IV. MELIK-DÀHER-BIBARS
avaient besoin ; on leur envoya des robes d’honneur des présents du sucre et autres objets. Ils se dirigèrent vers la ville du Caire ; le sultan sortit à leur rencontre, le vingt-sixième jour du mois de Dhou’lhidjdjah, et tous les habitants, sans exception, s’empressèrent pour les voir; on leur assigna pour logement des maisons qui avaient été construites pour eux dans le quartier de Louk, situé hors du Caire. On leur donna dans ce lieu un festin magnifique, et on leur envoya des robes d’honneur, des chevaux et des sommes d’argent considérables. Les principaux d’entre eux reçurent le grade d’émir; les autres furent incorporés parmi les Bahris; ils étaient au nombre de deux cents cavaliers, et accompagnés de leurs familles. Ils se trouvèrent alors dans une position florissante, et embrassèrent l’islamisme. Le sultan écrivit à Bérékeh une lettre, dont il chargea deux ambassadeurs , savoir: le jurisconsulte Medjd-eddin et l’émir Keschtek.
Cette même année, Sadagoun, général des Tatars, se présenta devant Mausel, et dressa contre cette ville vingt-cinq machines de guerre; la place n’était fournie ni d’armes ni de vivres , et la famine ne tarda pas à s’y faire sentir. Le siège se prolongeant, Melik-Sâleh-Ismaïl, fils de l’atabek Loulou, sortit des murs, le vendredi quinzième jour du mois de Schaban, et fut retenu prisonnier, ainsi que tous ceux qui l’accompagnaient. Les remparts de la ville étaient alors en ruine, et la population restait dans une entière sécurité; tout à coup les Mongols se précipitant dans la place, passèrent au fil de l’épée les habitants; le carnage dura neuf jours. Ala-eddin , fils de Melik-Sâleh fut fendu par le milieu du corps ; la ville fut livrée au pillage. Les vainqueurs égorgèrent les hommes, réduisirent en captivité les
«manqua d’orge pour les chevaux. » Dans la Description de l’Egypte de Makrizi (art. des Armées) : « De l’orge pour la nourriture des chevaux. » Le même mot se prend aussi pour la nourriture de tout autre animal. On lit dans l’histoire de Djemâl-eddin-ben-'YYâsel (fol. 4 10 v°), en parlant d’un buffle : bLiali a&Jp « Sa nourriture était constamment surabondante. » Le
mot isLlc. désigne : La ration journalière du cheval. On lit dans l’histoire de Nowaïri (man. de Leide, fol. 195 r°) : liiul* 3jL •••£$£ J ^ v3 ^ wôj “h lui assigna, pour chaque jour, quatre «cents rations d’orge. » Dans l’histoire de Makrizi ( Solouk , tom. I, pag. 55g) : ^juÜ) ILbJl çl) SobSj « La ration journalière d’orge monta au prix de trois pièces d’argent. » Le mot a
passé dans la langue persane. On lit dans le Tarikhi-lVassâf (fol. 57 r°) : lj î j~w
JôjO y?, «On donnera, pour la nourriture de chaque cheval sept man d’orge et
« de froment. » Dans l’histoire du continuateur de Raschid-eddin (fol. 479 v°) : . . ^bb .1$».
ç-Ls, I « Les chevaux de l’armée périrent, pour la plupart, faute de
« nourriture. »
femmes elles enfants, démolirent les édifices, changèrent cette ville en un désert; puis s’éloignèrent, emmenant avec eux Melik-Sâleh, qu’ils massacrèrent ensuite.
L’émir Schems-eddin-Akouscli-Bereki était sorti d’Alep, pour venir au secours de Melik-Sâleh. Les Tatars l’atteignirent près de Sindjâr, et lui livrèrent bataille. Forcé de fuir, il se réfugia dans la ville de Birah, le quatorzième jour de Djoumada second; il demanda alors la permission de se retirer en Égypte; l’ayant obtenue, il prit la route du Caire, où il fit son entrée le premier jour de Dhou’lkadah. Le sultan l’accueillit avec une extrême bienveillance et lui conféra le grade d’émir de soixante-dix cavaliers. Le gouvernement LU d’Alep fut donné à l’émir Izzeddin-Aïdemur-Schehâbi ; celui-ci attaqua les Arméniens de Sis, et fit un grand nombre de prisonniers qui furent envoyés en Égypte, et fendus parle milieu du corps.
Cette même année, peu de temps après la défaite de Mostanser, le sultan vit arriver à sa cour les scheïkhs des Arabes d’Abâdah et de Khafadjah, dont le territoire s’étend depuis Hit et Anbar, jusqu’à Helleh et Koufah. Ils avaient à leur tête Khedr-ben-Bedran-Abâdi, Schehri-ben-Ahmed-Khafâdji, Moukbil-ben-Sâlem, Aïasch-ben-Hadithah-Wischah et autres; le sultan les combla de présents. Ces Arabes lui servaient d’espions Uc J tjil^(63) auprès des Tatars.
Cette année vit mourir i°. Le scheïkh-alislam Izz-eddin-Abou-Mohammed-Abd- -91 alaziz-ben-Abd-asselam-Selemi , de la secte de Schafeï, à l’âge de soixante-deux ans ; 20 le sâheb Kemâl-eddin-Abou’lkâsem-Omar-ben-Nedjm-eddin-Abou’lhasan- Ahmed, le Hanefi, qui périt au Caire, à l’âge d’environ soixante ans; 3° le lettré Molii-eddin-Abou’lazz-lousouf-ben-Iousouf-Haschemi , natif de Mausel; il fut tué dans cette ville , à l’âge de soixante ans.
(63) Le mot ciïn ^yp signifie : Un espion , un surveillant , placé auprès de quelquun pour épier ses actions. On lit dans l’ouvrage intitulé Omdat-attâlib (man. ar. 636, fol. 3i v°) : U*
«Il était auprès d’eux l’espion (du khalife) Raschid. » Dans le lnschâ (fol. 102 v°) : jAsJl « On envoie chez l’ennemi des explorateurs. » Et plus bas (fol. 323 r°) :
,5 U yixJJ Lo «Il était tenu de ne jamais venir sur les terres de l’Isla
« misme comme espion des infidèles. « Dans la Description de l'Égypte de Makrizi (m. 797, f. 269 v )
jUkt v j ^ CUl I» «H avait des espions et des
« surveillants , qui lui rendaient compte de tout ce qui se passait. » Dans un vers de Bakhtei i , cité par Ebn-Athir ( Traité de rhétorique, manuscrit d’Asselin 104, fol. 127 r°), le mot ^yp est rendu par De là, s’est formé le verbe ^y-p , qui signifie : Placer un espion auprès de quelqu un.
On lit dans Y Omdat-attâlib (fol. 59 r°) : yj* J ^ ij'f’ ^^«Mamoun
« avait placé des espions auprès de lui et d’Ali-ben-Mousâ. *