IV. MELIK-D AHER-BIBARS
an 66 1 (1263).
Le septième jour du mois de Rebi second, le sultan partit du château de la Montagne, pour se rendre en Syrie. Il campa hors du Caire, et se mit en marche 294 le onzième jour de ce mois. Il ne cessa de se livrer au plaisir de la chasse jusqu’à son arrivée à Gazah. Tandis qu’il était près d’Alarisch, il disposa trois mille cavaliers de manière à former une enceinte circulaire, dans laquelle fut enveloppée une quantité énorme de gibier. L’émir Schems-eddin-Sonkor-Roumi, étant tombé de cheval, le sultan accourut vers lui, se jeta à terre, prit la tête de l’émir, et la posa sur ses genoux. Il tira d’une bourse un fragment de mumie, et le lui fit avaler; après quoi il emmena le blessé dans sa tente. L’émir Seïf-eddin-Kelaoun tomba également de cheval, et éprouva de la part du sultan des soins non moins empressés. Ce prince étant arrivé à Gazah, y reçut la visite d’un grand nombre de personnes, parmi lesquelles on distingua la mère de Melik-Moughith-Omar, fils d’Adel-Abou-Bekr, et souverain de Karak. Bibars accueillit la princesse avec une extrême libéralité, et combla de présents toutes les personnes de sa suite. Il lui donna, entre autres provisions, quinze charges de gibier, qui étaient le produit de sa chasse. La princesse partit pour Karak, où elle devait rejoindre son fils.
Elle était accompagnée de l’émir Scherf-eddin-Djâki, le Mihman-ddr, qui devait faire disposer les provisions nécessaires pour Melik-Moughith, lorsqu’il se rendrait auprès du sultan. Bibars s’occupa ensuite de ce qui concernait les Turcomans. Il revêtit de robes d’honneur leurs émirs, ainsi que ceux des tribus d’Aïd .xAjJÎ (ou plutôt Abed, jjbJ !), de Djerm et de Thalebah. 11 leur afferma les différents cantons, les astreignit à payer le tribut appelé Adad (69), leur enjoignit de servir la
«les nouveaux moultezim n’obtenaient la jouissance des droits de leurs prédécesseurs, que par un « titre appelé tezâker-cl-temekinat, qui leur était délivré par le pacha. » Enfin, il dit (pag. 9) : « Le « tezâker tchâouchyeh fut établi par le sultan pour fournir un supplément de paye aux membres de -< l’ogâk-tchâouchyeh , chargé d’assurer la levée du Myry. » Bruce ( Voyages aux sources du Nil., t. I, pag. 284), «parle d’un tiskéra qui avait été remis au raïs (patron) de la barque sur laquelle il se « trouvait, et qui obligeait cet homme d’entrer au service du schérif. »
(69) Le mot adad désignait : La clùne qu’on lèvent sur les troupeaux des tribus nomades
arabes ou autres. On lit dans l’histoire de Makrizi ( Solouk , tom. II, fol. 117 v°) , en parlant des Turcomans : (Jhij jV'.x) ! jjj-a L ^2, ^
« On recueillait chez eux plusieurs dixaines de milliers de moutons, qu’on levait à titre de « dîme de leurs troupeaux; et ce tribut était désigné par le mot adad. » On lit dans la Vie de Bibars (man. 8o3, fol. 91 v°) : Li tyj 5 ! (lis. Ï9p) l ~sy ! \xj ! ^ « On
« envoya quarante employés des bureaux pour lever le tribut appelé adad , chez les Arabes djou - « schenis, qui habitaient le territoire de Barkah. » Plus loin (fol. 96 r°) : ,Jt jlisLJî^L,
poste, et de faire venir les chevaux nécessaires pour cet établissement. Il écrivit au souverain de Schiraz, aux habitants de ces contrées, ainsi qu’aux Arabes de Kbafadjab, pour les engager à faire la guerre à Houlagou , monarque des Tatars. Il leur annonçait que , d’après de nouvelles arrivées par la voie de la mer, Bérékeh avait vaincu plusieurs fois ce prince.
Cependant Bibars, étant parti de Gazah, vint camper à Tour (70), le
douzième jour du mois de Djoumada second. Le quinzième jour du même mois, Melik-Aschraf, souverain de Hems, arriva, en vertu d’une permission qu’il avait reçue. Le sultan sortit à sa rencontre, le combla d’honneurs, et lui envoya, en une seule fois, soixante-dix gazelles, lui faisant dire : «Voilà le produit de ma «chasse d’aujourd’hui : je l’ai réservé pour vous.» Sur ces entrefaites Melik- Moughith partit de Karak; il avait reçu des lettres du sultan, qui l’invitaient à venir; mais il différait sous divers prétextes. Bibars témoigna pour le voir un vif empressement, l’abusa par la conduite la plus artificieuse, et ne fit connaître ses projets à personne. Lorsque Melik-Moughith fut arrivé à Beisan (71), le sultan sortit à sa rencontre, dans le costume le plus pompeux, le vingtsixième jour du mois de Djoumada premier. Au moment où les deux princes s’abordèrent, Moughith se plaça au côté du sultan, et l’accompagna jusqu’à la tente royale ^ÜaLJÎ yJUjJî (72). A peine étaient-ils entrés dans l’en-
pJ-U . . . ^ hLs.j « Le sultan envoya vers l’émir de Médine, un homme d’entre
« les Arabes, pour réclamer le tribut appelé adacl. » Et immédiatement après on lit ces mots : ïty\ (Jp. «Le sultan demanda la dîme qui appartient à Dieu. » Et cette obser-
vation suffirait, au défaut de toute autre explication, pour démontrer l’identité des deux mots e t à î As> .
(70) J’ai lu tour ^iJ! au lieu de que présente le manuscrit. Il a été fait mention plus haut
(pag. 79) de la ville de Tour. On lit dans le Kamel (tom. VI, pag. 22.5) que, dans l’année 60g de l’hégire (1212 de J. C.) «Melik-Àdel fit construire une forteresse, dans le voisinage d’Akkâ, sur une « montagne appelée tour Jî. « Et plus loin (pag. 239) : ,J-p £***0». -îda
&& v «La ville de Tour est une place extrêmement forte, située sur le sommet d’une
« montagne, dans le voisinage d’Akkâ.» Nowaïri dans la Vie de Bibars (fol. 19 r°, 65 r° et v°), « parle aussi de cette ville; il atteste, comme notre auteur que le sultan , étant parti de Tour au milieu « de la nuit , se trouva , au point du jour, tout près de la ville d’Akkâ. »
(71) Je lis au lieu de j .
(72) Le mot dehlizjSjb^ signifie proprement : Une salle d'entrée, un vestibule. Et c’est en ce sens qu’Ebn-Athir [Kamel, tom. III, fol. 67 v°), parlant de la ville d’Alep, la nomme :
« Le vestibule, c’est-à-dire la porte de l’Irak. » On lit dans une Histoire de Damas (manuscr. 823, fol. 54 v°) : -Jsi >b ^aij ^ J LaO AJJ « La porte orientale
IY. MELIK-DAHER-BIB ARS.
an 661 (1263).
ceinte , que Moughith fut arrêté prisonnier. On convoqua les princes, les émirs et le kadi-alkodât Schems-eddin-Ahmed-ben-Kliallikan , que l’on avait
«plusieurs vestibules très-vastes, dont chacun conduit à une large porte. » Et plus loin ( ibid. ): jJLajJI liwj 3, « Dans le milieu du vestibule est un bassin. « Quelquefois, il se prend, dans un sens plus étendu, pour une chambre, une salle. On lit dans le Kâmel ou plutôt dans l’histoire d’Ebn-Wâsel (t. VII, p. 222):jL\Jî^JlaO « Il entra dans une des chambres delà maison. »
Dans la Description de l'Égypte de Makrizi (man. 798, fol. 4 r°) : i jj l* .} J
JjüljJLajJ! ^3 ! « Il s’asseyait dans les salles du palais ; et le chef se plaçait dans la première
«chambre. » Et plus loin (fol. 182 v°) : 'LLjjL* yi La 3 ! v >tj y ^ mar-
«chait, depuis la porte du palais, dans des chambres pavées de marbre. »
Lorsqu’il s’agissait d’un campement, le mot désignait : La partie antérieure des tentes, ou la
première tente , celle où le sultan se tenait d’ ordinaire pour donner ses audiences. Et surtout dans les expéditions militaires, qui exigeaient au plus haut point la célérité, on se contentait souvent de placer cette tente unique, sans y joindre cette suite de tentes de différents genres, qui accompagnent ordinairement la résidence du souverain. On lit dans l’histoire de Djemâl-eddin-ben-Wâsel (man. non catalogué, fol. 394 r°) : jJlaAJ <0 «On dressa pour lui deux vastes tentes,
«qui avaient des vestibules. » Dans la Vie de Bibars par Nowaïri (f. 24 v°) : !
« La tente dressée dans cet endroit. « Dans X Histoire d’Égypte d’Abou’lmahâsen (in. 663, f. 168 v°) : aj Lis! tjyxiaj ! aj .Lies.! Sij A»ls4! « Melik-Moudjahid s’étant ré-
«fugié dans sa tente, les soldats l’enveloppèrent, et coupèrent les cordes. » Dans la Description de
l'Égypte de Makrizi (man. 798, fol. 199 r°) : U J^S"! aJ » ys A3 jJlaO 3,
y y& «11 se plaçait dans une tente royale qui avait été dressée pour lui, et qui était « ornée avec une extrême magnificence.» Dans l’histoire de Nowaïri (26e partie, f. 198 v°) : J..oj u j! J-A-3 j « Lorsqu’il fut arrivé à la porte de la première tente, il
«mit pied à terre, et entra dans la tente. » Dans l’histoire de Djemâl-eddin-ben-Wâsel (fol. 11 r°) : jJaO v—J^à «Par ordre du sultan, on dressa la partie antérieure de sa tente.»
Dans la Vie de Bibars (man. 8o3, fol. 21 r°) :jJU Jj aJ « On prépara pour lui deux
« tentes, accompagnées de leurs salles antérieures. » Plus loin (f. 69 v°) : ^ j A*^j *yjya{\ jJLsjJ!
Aa*JI « La tente dressée dans le meidân de la fête. » Ailleurs (fol. 63 v0! : a^U v î^JlîO
■sS Ay^î. «On dressa sa tente antérieure; et, par devant, une vaste tente.» Et enfin (fol. 65 r°) :
^>yo «On dressa dans cet endroit la tente de guerre qui était de « couleur rouge. » Dans l’histoire de Nowaïri (26e partie, fol. 190 v°) :jAs>3 LJ! v tCU! Jÿ
^Ia41j aJ <^>yo «Melik-Nâser descendit dans une tente qu’on lui avait dressée, au milieu du « meïdân (l’hippodrome). Dans l’histoire de notre auteur ( Solouk , tom. I, pag. i58) :jLo 1XL \y\.ss5 aA*. Ajc« «Il se mit en marche, accompagné de seize tentes, destinées
« pour autant de rois. » Plus loin (pag. 18 1) : AkLLJI jJjsO aJ yj^> « On dressa pour lui la tente « royale. » Ailleurs (pag. 182) : J JA*)! ^J.»Aa IjMa.! «Ils environnèrent la tente d’Adel, et la
«renversèrent.» Plus loin (p. 2o3) : j ‘ÀJlisLJ! 'ÀalaJ’j ^! Aolj ^J| ^IJLJLJ! v
^AiiLJ! « Le sultan écrivit à son vice-roi de se mettre en marche, avec la halkah du sultan, et la «tente royale.» Dans l’histoire d’Abou’lmahâsen (manuscrit 66 7) : ^ AiaLJ ! ^Jla a) Lj Jjj «Il « logea dans la tente royale. » Ailleurs (fol. 35 v°) : ^UaLJ! jJjO ^Jy;.w! «Il s’empara delà « tente du sultan. » Et dans un autre volume du même ouvrage (man. 663, fol. 27 r°) :^Jjs>a)! J^a. ,
mandé de Damas; les schâheds les djundis et les ambassa-
deurs des Francs. On produisit en leur présence les lettres adressées par 295 Melik-Moughith aux Tatars , et les réponses de ceux-ci. On exhiba en même
JJJUi ij* X# « Le départ du dchliz, c’est-à-dire, de la tente ronde du sultan. » On ne sera
sans doute pas fâché de trouver ici quelques détails sur les tentes qui accompagnaient le sultan d’Égypte dans ses voyages. Voici de quelle manière s’exprime à ce sujet l’auteur du Mesâlek-alabsar (manuscrit 583, folio 171 verso) : « Le sultan, dans ses marches, n’a point avec lui le rakabah, ni
« les drapeaux v emblèmes de la souveraineté (je lis bSjj 1 au lieu de !. V or.
« p. i34, 1 35). On conduit derrière lui plusieurs chevaux de main ; il a soin, la plupart du
« temps, de ne camper qu’à la nuit. Lorsqu’il arrive au gîte, on porte devant lui un grand nombre « de flambeaux et d ernaschâls (réchauds allumés). Au moment où il approche de sa tente, on
« vient à sa rencontre avec des flambeaux de cire, placés dans des chandeliers dorés « Les djawichs crient devant lui; tout le monde met pied à terre, à l’exception de ceux qui portent «les armes derrière lui : des pages bSLlj le suivent, et les tabardârs (porte-haches) l’entourent : il « entre d’abord dans le premier vestibule Alors il descend de cheval, pénètre dans la
« schakkah ïiiJ!, qui est une tente de forme ronde et très-vaste; de là dans une schakkah plus petite;
" et enfin, dans celle cpie l’on appelle lâdjouk Chaque tente est environnée de tous côtés par
le mur appelé khirlah. Dans la partie antérieure du lâdjouk est un petit château de bois, construit pour « le prince, et où il doit passer la nuit. Devant la schakkah , on établit un bain, accompagné de chau- « dières de plomb et d’un bassin , sur le modèle des bains que l’on construit dans les villes, à l’excep- « tion qu’il est plus petit. Lorsque le sultan est endormi, les Mamlouks montent la garde autour de
« lui alternativement ; et un corps de troupes circule autour de toute l’enceinte. Une ronde <sij a lieu « autour du dehliz deux fois chaque nuit, au moment où le sultan s’endort, et lorsqu’il se réveille.
« Chaque ronde est commandée par un émir babdar, qui tient un des premiers rangs parmi les émirs. Il « a autour de lui des flambeaux l«9, des maschals ^e'JLo, des tambours, et la flûte (je lis bbiJI, au lieu de ajLJ!). A la porte du deliliz sont couchés les nakibs UiÜI, les eunuques de service
Le mot que nous trouvons dans cet article, est le terme altchouk , ou alalchuuk
, qui, de la langue des Turcs orientaux, a passé dans celle des Persans, et désigne une lente. Un lit dans la Fie de Timour, écrite par lui-mème (manuscrit, fol. 21 r°) : ïLw. jl ^3ys?J\
«J’aperçus une tente, du nombre de celles qui sont noires. » Plus loin (ibid.) .
bbs. j Jj « J’arrivai à la porte d’une tente. » Et ( ibid .) : ^b «J’entrai
« dans cette tente. » Plus loin (fol. 22 v°) : «Us avaient dressé des tentes. »
Et (ibid.) : [« Je couchai dans cette tente. » Ailleurs (fol. 4° v°) :
jObl***J ! • • • jb*»j " Je vis un grand nombre de tentes qui étaient dressées. » Et enfin (f. 214 r°) :
bU. j « Étant arrivé à la porte d’üne tente. » Le même mot se trouve, avec la même signification, dans les Instilutcs of Timur (pag. 66), et dans les Mémoires de Baber, où il est
écrit (manuscrit, fol. 69). On lit dans la Vie de Schah-Abbas (fol. 70) :
AN 66 1 (1263). IV. MELIK-DAHER-BIBARS. i<j3
temps les décisions jybà des jurisconsultes, qui autorisaient à lui faire la
guerre. On fit paraître les courriers .>Loü)!, qui entretenaient les négociations «-yLo (73 ), entre ce prince et Houlagou. L’émir Atabek dit aux assistants : « le « sultan vous salue , et vous dit : «voilà le seul motif qui m’a porté à faire arrêter « Melik-Moughith. «Après quoi, on fit la lecture des lettres indiquées ci-dessus. On dressa un procès-verbal, sur lequel les kadis apposèrent leurs certificats. Ensuite, on congédia l’assemblée. Le sultan, s’étant assis, fit écrire aux habitants de Karak une lettre remplie de promesses et de conseils. Ces dépêches furent confiées aux émirs Bedr-eddin-Baïsari et Izz-eddin, Yostâdâr. On leur remit en même temps des robes d’honneur et des sommes d’argent, destinées pour les
«CLtÀf «Ils avaient pris la fuite, laissant en place leurs cabanes et leurs tentes. « Et plus loin (fol. 160) : jjIAj! S .< U dressa séparément pour
« eux, une tente et une cabane. »
(73) Le verbe signifie: Être négociateur, intermédiaire. On lit dans l’ouvrage historique de Makrizi ( Solouk , tom. I, p. 147) : jk~, « L’émir Fakhr-eddin fut négociateur
« entre eux deux.» Dans l’histoire d’Ebn-Khaldoun (tom. VI, fol. 287 r°) : b ils.
« Il remplit de sa part une mission auprès des souverains de l’Égypte. » De là vient : i° Le mot safir qui désigne un négociateur. Abou’lala, dans son Commentaire sur ses poésies (man. ar. 1409, pag. i3o), s’exprime en ces termes : j! ,3 y;iJ! y> ^.jLJ !
VjLLJI « Le mot safir désigne celui qui négocie la paix entre des peuples, ou entre deux
«hommes ennemis. » Dans l’ouvrage intitulé Inschâ (man. i5y3, fol. 106 v°), on lit : J!
j Jj LJ ! « Le chef de la chancellerie secrète est l’intermédiaire entre celui qui fait une
« demande, et le prince à qui elle est adressée. » Le terme sifârah ïjlLv désigne : La médiation, les négociations. Nous venons de voir ce mot expliqué par Abou’lala. Il se trouve avec cette signification dans l’ouvrage de Hariri (Séance XII). On lit dans l’ouvrage historique de Makrizi ( Solouk , tom. I, p. 834) 'ïjlLuJ «Grâce à l’intervention de l’émir. » Dans la Description de l’Égypte du même
écrivain (man. 798, fol. 197 r°) : ûji ^»UJ| v y U ijjljL. « Le naïb (gou-
« verneur) de la Syrie, et les officiers inférieurs ne sauraient se passer de ses bons offices. » Dans le Inschâ (fol. 206 r°) : Ày^Jî j JUaL* ïjULJ! « Sa bonne intervention entre le sultan et
«les sujets. » Dans l’histoire de Nowaïri (26e partie, man. de Lcide, fol. 192 v°) : ^1
j Akj « Il le pria d’interposer sa médiation entre lui et Houlagou. » Dans
l’histoire d’Ebn-Khaldoun (tom. VI, fol, 3i5 r°) : «Il fut choisi
« pour une mission auprès du souverain du Magreb. » Et ailleurs (tom. VII, f. 181 r°) : Ujfà. fis VjLLJ! «Nous avons parlé des négociations qui eurent lieu entre eux deux. » Dans YHistoire d’Égypte d’Ahmed-Askalâni (tom. II, fol. 4b r°) : ^wU! ïj LL,
^jlial*J ! j « Avec les bonnes dispositions de servir d’intermédiaire entre les sujets et le sultan. » Dans le Inschâ (fol. 119 r°) : ^y***2^ « Qui a un visage riant, et qui se rend mé-
« diateur avec bienveillance. »
i 94 HISTOIRE DES SULTANS MAMLOUKS.
habitants deKarak. Le soir du même jour, Melik-Moughith fut envoyé en Égypte, sous l’escorte de l’émir Scliems-eddin-Ak-sonkor-Farekâni, le silah-dâr. On l’amena au château de la Montagne, où il fut mis en prison. On rendit la liberté aux personnes de sa suite. Ses femmes furent envoyées en Égypte, et on leur assigna des pensions, Le sultan, n’ayant plus rien à craindre de la part
de Melik-Mougliitb, tourna tous ses soins du côté des Francs. S’appuyant sur de vains prétextes, ils demandaient la restitution de Zarin, Le sultan leur
répondit: «Vous avez, sous le règne de Melik-Nâser, reçu en échange de cette «place, plusieurs villages du canton de Merdj-oïoun, En même temps
on reçut des députés des gouverneurs , qui se plaignaient des Francs, et
dénonçaient les actes répétés , par lesquels ceux-ci avaient rompu la trêve. Le sultan était déjà arrivé au milieu du territoire des Francs, lorsqu’on lui remit des lettres écrites par eux, et dans lesquelles ils assuraient n’avoir point été informés de l’approche du prince. 11 leur répondit en ces termes : « Quiconque est «à la tête d’une affaire, doit se piquer d’une extrême vigilance. Or, quel homme « a pu ignorer la marche de cette armée, et ne pas connaître , pour ce qui concerne « le nombre immense de ses soldats, ce que savent les animaux des déserts (74)» «et les poissons sous les eaux? Dans vos maisons, il ne reste peut-être pas un « lieu, d’où l’on ne puisse balayer la poussière qu’ont élevée les chevaux de notre ar- « mée. Peut-être le bruit de leurs pas a déjà assourdi les Francs qui habitent au « delà de la mer, et les Tatars qui résident dans la province de Moukan. Eh bien ! «si de pareilles troupes sont arrivées toutes aux portes de vos maisons, sans «que vous en ayez connaissance, que savez-vous donc?» Cependant, on vit arriver les gouverneurs de Jaffa et d’Arsouf; ils apportaient un présent, qui fut accueilli. Le sultan défendit à tous ses soldats de s’arrêter dans les champs des Francs, d’y lâcher un cheval, de gâter une feuille verte, de saisir une pièce de bétail, ou de vexer aucun laboureur. Précédemment, les lettres des Francs exprimaient leur regret d’avoir conclu une trêve, et leur intention de la rompre. Mais, du moment qu’ils eurent vu l’approche du sultan , ils témoignèrent le désir de conserver la paix, et de s’en tenir à la lettre des traités.
Le jour même de l’arrestation de Melik-Moughith, le sultan manda les Francs des différentes classes, Ls^jiJÎ , et leur demanda quelle était
(74) Le texte porte àbfrU ; il faut lire ^7^2^! h»; et cette leçon nous est donnée par No-
waïri ( Fie de Bibars, f. 64 v°) , et par Djemâl-eddin-ben-Wâsel (fol. 4*3 v°).
an 661 (ia63). IV. MELIK-DAHER-BIBARS. i95
leur intention. Ils répondirent : « Nous voulons maintenir la trêve qui a été con- « clue entre nous. » Le sultan leur dit: «Pourquoi donc ne pensiez-vous pas ainsi « avant notre arrivée dans ce lieu? avant que nous ayons sacrifié des richesses, «qui, si elles étaient mises en fusion, formeraient des mers; et cependant, nous «n’avons point endommagé vos récoltes, ni aucun des objets qui vous appar- « tiennent. Mais vous avez empêché que nos troupes ne reçussent des vivres ou « d’autres denrées, ^ ^*1*. Tandis que nous résidions àDamas, 296
«vous nous adressâtes une formule de serment, que nous avons prêté immédia- «tement; quant à celle que nous vous avions envoyée, vous avez refusé d’en ra- «tifier le contenu, et vous en avez fabriqué une autre, sur laquelle vous avez « prêté serment. Or les clauses du premier acte devaient se retrouver dans le second.
« Nous avons fait transporter nos prisonniers à Nabolos (Naplouse), puis à Damas ;
« vous n’en avez envoyé aucun ; et chaque classe d’entre vous a usé de supercherie « envers l’autre. Nous vous avons adressé, comme ambassadeur, Kemâl-eddin-Ebn- « Scheïth , afin qu’il vous informât de l’arrivée de. vos prisonniers ; mais vous , vous «ne nous avez envoyé personne. Vous n’avez eu aucune pitié de prisonniers , qui « professaient la même religion que vous , et qui se trouvaient déjà arrivés à la porte «de vos maisons. Et cela, afin de ne vous point priver des travaux que vous exi- «giez des prisonniers musulmans. Vous vous étiez engagés à rendre les sommes «que vous avez enlevées aux marchands; vous avez dit : «ces richesses n’ont «point été prises sur notre territoire, mais dans la ville d’Antarsous. Elles ont été «portées dans le trésor des templiers, et c’est chez ces derniers que se trouvent «les prisonniers. » Si Antarsous ne vous appartient pas , Dieu prouvera la vérité «de cette assertion. Lorsque nous envoyâmes des ambassadeurs vers l’empereur « des Grecs , nous vous écrivîmes pour vous engager à faciliter le voyage de ces dé- «putés , ^4*^ (7 5) ; vous leur conseillâtes de faire voile vers l’ile de Chypre. Mais
(75) Le verbe^Âw à la seconde forme, signifie : Envoyer, expédier, congédier. On lit dans Y Histoire de la Conquête de Jérusalem (man. 7x4, fol. 270 r°) : ÏJLsLj çs>j'su* «Il les avait congédiés « avec une gratification. » Dans Y Histoire d’ Égypte d’Alimed-Askalâni (m. 656, f. 41 v°) : ^
« Ils reçurent leur audience de congé dans la dernière dixaine du mois de Re-
djeb. » Ailleurs (f. 190 r°), bj t jL~> « Temur-Boga et les prisonniers furent
« envoyés à Alexandrie. » Plus loin (man. 657, fol. i65 r°) : 2X® «Il ordonna de le
« faire partir pour la Mecque.» Plus loin (fol. 23a v°) : 3^JÜÎ p»jj.xL, «On les
«là, ils furent arrêtés, chargés de chaînes, resserrés étroitement, et l’un d’eux «mourut en prison, tandis que nous avons toujours traité vos envoyés avec une «extrême bienveillance; or, suivant les usages reçus, des ambassadeurs ne sont «jamais molestés; et, même en temps de guerre, ils peuvent aller et venir libre- «ment. Si un pareil acte a eu lieu contre votre gré, c’est un affront pour vous ; «or, comment les rois peuvent-ils conserver leur vie et leurs richesses, si ce «n’est en maintenant leur honneur? D’ailleurs, c’est dans la ville d’Akka, dans « les provinces du Sahel , que se trouvent, pour la plupart, les objets appartenant «au prince de Chypre. Ses vaisseaux, ses marchands, sont stationnés chez vous.
«envoya chargés de chaînes à Alexandrie. » On lit dans la Description de l’Égypte de Makrizi, en
parlant du chef de la chancellerie secrèteJ.~Ji * AlfT (manuscr. 798, fol. 196 v°) : J
«C’était lui qui était chargé de l’expédition des réponses. » Car c’est ainsi que j’ai cru devoir lire, au lien de et o que présentent les deux manuscrits qui sont sous mes yeux. Dans le
Manhel-sâfi d’Abou’lmahâsen (tom. IV, man. 75o, fol. 116 \°) : ^jLLhJI J t I
« L’émir qui lui avait été envoyé de la part du sultan. » Et plus bas ( ibid .) : Jls. Dans V Histoire de Bibars de Nowaïri (fol. 45 r°) : yy* ^UaL*J| « Le sultan en-
« voya un ordre écrit d’expédier les galères pour attaquer l’île de Chypre. » Dans le Inschâ (f. 1 oa r°) :
J5* p&^Aw. PI*13 l°in (f°k i*5 v°) : v (jî yj
» — sbjA ,3 . . . iLiüâJI ££11^4! «On a donné l’ordre d’expédier, pour tel royaume, tel
« courrier, monté sur un chameau ou sur un dromadaire, tel coureur à pied, pour une affaire im- « portante. »
Le mot signifiait la commission donnée à un envoyé quelconque. On lit dans le Inschâ (f. 1 1 5 v°)
^wUJÎ ültf' « L’expédition de ces commissions. » Et plus loin [ibid.) : % j buteur
,3 y HLjuJÎj « Ces commissions n’étaient remises
« qu’à des hommes montés sur des chameaux, et à des coureurs à pied, lorsqu’ils étaient envoyés » par la chancellerie pour quelque affaire importante. » Le mot signifiait aussi : Un droit, une gratification , que l’on allouait h ceux qui étaient chargés cl’une mission de ce genre. On lit dans le Inschâ (fol. 102 r°) : ^ î ï.ajlx» p^) « Ils percevaient des gratifications fixes,
« qui leur étaient allouées sur la chancellerie du domaine privé. » Dans l’histoire de Makrizi [Solouk,
tom. II, fol. 483 A r°):jUo v àJî Jcs-b pUJi y> yj J.3 «On arrêta
« que celui qui l’avait amené de la Syrie, recevrait, comme indemnité de route, mille pièces d’or. » Plus loin [ibid. v°) v — àJ! p~,ts y tjJuJj yj « On décida qu’il recevrait, de Kàsim,
« comme indemnité de voyage, mille pièces d’or. » Le mot^i~^> désigne: Celui qui est envoyé pour une
mission d’un genre quelconque. On lit dans le même ouvrage (fol. 485 r°) : Sj I t
,lkO «Celui qui avait été envoyé pour l’amener exigea de lui une somme de mille pièces d’or. »