IV. MELIK-DAHER-BIBARS
an 66 1 (ia63).
«En outre, ce n’est point un souverain indépendant : des templiers et des che- « valiers de tous les ordres résident auprès de lui; des légats y sont établis,
« ainsi que le comte de Jaffa. Si vous désapprouviez sa conduite, vous ne manque- «riez pas de vous lever tous contre lui, de saisir tout ce qui lui appartient; vous «écririez aux rois des Francs et au pape, pour les instruire de ce qu’a fait ce « prince. Quant à vous , sous le règne de Melik-Sâleh-Ismaïl , vous avez reçu de ce «dernier les villes de Safad et Schakif, sous la condition de le secourir contre le «sultan Melik-Sâleh-Nedjm-eddin. Vous vous rendîtes en effet tous ensemble au- «près de votre allié, et lui prêtâtes le secours de vos armes. Mais l’événement trahit «ses espérances: vos soldats furent tués ou faits prisonniers, et la puissance d’is- « maïl fut complètement abattue. Le sultan, loin de vous punir, vous avait, lors de «son passage, comblés de bienfaits. Pour reconnaître cette générosité, vous vous «joignîtes au roi de France, le secondâtes de toutes vos forces, et le suivîtes en «Égypte. On sait que la mort et la captivité furent le résultat de vos efforts. Dans « quelle circonstance avez-vous tenu vos engagements envers l’empire égyptien ? «laquelle de vos tentatives a été couronnée par le succès? Enfin , vous aviez reçu 297 « de Sâleh-Ismaïl les villes susdites , sous la condition de défendre la Syrie et les «contrées voisines; mais moi, je n’ai nul besoin de votre secours, de votre «coopération. Ainsi donc , restituez les cantons que vous avez envahis, remettez « en liberté tous les prisonniers musulmans , car je ne souscrirai à aucune autre «condition.» Les Francs répondirent: «Nous n’avons nul dessein de rompre la «trêve. Au Contraire, nous implorons la bonté du sultan et le prions de main- « tenir le traité. tNous aurons soin de ne plus exciter les plaintes des gouver- « neurs , et nous mettrons en liberté les prisonniers. » Le sultan leur répondit :
« Voilà ce qu’il fallait faire avant que nous eussions quitté l’Égypte , au cœur de « l’hiver , par une saison pluvieuse, et que nos armées fussent arrivées sur vos « terres.» En même temps, le sultan donna ordre de faire sortir les envoyés , et de ne pas souffrir qu’ils passassent la nuit dans le camp ^jjUsyJ! (76). L’émir Ala-eddin-
(76) Le mot jJjlLj désigne : i° Une tente ; i° Une collection de tentes , un camp. On lit dans l’histoire de Makrizi ( Solouk , t. II, fol. 55) : « Ils se réunirent auprès
« de la tente du sultan. » Dans le Manliel-sâfi d’Abou’lmahàsen (t. 1, m. 747, f. 49) : ^UdJI j> Jyî j “Le suFan se logea dans une tente; et Ebn-Awis s’établit
« dans une autre tente. » Dans le Bctrk-Yémâni (man. 827, fol. 56 r°) : iis LLjî i.) v (Î9Ü»j) « Il
« lui dressa une tente. » Et «Il avait deux grandes tentes.» Plus loin
(fol. 94 v°) : jjj jJ ! îbliu ,3 *3 Üsj w « Othman-pâcha fit dresser sa
Taibars fut envoyé vers l’église de Nazareth ï^U! qui était le plus
célèbre des édifices consacrés au culte des chrétiens, et où, suivant ce qu’ils prétendent, leur religion a pris naissance. Le bâtiment fut entièrement démoli, sans qu’aucun des Francs tentât de le défendre. L’émir Bedr-eddin-Aïdemu ri , à la tète d’un corps de troupes, fit des courses jusqu’aux portes de la ville d’Akka, et se retira aussitôt. Dans une seconde expédition, il tomba sur les troupeaux des Francs, et en amena au camp une immense quantité. Chaque jour, le sultan s’asseyait, à la porte de sa tente jJbo, sur une estrade ‘iLe> qu’il avait fait élever» et n’empêchait personne de parvenir jusqu’à lui (77). Il s’occupait entièrement de donner des ordres ou des prohibitions, de distribuer des dons, de surveiller l’administration , et de gagner (78) les habitants de Karak.
Cependant il arriva des ambassadeurs envoyés parles Ismaéliens jta, et qui étaient chargés de présents. Ces députés repartirent après avoir reçu un accueil bienveillant. Plusieurs des habitants de la Syrie et du Sahel furent promus au grade d’émir. L’émir Ala-eddin-Idekin-Bondokdàri obtint une propriété considérable en Égypte. Le sultan ayant mandé les cultivateurs des provinces
«tente vis-à-vis celle du vizir.» Dans les Opuscules de Makrizi (folio 128 recto) : olslbjjl " Les tentes. » Dans l’ Histoire cTÉgypte d’Ahmed-Askalâni (tome II , folio 3o recto) : l$J (JjlbjJ î « Il fit avec elle le tour du camp tout entier. » Plus loin (folio 236 recto) :
j «Us s’emparèrent de leur camp, et pillèrent leurs bagages.» Dans
l’histoire d’Ebn-Aïas (tom. II, fol. 33) : &~9 U Jî !^j « Us pillèrent le camp de
« l’armée, avec tout ce qu’il renfermait. » Plus loin (f. 102) : jJjLbjM ^3 ^liaLJî «Le sultan resta « dans le camp.» Ailleurs (f. 142) : ^ ^£-01 jjSpd « Us livrèrent aux flammes
« les tentes que renfermait le camp. » Plus loin (fol. 147) : ^ se dirigeaient vers le camp. » Et enfin (f. 149) : «U dressa
« son camp ... U fortifia son camp par une ligne de canons. »
(77) Suivant le récit de Djemâl-eddin-ben-Wâsel (fol. 4t5 v°) , cette estrade était construite en pierres de taille, et l’on y avait gravé le nom du sultan. Le même auteur ajoute que, dès qu’un homme quelconque se présentait, le prince le faisait approcher, prenait lui-même son placet, et lui rendait justice.
(78) Le verbe ‘-—-^1=» à la dixième forme, signifie: Attirer, gagner par des bienfaits. (Voy. Solouk ,
t. I, p. 3o8). On lit dans l’ouvrage intitulé Inschâ (man. 1673, fol. 216 v°) : XJ J U
Lç-* Jbüa.1 (jJî) « Les "formules qui ont pour objet d’honorer celui à
* qui on écrit, de lui témoiguer de la considération, et qui sont propres à gagner les cœurs. » Dans le commentaire de Safadi, sur une lettre d’Ebn-Zeidoun (man. d’Asselin 294, fol. 96 v°) :
Lxj^« w^xJ! ^Üj Us regagnèrent ceux d’entre les Arabes qui avaient apostasié. » Dans l’histoire d’Ebn-Khaldoun (t. VIII, f. 296 r°) : alj ! 'iîî jJ «U n’omit aucun des
« moyens qui pouvaient le gagner. »
IY. MELIK-DAHER-BIBARS.
AN 66l (1263).
du Sahel, leur imposa une contribution désignée par le nom de Djindïât obU=». (79), qu’il les astreignit à payer au trésor, comme rachat du meurtre de ceux qui avaient été tués sans laisser^ d’héritier, ou comme dédommagement pour les sommes qui avaient été pillées, et dont on ignorait les propriétaires. De cette manière, on recueillit des sommes énormes^, qui furent versées par le canton de Nabolos (Naplouse) et la province du Sahel. En même temps, cette mesure abattit les forces d’hommes turbulents et voués au désordre; car ils nuisaient prodigieusement aux intérêts des Musulmans, par l’influence qu’ils exerçaient sur la masse de la population, et le soin qu’ils prenaient de fournir aux Francs des informations utiles. Le sultan jugea qu’il valait mieux les châtier ainsi que de les mettre à mort, attendu que c’étaient des laboureurs ou des bergers.
Le samedi, quatrième jour du mois de Djoumada second, le sultan se mit en marche , après avoir choisi un cavalier sur dix. 11 laissa dans la tente royale, pour commander en son absence, l’émir Schodja-eddin-Schebli , le Mihman-ddr Il quitta son campement de Tour^Uî vers le milieu de la nuit, et arriva le matin sous les murs d’Akka, qu’il investit du côté de la terre. Il envoya un corps de troupes pour assiéger une tour située dans le voisinage , et que l’on se mit en devoir de saper (80). Le sultan # après être resté dans ce poste jusque vers le coucher du soleil , commanda la retraite. Il n’avait eu d’autre but que de reconnaître la ville d’Akka. En effet, les Francs prétendaient que personne n’oserait approcher de cette place. Or, dans cette circonstance, ils regardèrent 298 par les portes les attaques du prince sans pouvoir faire un mouvement. Le sultan , qui était rentré dans sa tente, en partit dès le point du jour, fit monter à cheval toute sa troupe, et se dirigea vers Akka. Les Francs avaient creusé
(79) Le mot djinaïah Àjlâa» signifie : Une amende imposée à des gens que l’on veut punir. On
lit dans la Vie du sultan Kelaoun (fol. 2o5 r°) : L-Olj j b 1 J.®!
« On exigera cette somme des habitants des villages, par forme d’amende et de châtiment. » Plus loin (ibid., v°) : üjLoIl» kAtarfl « Le produit de l’amende se levait par moitié.» Et enfin
(fol. 206 r°) : ZjS -'4 ! « L’amende susdite fut exigée à la rigueur. » Dans le Traité
de Rhétorique d’Ebn-Athir (man. d’Asselin, 104, t. I, fol. io3 r°) : CIj Ls ^
obUsrfl j « Les contributions, les aumônes, la capitation, et les autres genres d’im-
« pots. » Quant au mot qui se trouve dans ce dernier passage, comme désignant Un genre
de contribution, je le rencontre également dans Y Histoire d’Espagne de Makarri, où on lit (tom. I, m. ar. 704, f. 59 v°) : 8 «L’écrivain chargé d’enregistrer ce qui concernait cet impôt. »
(80) Le texte porte : kJb ^ \js. yt, ; je lis aJb
un fossé autour de la colline de Fodoul Jj’, placé des cliausse-trapes y[xs
sur la route, et se tenaient en bataille sur la colline. Le prince, arrivé devant eux, rangea lui-même son armée. Tout le monde se mit à invoquer le nom de Dieu , à chanter ses louanges, à proclamer sa grandeur. Le sultan encourageait cet élan , et toutes ces voix réunies formaient un immense concert. En un instant, le fossé fut comblé par les mains des pages et des pauvres, qui avaient voulu prendre part à la guerre sainte. Les Musulmans escaladèrent la colline de Fodoul, que les Francs avaient évacuée pour se réfugier dans la ville. On prit et on démolit toutes les tours qui se trouvèrent aux environs d’Akka. On mit le feu aux arbres; en sorte que l’air se trouva enveloppé d’une fumée épaisse. L’armée arriva jusqu’aux portes de la ville. Dans l’espace d’une heure , des Francs en grand nombre furent tués ou faits prisonniers. Le sultan , debout sur le sommet de la colline, avisait aux moyens de prendre la place. Les émirs venaient l’un après l’autre insulter les portes. Bientôt, fondant tous à la fois, ils précipitèrent les Francs dans les fossés, et en tuèrent une foule sous les portes mêmes. A la fin du jour, le sultan s’avança vers la tour qui avait été minée et soutenue par des étais. Elle s’écroula sous les yeux du prince. On y fit prisonniers quatre cavaliers et plus de trente fantassins.
Dès le matin, le sultan retourna vers les cantons soumis aux Francs. 11 alla reconnaître chaque lieu séparément. Passant auprès de Nazareth, il vit les ruines de l’église, qui avait été entièrement rasée. De là, il se rendit à l’estrade qu’il avait fait construire vis-à-vis la ville de Tour. Il y arriva de nuit et s’y assit immédiatement. On fit apporter un grand nombre de flambeaux , et l’on dressa une tente. On convoqua le Sâheb Fakhr-eddin-Mohammed-ben-Hinnâ , des secrétaires des dépêches , au nombre de sept; le Sâheb Fakhr-
eddin-Lokman , le Sadr Bedr-eddin-Hasan-Mauseli , le Sadr Kemâl-eddin-Ahmedben-Adjemi, le Sadr Fatah-eddin-ben-Kaïserani , le Sadr Scheliâb-eddin-Ahmedben-Obaïd-allah , le Sadr Borhan-eddin , avec les secrétaires de l’armée wlxS' L’émir Seïf-eddin-Zeïni, Y émir alam (8 1) , reçut ordre de s’asseoir
avec les secrétaires de l’armée, pour rédiger les lettres^!, 11* (82), qui enjoignaient
(81) L ' émir-alem avait l'inspection sur les tambours et les drapeaux qui appartenaient au
sultan ( Inschâ , fol. 128 v°).
(8a) L’auteur de l’ouvrage intitulé Inschâ (man. 1 573, fol. 291 v°) définit ainsi le mot mamchour « Tous les actes qui ont rapport aux concessions territoriales sont désignés par le nom de