III. MELIK-MODAFFER-KOUTOUZ
an 658 (1260).
maisons des Juifs, sans y laisser la moindre chose. Les boutiques qu’ils possédaient dans les marchés furent changées en monceaux de décombres. Cependant des soldats de la milice ayant pris les armes , empêchèrent la multitude de livrer aux flammes les synagogues et les maisons des Juifs. En même temps» les habitants de Damas attaquèrent plusieurs Musulmans qui avaient embrassé le parti des Tatars, les massacrèrent, démolirent les maisons qui se trouvaient dans le voisinage des églises, et égorgèrent un grand nombre de Mogols. Toute la ville offrait un spectacle affreux.
Le vingt-neuvième jour du même mois , au point du jour, l’émir Djemâheddin- Mohammedi-Sâléhi arriva à Damas, apportant un diplôme du sultan Melik- Modaffer-Koutouz. Cet acte, qui fut lu publiquement, dans la maison appelée Dàr-assaadâh ibUJtjta (la maison du bonheur), avait pour objet d’accorder aux habitants une amnistie, et de calmer leurs inquiétudes. Le mercredi, dernier jour du mois de Ramadan, Melik-Modaffer, à la tête de ses troupes, arriva sous les murs de Damas , et y établit son camp. Après avoir séjourné dans cet endroit , jusqu’au deuxième jour de Schewal , il fit son entrée dans la ville, et choisit pour sa demeure la citadelle. L’émir Rokn-eddin-Bibars , envoyé par le prince du côté de Hems, massacra ou fit prisonniers un grand nombre de Tatars, et rentra victorieux à Damas. Melik-Modaffer conquit toutes les villes de la Syrie, depuis les bords de l’Euphrate jusqu’à la frontière de l’Egypte. Il conféra aux émirs Sâléhis et Moëzzis (1 38) , ainsi qu’à ses officiers, des fiefs en Syrie. Il nomma au gouvernement de Damas l’émir Alem-eddin-Sandjar-Halebi, et lui adjoignit l’émir 266 Moudjir-eddin-Abou’lhaïdja , le curde.
Melik-Aschraf-Mousa , prince de Hems, et qui avait commandé en Syrie, au nom de Houlagou , ayant fait demander une amnistie, elle lui fut aussitôt accordée. Melik-Modaffar-Ala-eddin-Ali , fils de Bedr-eddin-Loulou , prince de Sindjâr, fut envoyé à Alep, en qualité de gouverneur, et le territoire de cette ville fut, par ordonnance du sultan , partagé en plusieurs fiefs. Melik-Mansour fut confirmé dans la possession des villes de Hamah et de Barin. On lui rendit celle de Maarrah, qui, depuis l’année 635, était au pouvoir des habitants d'Alep; mais on lui prit la
( x 38) Je dois, une fois pour toutes, exposer en peu de mots, ce qui concerne ce genre de surnoms. Ces adjectifs, terminés par la lettre i, indiquent que celui qui les portait avait été ou était au service de tel ou tel prince. Ainsi le mot Sâléhi désignait un serviteur de Melik-Sâleh; Moëzzi, un serviteur de Melik-Moëzz; Azizi , un serviteur de Melik-Aziz; et ainsi des autres.
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ville de Salamiali, qui fut donnée à l’émir Scherf-eddin-Isa-ben-Mohaïina , émir des Arabes. L’émir Schems-eddin-Akouscli , le turc, l’Azizi, fut nommé commandant du Sahel et de Gazah; et on laissa auprès de lui un grand nombre d’Azizis. Cet officier avait abandonné le parti de Nâser-Iousouf, et s’était rendu au Caire, où le sultan l’avait reçu avec la plus haute distinction. Ayant accompagné ce prince dans son expédition, il s’était trouvé au combat d’Aïn-Djalout; on fit étrangler Hosaïn-Kurdi, le taharclâr, pour le punir d’avoir trahi Melik-ISâser.
Cependant, plusieurs des Odjdkis ( 1 3c)) , (pages) Mamlouks du sultan,
secondés par une partie de la populace de Damas, se jetèrent sur les Chrétiens, et pillèrent leurs maisons. On en étrangla une trentaine. Les Chrétiens de cette ville ayant été imposés, par ordre du sultan, à une contribution de cent cinquante mille pièces d’argent, ils recueillirent cette somme, qui fut présentée au prince, par l’entremise de l’émir Fâres-eddin-Aktaï-Mostareb, atabek des armées.
Les Tatars, se voyant poursuivis jusqu’à Hems, abandonnèrent leurs bagages et tous leurs effets, relâchèrent leurs prisonniers, et se dirigèrent vers la route
(i3g) Le mot odjâhi un page, se retrouve dans un passage du Manliel-sâfi d’Abou’lmaluisen (t. IV, f. 85 v°), où on lit : L à La. J-cs. !j ^ j j j ■ — ajUs^JI 1
« Les possesseurs de charges, les djemdars d’un rang inférieur, et tout le monde jusqu’aux pages. » Voyez aussi Khalil-Dâheri, folio 253 recto; Makrizi, manuscrit 798, folio ig5 recto. Ailleurs, on lit oschdki ^àlAj!. Dans la Vie de Bibars, par Nowaïri (man. d’Asselin, fol. 23 v°) :
LàlAjî t « Il faisait de l’orphelin son page.» Dans la suite de Y Histoire d’Égypte du même écrivain (man. 683, fol. 20) : LàLij^î j ^l^ladl «Ils furent pris par les pages et les
«esclaves.» O11 rencontre aussi la forme On lit dans Y Histoire d'Égypte d’Abou’lmahâsen
(man. 661, fol. 181 r°) : LàLijJI ^ t 1 jjLkt ! s pL^j p) « Modaffer ne rencontra pas un seul
«de ses pages. » Et plus loin (ibid.) : <Uî LàlwjJI iJUsèahL'i «Les pages se réunirent auprès de lui.» On pourrait être tenté de croire que la leçon ^àLa-jl est la meilleure, et qu’il faut dériver ce mot du terme turc odjak î, chambre, foyer. Mais j’aime mieux admettre l’opinion contraire, et donner
au mot ou une origine persane. En effet, le terme wiscliâk désigne un page.
C’est ce qu’atteste l’auteur du Borhani-kati (éd. de Calcutta, pag. 937), et que confirment de nombreux exemples. Dans le Tarikhi- JVassdf (manuscrit, fol. 14 r°) : ^LàlAj est expliqué, à la marge, par des pages. Plus loin (fol. 214 r°), 011 lit: j «Les
« femmes et les pages du prince.» (Voyez aussi fol. 367 verso). Dans le Dji/ian-kuschaï (f. 107 r°) : -Vol.) ijj! «Les pages du prince enlevèrent ses chevaux.» Dans
l’histoire de Mirkhond (IVe partie, fol. 98 v°) : çjs*. j ^jlàLlj j As-b-J «Les armes,
«les pages, et les filles du Harem. » Dans le Zafer-ndmeh (fol. 197 r°) : j-yà- . . . ^làLu>j «Les
« pages à la marche légère. » Dans le Bostan de Sadi (éd. de Calcutta, p. 1 04), on lit :j\ÿ ^
« Les pages orgueilleux. »
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du Sahel. Mais les Musulmans les ayant surpris, en tuèrent une partie, et le nombre des prisonniers dépassa encore celui des morts.
Houlagou, ayant appris la défaite de son armée et la mort de sort vice-roi Kitboga, en fut vivement affligé. C’était le premier écbec que ses troupes eussent éprouvé. Il décampa ce jour-là même. Melik-Nâser-Iousouf, fils de Melik-Aziz, et prince de Damas, étant arrivé auprès de lui, Houlagou le combla d’honneurs, lui assigna une pension annuelle, l’admit dans sa société intime, le fit asseoir sur un trône auprès de sa personne, et but avec lui. Il lui délivra un firman qui le nommait souverain des deux royaumes de la Syrie et de l’Egypte. Après l’avoir revêtu de robes d’honneur, lui avoir fait présent d’un grand nombre de chevaux et de richesses considérables, il le fit partir pour la Syrie. Mais, dès qu’il eut reçu la nouvelle de la défaite de ses troupes , il rappela ce prince , le fit comparaître devant lui, et mettre à mort dans les montagnes de Selmas.
Le douzième jour du mois de Schewal, Melik-Dâber-Gâzi , frère de Nâser, Melik-Sâleb, fils de Schirkouh, et plusieurs autres princes, partagèrent le même sort. Tokouz-Khatoun , épouse de Houlagou, intercéda en faveur de Melik-Aziz, fils de Nâser ; et ce fut le seul qui échappa à la mort. Houlagou retourna dans ses États. 267
Cependant, la population était rentrée dans la ville de Damas, où le manque de vivres produisait une cherté excessive. D’ailleurs, on n’y voyait plus de monnaie de cuivre Les habitants, obligés de se servir de pièces d’argent,
étaient lésés dans leurs marchés ; et des embarras de tout genre avaient succédé à la prospérité primitive. Le sultan , après avoir établi dans les villes de la Syrie des gouverneurs , des JV alis {\ l\o) , des inspecteurs ^oU, (iù1)? partit de Damas,
(14°) Le mot wdli Jij , qui signifie souvent un gouverneur, désigne, dans le langage de l’Égypte :
TJn officier chargé de la police d'un quartier, et du soin de faire des rondes nocturnes pour réprimer les malfaiteurs. On peut voir, sur ce sujet, les observations deMakrizi, transcrites par M. Silvestre de Sacy ( Relation de l'Égypte, par Abd-allatif, pag. 38 1) , et la note de M. Marcel ( Contes du Cheyhh el-Mohdy , tom. III, p. 384, 385); d’autres témoignages viennent encore confirmer ces assertions.
On lit dans le Mesâlek-alabsar (man. 583, fol. 173 r° et v°) : «L’usage veut que les wâlis ïbîj de « chaque ville, c’est-à-dire les commandants du guet apprennent , chaque jour, de
•< la bouche des fonctionnaires , chargés par eux de la surveillance des quartiers , tous les événements « qui se sont passés ; qu’ils consignent ces détails dans un mémoire détaillé , qui est mis sous les «yeux du sultan.» Plus loin (fol. 180 r°), cet écrivain répète que le tvâli est le même que le commandant du guet. Ebn-Khaldoun ( Prolégomènes , fol. 81 r°), s’exprime en ces termes :« On « établit , dans ces dynasties , un magistrat, qui juge d’après les maximes d’une politique sévère , sans
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le mardi, vingt-sixième jour du mois de Schewal, et prit la route de l’Égypte. Il avait d’abord eu dessein de se rendre à Alep. Mais il renonça à ce projet,
« avoir besoin de suivre à la lettre les formes légales. On le désigne tantôt par le titre de wâli «tantôt par celui de schartali ). >> On lit dans 1 e Insc/id (man. 1573, fol. 127 v°) : «L’officier
« chargé de la police du Caire ’î^sLall portait autrefois le titre de Sâheb-aschschartah
« ïbj..dJI. Sa première institution remonte au khalife Othmân-ben-Affân. De nos jours, ce magistrat «a sous sa juridiction la police de Fostat Üobîj, réunie à celle du Caire et de la banlieue. C’est lui "qui est chargé d’appliquer la peine du talion, d’infliger les punitions légales Il a l’ins-
«pection des prisons, ferme et ouvre les portes du Caire. Il doit faire des rondes dans les lieux qui « sont supposés renfermer des richesses ou des étoffes de prix. Il ne peut coucher hors de la ville, à
♦ moins d’une permission par écrit; parce qu’il est à craindre que durant son absence il n’arrive un
« incendie, des brigandages à main armée ; qu’un magasin ne soit dévalisé, ou une prison forcée, etc. « Jusqu’au règne de Melik-Mouwaïad , cet officier avait le privilège de faire battre à sa porte un « tambour ; et il possédait un bénéfice territorial ^LLsî du genre de ceux dont jouissent les
♦ émirs de Tablkhanah. Aujourd’hui tout cela est supprimé. Dans le diplôme qui lui était
«conféré, sa charge était désignée par le titre de wilâïah Sobîj.» Dans un passage de l’ Histoire d’Égypte d’Ahmed-Askalâni (tom. II, fol. 82 r°), le wâli est confondu avec le Mohtésib !
Mais, plus loin, l’écrivain rétracte cette assertion erronée, car il nomme conjointement ces deux officiers (fol. 93 r°) : j-«b Ljliaà ^1^3 !j 1 J
ïjjüliüb î « Le Wâli et le Mohtésib se mirent en marche, et firent, par ordre du sultan, une
« ronde dans les lieux du Caire qui étaient le siège du désordre. » Vansleb ( Relation de l’Égypte , pag. 353) explique le mot vâli par celui de grand prévôt.
Khalil-Dâheri (man. 6g5, fol. 359 r°, 36o r°), nomme des officiers qui portaient le titre de wâli , et qui étaient dans chaque province subordonnés au kâschef.
(14 1) Il existait en Égypte deux officiers dont les noms appartenaient à une même racine arabe.
Je veux dire le schâdd ûLi, et le mouschidd Chacun de ces titres désignait une sorte d'intendant, d’inspecteur. On lit dans le Manhel-sâfi d’Abou’lmahâsen (tom. IV, man. 75o, fol. 17 1 r°) :
ïLili-? ! 5Li, «Il était schâdd de la sommellerie. « Les mots ïUls^AJ! 3 11 se retrouvent aussi dans Y Histoire d’Égypte d’Ahmed-Askalâni (man. arab. 657, fol. 14 v°). On lit dans le même ouvrage (fol. 44 r°) : i£» jys\ ^ «Il était comme inspecteur des affaires de la
«Mecque.» Plus loin (fol. 53 v°) : vJæ !5ll jy «Il établit l’émir Tatar, pour
« surveiller la construction. » Et enfin (fol. 228 v°) : b 11 ï 3^ j -XÔ ^ «Il avait exercé dans le «port de Djiddah les fonctions de schâdd . » Dans l’histoire de Nowaïri (26e partie, fol. 214 r°) ;
I ,5 11 AÀJbj « La charge de schâdd (inspecteur) des bureaux.» Dans la Description de
l’Égypte de Makrizi (article des ponts, man. 798, fol. i34 v°) : ï-jUaLüi^lyx)) 3ll «Il était « schâdd (inspecteur) des bâtiments du sultan. » Dans l’ouvrage de Khalil-Dâheri (man. 695,
fol. 234 r°) ! 5Ll « Inspecteur du palais ; » et « Inspecteur des vaisseaux. » Dans