‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 61 sur 183 · IV. MELIK-DAHER BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER BIBARS

an 661 (i263).

nombre d’archers, d’arbalétriers, d’artificiers. Ce bâtiment portait des vivres pour une année. Ils se mirent en mer le dix-septième jour du mois. Des courriers montés sur des chameaux Llsè-d furent envoyés à la Mecque et à Médine, pour intimer l’ordre de faire la prière pour Bérékeh, d’accomplir au nom de ce prince les cérémonies du pèlerinage. Il fut enjoint aux khatibs (prédicateurs) de la Mecque, de Médine, de Jérusalem, de Misr et du Caire, de faire, du haut du menber (la chaire), une prière pour Bérékeh, immédiatement après avoir prié pour le sultan Melik-Dâlier (96). Le sixième jour de Schewal, le sultan partit

(96) Makrizi n’ayant donné, sur cette ambassade, que peu de détails , j’ai pensé que l’on verrait avec plaisir une relation beaucoup plus circonstanciée, telle que nous l’ont transmise divers écrivains, savoir Ebn-Ferat (manuscrit deVienne, tom. V, pag. 428, 429> 4b5? 4 66, 467 , 468; tom. VI, pag. 22-24) ; Nowaïri [Vie cle Bibars, fol. i5 r°, 21 v», i5, r° et v0.); le prétendu Hasan-ben-Ibrahim (man. non catalogué, fol. 178, r° et v°) ; le continuateur d’Elmacin (man. 619, fol. 14, v° et suiv.).

« Bibars ayant reçu des Mongols qui étaient venus se rendre à lui , des renseignements précis sur la puissance de Bérékeh , le lieu de sa résidence , et les chemins qui conduisaient dans les Etats de ce prince, jugea qu'il rendrait à l’islamisme un service essentiel , s’il contractait avec un souverain aussi puissant une liaison étroite.

« En conséquence, il lui envoya une ambassade, composée du jurisconsulte Medjd-eddin et de l’émir Seïf-eddin-Keschtek, auxquels il adjoignit deux Mongols, du nombre de ceux qui étaient venus s’établir en Egypte. 11 leur remit une lettre qui contenait des nouvelles relatives à l’islamisme, et entre autres, le récit de l’inauguration du khalife Hâkem, avec la généalogie de ce prince écrite en lettres d’or, en remontant jusqu’à Mahomet, et l’attestation en forme du kadi des kadis, qui certifiait la vérité de(cette descendance. Dans une autre lettre, le sultan mettait tout en œuvre pour engager Bérékeh à poursuivre vivement la guerre contre Houlagou. Il lui représentait la force des armées égyptiennes , et les différentes nations donl elles étaient composées; ce qu’elles renfermaient de cavaliers , de Turcomans , de Curdes et d’Arabes ; le nombre des rois musulmans ou francs, qui étaient unis avec le sultan d’Égypte par des traités, des alliances ou des trêves, et qui reconnaissaient tous sa suzeraineté, et n’attendaient que ses ordres pour joindre leurs troupes aux siennes. En un mot , il 11’oubliait rien de tout ce qui pouvait porter le prince à la guerre, lui atténuer les obstacles , et lui faire sentir la honte qu’il y aurait à rester oisif dans une pareille circonstance. Il ajoutait, en finissant, qu’il était arrivé en Égypte un corps de Mongols , qui s’étaient dits sujets de Bérékeh , et qui avaient reçu l’accueil le plus favorable , en considération du prince auquel ils appartenaient. Les envoyés Tatars reçurent de leurs compatriotes des détails sur la force des armées du sultan , le courage avec lequel ce prince combattait sans relâche les ennemis de l’islamisme, son affection pour le khan Bérékeh, les vœux qu’il formait pour les succès de ce prince, et le zèle avec lequel il le seconderait dans des entreprises qui devaient assurer le repos du monde. Bibars, après avoir fourni aux ambassadeurs tout ce qui était nécessaire pour leur voyage, les fit embarquer sur des galères, qui portaient des provisions pour plusieurs mois. Us en mirent en mer , au mois de Moharrem de l’an 661 (de J. C. 1268), et arrivèrent dans les États de l’empereur Lascaris (Michel Paléologue), qui les reçut avec honneur. A la cour du même prince, se trouvaient alors des ambassadeurs de Bérékeh, qui reçurent leur audience de congé, et la permission de partir avec les ambassadeurs égyp-

pour Alexandrie, et séjourna quelques jours à Teroudjeh. Ensuite il s’avança dans le désert (97), et fit former une enceinte l&Ls. , dans laquelle on prit une

liens. Le jurisconsulte Medjd-eddin, par suite d’une maladie dont il fut attaqué, retourna en Égypte accompagné de l’émir Djelâl-eddin, et du scheïkh Nour-eddin-Ali , ambassadeurs de Békéreh. L’émir Seïf-eddin-Keschtek continua sa route, avec ses compagnons de voyage. L’empereur grec écrivit ensuite à Bibars, pour l’informer qu’ayant reçu ses ambassadeurs, et voulant témoigner sa considération au prince qui les envoyait, il les avait défrayés de tout, et les avait fait partir sains et saufs , en sorte qu’ils étaient sans doute parvenus auprès de Bérékch.

« En effet, Seïf-eddin , et ses compagnons de voyage, étant partis de la ville de Aniah loi (peuttère Aenia) où ils avaient eu audience de l’empereur, arrivèrent, en vingt jours, à Constantinople. De là, ils se rendirent à Istanbol , et ensuite à Deksaïta (peut-être la ville d’Odessus), qui est le

port où viennent aborder les vaisseaux de Soudak. Puis ils se remirent en mer, et abordèrent sur la côte opposée. Ce trajet exige ordinairement dix journées de navigation ; mais quelquefois on le fait en deux jours, lorsque l’on est favorisé par un très-bon vent. Étant arrivés sur le sommet de la montagne de Soudak, ils trouvèrent Tabouk, (ou Taiouk jJjjAb), gouverneur du canton, qui venait audevant d’eux, et qui, les ayant fait monter sur les chevaux de la poste, les conduisit à la ville de Krim, bâtie à une journée des bords de la mer, et habitée par diverses nations de Kaptchaks, de Russes et d’Alains. Après une journée de route , ils entrèrent dans une vaste plaine , où ils rencontrèrent un général, appelé Touk-Boga, qui avait le commandement de toute la province , et qui était à la tête de dix mille cavaliers. Après avoir parcouru, l’espace de vingt jours, un désert immense, couvert de tentes et de troupeaux, ils arrivèrent au fleuve Etil (le Volga), sur les bords duquel est la résidence du prince Bérékeh. Cette rivière, dont les eaux sont douces, a la même largeur que le Nil , et l’on y voit continuellement naviguer des barques russes. Les ambassadeurs , pendant leur route, avaient reçu des moutons, et toutes sortes de vivres. Lorsqu’ils furent arrivés à peu de distance de l’ordou (du camp), le vizir Scherf-eddin vint à leur rencontre. Il était natif de la ville de Kazwin, et parlait également l’arabe et le turc. Il assigna aux ambassadeurs un très-beau logement , et leur envoya de la chair , du poisson , du lait, et autres provisions. Ensuite, les ambassadeurs furent admis à l’audience de Bérékeh, ayant auprès d’eux le vizir. Dans leur entrevue avec le prince, ils observèrent scrupuleusement l’étiquette eu usage dans cette cour, et dont ils avaient eu soin de s’instruire d’avance. Il faut entrer du côté gauche, et après que l’on a remis les lettres dont on est porteur, passer à droite, et se poser sur les deux genoux. Nul ne doit entrer dans la tente du khan avec une épée, un couteau , une massue, ou toute autre arme. Il est défendu de marcher sur le seuil de la tente , d’ôter son armure, à moins qu’on ne soit à gauche , de laisser un arc bandé , ou dans son étui , des flèches dans son carquois; de manger de la neige, et de laver une robe dans le camp.

«Bérékeh reçut les ambassadeurs sous une vaste tente, qui pouvait contenir cent, ou, suivant d’autres , cinq cents hommes. Elle était couverte de feutre blanc, mais tapissée à l’intérieur, de riches étoftes de soie, ornées de perles et de pierreries. Ce prince était assis sur un trône, ayant les jambes pendantes, et appuyées sur un coussin, attendu qu’il était malade de la goutte. A côté de lui était sa principale épouse , appelée Tagtagaï-Khatoun. Il avait deux autres femmes, Djidjèk-Khatoun , et Kehar-Khatoun ; mais aucune ne lui avait donné d’enfants. Bérékeh avait peu de barbe, le visage gros et le teint jaunâtre. Ses cheveux étaient rassemblés en tresses, auprès des oreilles, à chacune desquelles pendait une pierre d’un grand prix. Il était vêtu d’une robe de soie du Khataï, avait la

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