serment qu’il n’avait nul dessein de lui résister et de lui disputer le trône ; qu’il se considérait comme gouverneur de l’Egypte en son nom; puis il ajoutait : «Dès que tu arriveras dans « ce pays , je te placerai sur le trône ; si tu veux accepter mes services , je viendrai « à la tête de mon armée te secourir contre ceux qui s’avancent aujourd’hui vers « toi. Si ma présence te cause quelque inquiétude, je t’enverrai mes troupes sous « la conduite du général que tu choisiras. » Cette lettre calma tout à fait les craintes de Melik-Nâser.
Cependant, Houlagou partit en personne de Bagdad, et entra dans la province de Diar-Bekr, se dirigeant vers Alep. Après avoir campé près d’Amid, il vint assiéger Harran , qui était soumise à Nâser-Iousouf, la battit avec des machines de guerre, et s’en rendit maître. Une partie de son armée traversa l’Euphrate, et ravagea les contrées voisines. Les habitants d’Alep, déterminés à fuir, évacuèrent la place précipitamment. Le gouverneur de cette ville, Melik-Moaddam- Touranschah, fds de Melik-Nâser-Iousouf (Saladin), se mit en état de défense, et rassembla la population des provinces voisines. Les Tatars, s’étant approchés d’Alep, taillèrent en pièces une bonne partie de la garnison qui était sortie pour les combattre. Après quoi, ils s’éloignèrent en hâte. Nâser tout troublé, songea d’abord à résister à Houlagou, et vint camper à Berzah (128). Il écrivit à Melik-Moughith, prince de Karak, et à Melik-Modaffer-Koutouz pour leur demander du secours. Mais, dans cet intervalle, la faiblesse et la lâcheté prirent le dessus dans l’esprit de ce prince : d’un autre côté, ses émirs et ses soldats redoutaient vivement les forces de Houlagou : enfin , l’émir
(12 3) Ce lieu, qui n’est aujourd’hui qu’un village, est situé au nord de Damas. C’est ce qu’atteste l’historien Schehâb-eddin, ou plutôt le kadi Djemâl-eddin-Ebn-Wâsel (manuscrit non catalogué, fol. 391 r°, Kdmel, tom. VII, pag. 290), et son témoignage est confirmé par celui d’une Histoire de Damas , (man. arab. 823, fol, 5i v°); Abou’lmahâsen (man. 667, fol. 2 r°), se contente de dire que Berzah est situé aux environs de Damas. Mais ailleurs (m. 661, f. 177 v°), il place ce lieu au nord de la ville. Pockocke fait mention de Berzeh [Description of the East, tom. II, pag. i5o), aussi bien que l’auteur d’un voyage d’Alep à Damas [A journeyfrom Alcppo to D amas eus , pag. 53).
Seïf-eddin-Hâfidi , agissant auprès de Nâser, lui exagérait la puissance du monarque mongol, lui conseillait de ne pas tenter le sort des combats, mais de désarmer son ennemi en se soumettant à lui volontairement. L’émir Rokneddin-Bibars-Bondokdari s’emporta contre cet émir, jusqu’à le frapper et l’accabler de reproches. « Vous serez, lui dit-il , la cause de la ruine des Musulmans. » Après quoi, il le quitta, et se retira dans sa tente. Cependant Zein-eddin-Hâfidi se rendit auprès de Melik-Nâser, et se plaignit vivement de la manière dont l’avait traité l’émir Bibars. Dès que la nuit fut arrivée, une partie des Mamlouks 257 entra brusquement dans l’endroit où logeait Nâser, avec l’intention de massacrer le prince, et de placer un autre sur le trône. Nâser était alors dans un jardin. Il prit la fuite , accompagné de son frère Melik-Dâlier, et se retira dans la citadelle de Damas. Les émirs Kaïmerfs, l’émir Djemâl-eddin-ben-Iagmour, et les principaux personnages de l’Etat s’étant rendus à la citadelle, conseillèrent à Nâser de retourner à son camp. Ce que le prince exécuta. Au moment où il sortait, Bibars monta à cheval et prit la route de Gazah. L’émir Nour-eddin-Bedlan , commandant des Scliehrzouris, se trouvait alors dans cette ville. Il sortit à la rencontre de Bibars et le reçut chez lui. En même temps, il dépêcha Ala-eddin-Taïbars-Wéziri vers Melik-Modaffer-Koutouz, afin de recevoir le serment de ce prince.
Sur ces entrefaites , Nâser ayant appris que Houlagou était maître de la forteresse de Harran ainsi que des provinces voisines, et qu’il se disposait à conquérir Alep , tomba dans le découragement, et fit partir pour l’Egypte son épouse , son fils et ses trésors. Les femmes des émirs et la plus grande partie des habitants prirent la même route. Toute l’armée se débanda; et Nâser n’eut plus autour de lui qu’un corps d’émirs.
Houlagou, étant venu mettre le siège devant Birah, s’empara de cette forteresse; il y trouva Melik-Saïd, fils d’Aziz, qui y était détenu en prison depuis neuf ans, et lui donna le gouvernement de Soubaïbab et de Banias. Delà, Houlagou vint camper sous les murs d’Alep. Les habitants de Damas et des villes voisines, se bâtèrent de prendre la fuite, après avoir vendu leurs biens au plus bas prix. On était alors au cœur de l’hiver; et une grande partie de ces fugitifs périt sur les chemins. Melik-Moughith fit partir ceux des Mamlouks-Bahris qui étaient restés auprès de lui, après les avoir fait enchaîner et placer sur des chameaux. Ils étaient au nombre d’environ cinquante, parmi lesquels on distinguait l’émir Sonkor-asclikar. Quatre Bahris se rendirent en Égypte, savoir : Kelaoun- Alfi , Beklasch-Fakhri, Emir-silah, Bektasch-Nedjmi , et Hâdj-Taïbars-W éziri.