‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 28 sur 183 · III. MELIK-MODAFFER-KOUTOUZ · texte numérisé non relu

III. MELIK-MODAFFER-KOUTOUZ

an 658 (xa6o). III. MELIK-MODAFFER-KOUTOUZ. 97

Ayant réuni tout ce qui restait d’habitants , il convint avec eux de livrer Damas à Houlagou. La place fut remise à Fakhr-eddin-Merdegai, au fds du commandant d’Arzen, et au schérif Ali. Tous trois avaient été envoyés, comme négociateurs, auprès de Melik-Nâser, de la part de Houlagou, qui était alors campé à Berzah. Ils se hâtèrent de mander cet événement au prince mongol. Celui-ci fit partir aussitôt un corps de Tatars, auxquels il recommanda les habitants de Damas, leur défendant de prendre à personne une pièce d’argent, ou une valeur plus considérable. Le dimanche, dix-neuvième jour du mois de Safar, les députés de Houlagou arrivèrent à Damas, accompagnés du kadi Mouhi-eddin-ben-Zeki. Celui-ci était parti de cette ville, et s’était rendu à Alep, auprès de Houlagou, qui l’avait revêtu d’une robe d’honneur, lui avait conféré le titre de kadi de la Syrie tout entière, et l’avait renvoyé à Damas, avec le gouverneur de cette place. Les habitants ayant banni toute inquiétude, se réunirent le lendemain dans la principale mosquée. Ebn-Zeki, revêtu de la khilah qu’il tenait de Houlagou, ayant convoqué les jurisconsultes et autres, fit devant eux la lecture du diplôme d’investiture Adi-V que lui avait délivré le souverain mongol. On lut également les ordres yijUU p par lesquels ce prince garantissait l’amnistie aux habitants de Damas. Ceux-ci, toutefois, tremblaient et étaient en proie à la plus vive frayeur.

Le seizième jour de Rebi premier, les lieutenants de Houlagou arrivèrent à la tête d’un nombreux corps de Tatars, et accompagnés par Kitboga-noïan (129) On fit la lecture de l’acte d’amnistie. Bientôt après, un diplôme, émané du prince, conféra au kadi Kemâl-eddin-Omar-Teflisi le titre de suppléant v oü (1 3o) du

(129) J’ai lu au lieu de que présente le manuscrit. Du reste, le nom de ce général

mongol est écrit de plusieurs manières. On lit tantôt Kitboga , tantôt Kitbouka ou Kit bouta

éiyps ou 13 , et enfin Kitoubouka la y j'kS.

(130) Abou’lmahâsen (Munhel-sâfi , tom. IV, fol. 93 v°, 94 r°), nous donne à ce sujet les détails

suivants : « Dans les premiers temps de l’Islamisme, l’administration de la justice , en Égypte,

«fut confiée à quelques-uns des compagnons du Prophète <bLs"^É et des tabi jusqu’à

« l’époque où prit naissance la secte du grand Imam Abou-Hanifah. Dès ce moment, l’administration « de la justice en Égypte, ainsi que dans toutes les contrées, tant orientales qu’occidentales,

«fut remise aux kadis Hânefis. Les Fatimites s’étant emparés de l’Égypte, y anéantirent les diverses «sectes musulmanes, firent triompher les opinions des Schiites, et nommèrent pour kadis ceux «d’entre leurs coreligionnaires qu’ils jugeaient à propos de choisir. Lorsque cette dynastie tomba « sous les coups des fils d’Aïoub, ceux-ci qui étaient Curdes d’origine, et attachés à la secte de «Schaféï, choisirent pour kadi un homme qui partageait les mêmes dogmes. A cette époque, le « Caire était prodigieusement déchu de sa splendeur, et presque désert. Les villages et les bourgs de

kadi des kadis Sadr-eddin-Ahmed-ben-Seni-eddaulah, de manière à ce qu’il remplit les fonctions de kadi-alkodat dans les "villes de la Syrie, à Mausel, à Mâredin et à Méïâfârekin. Le même acte lui donnait aussi l’inspection des mosquées, et de toutes les fondations pieuses. Cet ordre fut lu publiquement dans le Meïdân-akhdar (la place verte).

Cependant, les Tatars envahirent toute la Syrie, et pénétrèrent jusqu’aux environs de Gazah, à Beït-Djebraïl, Khalil (Hébron), l’étang de Zirâ, et la ville de Sait. Partout ils égorgèrent ou emmenèrent en captivité la population, et enlevèrent tout ce qu’ils purent trouver de butin. Après quoi, ils reprirent la route de Damas, où ils vendirent les troupeaux et les autres objets tombés en leur pouvoir.

Les Chrétiens qui se trouvaient à Damas commencèrent à prendre un ascendant marqué sur les Musulmans. Ayant obtenu de Houlagou un diplôme qui leur garantissait une protection expresse, et le libre exercice de leur religion , ils buvaient du vin publiquement dans le mois de Ramadan , et en 260 versaient au milieu des rues sur les habits des Musulmans , et sur les portes des mosquées. Lorsqu’ils passaient , portant la croix , ils contraignaient les marchands de se lever, et maltraitaient ceux qui refusaient de le faire : ils parcouraient les rues, accompagnés de la croix, et se rendaient à l’église de Marie, où ils prononçaient des sermons consacrés à l’éloge de leur religion, et ils disaient ouvertement : «La foi véritable, la foi du Messie triomphe aujourd’hui. » Les Musulmans indignés, allèrent porter leurs plaintes au gouverneur établi par Houlagou; mais cet officier les traita avec mépris, et plusieurs d’entre eux reçurent, par ses ordres, la bastonnade. 11 comblait d’honneurs les prêtres chrétiens, fréquentait leurs églises, et protégeait hautement leur religion. Zeïn-Hâfidi ayant levé sur la population des sommes immenses, les employa à acheter des étoffes, dont il fit

«son territoire étaient, en grande partie, ruinés. D’une autre part, les Francs, depuis un laps de « temps considérable , occupaient Jérusalem et le plus grand nombre des villes maritimes de la Syrie. « Salah-eddin-Iousouf ayant pris le titre de sultan , comme délégué de Nour-eddin , s’occupa de « régler les affaires de l’Égypte, fit des conquêtes prodigieuses, et parvint au faîte de la puissance. « Il eut pour successeurs plusieurs princes de sa famille; mais cette dynastie fut renversée, et rem- « placée par les Sultans-Turcs. Melik-Dâher-Bibars étant monté sur le trône, imagina, dans le cours «de l’année 664 (ia65 de J. C.) ou de l’année précédente, d’établir en Égypte quatre kadis. Les «magistrats de la secte de Schaféï avaient été exclusivement en possession de rendre la justice en «Égypte, l’espace de cent années, depuis l’an 564 (1168 de J. C.), époque du règne de Melik-Mansour- « Asad-eddin-Schirkouh. « Je donnerai, plus bas, sur cette matière, des détails plus circonstanciés.

an 658 (1260).

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