‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 35 sur 183 · IV. MEL1K-DA1IER-BÏBARS · texte numérisé non relu

IV. MEL1K-DA1IER-BÏBARS

an 658 (1260).

et leur délivra des écrits où cette promesse était consignée. Ce mouvement avant éclaté au milieu de la nuit, les troupes cernèrent les rebelles, et les chargèrent

«captifs, éprouvèrent, de la part du vainqueur, le traitement le plus honorable. Chaque jour, ils « montaient à cheval avec le sultan, l’accompagnaient dans ses promenades, et s’exercaient, en sa « présence à jouer dans le manège. » On voit que, dans ce passage, l’auteur a voulu indiquer le jeu de la paume à cheval. Car, s’il eût été question de courses de chevaux, Bar-Hebræus ne se serait pas servi du verbe qui, en syriaque, signifie jouer, s’amuser. Le même prince, au rapport d’Ebn- Athir ( Kâmel , manuscrit, tom. VI, pag. 33i), l’an 625 de l’hégire (de J. C. 1227), était occupé à jouer à la paume 'ijy 51, lorsqu’il apprit que son frère Gaïath-eddin marchait vers Isfahan. Jetant avec précipitation le mail qu’il tenait, il se mit aussitôt en route.

L’an 555 (de J. C. 1160), lemir Kaïmaz-Ardjewani, jouant à la paume, tomba de cheval; sa cervelle lui sortit par le nez et les oreilles, et il expira sur l’heure (id., t. V, p. 174 Abou’lmahâsen (man. 661, f. 3o r°). Les sultans Melik-Kâmel et Melik-Aschraf, se trouvant à Damas, l’an 673 (de J. C. 1274), montaient tous les jours à cheval ensemble, et allaient jouer à la paume dans le grand manège, appelé le manège vert ya^jÛ] (Ebn-Khallikan , f. 370 v°). Au rapport d’un écrivain arabe

[Kâmel, tom. Vil, pag. 12), le sultan Aïoubite, Melik-Moudjâhid dit un jour à ses fils : « Sellez- « moi des chevaux propres pour le jeu de la paume, afin que je descende dans le manège, et que

«je m’exerce à jouer au mail )b v *aJI. » Le sultan Seldjoucide Melik-schah aimait à jouer à

la paume et au mail j (Ebn-Athir, Kâmel, tom. IV, fol. 118 v°).

Chez une nation belliqueuse comme les Curdes , on sent bien qu’un jeu qui présentait une image de la guerre, ainsi que des dangers réels, devait avoir pour la population un attrait particulier. Nous lisons dans une histoire de ce peuple (man. de Ducaurroy 88, fol. 91 v°), que «L’émir Pir- « Boudak, fils de Mir-Abdal, excellait entre tous ses compatriotes par son habileté dans le jeu de la

« paume et la force avec laquelle il lançait la balle. » L’épouse de l’émir curde Schems

eddin était turcomane de nation. Ses divertissements consistaient à faire courir un cheval, à lancer

des flèches, et à jouer à la paume [ibid., fol. 124 r°).

En Égypte, depuis la conquête des Musulmans, la paume achevai fut très en vogue, à la cour des princes qui se succédèrent dans la possession de cette contrée. Ahmed-ben-Touloun (Makrizi , Description de l’Ègypte, man. arab. 673 C, t. I, fol. 248 v°), ayant fait construire, hors de Fostat,

un magnifique palais, y joignit un vaste manège ^ I où l’on s’exercait à jouer au mail k y^

<ScsÙ y«a)l> . Le khalife fatimite Aziz fut, parmi les princes de cette dynastie, le premier qui se livra avec ardeur à ce genre de divertissement (Mohammed-ben-Moïassar, man. ar. 802 A, fol. 48 r°). Nedjm-eddin-Aïoub, surnommé Melik-Sâleh, l’un des descendants de Saladin, était passionné pour cet exercice. Il fit construire (Mazrizi, t. II, f. 266 v°) , près du Caire, sur les bords du Nil, un manège auquel il donna son nom ys?*L*o ^ ! y*, et dans lequel il allait prendre le divertissement de la paume. Le même sultan, au rapport de l’historien Nowaïri (26e partie, f. 186 v°), dit à son fils : « Tu ne dois « pas admettre un homme à ton service , à moins qu’il ne sache jouer de la pique , étant à cheval ,

« lancer des flèches ou une balle de paume, et montrer un courage intrépide. » Les successeurs de ce prince suivirent son exemple; mais au bout d’un certain laps de ce temps, les eaux du Nil s’étant retirées de devant ce terrain, le manège fut abandonné. De tous les souverains de l’Égypte, les

de chaînes. Dès le matin, ces malheureux furent attachés à des gibets, en dehors de la porte de Zawilali. La révolte fut ainsi étouffée, et la religion des Sunnites

Mamlouks furent ceux qui s’adonnèrent avec le plus d’ardeur à un exercice hasardeux, qui s’accordait si bien avec leur goût pour l’équitation , et leur extrême habileté dans cet art. L’un des premiers princes de la dynastie Bahrite, le sultan Bibars, surnommé Melik-Dâher, se montra passionné pour le jeu de paume; et les écrivains arabes, auxquels nous devons le récit de ses grands exploits, n’ont pas cru déroger à la gravité de l’histoire, en marquant, chaque année, avec une exactitude scrupuleuse, les jours que ce prince avait consacrés à ce noble divertissement. Ce détail, qui peut paraître minutieux, ne semblera pas superflu, si l’on fait réflexion que, pour les souverains mamlouks, la paume était une occupation importante ; qu’ils se rendaient au lieu destiné à cet exercice avec un cortège nombreux et magnifique, comme s’ils avaient dû assister à une cérémonie solennelle; que dans ces occasions ils ne manquaient pas de signaler leur munificence, en distribuant à leurs émirs et aux seigneurs de leur cour, des chevaux, des robes, et d’autres présents. Le sultan Bibars voyant que les eaux du Nil s’étaient retirées de devant le manège appelé Meïdân-Saléhi, en fit construire un autre , placé immédiatement sur les bords du fleuve , et auquel il donna le nom de Mcïdân- Dâheri ^1x41 (le manège de Dâher) (Makrizi , loc. laud., t. II, fol. 267 r°). C’était là

qu’il allait, avec sa cour, prendre le divertissement de la paume. Les Mongols, qui vinrent se

rendre à ce prince, l’an 660 (de J. C. 1261), furent admis à jouer à la paume avec lui ïj&\ (Nowaïri, Vie de Bibars, fol. 14 v°, i5 r°). L’année d’auparavant [il., fol. 10 r°), le même souverain avait joué à la paume dans le manège de Damas; et tous les princes de la Syrie partagèrent avec lui cet amusement. L’eunuque Schodja-eddin-Anbar, plus connu sous le nom de Sadr-albar, avait acquis un grand crédit sous le règne de ce monarque. En l’absence du sultan , il montait à cheval , se rendait au manège où il jouait à la paume, puis retournait au château ( ibid ., fol. 55 v°). Le sultan Berekeh , fils et successeur de Bibars , ayant été renversé du trône par des émirs rebelles, avait été relégué dans la ville de Karak. Un jour qu’il s’exercait au jeu de la paume, dans le manège de cette ville, son cheval s’abattit et le jeta à terre. Cet accident fut suivi d’une fièvre violente, qui en peu de jours le conduisit au tombeau , à l’âge d’un peu plus de vingt ans ( Abulfedæ annales, tom. V, p. 5o ; Makrizi , Solouk, tom. I , pag. 399).

Mohammed, fils de Kelaoun, surnommé Melik-Nâser fit construire, sur les bords du Nil, un manège appelé le manège des poulains Il s’y rendait quelquefois accompagné de ses prin-

cipaux officiers pour s’exercer au jeu de la paume (Makrizi, loc. laud., fol. 267 v°). L’an 723 de l’hégire (de J. C. i323) , le même sultan (Makrizi, ibid.), fit construire , non loin du Caire, à l’orient de Seriakous, un vaste manège qui renfermait des palais magnifiques, un grand nombre de belvédères destinés pour les émirs , et un grand jardin planté de toutes sortes d’arbres fruitiers. Ce prince, chaque année jusqu’à l’époque de sa mort, se rendait dans ce lieu avec un nombreux cortège, y séjournait plusieurs jours , et s’y amusait au jeu dé la paume. Là , il distribuait des robes d’honneur à ses émirs, et à tous les officiers de sa cour. Ce voyage offrait à tout le monde une suite non interrompue de divertissements ; et l’on y dépensait, tant pour les repas que pour les présents, des sommes incalculables. L’usage s’en maintint sous les règnes suivants , jusqu’à l’année 799 (de J. C. 1396) , où ce voyage eut lieu pour la dernière fois, et fut dès lors aboli sans retour.

Le même sultan Mohammed ( id ., fol. 268 v°) , ayant fait détruire le manège appelé Dâheri , en fit

an 658 (1260).

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