‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 53 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIBARS

an 66 1 (iî63).

Le jeudi, huitième jour du mois de Moharram, Melik-Dâher donna une an audience solennelle, où se trouvèrent les Tatars qui étaient arrivés de l’Irak, etii^l les ambassadeurs qui devaient se rendre auprès du prince Bérékeh. On vit alors

arriver l’émir Abou’labbas- Ahmed -ben-Abi - Bekr-ben - Ali-ben- Abi-Bekr-ben- Ahmed-ben-Mostarsched-billah, l’Abbasside. Il se rendit à cheval h la grande salle d’audience , située dans l’enceinte du château de la Montagne; il s’assit à côté du sultan; et on fit lecture de sa généalogie, après qu’elle eût été déclarée authentique par le kadi-alkoddt, Tadj-eddin-Abd-alwahhab-ben-Bintalaazz. Il prit le titre de : Y imam Hâkem-bi-amr-allah, prince des Croyants. La généalogie fut lue par le kadi Mohi-eddin-ben-Abd-aldâher, kâteb-assirr (secrétaire de la chancellerie secrète). Quand tout fut en bonne forme, le sultan , étendant la main, prêta au khalife serment de fidélité, àwb , s’engageant à pratiquer tout ce que prescrit le livre de Dieu et les lois émanées du Prophète ; à faire le bien et à fuir le mal ; à combattre les ennemis de Dieu ; à recueillir par des voies légitimes les contributions affectées au service de Dieu , et à les employer d’une manière conforme à la justice; à tenir religieusement les traités; à observer les lois, et tout ce que la religion impose d’obligations aux imams; à protéger les Musulmans.

Dès que cette cérémonie fut terminée, le khalife s’approcha du sultan, et lui conféra l’empire des pays et des hommes; lui confia le soin de gouverner toutes les créatures, de contribuer de tout son pouvoir à l’exécution de la justice; Itq remit une autorité universelle, et le chargea de veiller aux intérêts de la multitude.

Aussitôt, les assistants, de toutes les classes, vinrent prêter serment de fidélité au khalife; et il ne resta personne, roi, émir, vizir, kadi, conseiller, djundi, jurisconsulte, qui ne s’acquittât de ce devoir.

Quand tout fut achevé, le sultan conféra avec le khalife sur l’envoi des ambassadeurs qui devaient se rendre auprès du prince Bérékeh. Après quoi, on congédia l’assemblée. Le vendredi suivant, il se réunit une foule nombreuse , au milieu de laquelle se trouvaient les ambassadeurs dont on vient de parler.

Le khalife Hâkem-bi-amr-allah s’avança, couvert de vêtements noirs, monta sur le menber (la chaire), ét prononça une khotbah (un sermon) en ces termes :

« Louange à Dieu qui a donné à la famille d’Abbas un pilier, un auxiliaire, et lui « a suscité pour défenseur un sultan choisi par lui : je loue Dieu de la bonne et de la « mauvaise fortune; et j’implore son appui contre nos ennemis. J’atteste qu’il n’y «a d’autre Dieu que le Dieu unique, qui n’a pas d’associé. Je certifie que Mort hammed est son serviteur, son apôtre. Puisse la bénédiction divine reposer sur 292

«lui et sur ses compagnons, ces astres destinés à guider les hommes dans la « bonne voie ! sur les imams destinés à servir de modèle , savoir les quatre khalifes; « sur Abbas, oncle paternel du Prophète, le consolateur de ses chagrins, le père « des illustres khalifes orthodoxes, et des imams qui suivent la bonne voie; sur « les autres compagnons du Prophète, sur ceux qui les ont suivis immédiatement. «Qu’il les comble de biens, jusqu’au jour du jugement.

« Sachez, ô hommes, que l’Imâmah est une des choses que réclame l’Islamisme; «que la guerre sainte est prescrite à tous les hommes; que cette guerre ne saurait « avoir lieu si l’union ne règne parmi les hommes ; les femmes n’ont été emmenées «captives que par suite de la violation des lois de l’honneur; le sang n’a été ré- «pandu que par l’effet de l’injustice et du crime; que n’avez-vous vu les ennemis «de l’Islamisme entrer en armes dans la ville de la paix (Bagdad), sacrifier à leur «fureur le sang et les richesses, égorger les hommes, les guerriers, les enfants; « violer les épouses du khalife, et profaner le sanctuaire; faire souffrir à ceux qu’ils «laissaient vivre les supplices les plus douloureux! partout s’élevaient des voix «lamentables, accompagnées de pleurs et de gémissements; partout se faisaient « entendre des clameurs , excitées par la terreur de cette longue journée ! combien « de vieillards dont la barbe blanche fut teinte de sang ; combien d’enfants pleu- « raient, sans que personne prît pitié de leur douleur! Réunissez tous vos «efforts (64), pour accomplir les devoirs que réclame la guerre sainte; révérez « Dieu, autant que vous pouvez; écoutez, obéissez, dépensez vos richesses, pour «le bien de vos âmes; ceux qui s’abstiendront de ménager leur vie, seront véri- «tablement heureux. Il ne reste plus aucune excuse qui puisse empêcher d’at- «taquer les ennemis de la religion, et de défendre les Musulmans. Ce sultan,

(64) Le texte porte : On lit dans le Commentaire de Soïouti sur le Mogm

(man. arab. 1238, fol. 62 v°) : ^ ^ lit «Lorsque vous voyez la guerre

«découvrir sa jambe, c’est-à-dire, apparaître.» Dans l’histoire de Hasan-ben-Qmar (man. 688, fol. 5g v°) : ÿjLaa. ^3 .X&L» « Il découvrit le bras du zèle , dans le siège de cette place,

«c’est-à-dire, il montra le zèle le plus ardent.» Dans les Proverbes de Meïdani ( Proverb . 3 5 09) : Ojv*'- Dans le Hamasah (pag. 334) : J-j—t Ldè! ïlj4> ^

«Il affronte ouvertement la mort, tandis que le lâche se cache.» Un poète, cité par Ebn-Khallikan (manuscrit 730, folio 242 verso), s’exprime ainsi : ïjljl U JJ «Il se

disposait à la prière. » Dans les Sermons d’Ebn-Nabatah (de mon manuscrit , Sermon 54) : \J> !

«Montrez, pour défendre la cause de Dieu, l’impétuosité des lions.»

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