IV. MELIK-DAHER-BIBARS
«celui qui a cessé d’en faire l’objet de ses espérances; et qui se munit de la piété « comme d’une provision de voyage ; car tout autre présent (28) que celui d’une
! j « Us parcouraient les rues , faisant voir les ombres chinoises, et des figures grotesques. » Dans Y Histoire d’Égypte d’Ebn-Aïas (tom. II, fol. 169) : jjia) i JLi. JJ i «Une
«nuit, il fit venir les ombres chinoises.» Plus bas (fol. 210) : , ^U5I w'-aJ - ^ J
JJàlt JLi. « On fit proclamer que personne ne montrât les ombres chinoises. » Dans le même ouvrage (tom. I, part. 2, fol. i5j) : i JUi. «Le sultan ordonna de
«livrer aux flammes les figures qui servaient pour les ombres chinoises. » On peut voir, sur ce genre d’amusement, tel qu’il est pratiqué en Egypte, les détails que donnent Prosper-AIpin ( Historia Ægypti naturalis, pars prima, p. 60, 61); Coppin ( Bouclier de l’Europe, p. 170); Thévenot ( Voyages , t. J, p. 109, 1 10); Villoteau ( Mémoire sur la Musique en Égypte , p. 700). Le mot Jobs-0 qui se trouve dans l’histoire de Makrizi ( Solouk , tom. II, fol. 1 i3 r°), désigne : Celui qui montrait les ombres chinoises. L’indication de ce jeu se trouve dans Y Histoire des Mongols. Nous lisons dans l’ouvrage historique de Raschid-eddin (fol. 194 r°), et de Mirkhond (Ve partie, f. 38 r°), «que, sous le règne d’Oktaï, des
«faiseurs de tours , qui venaient du Khataï, c’est-à-dire delà Chine septentrionale,
«faisaient voir derrière un rideau des figures merveilleuses : chaque peuple était représenté d’une «manière différente. On y voyait un vieillard, au teint blanc, qui avait les mains attachées à la «queue d’un cheval, et dont le visage traînait. à terre. Cet homme était un musulman. Le prince, «s’étant fait rendre compte de ce que cette image exprimait, donna ordre de cesser la représentation, « et blâma vivement l’insulte que l’on faisait gratuitement à une classe d’hommes si nombreuse. »
Le mot JL=k a une signification moins restreinte, et désigne, en général, un tour d’adresse. On lit dans l’ouvrage intitulé Ikhwan-assafâ (m. ar. 1 io5, p. 268) : « Les faiseurs de tours «prennent une boule creuse, formée de gomme de sandarous (copal oriental), et d’autres ingré- «dients. Ils y mettent le feu, et la tiennent dans leur bouche. Lorsqu’ils aspirent et repoussent l’air, «on voit le feu sortir de leur bouche et de leurs narines. La chose continue ainsi, jusqu’à ce que,
« la matière étant consumée, le feu s’éteigne.»
(28) Le verbe , à la seconde forme, signifie : Offrir un présent. On lit dans l’histoire de No-
waïri (26e partie, man. de Leide, fol. 199 r°) : * ï-Xàt l~.* . Lit ! J « Il lui offrit en
«présent quelques-uns des objets précieux qui se trouvaient entre ses mains. » Dans Y Histoire d’Égypte d’Ahmed-Askalâni (tom. II, man. 657, fol. 67 r°) : j Ljà
^ tj
v — Jl « L’ostadâr fit présent au sultan d’une somme de quatre cent mille pièces d’or. » Dans l’histoire de Makrizi (tom. I, pag. 3i4) : JJt w\sJ *SÀ) Jà «Aucun des cour-
« tisans intimes ne fit le moindre présent. » De là s’est formé le substantif SU Eki> , au pluriel -Olü-j’, qui signifie : Un don , un présent , soit volontaire , soit forcé. On lit dans l’ouvrage du continuateur d Elmacin (man. 619, fol. 209 v°) : ïLp- «Le prince de Hamah apporta un
«présent.» Dans Y Histoire cVÉgypte d’Abou’lmabâsen (man. 663, fol. 149 v°) : yjgsd JOÎJJ JâJ
l^çs. j oisi (.j* 1^) J~-J JJ.=>- J.ü j « Ses enfants s’occupèrent à envoyer
« pour le sultan un présent magnifique, composé de chevaux, objets de prix, et pierreries. » Dans
« tadâr offrit en présent dix mille pièces d’or. » Plus loin (f. 75 r°) :
,bb*JÎI sS.3 « L’os- UUJjbl^î r3i
«vertu sincère ne saurait être agréable à Dieu. Exercez avec un zèle infatigable «la justice et la bienfaisance, car ce sont des vertus dont Dieu recommande la «pratique d’une manière spéciale; il en a répété le précepte dans une foule de «passages de l’Alcoran; grâce à elles, il pardonne les crimes et les iniquités que «les hommes ont commis; un jour consacré à ces vertus équivaut à soixante «ans d’actes religieux. Quiconque suit les sentiers de la justice ne manque pas «d’en recueillir les fruits. Sa fortune, minée par de longs revers, reprend une « situation heureuse et florissante ; il se voit désormais à l’abri des coups du sort. « Heureux l’homme qui peut recueillir de si grands avantages! dont les jours sont «plus brillants que des jours de fête, et plaisent plus aux yeux que ces taches «blanches qui ornent le front des coursiers généreux,- plus magnifiques que des « colliers somptueux qui parent le cou de la beauté.
« O prince ! ces contrées soumises à votre empire ont besoin de gouverneurs , «de commandants, d’officiers habiles, tant civils que militaires. Lorsque vous «confierez à l’un d’eux une portion d’autorité, ayez spin de placer auprès de lui «un surveillant habile, qui observe les détails de son administration, et qui «vous en instruise; car, au jour de la résurrection, vous serez responsable de « leurs actions, et on vous demandera compte des fautes qu’ils auront commises.
la Vie du sultan Kelaoun[ rnan. de Saint-Germain 118 bis, fol. 224 v°) : j ^oUüJ î
« On fit apporter les présents et des objets de prix de différents genres. » Dans YHistoire d'Êgypte d’Ahmed-Askalâni (tom. II, fol. 77 v°) : ^UaLJ! ^
« Ibrahim , fils du sultan , alla recevoir les présents des Arabes. » Plus loin (fol. 1 1 3 v°)
jj ! » ! Ï./J J-4 ! j « Daher
« fit remettre aux émirs de la Mecque et de Médine des diplômes, par lesquels il les dispensait des « présents qu’ils étaient tenus d’offrir aux émirs qui faisaient le pèlerinage. » Dans l’ouvrage de Khalil- Dâheri (man. 695, fol. 274 r°) : aJs jja «11 lui imposa un présent qu’il devait
« fournir chaque année. » Dans une Histoire d’Égypte (de mon manuscrit, fol. 147 r°) : » SS
iiyJas j « 11 offrit au sultan un présent considérable.» Plus loin (ibid.) :
« Les émirs arrivèrent, apportant des présents.» Ailleurs (fol. 173 r°) :
üLL*. « Ils avaient avec eux un présent magnifique. » Dans YHistoire d’Egypte d Ebn-Aïas
(tom. II, fol. 39) : .oIâj ^ jliUJ «Le sultan reçut de tout le
«monde une énorme quantité de présents magnifiques.» Plus loin (fol. 40) ,
XLlçs. a II envoya avec lui un présent magnifique, et des objets d un grand prix. »
Ailleurs (fol. 69) ; j L)!-Xs> « Il amenait des objets précieux et des présents
« splendides. » Et enfin (fol. 74) : j X^JJÜ aJÎ « Il lui en-
« voya un présent considérable qui se composait d’or, d’étoffes et de chevaux. »
IY. MELIK-DAHER-BIBÀRS.
xts 66g (1261).
«Attachez-vous à 11e choisir que des hommes vertueux, dont les efforts pour « votre service ne produisent que des actes estimables et non des fautes. Recom- « mandez-leur de suivre les lois de la douceur et de la modération ; detre toujours «prêts à faire céder leur affection personnelle lorsque la justice se montre avec 280 «évidence; d’accueillir les requêtes des pauvres avec un air riant et un visage « plein de bienveillance; de ne récompenser ou de ne punir que ceux qui le mé- «ritent réellement; de témoigner aux hommes soumis à leur administration, une « affection fraternelle, et de s’appliquer constamment à leur faire du bien ; de ne « point profiter de leurs désastres pour les mépriser et leur nuire : car un mu- «sulman, fût-il émir, et même sultan, doit toujours se regarder comme le frère «d’un autre musulman. Heureux un prince, lorsque ses officiers, dans leur ad- « ministration , suivent l’exemple de ses vertus; s’attachent à retracer la conduite «qu’il a tenue dans tous les actes de son gouvernement, et qu’ils portent pour «lui une partie du fardeau que ses forces ne sauraient soutenir.
« Recommandez-leur de supprimer les abus qui se sont introduits récemment,
«et des genres de vexations qui sont pour un État des plaies déplorables; et «d’obtenir, par leur abolition, des éloges légitimes : car des louanges, quelque «prix qu’on les achète, paraissent toujours peu payées. Les richesses que l’on «obtient par des voies injustes sont toujours une charge qui pèse sur le prince,
«et dont il devra rendre compte. Les trésors du fisc, ainsi alimentés, quoi qu’ils «paraissent regorger de biens, sont réellement pauvres (29). Quel homme plus «malheureux que celui qui se charge volontairement du poids d’un crime, et se «livre à des actes dont il ne doit recueillir que de la honte; qui aura pour «ennemis au jour de la résurrection , toute la masse du peuple; qui, dans tous «les faits de son administration, n’a cherché qu’à opprimer les autres hommes. «Certes, celui qui se livre à l’injustice échoue toujours dans ses espérances.
«U est digne de sa majesté illustre (3o) le sultan Melik-Dâher, de repousser, par
(29) Le texte porte : IL&sé! %J, Ljjls L) W ^
c’est-à-dire littéralement : «Les cols des trésors, quoiqu’ils soient en apparence parés de ces ri- « chesses sont, dans la réalité, complètement dépourvus d’ornements.»
(30) Le texte porte : ^jLLLJ! ( \ Ày^JLJî ^là-lî. L’auteur de l’ouvrage
intitulé Inscha (man. i573, fol. 104) , parlant des titres principaux que l’on donne aux personnages
éminents, met au premier rang celui de v ou », — Ailleurs, le même écrivain
(fol. 159 v°), dit expressément : A-ofsé! v ^>UL[| « Le mot makâm est un des
« titres qui se donnent exclusivement aux souverains.» On lit dans l’histoire de Makrizi (. Solouk , 1. 11,
« une justice sévère, les vexations qui s’exercent contre ses sujets, et d’alléger pour « eux les fardeaux qu’ils ne peuvent porter : car il a toute la puissance nécessaire «pour faire le bien ; et la fortune a mis à sa disposition des moyens que n’ont «jamais eus les rois ses prédécesseurs (3i). Je loue Dieu, ô prince, de ce qu’il a «placé près de vous un imam, un guide, qui vous a entouré d’une considéra- « tion nouvelle, et a rappelé à tous les hommes les grandes qualités que Dieu vous «a données en partage. Ce sont là des choses qui méritent une attention sérieuse, « et pour lesquelles on ne saurait trop célébrer la bonté de Dieu. En effet, aux «yeux de la raison comme de la religion, la louange ici ne saurait être exagérée. « Il est visible que dans toutes les affaires vous avez été l’homme éminent, tandis «que les autres sont des êtres secondaires.
«Un des points les plus importants à traiter ici, est, sans contredit, la guerre « contre les infidèles ; c’est pour tous les musulmans une obligation indispensable. «C’est un acte dont le souvenir est consigné dans les ouvrages historiques. Dieu « a promis une récompense magnifique à ceux qui combattent pour la défense «de la religion; et leur réserve auprès de lui une place éminente. Il leur destine «d’une manière spéciale les biens du paradis, où l’on n’entendra ni discours « futiles , ni paroles coupables (32).
«Sur ce qui concerne la guerre sainte, vous vous êtes déjà distingué par des «faits éclatants, qui ont fait pâlir les envieux : vous avez montré une force de «résolution plus pénétrante que le glaive, plus agréable aux musulmans que des 281 «fêtes brillantes. Par vous, Dieu a protégé les remparts de l’Islamisme, et les a «garantis des profanations de l’ennemi; votre courage a maintenu pour les mu- « sulmans l’intégrité de leur empire; votre épée a porté dans le cœur des infidèles «des blessures incurables. Par vous, nous espérons que le trône des khalifes va « reprendre son ancien éclat. Tenez éveillés, pour la défense de l’Islamisme, ces yeux «qui n’ont jamais été ni aveugles ni endormis; soyez, en combattant les ennemis
fol. 336 r°) : I ^ ÇîPj3 1 • • • I <l Le prince . . . Ibrahim , fils du sultan. » Et plus loin
(fol. 412 r°) : jJj ^lüjl «Le prince Djemâl-eddin, fils du sultan.» L’auteur de
l’ouvrage intitulé I/ischâ (man. i573, fol. ig5 v°), parlant de la forme des actes d’investiture que les sultans recevaient des khalifes, cite, comme un modèle en ce genre, la pièce dont j’offre ici la traduction, et cet auteur en transcrit quelques lignes.
(31) Le texte ajoute : j « Quoiqu’il vienne après les autres. »
(32) Alcoran, Surat. LU , vers. 22.
an 65g (1261).