‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 44 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIBARS

«de la foi, un guide que l’on suit, et qui ne suit personne; protégez le dogme « de l’unité de Dieu, et vous ne trouverez que des hommes prêts à vous seconder «et à vous obéir. Ne manquez pas de veiller sur les places frontières avec un «zèle qui porte le sourire sur les lèvres des hommes , avec un empressement qui « change pour elles les ténèbres en une vive lumière. Que le soin de ces forteresses «soit votre occupation principale ; songez à relever celles où les ennemis n’ont « laissé que des ruines : ces places seront de la plus haute importance, et attireront « sur l’ennemi la dispersion et le trouble. Aucunes ne réclament plus vos soins et «votre zèle, que les villes situées près du rivage de la mer, et que les ennemis «observent et convoitent perpétuellement. Dans cette classe, il faut ranger en « première ligne les places frontières de l’Egypte. Déjà plusieurs fois , les infidèles «les ont attaquées sans succès, et ont vu leurs troupes anéanties par la main de «Dieu, sans qu’il épargnât un seul de ces pécheurs. Veillez aussi à vos flottes (33), « où l’on croit voir des chevaux qui ressemblent à des lunes nouvelles; et des cha- « meaux légers qui courent sans que personne presse leur marche. C’est vraiment « la sœur de l’armée de Salomon ; celle-ci était portée par les vents : pour l’autre, ce « sont les flots rapides qui se chargent de la conduire d’un lieu à un autre. Lors- « qu’on la voit voguer sur les mers, on croit apercevoir des montagnes ; lorsqu’on «veut les désigner par une comparaison , on dit : Ce sont des nuits qui voguent cf pendant le jour.

« Dieu vous a donné tout ce que vous pouviez désirer de prospérité et de succès ,

(33) Le mot arabe ôstoul Jj^kw! , qui désigne une flotte , est formé du mot grec cxoXoç. C’est ce qu’atteste formellement Masoudi qui s’exprime en ces termes ( Tenbih , man. de Saint-Germain 337,

fol. 83 v°) : ! c j Üçk* î « Ostoul est un terme grec, qui indique

« une réunion de vaisseaux de guerre. » De là vient l’adjectif âstouli signifiant : Qui appartient

a une flotte. On lit dans le Kitâb-arraouclataïn (man. 707 A, f. 52 v°) : À J (jkwb5 î v '.£"1^4 î 2 -Ve.

«Plusieurs des bâtiments de la flotte.» Dans Y Histoire de la Conquête de Jérusalem (manuscr. 714, fol. 216 v°), on lit : ^^k-wlj Le mot , opposé à qui désigne : Un soldat de

l’armée de terre , signifie : Un soldat de la flotte. Le terme J^k*J s’emploie aussi dans le sens de vaisseau , batiment. On lit dans l’histoire d’Ebn-Khaldoun (manuscrit, tom. VI, fol. 196 r°) : àLaj «Il partit d’Almeriah, et se réunit à lui avec dix vaisseaux. » Plus loin (f. 212 r°): àoU *J «11 équipa pour lui cent quatre-vingts bâtiments. » Ailleurs

(fol. 267 v°) : j J ÿkwî «Ils étaient au nombre de soixante et dix

« bâtiments, tant corvettes que galères. » Ailleurs (fol. 2g3 r°) : J^kl~>î ïÿîj « Ils le joignirent « avec six vaisseaux. » Et enfin (tom. VII, f. 162 v°) : ^^LkL.! « Ses vaisseaux étaient

« au nombre d environ quatre cents. » On lit Estolap. Capmany, Barcelona, t. IV, p. 12, 87.

«et vous a accordé une perspicacité qui vous permet de lire dans l’avenir. 11 a « relevé par vous les espérances abattues, et a ranimé par des victoires le découragement des esprits. Il vous a conduit dans les sentiers de la justice , que vous « avez suivis sans vous détourner; il vous impose des devoirs qu’il est inutile de «vous rappeler. Dieu ne cessera de vous favoriser par sa protection puissante, « et de vous inspirer une reconnaissance sincère de ses grâces; caria reconnais- « sance est le complément des bienfaits. »

Dès que l’orateur eut achevé sa lecture, le sultan monta à cheval, revêtu de la robe d’honneur khilah , portant le collier d’or, la chaîne du même métal. A cette époque, on était sous le signe de l’épi (la Vierge). Le diplôme d’investiture fut porté d’abord par l’émir Djemâl-eddin, ostadâr du sultan , ensuite par Beha-eddin, qui marchait devant le prince. Les autres émirs, et les officiers d’un rang inférieur, s’avançaient à pied, à l’exception du vizir. Le cortège entra par la porte appelée Bab-anncisr la porte de la Victoire), traversa la ville du Caire, qui était décorée dans toute son étendue. Les rues, pour la plupart, étaient couvertes d’étoffes précieuses, sur lesquelles marchait le cheval du sultan. Le peuple faisait retentir les airs d’acclamations , souhaitant au prince de longs jours , un règne marqué par de brillants succès, et le priant d’accueillir ses vœux avec bienveillance. Le sultan étant sorti par la porte de Zawilah, regagna le château de la Montagne. Ce jour fut pour tous les habitants de la ville une véritable fête qu’il serait impossible de décrire.

282 Le sultan s’occupa aussitôt à disposer tout ce qui était nécessaire pour le voyage du khalife. Il commença par lui former une armée. L’émir Sàbek-eddin- Bouzba fut nommé atabek des armées àJL> . . (34)? avec Ie titr*e

(34) Lorsqu’un homme était choisi pour remplir une place quelconque, soit civile soit militaire, on lui délivrait un diplôme qui attestait sa nomination. Cette pièce, émanée d’un des bureaux de la chancellerie, était rédigée d’après un protocole invariable, sur un papier dont les dimensions étaient fixées avec une attention minutieuse. Je donnerai, plus bas, sur cet objet, des détails circonstanciés. Les distributions , les concessions de tout genre étaient également constatées par des rescrits que donnait l’autorité supérieure. De là, viennent ces expressions : d yO. On lit dans le

Kitab-alagani (tom. II, fol. 36 r°) : a-hoj

ad! d «Il lui fit présent de trois cent mille pièces d’argent, et lui demanda sur qui il voulait « qu’on lui donnât une assignation pour cette somme. » Dans le Inschâ (fol. ioi v°) : L° d wôbo OÜbüi! j çy* *d! « On lui assignera par un écrit tout ce dont il a besoin, tel que

«chevaux et objets accessoires. » Dans l’histoire de Nowaïri (man. arab. 646, fol. 87 v°) : d w-d" J»né>j4L) « On lui concéda Mausel et ses dépendances. » Et d «Il lui

«accorda le gouvernement des villes du Djézirah. » Dans l’histoire d’Ebn-Khaldoun (tom. VI,

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