‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 29 sur 183 · III. MELIK-MODAFFER-KOUTOUZ · texte numérisé non relu

III. MELIK-MODAFFER-KOUTOUZ

présenta Kitboga, qui gouvernait la ville au nom de Houlagou, à Baïdera, aux émirs et aux généraux Tatars. Il leur envoyait chaque jour des objets de tout genre.

Cependant, Kitboga et Baïdera se rendirent à Merdj-Bargout. Melik-Âschraf, prince de Hems, arriva du camp de Houlagou , apportant un diplôme qui le nommait vice-roi de Damas et de toute la Syrie. Kitboga s’empressa d’obéir à cet ordre; et c’était chez lui que se tenaient les conseils, et tout ce qui avait trait au gouvernement.

Quelques jours après, l’émir Bedr-eddin-Mohammed-ben-Karmdjah , gouverneur de la citadelle de Damas , de concert avec l’émir Djelâl-eddin-ben-Saïrafi, prit les armes, et ferma les portes de cette forteresse. Kitboga-noïan, à la tête des troupes Tatares, vint mettre le siège devant la place , le sixième jour du mois de Rebi second. Cependant, Dieu fit tomber du ciel de la pluie, de la grêle accompagnées d’un vent violent, d’éclairs, de tonnerres, et d’un tremblement de terre qui renversa quantité de lieux habités. Toute la population passa la nuit dans des transes mortelles, redoutant à la fois les fléaux dont les menaçaient le ciel et la terre. Les attaques contre la citadelle étaient infructueuses. Le siège se prolongea jusqu’au vingt-deuxième jour du mois de Djoumada premier. Les Tatars avaient dressé devant cette place plus de vingt machines de guerre, qui jouaient sans interruption, et renversèrent une partie des fortifications. Les assiégés demandèrent alors à capituler. Les Tatars étant entrés dans la place, livrèrent au pillage tout ce qui s’y trouvait de précieux , mirent le feu en plusieurs endroits, démolirent un grand nombre de tours, et détruisirent toutes les machines et les munitions de guerre. De là ils se dirigèrent vers Balbek, dont ils ruinèrent la citadelle. Un autre corps prit la route de Gazah, saccagea la ville de Banias, et porta dans toute la contrée le carnage, la dévastation et le pillage.

Le samedi, vingt-deuxième jour du mois de Rebi premier, l’émir Rokn-eddin- Bibars-Bondokdari arriva au Caire. Melik-Modaffer-Koutouz sortit à sa rencontre, lui assigna pour logement la maison du vizirat , et lui concéda , à titre de bénéfice militaire, la ville de Kalioub.

Sur ces entrefaites, Houlagou s’empara de Mâredin, égorgea les émirs de cette ville , et renversa les murs de la citadelle.

Melik-Nâser était arrivé à Kalia. Koutouz, effrayé de l’approche de ce prince, vint camper à Sâléhieh, à la tête de ses troupes. INâser se vit abandonné d’une partie de ses émirs et des officiers Schehrzouris, qui allèrent se ranger sous les drapeaux de Koutouz. Quelques-uns d’entre eux, tels que Hosam-eddin-Tarantaï,

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Bedr-eddin-Taïdemur-alakhout, Bedr-eddin-Aïdemur, le dewadar, et Idgâdi-Hadji se fixèrent à Belbeïs. Nâser, voyant ses affaires en désordre, et ses partisans se débander journellement, quitta la ville de Katia, et vint camper à Balka. Routouz, de son côté, rentra au château de la Montagne. 11 fit arrêter et enfermer dans cette forteresse l’émir Djemâl-eddin-Mousa-ben-Iagmour. Tous ceux d’entre les pages et les secrétaires de Nâser, qui étaient venus se joindre à lui, furent exposés à des vexations rigoureuses, et dépouillés de leurs biens. 11 contraignit l’épouse de Melik- Nâser à montrer tout ce qu’elle possédait de pierreries, et dont il enleva une énorme quantité. Il extorqua des sommes immenses aux femmes des émirs Kaïmeris; et quelques-unes d’entre elles furent mises à la torture.

Quant à ce qui concerne Melik-Nâser, un de ses pages, nommé Hosain-Kurdi le tabardàr (i 3 1 ) , se saisit de ce prince, ainsi que de son fils Melik-Aziz, de son frère Gâzi , d’Ismaïl-ben-Schadi , et de toutes les personnes de sa suite. Il envoya ces prisonniers à Houlagou. Celui-ci, sur ces entrefaites, quitta Alep, pour retourner vers les contrées de l’Orient. Il nomma Ritboga-noïan pour commander en son nom dans la ville d’Alep , et établit Baïdera gouverneur de Damas. Il emmena avec lui sept émirs Bahris, parmi lesquels se trouvaient Sonkoraschkar, Tenkez, Beramek et Bekmesch.

(i3i) Le mot tabardàr j\bjÉb , qui est persan d’origine, signifie porte-hache. Le terme tabar jÀs se trouve dans un passage de V Histoire d'Égypte d’Ebn-Aïas, où on lit (man. arab. 689, fol. 22 v°) : SJo ,J, « 11 tenait à la main une bâche. » Dans l’histoire de Nowaïri (26e partie, fol. 194 v°), et dans celle du prétendu Hasan-ben-lbrahim (man. non catalogué, fol. 1 53 r°), il est également fait mention du curde Hosaïn, tabardàr de Melik-Nâser, souverain de Damas. L’auteur de l’ouvrage intitulé Inscliâ (man. arab. i573, fol. 122 r°), parlant des tabardârs, s’exprime en ces termes : «Les tabardârs sont des enfants de milice commandés par un émir.

« Dans les marches du prince, ils sont autour de lui, se tenant à sa droite et à sa gauche, tout prêts «à frapper un ennemi qui oserait, sans permission, s’approcher du monarque. Ils sont au nombre « de dix. » Plus loin (fol. 128 v°) , le même écrivain nous donne les détails suivants : « U émir- tabar « I commande les tabardârs , et a le même rang que l’officier appelé Râs-annaubah « b jJ ! . »

Je dois réparer ici une omission qui m’a échappé. Dans une page précédente (pag. 64), il est fait mention d’un officier qui portait le titre de Baschmak-dâr I AÜhJtJLj . Suivant l’auteur du Inschâ (man. 1673, fol. 129 r°), ce mot s’écrivait également Badjmak-dâr j\ Il dérive du terme turc baschmak sandale. «On désignait par le mot Baschmak-dâr un officier qui avait la

« charge de porter les sandales du sultan. L’usage voulait qu’il y en eût deux qui se relayassent dans « cette fonction. »

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