III. MELIK-MODAFFER-KOUTOUZ
an 658 (1260).
continuant sa marche, quitta Garâbi î , et s’avança jusqu’au voisinage de
Saléhieh. Là, il se détourna du chemin ordinaire , accompagné des émirs,
afin de se livrer au divertissement de la chasse. Elle était terminée, et le prince retournait vers la tente royale, lorsque l’émir Bibars lui demanda une femme qui était du nombre des prisonniers faits sur les Tatars. Le sultan la lui accorda sans difficulté. Bibars saisit la main du prince, comme pour la baiser. C’était le signal dont il était convenu avec les conjurés. Aussitôt l’émir Bedr-eddin- Bektout, tirant son épée, en frappa le sultan sur le cou. L’émir Anes enleva ce prince, et le précipita à bas de son cheval ; et une flèche , lancée par l’émir Behadur- Moëzzi , acheva de le tuer. Cet événement tragique arriva le lundi, quinzième jour du mois de Dhou’lkadah.
Koutouz avait régné onze mois et dix-sept jours. Son corps fut porté au Caire , et enterré auprès de l’endroit où se trouve l’ermitage h^}j du scheïkh Taki-eddin, qui n’était pas encore bâti. Depuis cette époque, il fut transporté par les soins du Hadji-Koutouz-Dâheri, au quartier de Karafah, et enseveli dans le voisinage de l’ermitage d’Ebn-Aboud. On prétend que Koutouz se nommait primitivement Mahmoud-ben-Mamdoud ; que sa mère était sœur du sultan Djelâl-eddin-Khawarizm-schah ; que son père était cousin de ce même prince; on ajoute que Koutouz ayant été fait prisonnier, lors des victoires des Tatars, avait été vendu à Damas, et conduit de là au Caire (142). Parmi les personnages éminents qui moururent dans le cours de cette année, on distingue : i° Le prince des croyants Mostasem-billah ; 20 Melik-IVâser-Daoud, fils de Moaddam-Isa, fils d’Adel-Abou- Bekr, fils d’Aïoub, fils de Schadi, souverain de Damas et de Karak. Ce prince, après une carrière extrêmement agitée, périt hors de sa capitale, à l’âge de cinquante-trois ans : il est auteur de poésies fort remarquables; 3° Le hâfid Zekieddin-Abou-Abd-allah-Abd-aladim-ben-Abd-alkawi-Mondhari , de la secte de
(14a) Au rapport de Hasan-ben-Omar (man. 688, fol. 19 r°), un poëte avait fait à la louange de ce prince , les vers suivants :
» L’infidélité a péri dans la Syrie tout entière; et l’Islamisme, après avoir été opprimé, a repris « un nouvel éclat;
«Grâce aux armes de Melik-Modaffer, monarque brave, généreux, qui, dès qu’il se lève, écrase « les ennemis.
«Nous avons vu venir à notre secours un prince rempli de hardiesse et de prudence, dont les « lances et les glaives nous ont donné la victoire :
« Dieu a voulu qu’une reconnaissance éternelle pour ce héros fût pour nous un des devoirs les « plus sacrés. »
Ii4
Schaféi; c’était un homme universellement respecté; il était âgé de soixantequinze ans ; 4° Mouhi-eddin-Abou’lmodaffer-lousouf , fds du hdfid Djemâl-
eddin-Abou’lfaradj-Abd-errahman, fds d’Ali Djouzi-Bekri , natif de la ville de
Bagdad, de la secte de Hanbal. Il avait rempli la charge de mohtesib (i43) de
(i43) Le mot mohtésib au rapport de M. Marcel ( Contes du cheykh el-Mohdy, t. III,
p. 3g8 j , désigne : Un juge de police , chargé spécialement de la répression des délits qui se commettent dans les marchés, et dans les boutiques des débitants. Il décide aussi de presque toutes les contestations qui ont rapport au commerce , etc. On peut voir aussi sur ce sujet, les détails qu’a donnés M. Silvestre de Sacy ( Chrestomathie arabe , tom. I, pag. 468 et suiv.) , M. Villoteau ( Instruments de musique , pag. g85) , dit : « Le moteceb est l’inspecteur de police, pour les poids et mesures. » Suivant M. le comte de Chabrol ( Essai sur les mœurs de l’Egypte , pag. 5i5), «Le mohteceb est celui « qui a la surveillance des marchands de comestibles. » Ce magistrat existe aussi en Perse avec le même titre. Chardin explique ce mot par chef de la police [Couronnement de Suleïman , pag. 260), ou par juge de police ( Voyages en Perse, tom. II, pag. 2g3). Il paraît que, dans ce pays, le mohlesib a sous sa juridiction les filles publiques. Car, on lit dans le Gulistan de Sadi (p. 32, éd. de Semelet), qu’une fdle publique redoute le mohtesib. On peut voir sur ce mot les observations du commentateur
turc (de mon manuscrit, f. i33 r°). Sadi , dans un autre passage (p. 53) , s’exprime ainsi : !jv
" Le mohtesib a-t-il aucune juridiction sur l’intérieur d’une maison ? » (V. aussi p. 63). On lit dans l’histoire d’Ebn-Khaldoun (man., t. IV, f. 23 v°), que le schiite Abou-Abd-allah-Hosaïnben-Mohammed était mohtesib de la ville de Basrah. La police commerciale est désignée par le mot
ihtisdb v On lit dans la Vie de Mahmoud par Otbi (fol. 244 v°) , w>l ül
. 1 jjjJL) «La police tirait sa force des fouets que l’on portait sur l’épaule.» La
charge du mohtesib est désignée par le mot , que je crois devoir lire hisbah et non
hasbah (Voyez Ebn-Khaldoun, cité par M. Silvestre de Sacy, loco laucl.). On lit dans Y Histoire d’ Égypte de Hasan-ben-Omar (manuscrit 688, folio 172 verso) : j jÀ:
«Il fut nommé chef delà police, et intendant de l’hôpital.» Dans l’histoire de Nowaïri (m. 645, folio 22 verso) : ^ «Celui qui est chargé de la police et de l’adminis-
« tration de la justice. » Dans l’ouvrage d’Abou’lmahâsen (m. 667, f. 27 r°) on trouve : V^alaJî et chez Makrizi [Solouk, t. II, f. 16g, r° et passini). Il paraît que les fonctions du mohtesib variaient suivant les pays, car nous lisons dans le Bark-Yémâni (man. 827, fol. 66 v°) A
! «U était mohtesib, c’est-à-dire, général d’armée, et avait l’inspection de « tout çe qui concerne la guerre. » M. Estève [Finances de l’Egypte, pag. 37), fait mention d’un « officier subalterne, appelé Emyn-ehteseb. 11 parle aussi des droits d ’Ehteceb ou de police [ib., p. 66). »
Le mohtesib est souvent nommé par les voyageurs, et son nom se trouve écrit par eux de diverses manières. On lit metassoup dans la Relation d’Albert [État de l’ Égypte, p. 80); matasit, dans celle de Sequezzi [Revenus de l'Égypte , pag. 8g). Pockocke écrit metessib [Description of the East , t. I, pag. i65) ; Hœst [Nachrichten -von Marohos , pag. 277), motclieseb ; Jackson [Ackount of Marocco, pag. 182), mutasseb; le baron de Tott [Mémoires, tom. I, pag. 233), murtasib ; Ali-bey [Voyages , tom. III, pag. 128), almolasscn ; Grobert [Pyramides de Gizeh , pag. i43), molasseb; Vansleb [Relation de l’ Égypte, pag. 253), Tavernier [Voyages, tom. I, pag. 687) etBurckhardt [Arabia, tom. II , pag. a5o), écrivent Mohteseb.
an 658 (1260). ni. MELIK-MODAFFER-KOUTOUZ. Ii5
Bagdad, et avait été envoyé en ambassade par le khalife : il était âgé de soixanteseize ans; 5° Le sdheb (vizir) Mouhi-eddin-Abou-Abd-allah-Mohammed-ben-
Nedjm-eddin-Abou-Hasan-Ahmed-Akili-ebn-Aladim de la secte des Hanefis. Il
mourut à Alep , âgé de soixante-six ans; 6° Nidam-eddin-Abou-Abd-allah-Halebi chef de la chancellerie d’Alep (JjUi^î v^s-Ls) ; 70 L’inspecteur des armées d’Alep , Aoun-eddin-Abou’lmodaffer-Soleïman-ben-Adjemi-Halebi, âgé de cinquante ans; 8° Le sdheb Izz-eddin-Abou-Ahmed-ben-Kaïserani-Halebi, inspecteur des bureaux jJhLi) de Damas; 90 Le sdheb (i44) Beha-eddin-Zohaïr-ben-Mohammed- Azdi-Mekki, écrivain, et poète habile, chef de la chancellerie d’Égypte : il était âgé de soixante-quinze ans; io° L’émir Seïf-eddin-Ali-ben-Sâbik-eddin , et surnommé mouschid Aid î, qui mourut à lage de cinquante-quatre ans : il est auteur de poésies excellentes; 1 1° Le poète de Bagdad, Djemâl-eddin-Abou-Zakaria-Sarsari, de la secte de Hanbal , mourut martyr, à l’âge de soixante-huit ans ; 120 Le
littérateur Scherf-eddin-Abou’ltaïib-Mohammed-ben-Mohammed Mauseli ,
mourut à Mausel, âgé de cinquante-trois ans ; i3° Le littérateur Saad-eddin-Abou- Saad-Mohammed-ben-Mouhi-eddin-Moliammed mourut à Damas ; i4\Le littérateur Abou-Bekr-Motammed-ben-Abd-alaziz-Aschgardi mourut à Damas; i5° Le
scheïkh Abou’lhasan-Ali-ben-Abd-allah Schâdheli, le religieux, mourut dans
. le désert d’Aïdab; 160 Abou-Abd-allah-Mohammed-ben-Ismaïl , de la secte de Hanbal , khalib (prédicateur) de Berda , lieu du territoire de Damas , mourut dans ce lieu, à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Il avait professé, au Caire , la science des traditions.
(144) M. Silvestre de Sacy a donné des détails curieux sur le mot v«^æs.Lo, employé dans le sens de vizir ( Chrestomathie arabe. , tom. II, pag. 8, 5g); et les observations qu’il a recueillies sont parfaitement confirmées par le témoignage d’Abou’lmahâsen (man. arab. 671, fol. 160 r°), et de l’atiteur de l’ouvrage intitulé Inschà (man, i573, fol. ia5 v°).
RÈGNE
DU SULTAN MELIK-DAHER-ROKN-EDDIN-BIBARS- (ou BEÏBARS) BONDORDÂRI,
Ce prince. Turc de nation, fut acheté par Melik-Sâleh-Nedjm-eddin-Aïoub. Admis
au service de ce prince, il s’éleva par degrés, et s’attacha à reproduire les grandes
qualités de son maître. Après la mort tragique de celui-ci, il passa au service de 269 Melik-Moaddam , et y resta jusqu’au moment où ce dernier fut égorgé. Il continua de monter en grade; à la mort de Fâres-eddin-Aktaï, il quitta le Caire, et se retira en Syrie. Mais ensuite il retourna en Égypte. Il accompagna Koutouz, dans son expédition contre les Tatars. Après l’assassinat de ce prince, les émirs qui avaient pris part au complot se rendirent à la tente royale, et convinrent unanimement de porter au trône l’émir Bibars (ou Beïbars). L’émir Aktaï-Mostareb, l’atabek, qui se trouvait dans la tente, se leva et dit aux émirs, au moment de leur arrivée : «Qui de vous a tué Koutouz?» L’émir Bibars déclara que c’était lui. « Seigneur « jjyL Lj, dit-il, asseyez-vous à sa place, sur le trône destiné au sultan. » Bibars s’étant assis, Aktaï vint le premier lui rendre hommage, et lui prêter serment de fidélité. Il fut suivi des émirs Belban-Reschidi, Bedr-eddin-Baïsari, Seif-eddin-Kelaoun , Bilbekle trésorier; et les autres émirs, chacun suivant son rang, se hâtèrent de suivre cet exemple. Le nouveau sultan prit le surnom de Melik-Kâlier \ o£Ii!; c’était le samedi, dix-septième jour du mois de Dhou’lkadah. L’émir Aktaï l’atabek, représenta à Bibars qu’il ne serait complètement en possession de l’autorité qu’après avoir fait son entrée au château de la Montagne. Ce prince monta aussitôt à cheval, escorté des émirs Aktaï, Kelaoun, Baïsari, Belban, Bilbek, et de ses Mamlouks. Il se dirigeait vers le château de la Montagne, lorsqu’il rencontra l’émir Izz-eddin-Aïdemur-Halebi, vice-roi de l’Égypte, qui venait au-devant de Melik-Modaffer-Koutouz. Cet émir, instruit par Bibars des événements qui ve-