III. MELIK-MODAFFER-KOUTOUZ
an 658 (1260).
Dès cju'on reçut à Damas la nouvelle de la prise de la citadelle d’Alep, toute la ville fut dans la consternation. Melik-Nâser avait imposé des contributions sur les
Parmi les différents oiseaux de proie que l’on employait à la chasse, il en est un qui tenait le premier rang dans la fauconnerie des princes orientaux. Je veux parler du sonkor ou schonkar. Les historiens et les voyageurs varient un peu sur la manière dont ils écrivent ce nom. Les Arabes, tels que Kazwini ( Acljaib-almakhloukat , man. arab. 898, fol. 265 r» et v° ; traduction persane, man. d’Anquetil 74, fol. 268 v°), Khalil-Dâheri (man. arab. 695, fol. 253 v°) ; Nowairi '{Vie de Bibars , fol. 24 r°); Makrizi {Kitab-assolouk , tom. I, pag. 982; tom. II, fol. 149 v°); Ebn-Ferat (man. arabe de Vienne, t. VI, p. 22), Abou’lmahâsen (man. arab. 663, fol. 104 r°), etc., écrivent cons- >, . . .0.
tamment sonkor jSÙ-, , et au pluriel sanâkir Raschid-eddin écrit, tantôt schonkour j^sùz,
(man. persan 68 A, fol. 116 v° 261), tantôt, à la manière des Tartares, schongour ( ibid ., fol. 202, 248), tantôt schonkar j\sVL {ibicl., fol. 453 A v°, 479 r°)- Cette dernière orthographe est celle qu’ont suivie Mirkhond (Ve partie, man. d’Otter, fol. 54 r°); Abd-errazzak (man. de l’Arsenal 24, fol. 100 v°, 265 r°, 271 r°) qui, cependant, écrit quelquefois schongdr j làlk. {ib., f. 44 r°, 92 v°, i3o v°, i3i r° et v°). Dans le Zctfer-nâmeh , on lit, tantôt schonkâr (de mon manuscrit,
fol. 326 r°), ou schounkâr j Uù {ibid., r° et v9) , tantôt schoungdrj Lsü yL {ibicl., fol. 363 r°); Pallas {Voyages dans plusieurs provinces de l’ernpire de Russie , tom. III, pag. 16, Samlungen hislorischer nachrichten , etc.; tom. 1, pag. 147), écrit schonkar. Dans le vocabulaire Ouigour {ap. Langlès, alphabet Mantchou , 3e édit., pag. 23, et dans Y Histoire des Tatars (pag. 100, 2o5), on lit scliongar, que Strahlenberg prononce tzungar {Der nord und ostliche Theil von Europa and Asia , p. 353).
La forme sonkor ÿù~, se trouve aussi chez les écrivains persans. On lit dans le Tarikhi-Wassâj (manuscrit, fol. 3o6), que des ambassadeurs de Toktaï, souverain du Kaptchak, avaient apporté vingt et un sonkor s ÿù.^. Ailleurs, ce mot est écrit sonkour On lit dans l’histoire de Raschid-
eddin (fol. 3xi v°) : j jjiL» j j) IjIjjsIj «Un présent composé d’éperviers, de
«sonkours, de faucons et autres objets.» L’auteur du Tarikhi-Wassâf rapporte que le prince du Kaptchak envoya à Gazan-Khan des sonkours au vol rapide jUai! (fol. 3o4 v°).
Ailleurs, cet écrivain, dans son style emphatique (fol. 288 v°), désigne la nuit par le mot karâ-
sonkourjjSk", \j's (sonkour noir) , et le jour par le mot âk-sonkour ! (le sonkour blanc). Enfin, Raschid-eddin écrit songour (fol. i65 v°).
Avant d’examiner quels sont les noms du schongar en mantchou et en chinois, il est nécessaire de donner quelques détails sur cet oiseau. Il est certain qu’il a toujours été mis au premier rang de ceux que les princes de l’Orient employaient à la chasse. «Si l’on en croit l’opinion commune, dit «Khalil-Dâheri (man. arab. 6g5, fol. 253 v°, 254 r°), l’aigle est le roi des oiseaux; mais, dans la « réalité, ce titre appartient au sonkor, qui est vraiment Y émir des oiseaux; en effet, si, lorsqu’il est « rassasié, il aperçoit une pièce de gibier, il ne manque pas de fondre dessus, contre l’ordinaire des « autres oiseaux de proie/;. « Le sonkor, dit Kazwini (man. arab. 898, fol. 265 r° et v°; man. persan «d’Anquetil 74, fol. 263 v°), est un oiseau de proie de la taille du faucon; mais il a les pieds plus « charnus, et la jambe de la grosseur de celle d’un enfant. On le trouve dans le Turkestan, et il ne «vit que dans les contrées les plus froides. Lorsqu’on le lâche sur des oiseaux, il commence par «s’élever au-dessus d’eux; ensuite il plane tout autour en décrivant un cercle, de manière qu’il re-
habitants, et fait des levées pour aller combattre les Tatars. Son armée se montait à près de cent mille hommes, qui se composaient d’Arabes et de Persans. Mais, au
« vient au point d’où il est parti. Cependant, les oiseaux renfermés dans ce cercle se rassemblent vers «le centre, et aucun d’eux n’ose en sortir, fussent-ils au nombre de mille. Le sonkor descend peu à « peu, et les oiseaux descendent avec lui, jusqu’à ce qu’ils arrivent à terre; aussitôt les fauconniers « les prennent, sans qu’il en échappe un seul. « J’avais toujours cru que le schongar était le gerfaut; et j’ai vu avec plaisir que mon opinion était appuyée du témoignage de Pallas ( Samlungen historischer nachrichten über die mongolischen vôlkerschaften, tom. I, p. 147; Voyages dans plusieurs provinces de l’empire de Russie, t. III, p. 16). Ce judicieux observateur dit expressément que le gerfaut mâle est appelé par les Baschkirs schonkar, et la femelle itœlié. Les Russes le nomment krelschet (V. aussi Abou’lgàzi [Histoire généalogique des Tatars, p. 100, 2o5). C’est le même oiseau que Marco-Polo appelle grifon, grifa/que, grifaucon ( Relation des pays orientaux , col. 5i, 54, 75, 78, 162). Suivant l’opinion de M. Langlès ( Ambassades réciproques d’un j'oi de Perse, etc., p. 49> note 3; Alphabet mantchou, p. 23), c’est celui que les Chinois désignent sous le nom de song-eul, et les Mantchoux sous ceux de soung-el, et atchike-hia-chelmen. Mais je ne puis être de cet avis. D’abord, je ferai remarquer que le mot soung-el, quoique inséré dans le dictionnaire du père Amyot , ne se trouve pas dans le t. XXX du grand dictionnaire mantchou , expliqué dans la même langue. On y lit seulement que l’oiseau appelé alchiké-hia-chelmen , s’appelle en chinois soung-el. En second lieu, la femelle, qui se nomme simplement hia-chelmen, est annoncée comme un oiseau un peu gros. Or, le mâle étant encore plus petit, ainsi que l’indique l’épithète de atchike, cette description ne saurait convenir à un oiseau de la taille du gerfaut. Enfin, dans le vocabulaire Ouigour, envoyé par le père Amyot, le mot schongar est rendu en chinois, non pas par soung-eul, mais par haï-tsing. Or, ce mot, ainsi que nous l’apprennent le lexicographe mantchou (tome XXX), et le père Amyot, dans ses notes sur l’éloge de Moukclen ( Eloge de la ville de Moukden, pag. 265) , désigne le même oiseau que les Mantchoux nomment schonkon. « Cet oiseau, dit le Dictionnaire mantchou (tome XXX, p. 9) , ressemble un peu à « l’ Itoulhen , c’est-à-dire à l’épervier. 11 est très-adroit, et vole avec beaucoup de rapidité. Il prend « à la chasse tous les oiseaux du genre de l’oie sauvage. » Cette description, comme l’on voit, est presque mot pour mot la même que celle qui se trouve dans le dictionnaire du père Amyot ( Dictionnaire tartare- mantchou, tom. II, p. i55). Ce savant missionnaire, dans ses notes sur l’éloge de Moukden, donne sur cet oiseau des détails plus étendus (p. 265, 2 66) : « Le schonkon , dit-il, vient « du Sahahen-oula, aux environs duquel il se tient une grande partie de l’année. Il a le bec et les « serres comme les oiseaux de proie; il a le corps petit, mais il est d’une force extraordinaire. 11 fait « la guerre aux oies, aux cygnes, aux lièvres, et à quantité d’autres animaux plus gros que lui. Le « schonkon, dit la géographie de Moukden, est de tous les tamirn, celui qui a le plus de force et « d adresse pour la guerre. Quoique son corps soit petit, il est d’une force prodigieuse, et prend des « oiseaux beaucoup plus gros que lui. Ses serres et son bec sont très-pointus et très-forts. Cet oiseau « se tient aux environs des fleuves Sahalien-oula, Ousouri-oula, et autres. » Le Dictionnaire mantchou (t. XXX, p. 9) donne la notice de deux autres oiseaux de la même espèce. « Le premier, qui se nomme « schaman- schonkon, c’est-à-dire schonkon blanc , est plus gros que le schonkon ordinaire, et a les « plumes du dos d’une blancheur éclatante. Le second , appelé tschakiri-schonkon , a la tête parsemée « de taches blanches, et les plumes du dos et des ailes mélangées de blanc et de noir. » On voit que le