‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 54 sur 183 · IV. MEL1K-DAHER-BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MEL1K-DAHER-BIBARS

an 661 (ia63).

« Melik-Dâlier, le seigneur illustre, savant, équitable, le protecteur de la foi, le «guerrier redoutable, le pilier de la religion et du monde «a embrassé la défense de l’Imâmah, qui ne comptait plus qu’un petit nom- « bre de combattants; il a dispersé les armées infidèles , qui avaient déjà pénétré « au centre de nos pays. Grâce à ses soins, le serment de fidélité a été prêté uni- « versellement , et la dynastie des enfants d’Abbas a trouvé de nombreux soldats. «Serviteurs de Dieu, bâtez-vous de témoigner votre reconnaissance pour de si «grands bienfaits. Montrez un zèle pur, et vous serez victorieux. Combattez les « partisans du diable, et vous obtiendrez l’avantage. Ne vous laissez point effrayer « par les événements passés. La guerre a ses chances : et le succès doit en défi- « nitive appartenir aux hommes pieux. Le temps n’est qu’un espace de deux «jours : et la vie future est pour les vrais croyants. Puisse Dieu vous réunir dans «les mêmes sentiments de piété , et consolider par la foi votre triomphe. Implorez «le pardon du grand Dieu, pour moi, pour vous, et pour tous les musulmans. « Implorez-le, car il est clément et miséricordieux ». Le khalife s’assit alors, pour prendre du repos; puis, se levant, afin de commencer la seconde khotbah, il s’exprima en ces termes : « Louange à Dieu; et que cette louange exprime toute la « reconnaissance que réclament ses bienfaits. J’atteste qu’il n’y a pas d’autre Dieu « que le Dieu unique, et sans associé, afin que cet aveu me serve de passe-port, «lorsque je paraîtrai devant lui. J’atteste que Mohammed est le seigneur des «apôtres et des prophètes de Dieu; que les bénédictions soient sur lui, sur sa « famille, sur ses compagnons en nombre égal à celui des créatures qui peuplent «le ciel et la terre. O serviteurs de Dieu, je vous recommande la piété : certes, « la meilleure exhortation qui puisse être adressée à l’homme est la parole du « Roi, du juge suprême. O vous, véritables croyants, obéissez à Dieu, obéissez «au Prophète, età ceux d’entre vous qui exercent l’autorité. Si vous avez entre « vous quelque contestation , remettez-en la décision à Dieu et au Prophète. Si « vous croyez à Dieu et à la vie future, cette foi sera pour vous la chose la plus « utile, et qui vous procurera les plus grands avantages. Que Dieu nous accorde, «ainsi qu’à vous, l’influence de son livre sacré, et répande abondamment sur « nous ses récompenses; qu’il nous pardonne, ainsi qu’à vous, et à tous les mu- «sulmans. Louange à Dieu, seigneur des mondes. »

Le khalife descendit du menber, fit avec toute l’assemblée la’prière du vendredi, puis se retira. Ce même jour, au moment de la khotbah, on fit dans toutes les chaires de Fostat et du Caire, des prières pour le khalife Hâkem-bi -amr-allah. h 24

Les provinces reçurent ordre de suivre cet exemple. A Damas, le vendredi, seizième jour de ce mois, la khotbah fut faite au nom du même prince. Dans l’exposé de sa généalogie, il était désigné par le nom de Abou’labbas-Ahmed, fds de l’émir Hasan, fils d’Abou’lhasan , fds d’Ali, fds de Hasan, fds du prince des croyants, Rasclnd, fds de Mostarsched, et trente-neuvième khalife de la famille d’Abbas. Parmi ces princes, il était le seul, depuis Saffah et Mansour, dont le père et l’aïeul n’eussent point occupé le klialifat, tandis qu’il s’en trouvait un grand nombre, dont le père n’avait point été khalife.

On fit partir le fakih Medjd-eddin et l’émir Seïf-eddin-Kescbtek : on les chargea d’une lettre qui contenait une relation de l’état de l’islamisme, le récit de l’inauguration du khalife, des paroles affectueuses pour le prince Bérékeh, que l’on exhortait vivement à entreprendre la guerre contre les infidèles. On y exposait la force des armées musulmanes, leur nombre, la variété des nations dont elles se composaient, tout ce qu’elles renfermaient de cavaliers, de Turcomans, d’Arabes (65), de Curdes; le détail des alliés de l’Egypte, de tous ceux qui avaient avec elle des relations amicales ou une simple trêve ; on ajoutaitque toutes

(65) Le mot aschir signifie : Une tribu, en général, et par excellence, une tribu arabe. On lit dans le Kitab-alagâni (tom. II, fol. 106 r°) : j « Abou’lhallal

« était le scheïkh et le chef de la tribu. « Chez les auteurs arabes de l’Égypte , ce mot se prend dans deux significations différentes. Makrizi l’applique aux Arabes établis en Syrie. On lit dans la grande

histoire de cet écrivain ( Solouh , tom. I, pag. 1x87) : ^

JJls ^3 j « Les tribus de la Syrie se divisent en deux grandes classes , Kaïs

« et Yémen ; ces deux partis ne sont jamais d’accord entre eux ; et fréquemment ils se font mutuelle- «ment la guerre. » Ailleurs (tom. Il, fol. 44^ v°) : j L$*m*9 « Les tribus de la

« Syrie, savoir Kaïs et Yémen. » Ailleurs (tom. I, pag. 553) j

j*)\ j « On manda les scheïkhs de Kaïs et de Yémen , du nombre des tribus et des Arabes. » Plus

loin (pag. 1089) : ^b^sOlj iaLb «Les tribus et les Arabes s’emparèrent de l’autorité. » Et

enfin (tom. III, fol. 12 r°): ^ ^»UJI « Le trouble régnait parmi les tribus

« de la Syrie. » D’autres écrivains distinguent expressément les Aschir des Arabes. On lit dans une Vie du sultan Mohammed-ben-Kelaoun (m. 8o5, fol. 54 v°) : ^ î bbj

JLiù «Parmi les habitants de la Syrie, est un peuple montagnard, qui porte le nom « d 'Aschir (les Druses). » D’autres historiens attestent que ces Aschir étaient des Curdes. On lit dans «l’ouvrage de Djemâl-eddin-ben-Wâsel (f. 408 r°) : b ! Jjbâ j «Les tribus des

«Curdes, et celles des Arabes. » Et les mêmes mots se trouvent répétés dans la Vie de Bibars par Nowaïri (fol. i5 r°). On lit dans Y Histoire d’Égypte d’Ahmed-Askalâni (fol. 1 5q v°) :

an 66 i (ia63}. IV. MELIK-DAHER-B1BARS. 187

ces forces étaient parfaitement soumises et obéissantes. On excitait Bérékeli contre Houlagou, on échauffait son ressentiment, on lui représentait comme facile la guerre contre le prince, dont on peignait la conduite sous les couleurs les plus odieuses. Les députés étaient porteurs d’un exemplaire de la généalogie du khalife en remontant jusqu’à l’apôtre de Dieu. Celte pièce était dorée, et munie d’attestations qui certifiaient l’authenticité de l’acte. On convoqua les émirs, les mufredis ïjjlij! (66), et on fit devant eux lecture des lettres, qui furent ensuite remises aux ambassadeurs. On fit partir avec eux deux Tatars, du nombre des sujets de Bérékeli , et qui devaient montrer aux députés la route qu’ils avaient à

, qhLàd j I «La discorde éclata entre les Aschir et les Arabes de Syrie. »

Ailleurs (tom. II, man. 657, fol. i5 v°) : j ^JjL> Jjs ^Xsü!

Lsr^j -îUüt « Du côté de Naplous, il y eut de fréquentes hostilités entre Ebn-Abd-

« essatir, et son cousin Ebn- Abd-alkâder, qui tous deux étaient scheïkhs des Asrliir. » Ailleurs

(fol. 3i v°) : j ïads-h <. >1x5”” « Il arriva une lettre écrite

«par le khalife, et qui était adressée aux émirs des Turcomans, des Arabes et des Aschir (des

« Curdes). » Plus loin (fol. 40 r°) : y 3 v >j& J “ Un granci nombre d’Arabes,

« à' Aschir et de Turcs. « Plus loin (fol. 149 v°) : 1 ^XSj> « Le chef des Aschir de Syrie. »

Et enfin (fol. 272 v°) : ^**k*J| <, > y laJj.s «Là, étaient des Arabes, qui venaient

« loger chez quelques-uns des Aschir. » Dans l’ouvrage du continuateur d’Elmacin (m. 619, f. 70 r°)^ on lit : ^LiJ! 3% su* j j «Les Aschir, s’étant soulevés, portèrent le

« carnage et la dévastation dans toute la Syrie. » On trouve le pluriel oschran ^ dans un passage du Mesalek-alabsar (fol. 227 r°) : L^aso Ipbs! « La nation se composait de tribus

«qui étaient en hostilité. l’une contre l’autre. « Aujourd’hui encore, les tribus arabes sont désignées parle nom de Aschdir (Rousseau, Pachalik de Bagdad, pag. 3o).

(66) Le mot mufredi (jp , dont le pluriel est ïJjÜU , dérive sans doute du terme mufred

ppb , qui désigne : Le domaine particulier du. prince. On lit dans l’ouvrage de Khalil-Dâheri

(fol. 220 r°) : v àj^iJ ! Jyij! « Tous les cantons qui dépendaient du domaine auguste. » Et

plus loin {ibid. v°) : .ij-â-Jt «Le conseil qui administrait le domaine privé. » Les mufredis pa-

raissent avoir été « des officiers qui étaient attachés au service particulier du prince. » On lit dans la Vie de Bibars par Nowairi (fol. 2 3 r°) : LilsrM ! J.& fjÿ "Il distribua des gratifi-

ât cations aux djundis et aux mufredis, qui faisaient partie de la halkah. » Plus loin (fol. 24 v°) :

••>>*=»■ j! Et ailleurs [ibid.) : 2 li-i ! j « Les chambellans et les mu-

« fredis. » Dans la Description de l’Égypte de Makrizi (man. 798, f. 179 r°) : j

Dans l’ouvrage historique du même auteur ( Solouk , tom. I, pag. 307) : lals^î ^ ttajUjl j .iLss.^1. Et plus loin (pag. 3i3) : ^Jv4=s.j! dSy- Dans l’Histoire des Patriarches d’Alexandrie, ce mot est écrit et au pluriel JJjli*. On y lit (man. arab. 140, pag. 347) :

«Un mufredi arriva du Saïd. » Et ailleurs (p. 327) : j JjjU-l! « Les mufredis

1 et les eunuques. »

prendre. Ils s’embarquèrent sur des bâtiments de transport, ayant avec eux des provisions îbljj (67) pour plusieurs mois. Ils arrivèrent à la cour de Lascaris (Michel-Paléologue), qui leur témoigna de grands égards. Sur ces entrefaites arrivèrent des ambassadeurs envoyés par le prince Bérékeli. L’empereur les fit partir pour leur destination. L e fakih Medjd-eddin /qui se trouvait malade , reprit la route de l’Égypte. Il apportait une lettre de Lascaris, annonçant que lemirSeifeddin , avec son cortège, avait continué son voyage.

Cependant, l’émir Djemâl-eddin-Akousch-Nedjibi-Sâléhi alla prendre possession de la vice-royauté de Damas lôLj. Il avait avec lui le sdheb Izz-eddin-Abdalaziz-ben-Wadâah, vizir de Damas. Il était porteur de lettres émanées du sultan 'ksj jL y'Iio (68), et tous deux furent revêtus de robes d’honneur.

(67) Voyez aussi Djemâl-eddin-ben-Wâsel (manuscrit non catalogué, fol. 408 r°). Le motîbljj se prend ailleurs dans le même sens, c’est-à-dire dans celui de provisions de bouche. On lit dans

l’histoire de Makrizi ( Solouk , tom. II, fol. 483 r°) : 1*0* lie ^»Lâ « Le roi de cette

« contrée leur fournit les provisions dont ils avaient besoin. » D’autres fois, il signifie : L’action de se procurer des vivres. On lit dans la Vie du sultan Kelaoun (man. de Saint-Germain, 118 bis, f. 64 v°) :

iOtjjJî "I* permettait aux habitants de se procurer des vivres. » Le mot iOjj?

signifie également des vivres. On lit dans l’histoire de notre auteur ( Solouk , t. I, p. g23) :

t j «Il porta son bagage et ses vivres. » Dans l’histoire d’Ebn-Khaldoun (tom. VII, f. 214 v°) : « Leurs provisions étaient épuisées. »

(68) Le mot tedhkirah tjÉ Xj , qui fait au pluriel tedhâkir £\ %Xs , désigne, en général : Un acte ,

un rescrit, émané du prince. On lit dans Y Histoire de la conquête de Jérusalem (man. 714, f. 74 v°) : 'ijs xJ ! ! « Il fit apporter l’acte.» Dans l’histoire de Djemâl-eddin-ben-Wâsel (man. non catalogué, fol. 439 r°) : S-Oj ijs xi « Il écrivit une lettre à son fils Melik-

«Saïd. » Dans l’ouvrage intitulé Inschâ (fol. ni v°) : <w La L/^4 ^ ij>X)

^ ,^1^1 «On écrivait un mémorial, pour rappeler les points les plus importants, « qui avaient été traités dans les lettres émanées du prince. » Dans une Histoire d’Égypte (de mon

manuscrit, fol. 41 v°) : d s ^ 'ijs xj

« Il écrivit d’Égypte , et envoya en Syrie une cédule , concernant une somme de sept mille pièces d’or « qu’il avait laissée en dépôt. » Ce mot se trouve souvent chez les voyageurs modernes, qui l’écrivent de diverses manières. Dans le Voyage à Tripoli (tom. I, pag. 264), il est expliqué par fer man. Dans les Nouvelles annales des voyages (tom. XXII, pag. 41), par assignation du trésor. Suivant M. Maggill [Nouveau voyage à Tunis, pag. i52) : « On appelle leshèrè le permis d’extraction , de même que tous « les ordres écrits qui émanent de l’autcrité souveraine. » Au rapport du P. Caronni ( Ragguaglio del viaggio compendioso, pag. 101) : « On ne peut tirer des grains de Tunis, sans avoir obtenu du « bey une cédule appelée tiscara. » Le docteur Frank (Recherches politiques . . . sur Tunis, manuscrit de M. Marcel, chap. VI), explique le mot lezhéré par privilège ; M. Estève ( Finances d’Égypte , pag. 5i), rend tezkeret par acquit de douane. Ailleurs (pag. 70) , il dit : « Dans toutes les mutations.

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