IV. MELIK-DAHER-BIBARS
an 658 (1260).
naient de se passer, lui prêta serment de fidélité, et le quitta, pour se rendre avant lui au château de la Montagne. Il adressa, au nom de Bibars, des promesses magnifiques aux émirs qui se trouvaient dans cette forteresse; et aucun d’eux ne se montra disposé à la moindre résistance. Aïdemur s’assit alors sur la porte du château, pour attendre le nouveau sultan qui arriva dans la nuit, accompagné des émirs. Ce prince prit possession de la citadelle , le lundi, dix-neuvieme jour du mois de Dhou’lkadah. Le sâheb (vizir) Zein-eddin-Iakoub-ben-Zobair se présenta devant lui , et lui conseilla de changer son surnom de Melik-Kâher, attendu qu’aucun des princes qui l’avaient porté n’avait réussi dans ses entreprises. Bibars adopta définitivement le titre de Melik-Dâher y alblî
La ville du Caire était ornée pour l’entrée de Melik-Modaffer-Koutouz , et la défaite des Tatars avait répandu parmi la population une joie et une allégresse universelles. Au point du jour, on proclama dans' les rues : «Implorez la miséri- « corde de Dieu pour Melik^Modaffer, et faites des vœux pour votre sultan actuel, « Melik-Kâher-Rokn-eddin-Bibars. « Et, à la fin du même jour, on ordonna de prier pour Melik-Dâher. Les habitants craignirent de voir se renouveler la puissance des Mamlouks-Bahris , leur gouvernement tyrannique et leurs exactions. Cette même année Koutouz, au moment de partir pour son expédition contre les Tatars, avait introduit plusieurs innovations vexatoires. On cadastrait et on évaluait les propriétés territoriales , dont les possesseurs devaient payer la dîme. On levait sur chacun des habitants de l’Égypte une pièce d’or, tandis que les Turcs domiciliés dans ce pays n’avaient à payer que le tiers de cette somme. Melik-Dâher supprima tous ces nouveaux impôts, et en proclama l’abolition par un rescrit , qui fut lu publiquement dans les chaires des mosquées. Ces contributions devaient produire une somme de six cent mille pièces d’or. Les habitants furent enchantés de cette remise, et ornèrent la ville avec plus de magnificence qu’auparavant. Le lundi, le matin même du jour où Bibars était arrivé au Caire, ce prince s’assit dans la grande salle (1) du château, et
reçut le serment de fidélité des troupes. Il donna le titre de naïb (vice-roi) à l’émir Bedr-eddin-Bilbek, le khazindâr (trésorier). L’émir Fâres-eddin-Aktaï-Moslareb conserva le rang à'atabek. L’émir Djemâl-eddin-Akousch-Nedjebi-Sâléhi fut nommé ostadâr (majordome). L’émir Izz-eddin-Aïbek-Afrem-Sâléhi fut nommé
(1) Je donnerai plus bas des détails sur cette salle, et sur l’étiquette que l’on observait lorsque le sultan y tenait ses audiences.
il 8
cmir-djanddr. L’émir Hosam-eddin-Ladjin-Derfil , et l’émir Seïf-eddin-Belban- Roumi furent promus au grade de dewadâr (porte-écritoire) (2). L’émir Beha-
(2) Au rapport de l’auteur du Mesâlek-alabsar (man. arab. 583, fol. 179 v°) : « Les dewadàrs avaient la fonction de faire arriver à leur destination les lettres émanées du sultan, de « transmettre au prince la plupart des affaires, de lui faire parvenir les placets, et de le consulter « sur les personnes qui devaient être admises dans le palais. Le dewadâr , conjointement avec Vémir-
« djandâr et le secrétaire de la chancellerie secrète^J ! v apportait au sultan les dépêches de
«la poste : il présentait au monarque les diplômes, les patentes, et les lettres de tout genre, qui «devaient recevoir son apostille. Lorsqu’il avait reçu une lettre du sultan, c’était lui qui écrivait « dessus à qui elle était destinée. »
Makrizi qui , suivant son usage , et sans en avertir, a transcrit mot pour mot les expressions de l’auteur que je viens de citer, ajoute les détails suivants (Descript. de l’ Égypte, ni. 798, f. 193 r° et v°) : « Les sultans turcs ont souvent changé de manière de voir relativement au dewadâr. Tantôt ils ont « choisi cet officier parmi les émirs de dix ou ceux de tablkhânah, tantôt parmi les émirs de mille. «Sous le règne de Melik-Aschraf-Schaban-ben-Hosaïn, le rang de dewadâr fut donné à l’émir
« Aktemur-Hanbali , qui était un des principaux personnages de l’État. A l’instar du vice-roi >. «oli
« , il expédiait les ordres émanés du sultan, sans consulter qui que ce fût; et il spécifiait sur
« l’acte que cette pièce était destinée à telle personne. Aktemur fut ensuite promu au rang de nâib du «sultan; et Melik-Aschraf lui donna pour successeur, dans la place de dewadâr, l’émir Taschtemur, « auquel il fit prendre rang parmi les principaux émirs de mille hommes. Melik-Dâher-Barkok suivit «cet exemple; l’émir lounes, le dewadâr , fut admis par [lui au nombre des principaux émirs de « mille , et se trouva dès lors un des premiers personnages de l’État , et entouré du respect universel. « Après la révolution qui releva le trône de Melik-Dâher, Mouta fut promu au grade de dewadâr , et «obtint une autorité supérieure à celle qu’avaient exercée les autres dewadàrs. Il s’arrogea un pou- « voir égal à celui des nâib s (vice-rois), destituait ou nommait aux emplois ceux qui lui plaisaient, « et décidait les affaires les plus difficiles. Ces prérogatives restèrent attachées à la charge de dewadâr, « principalement aux époques où les émirs Ischbek et Hakam furent promus à cette place, sous le «règne de Melik-Nâser-Feredj. Ces deux officiers gouvernaient, avec une pleine autorité, tout ce qui «concernait les affaires importantes, comme celles d’un ordre inférieur; ils avaient sous leur juri- « diction les finances, la poste, l’administration de la justice, nommaient ou destituaient à leur gré « les différents fonctionnaires. Les choses restèrent sur ce pied durant tout le règne de Melik-Nâser : « il en fut à peu près de même sous celui de Melik-Mouwaïad. » Suivant le témoignage d’Ebn- « Khaldoun ( Prolégomènes , fol. 88 r°) : « Sous le règne des sultans turcs de l’Orient, on désignait « par le titre de dewadâr, un officier dont les fonctions consistaient à guider les personnes qui se pré- « sentaient à l’audience du prince, à leur enseigner les lois de l’étiquette qu’ils devaient suivre en « abordant et en saluant le monarque, et à introduire en sa présence les ambassadeurs. »
L’auteur de l’ouvrage intitulé Inschâ (man. iÔ73, fol. 124 v°, 12S r°), après avoir copié les renseignements donnés par le Mesâlek-alabsar , relativement au dewadâr, continue en ces termes : «C’est «lui qui écrivait sur les placets son avis, relativement aux bénéfices militaires, et cela, avant que « l’inspecteur des armées y inscrivît le mot examen à faire. Il expédiait les ordres et les
« diplômes pour la nomination aiix charges importantes , et rédigeait les lettres qui avaient pour
an 658 (.260). IV. MELIK-DàHER-BIBARS. i ïg
eddin fut confirmé dans le rang d 'émir-âkhor (3). Le sdheb Zeïn-eddin-lakoubben-Zobaïr fut choisi pour vizir, et les deux émirs Rokn-eddin-Aïadji et Seïf-
« objet d’obtenir une cédule pour les objets qui lui plaisaient. Il avait dans ses attributions les bénc- «fices militaires, les rizkah , les corps de djundis , et réglait ce qui avait rapport aux fondations « pieuses. Il portait une robe d’honneur, qui lui était donnée lors de la seconde marche qui suivait « son installation. De concert avec le Kâtem-assirr J! (le secrétaire de la chancellerie secrète) , «il avait l’inspection des postes, et de tout ce qui en dépend. Jadis cette charge était donnée « à un émir dont le rang ne dépassait pas ceux des émirs de tablkhânah. Sous le règne de «Melik-Nâser-Hasan , l’émir Togtemur-Nedjmi , promu au rang de dewadâr, eut le rang d’un « commandement de mille hommes : et les choses sont encore ainsi. » Suivant le témoignage de «l’auteur du Mesâlek-alabsar (folio 173 recto) : Lorsqu’un courrier de la poste apportait
«une dépêche au sultan, le dewadâr prenait la lettre, en frottait le visage du courrier, puis «la présentait au prince qui l’ouvrait : et le Kàteb-assirr (secrétaire intime de la chancellerie secrète) « en faisait la lecture. « Khalil-Dâheri (fol. 233 r°) nomme le grand dewadâr On lit
dans le récit de l’ambassade de Pierre-Martyr [Legatio babylonica , (fol. .85 v°), Deudarüis, curiæ prœfectus. Dans la relation des ambassadeurs de Florence (ap. Leibnitii, Mantissa codicis juris gcritiurn, pars II, pag. 168) : « Visitammo il diuder, cadiliser e’1 nadarcas , i quali in diversi ufizii sono « principali nel governo del Soldano. » Khalil-Dâheri (fol. 233 v°) , nomme un second et un troisième dewadâr. On lit dans Y Histoire d’Égypte d’Abou’lmahâsen (man. 663, fol. 199 r° et v°) : « Le sultan «conféra à Togtemur, second dewadâr, le rang d’émir de tablkhânah. Ce fut lui qui, le premier, « remplit les fonctions de second dewadâr. » Au rapport de l’auteur du Inschâ (fol. 125 r°) : « Le se- « cond dewadâr présidait à l’administration tant de près que de loin , et écrivait les décisions qui « concernaient la levée des contributions. Il consultait sur les affaires les plus importantes. On «comptait, en outre , un troisième, un quatrième dewadâr , et ainsi jusqu’à dix. » Abou’lmahâsen [Manhel-sâfi, tom. IV, fol. 39 r°) fait mention des dewaddrs d’un rang inférieur ! l?,j î J) !j ! .
Khalil-Dâheri (fol. 236 r°), parle de dix de>vadârs Le mot douwaidar au
singulier, se trouve dans l’histoire de Djemâl-eddin-ben-Wâsel (fol. 394 r°).
(3) Uéinir-âkhor était le grand écuyer. C’était lui qui avait la surintendance des
« écuries du sultan , et sous la juridiction duquel se trouvaient placés tous les fonctionnaires attachés «à ces établissements (Khalil-Dâheri, fol. 253 v°). » Suivant Makrizi ( Description de V Égypte, man. 798, fol. ig5 r°), ce fut Mohammed-ben-Kelaoun qui augmenta le rang de Y émir-âkhor. On
lit dans l’ouvrage intitulé Inschâ (man. 1673, fol. 124 v°) : «Le mot émir-âklior est un
« terme persan, qui a passé dans la langue arabe. Le mot émir est bien connu. Quant à celui de
"jyk. ! il désigne une écurie Il a pour adjoint le selakhori î, qui préside à la nour-
« riture des chevaux. Son titre est composé de deux mots persans : celui de ser, qui signifie chef, et « que l’on s’est accoutumé à prononcer avec un lam, et le mot akhor. L’ émir-âkhor a sous sa juri- « diction tous les genres d’animaux que renferment les écuries et les étables : obkLj! j « Il inspecte tout ce qui en sort ou y entre. Il a un adjoint choisi parmi les gens de loi « qui tient registre de tout, et des subalternes ^lol. H existe aussi un second émir-âkhor
« qui, d’ordinaire tient rang parmi les émirs de tablkhânah, ou ceux de dix hommes.
Bekdjeri remplirent les fonctions de chambellans. Bibars fit écrire aux Mamlouks qui se trouvaient sans emplois dans les diverses provinces, pour leur ordonner de se rendre à la cour. Il notifia aux princes et aux gouverneurs s^|y son avènement au trône. Tous se soumirent à ce choix, à l’exception de l’émir Sandjar- Halebi , gouverneur de Damas. Cet officier ne s’était pas plutôt vu en possession du commandement de cette ville, qu’il s’était occupé de relever les remparts, et de fortifier la place. Ayant appris dans les premiers jours du mois de Dhou’lhidjdjah, la nouvelle du meurtre de Koutouz, et de l’élévation de Bibars au rang de sultan, il en fut vivement affecté, et crut ne pouvoir sans déshonneur se
« Chacun des émirs-akhors a l’inspection sur un genre d’animaux. On dit : 1 ' émir-âkhor des poulains
« Yémir-âkhor des étables de chameaux quelquefois, l’inspecteur
« des bœufs prend le titre d ' émir-âkhor-âssawâki £ ! I | I (l’émir-akhor des machines d’irri- «gation). Tous ces fonctionnaires sont subordonnés au grand émir-âkhor. Il a sous sa juridiction «les émirs arabes chargés de la perception des revenus, les selakhoris , les oudjâkis LîWjl, les
«mahtarïy (chefs des écuries), les écuyers hj t I , les schahan , les gardiens
• des dromadaires iüls-Vî et leurs chefs, les sirwânis , les pages , les sait
«les palefreniers Il inspecte également tout ce qui concerne l’orge , le fourrage
“ la paille les harnais des chevaux, des mulets, des dromadaires, des chevaux. De
«lui relèvent aussi les médecins vétérinaires VjJsLJ! et les porteurs d’eau. » Raschid-eddin (man. arab. 356, fol. 194), parle de Y émir-âkhor.. « Suivant lui {ib., fol. 182 v°), Y émir-âkhor avait une au- « torité entière sur les palefreniers, réglait ce qui concernait chaque animal, la quantité d’orge qui «lui était nécessaire, et le temps où elle devait lui être donnée.» Le même écrivain (manuscrit
persan 68 A, folio 437 verso), fait mention d’un officier appelé akhor-salâr Jï !lwj.â.î, c’est-à-dire chef de V écurie, qui paraît avoir été différent de Yémir-âkhor. Le nom à’ émir-âkhor existe encore aujourd’hui, et désigne le grand écuyer (. Mémoires du chevalier cl’Arvieux, tom. I, pag. 4°9- Théâtre de la Turquie , pag. i56. Hammer, Der osmanischen reichs staatscerfassung , t. II, p. 247- Kœmpfer, Amœnitates exoticœ , pag. 84). Dans la Chronique syriaque de Bar-hebræus (tom. I, pag. 534) , le mot émir-âkhor est écrit émir-akor $ clO ) ; - v>) . J’ai dit plus haut que le mot âkhor
désignait une écurie. Il se prend aussi dans le sens de crèche. Comme dans ce passage du Habib-
assiiar de Khondémir (t. III , f. 10 r°): ^Uwt >, î=vLæ»
« Ils tirèrent de leurs étuis les Alcorans entiers, et les portions d’Alcorans, et convertirent ces étuis en «crèches pour leurs chevaux. »
Parmi les fonctionnaires désignés dans le passage du Inschâ , il est fait mention des Sirwânis
Ce mot, si je ne me trompe, répond au mot persan sarban « bj L* gardien de chameaux.
Khalil-Dâheri (fol. 253 r°), les nomme parmi les personnes attachées au service des écuries, et les
reunit aux conducteurs de chameaux Quant au mot schahan il désignait, au rapport
du même écrivain ( ibid .), celui qui avait l’inspection des étables :
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soumettre à ce prince. Affichant ses prétentions à l’autorité suprême, il reçut le serment de fidélité des émirs, et adopta le titre de Melik-Moudjâhid. Le vendredi, sixième jour du mois de Dhou’lhidjdjah, le khâtib (prédicateur) fit la prière, d’abord au nom de Melik-Dâher, puis au nom de Melik-Moudjâhid. On frappa des monnaies où les titres des deux princes se trouvaient réunis. Mais bientôt après, Moudjâhid donnant un plein essor à son ambition , se montra en public avec les insignes de la souveraineté, en faisant porter devant lui le gâschiah. Il entreprit de faire réparer la citadelle de Damas, et rassembla, pour cet objet, non-seulement des ouvriers, mais les principaux personnages de l’État, et toute la population. Chacun mettait la main à ce travail, auquel les femmes elles-mêmes prirent part. Tous les habitants se livraient à la joie la plus vive. Deux jours après, arriva à Damas le courrier envoyé par Melik-Dâher, et porteur de la lettre de ce prince. Voyant que l’émir Sandjar s’était arrogé le titre de sultan, il reprit le chemin de l’Égypte. Bibars écrivit à cet émir pour lui faire des reproches , et lui représenter tout ce que sa conduite avait d’inconvenant : mais il ne reçut qu’une réponse dure et grossière. Dans le cours de cette année , et jusqu a la moitié du mois de Safar, la ville de Damas avait eu pour prince Melik-Nâser. Ensuite, elle tomba au pouvoir de Houlagou, qui, en quittant celte ville , pour retourner dans l’Orient , y laissa pour gouverneurs Kitboga et Baïdera.
Les Tatars en furent en possession jusqu’au vingt-cinquième jour de Ramadan. 271 Elle rentra alors sous la domination de Koutouz. Lors du meurtre de ce prince, qui eut lieu le vingt-cinquième jour du mois de Dhou’lkaadah , elle eut pour souverain, jusqu’à la fin de l’année, Melik-Moudjâliid-Alem-eddin-Sandjar-Halebi.
Les fonctions de kadi de cette ville étaient exercées d’abord par Sadr-eddin- Ahmed-ben-Iahiâ. Les Tatars donnèrent ce titre à Kemâl-eddin-Bendar-Teflisi, qui eut pour successeur Mouhi-eddin-ben-Zeki. Celui-ci fut remplacé par Sadreddin-Abou’lkâsem, auquel succéda Sadr-eddin-Baalbek. Ebn-Zeki reprit ensuite le rang de kadi, qu’il occupa jusqu’au moment où il fut destitué par Koutouz, qui nomma à sa place INedjm-eddin-Abou-Bekr-Mohammed-ben-Sadr-eddin.
Cette même année, les Azizis et les Nâseris se soulevèrent à Alep, contre Melik-Saïd-Ala-eddin , fils du prince de Mausel. Ils se saisirent de lui, pillèrent sa tente, et mirent à leur tête l’émir Hosam-eddin-Ladjin-Azizi le cljoukenddr (4). Celui-ci refusa de reconnaître Melik-Moudjâhid, et resta soumis à
(4) Le mot djouken-dâr est écrit djoukârt-dâr dans un passage de l’histoire
Melik-Dâher, qui lui envoya le diplôme de gouverneur d’Alep. Cette même année, durant la nuit, des nègres, des écuyers (5), et des pages, réunis en grand
de Nowaïri, où on lit [Vie de Bibars , fol. a3 r°) : yyjsS ! j jJ \ « L’émir
« Hosam-eddin, le djoukân-dâr Azizi. » Dans l’ouvrage de Khalil-Dâheri (fol. 236 v°), ce mot est écrit au pluriel djoukcndâriah, ou , comme on lit dans l’exemplaire qui est sous mes yeux djoukunda-
riah b j ! . Le mot h j ! se trouve aussi dans la Description de l’Égypte de Makrizi (t. II ,
inan. 798, fol. 198 r°). L’auteur de l’ouvrage intitulé Inschâ (man. arab. 1673, f. 129 r°), s’exprime en ces termes : ixij î L/^& j
ïjy v s jJ.!) aj J.rs-5 aisjj.s:-0 L.y*à>. \j> j « Le Djoukân-dâr est l’officier qui porte
« le djoukân. O11 désigne par ce nom un bâton peint , de la longueur d’environ quatre coudées , et »qui se termine par un morceau de bois conique et bombé, qui a de saillie plus d’une demi-coudée. « On me permettra, je l’espère, de consigner ici les résultats de quelques recherches qui peuvent n’ètre pas dénués d’intérêt.
Parmi les divertissements en usage à la cour des empereurs de Constantinople, il en était un que l’on regardait comme le plus noble des exercices, et auquel se livraient exclusivement les princes et les seigneurs de la première distinction; je veux parler du jeu de la paume à cheval. A l’instar des tournois de nos anciens chevaliers , il retraçait l’image des évolutions militaires , exigeait une extrême habileté dans l’art de l’équitation, et une grande souplesse dans les mouvements, réunies à beaucoup de force, d’agilité et d’adresse. De tous les historiens de la Byzantine, Cinnamus est celui qui nous a transmis, sur ce jeu, les détails les plus satisfaisants. Suivant le récit de cet écrivain ( Cinnami historia, lib. VI, p. i54), «des jeunes gens, divisés en deux bandes égales, lançaient, sur un terrain uni « et choisi à cet effet, une balle de cuir, de la grosseur d’une pomme. Alors les joueurs accouraient «à toute bride, chacun d’eux tenant dans sa main droite un bâton d’une longueur médiocre, et « terminé brusquement par une portion large et arrondie, dont l’intérieur était garni de cordelettes «entrelacées en forme de réseau. Des deux côtés on poussait la balle avec force, vers un point dé- « signé d’avance. Et le parti qui réussissait à atteindre ce but, était déclaré vainqueur. L’historien «ajoute que cet exercice présentait les dangers les plus réels, attendu que le joueur était obligé «continuellement de se renverser en arrière, de se pencher à droite et à gauche, de faire caracoler «son cheval, et de le conduire au galop dans toutes les directions, afin de suivre exactement les « mouvements de la balle. » Aussi l’histoire nous offre une foide d’exemples de princes tués ou grièvement blessés, par suite de ce périlleux divertissement. On pourrait rassembler, sur ce sujet, beaucoup de détails puisés dans les écrivains grecs du moyen âge. Mais tous ces passages ont été recueillis avec le plus grand soin par du Cange, dans une de ces excellentes dissertations , qui accompagnent son édition de Joinville (Dissertation VIII, de l’Exercice de la chicane, ou du jeu de paume à cheval , pag. 185-189). Ce jeu , chez les Grecs de Constantinople , était désigné par le mot xÇuxaviov. Nous trouvons aussi le verbe xÇuxcmÇeiv signifiant jouer à celte sorte de jeu de paume , et enfin xÇuxaviffTvipiov était le nom d’un vaste manège, consacré exclusivement à ce genre d exercice. Ces mots, comme l’on voit, ne sont nullement grecs d’origine; et il n’est pas inutile de rechercher à fIuelle langue ils appartiennent primitivement; puisque cette découverte doit nous révéler chez quel peuple ce jeu a pris naissance, et a été en vogue avant qu’il fût transplanté a Constantinople.
Si l’on en croit du Cange (ib., p. 188), c’est à nos Français que les Grecs ont emprunté et le jeu de
nombre, parcoururent les rues du Caire, en criant : «La famille d’Ali. » Ils enfoncèrent les boutiques des marchands d’épées, qui étaient situées entre les deux
la paume à cheval, et le nom sous lequel ils le désignaient. Voici les raisons que le savant écrivain allègue à l’appui de son opinion : «11 semble, dit-il, que dans l’origine, ce jeu n’a pas été autre « chose que celui qui est encore en usage dans le Languedoc, que l’on appelle le jeu de la chicane ,
« et, en d’autres provinces , le jeu du mail. Sauf qu’en Languedoc ce jeu se fait en pleine campagne ,
« et dans les grands chemins où l’on pousse avec un petit maillet, mis au bout d’un bâton d’une « longueur proportionnée une boule de buis. Ailleurs, cela se fait dans de longues allées plantées exprès, « et garnies tout autour de planches de bois. De sorte que chicaner n’est autre chose que le xÇuxot- «vîÇeiv des Grecs, qui ont coutume d’exprimer le c ou le ch des latins par tz comme Eustathius sur « Dionysius nous l’apprend; ce qui est d’ailleurs confirmé par plusieurs exemples que M. Rigaud et « Meursius en ont donnés dans leurs glossaires. Ensuite, ce que les nôtres ont fait à pied, les Grecs « l’ont pratiqué, montés sur des chevaux , et avec des raquettes , qui étaient la forme de leur chicane. »
Ces raisons-là sont spécieuses sans doute; mais, quoique soutenues de l’autorité imposante d’un savant si justement célèbre, elles ne me paraissent pas concluantes. En effet, pour rendre cette assertion probable, il faudrait démontrer avant tout cjue le mot chicane , dans le sens de jeu de paume , a été en usage chez les Français, à une époque très-reculée. Or, Ducange n’a. pas cité un seul fait , un seul passage , qui assurât à ce mot une origine ancienne. La chose même devient tout à fait inadmissible , s’il est vrai , comme l’attestent Codin et l’auteur anonyme des Antiquités de Constantinople ( ap . Banduri Imperium orientale, t. I , p. 28), que le manège destiné pour cet exercice, et appelé xÇuxavicxvipiov ait été construit sous le règne et par les ordres de l’empereur Théodose le jeune. En second lieu , je ne crois nullement que le jeu de la paume à cheval doive son origine au jeu du mail. Et, quand cela serait, les Grecs n’ont pas eu besoin d’aller jusqu’en France, pour y apprendre un jeu, tel que celui de la paume à pied, qui a été en usage dans tous les temps et chez tous les peuples.
Si je ne me trompe, c’est dans la Perse qu’a pris naissance l’exercice de la paume à cheval. En effet, nous trouvons que ce jeu y était en vogue, à une époque très- ancienne , avant la fondation de Constantinople, et qu’il était désigné par le mot tchaugan que le terme grec nous
représente d’une manière fidèle, et presque sans altération. Mon assertion, à cet égard, est appuyée sur une autorité respectable. Voici ce que rapporte l’historien arabe Tabari, écrivain aussi ancien que véridique (traduction persane, man. du Roi 63, p. 197) : « Ardeschir premier voulant éprouver
« son fils Schapour, demanda une raquette et une balle afin de le faire jouer à la
« paume. Au milieu du palais était un manège ^ I près duquel régnait une galerie, où Ardeschir « se plaça , assis sur un trône, pour être spectateur du jeu. Schapour, accompagné des jeunes seigneurs « de la cour, se livrait avec ardeur à ce divertissement, lorsque la balle vint à tomber dans la galerie, « devant le trône du roi. Aucun des joueurs n’osait l’aller prendre; mais Schapour, sans s’effrayer, « poussa son cheval dans la galerie, et ramassa la balle, au pied même du trône. Ardeschir, frappé de «cette hardiesse, ne douta pas que ce jeune homme ne fût réellement son fils. » Le poète arabe, Adi-ben-Zeïd, ijui avait été élevé à la cour des rois Sassanides, y avait appris le jeu persan de la
paume à cheval : b plw [Kitab-alagdni , tom. I, fol. 84 v°). Au
ia4
palais, et enlevèrent toutes les armes qu’ils y trouvèrent. De là, ils se jetèrent sur les écuries des soldats, dont ils emmenèrent les chevaux. L’instigateur de ce
rapport du Nestorien Amrou ( Madjdal , man. arab. 82, pag. 784, 735) : «Le chrétien Karda^ji «qui souffrit le martyre sous la même dynastie, avait été, avant sa conversion, un des principaux
«mages. Un jour qu’il était allé dans son manège, pour jouer à la paume >, , la balle
«resta attachée à la terre.» Suivant le témoignage de Khondemir ( Habib-assiiar , t. II, f. 200 v°), Azarwelasch, qui régnait dans le Tabaristan, à l’époque de Yezdegherd, dernier prince des Sassa-
«nides, s’occupant à jouer à la paume : J», tomba de cheval, et mourut des suites
«de sa chute.» Nous voyons, dans le Scliah-nâmeh (t. 1, p. 4^0 et 453), « le prince Siavesch jouer « à la paume à cheval.» Le poète s’est plu à décrire, en ce genre, les prouesses de son héros. Je sais bien que ces derniers passages ne sauraient avoir une autorité complètement historique, puisque l’existence même du personnage indiqué est au moins fort douteuse. Mais ils servent à constater toutefois que, dans les idées des Persans les plus instruits, l’origine de ce jeu remontait à la plus haute antiquité, et se perdait dans la nuit des temps. Ces faits prouvent d’une manière évidente que, dès l’origine de la dynastie des Sassanides , le jeu de la paume à cheval était en usage à la cour des rois de Perse; et rien n’empêche de croire que cet exercice y était connu à une époque beaucoup plus
reculée. On y voit aussi que le mot tchaugân désignait proprement l’espèce de raquette avec
laquelle on poussait la balle.
On peut donc assurer, si je ne me trompe, que ce jeu a pris naissance chez les Perses; et que les Grecs, en adoptant ce noble et périlleux divertissement, lui conservèrent le nom qu’il portait primitivement, et pour lequel leur langue n’offrait pas de terme analogue. Nous ignorons à quelle époque les empereurs de Constantinople adoptèrent ce genre d’exercice. Il paraît seulement qu’ils le connurent de fort bonne heure, puisque, comme nous l’avons vu plus haut, le premier jeu de paume bâti dans cette capitale, fut construit par les ordres de Thcodose II. Peut-être dut-on les premières notions de ce jeu à cet Ilormisdas, que des mécontentements particuliers amenèrent à la cour de Constantin, et qui servit avec tant de lidélité ce prince et ses successeurs. Mais ceci n’est qu’une conjecture à laquelle je n’attache pas une grande importance.
Nous avons vu plus haut un autre mot employé pour designer le jeu de la paume; je veux dire le mot savledjân , qui fait au pluriel sawâlidjali Ce terme ne diffère de celui de
tchaugan que par la forme de l’instrument qui servait à pousser la balle. Le savledjân était un morceau de bois recourbé à son extrémité. Dans un passage du commentaire de Tebrizi sur le Hamasah (pag. 4o3), on lit, en parlant du mot : <l C’est un morceau de bois, courbé par le
« bout, comme un savledjan. » La balle qui servait à ce jeu est désignée, en persan, par le mot goui
A /9 C/jr
, et en arabe par celui de korah ijs ou ôkrah ijï !.
Le jeu de paume à cheval passa des Perses aux Arabes. Au rapport de Masoudi (. Moroudj , t. II , foi. 3o3 r°), Haroun-Raschid fut le premier khalife qui s’exerça à jouer à la paume dans un manège,
jLv4l s •«*) , à lancer des flèches vers un but, et à jouer à la balle : ijS3 b
(Voyez aussi Ebn-Khallikan , man. 730, fol. 453 r°).
Depuis cette époque, le jeu de la paume à cheval continua d’être en vogue, non-seulement dans l’étendue de la Perse, mais encore chez tous les peuples qui occupèrent à différentes époques les
an 658 (1260). IV. MELIK-DAHER-BIBARS.
désordre était un homme appelé Kourâni, qui affichait une dévotion austère, et avait constamment un chapelet à la main. Il habitait un ermitage situé dans la
vastes contrées de l’Orient. Partout, nous voyons les princes se livrer avec ardeur à cet exercice, et en faire leur divertissement favori.
Dans le Kabous-nâmeh, ouvrage écrit en langue persane, et qui contient les instructions adressées parle prince Kaïkaous à son fils Ghilan-schah (man. persan i38, fol. 71 v° et 72 r°) , l’auteur s’exprime en ces termes : « O mon fils, si tu veux prendre le divertissement de la paume, songe du «moins à ne pas faire de ce jeu un exercice habituel : car il a causé plus d’une fois des accidents « funestes. Suivant ce que l’on raconte, Amrou (ben) Leïth était borgne d’un œil. Lorsqu’il fut parvenu « au rang d’émir du Khorasan, il se rendit un jour au manège, dans l’intention de jouer à la paume. « Un de ses généraux nommé Azher accourut aussitôt, saisit la bride du cheval, et dit à l’émir : Je ne « souffrirai pas que vous vous livriez à un semblable divertissement. Eh quoi, lui dit Amrou, puis- « que vous jouez librement à la paume , pourquoi prétendez-vous m’interdire cet exercice ? C’est , ré- « pondit Azher, que nous avons deux yeux ; en sorte que, si par accident , la balle vient à en frapper « un , il nous en restera un autre pour voir la lumière. Quant à vous , qui êtes borgne, si malheureuse- «ment un coup de la balle vous crevait le seul œil qui vous reste, vous seriez forcé de renoncer au « plus tôt à la souveraineté du Khorasan. Amrou, frappé de la sagesse de ce conseil , remercia son « général, et s’engagea à s’abstenir, toute sa vie, de cet exercice périlleux. O mon fils, ajoute Kai- «kaous, si tu veux prendre une fois ou deux dans l’année le divertissement de la paume, je ne m’y « oppose pas; mais, pour éviter tout accident, ne mène pas à ta suite une foule de personnes; il « suffira de placer deux cavaliers à l’entrée du manège , deux au milieu , et autant à l’extrémité. De «cette manière, tu pourras lancer la balle et caracoler avec plus de liberté , sans craindre d’évé- «nement fâcheux. Telle est la méthode que suivent ceux qui se livrent à cet exercice avec modé- « ration. » Au rapport de l’historien Bibars-Mansouri (man. arab. 668, fol. 38 v°), l’an 263 de l’hégire (de J. C. 876), le Turc Obaïd-allah, vizir du khalife Motaded, jouant au mai! y* b , au milieu d’un manège construit dans sa maison, tomba de cheval , et mourut de cette chute. Suivant le même historien (fol. 202 v°), un descendant d’Ali, Abou-Ali-ben-Abi’lhosaïn, qui s’était emparé de la province de Djordjan, s’exerçant un jour à jouer à la paume 'iS. 3b , tomba de son cheval, et mourut des suites de cette chute, l’an 3i5 de l’hégire (de J. C. 927). Nous lisons dans Y Histoire arménienne de Mathieu d’Edesse (manuscrit arménien 99, fol. 87 v°), que l’émir curde Abl-Hadja, ayant fait prisonnier le prince géorgien Terenik, le traita avec les plus grands honneurs, et le menait avec lui dans ses parties de plaisir. Un jour qu’ils allaient jouer à la paume dans un manège J^jinu/u situé dans la campagne, le prince , qui était monté sur un bon cheval, et qui avait tout disposé d’avance pour son évasion, s’écarta de l’émir sous quelque prétexte; puis s’échappa à toute bride, et retourna sain et sauf dans ses États. Au rapport d’un historien persan cité par Khondemir ( Habib-assiiar , tom. II, fol. 264 r°), le sultan Sandjar, l’un des princes les plus célèbres de la
dynastie Seldjoukide, s’amusant un jour à jouer à la paume ', son cheval fit un faux pas , et le renversa à terre.
Le brave Nour-eddin ou Noradin, ce redoutable ennemi des princes croisés, aimait passionnément le jeu de la paume, et excellait dans cet exercice. «Jamais, dit l’historien arabe Abou-schamah,
montagne; comme les pages venaient souvent le visiter, il les exhorta à se mettre en révolte contre le gouvernement, s’engagea à leur donner des fonds de terre,
« (man. arab. 707 A , fol, 5 r°), on ne voyait le mail s’élever au-dessus de sa tête. Souvent il
« lançait la balle, faisait courir son cheval au galop, retenait la balle au milieu de l’air, et la rejetait «jusqu’à l'extrémité du manège. Il ne laissait apercevoir ni sa main, ni sa raquette; mais il les tenait «l’une et l’autre cachées dans la manche de sa robe, afin de montrer que cet exercice n’était pour lui « qu’un jeu sans conséquence. » Ce goût si vif que Nour-eddin témoignait pour la paume alarma la «rigidité d’un dévot musulman (ib., fol. 3 v°, 4 i’°)> qui habitait le Djézirah (la Mésopotamie). Dans «l’ardeur de son zèle, il écrivit au prince une réprimande conçue en ces termes : « Je ne vous soup- « connais pas capable de vous livrer au jeu, au divertissement, et de fatiguer vos chevaux pour un « exercice qui n’est d’aucune utilité pour la défense de la religion. » Nour-eddin, peu effrayé de ces reproches, écrivit de sa main une réponse ainsi conçue : «Je prends Dieu à témoin que ce n’est « nullement le goût du plaisir et de la dissipation qui m’a fait prendre l’habitude du jeu de paume. « Mais nous sommes campés sur la frontière, vis-à-vis et à peu de distance de l’ennemi ; en sorte que, « d’un moment à l’autre, tandis que nous sommes tranquillement assis , nous entendons crier aux « armes, et nous sautons sur nos chevaux pour courir au combat. Or, nous ne pouvons pas faire la « guerre, sans relâche, jour et nuit, hiver comme été : et il faut nécessairement donner du repos à «nos troupes. D’un autre côté, si nous laissons nos chevaux attachés, ils deviennent engourdis, in- « capables de faire de longues marches, et d’exécuter avec célérité les évolutions nécessaires sur le « champ de bataille. Au lieu que ce manège tient ces animaux en haleine , et les accoutume à être « souples dans leurs mouvements , et dociles aux ordres de leur cavalier. Tel est le motif qui m’engage « à faire de ce jeu une occupation sérieuse. » Enfin, suivant le même historien (fol. 78 v°), ce prince était tellement passionné pour la paume qu’il y jouait souvent aux lumières.
Au rapport de l’historien Djemâl-eddin-ben-Wâsel (manuscrit non catalogué, fol. 40 v°)’, Nedjmeddin, père de Saladin, aimait avec passion le jeu du mail; et, dans cet exercice, il se plaisait à courir au galop; en sorte que tous ceux qui le voyaient ne manquaient pas de dire qu’infailliblement il périrait par une chute de cheval. Saladin partageait , à cet égard, les goûts de son père , et montrait pour ce jeu une adresse extraordinaire ( Kitâb-arraoudataïn , fol. 5a v°).
Chez les Mongols, à une époque fort ancienne, le jeu de la paume était en usage, et servait d’amusement aux princes et autres personnages d’un rang distingué. Sous le règne de Doutoumin un des ancêtres de Tchenghiz-khan (Haïder-Razi, Histoire universelle , man. persan de Berlin , f. 590 vo), les Djelaïrs qui avaient échappé au massacre de leur nation, arrivèrent au campement des Mongols, et se mirent à creuser la terre , pour en tirer des racines qui pussent servir à leur nourriture. Matouloun , épouse de Doutoumin, leur fit à ce sujet des représentations inutiles, et leur dit : «Ce terrain «que vous remuez et que vous rendez inégal, est le lieu où mes enfants se livrent au jeu de la « paume. « Suivant le témoignage de Raschid-eddin (man. pers. 68 A, f. 338 v°), Gazan-khan s’exerça
de bonne heure à monter à cheval, à lancer des flèches, et à jouer à la paume
Au rapport de l’historien syriaque Grégoire Bar-Hebræus ( Chronicon syriacum, tom. I , p. 489) , « le sultan Djelâl-eddin-Mankberni, contemporain de Tchenghiz-khan, s’étant emparé de la ville de « Khelat, fit prisonniers les deux frères de Melik-Aschraf. Ces princes, loin d’être traités comme des