‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 62 sur 183 · IV. MELIK-DÀHER-BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DÀHER-BIBARS

an 661 (ia63). IV- MELIK-DÀHER-BIBARS. 21 5

énorme quantité de gibier. Donnant une attention particulière à ce qui concernait l’eau , il confia les soins qu’elle réclamait à l’émir Schodja-eddin-Zaliidi ,

tète couverte d’un bonnet ^3 Ses bottines étaient develoursrouge.il n’avait point d’épée, mais une ceinture d’or, enrichie de pierreries, de laquelle pendait une poche de cuir de Bulgarie vert.

Dans cette ceinture étaient insérées des cornes noires , recourbées , et incrustées d’or. Auprès de Bérékeh étaient rangés cinquante ou soixante émirs, assis sur des sièges.

« Les ambassadeurs ayant été introduits, présentèrent la lettre à ce prince, qui la reçut avec un air satisfait , et ordonna au vizir d’en faire la lecture. Ensuite il fit passer les envoyés du côté gauche au côté droit, et les fit placer contre les parois de la tente, derrière les émirs, qui étaient rangés devant le trône. Ensuite il leur fit apporter du kumiz et du miel cuit ; après quoi on leur servit de la chair et du poisson. Lorsqu’ils eurent fini de manger, le khan ordonna qu’ils fussent logés dans le quartier de son épouse favorite, appelée Djidjèk-Khatoun. Et le lendemain matin, cette princesse les reçut et les traita sous sa tente. A la fin du jour, ils retournèrent à leur habitation. Bérékeh les faisait souvent venir, et leur faisait beaucoup de questions sur l’Egypte, sur les éléphants et les girafes. Il leur demanda un jour s’il était vrai, comme il l’avait entendu dire, qu’il y eût un os de géant placé en travers sur le Nil, et qui servait de pont. Les ambassadeurs répondirent qu’ils n’avaient jamais rien vu de semblable.

« La lettre du sultan fut traduite en turc par le kadi des kadis, qui résidait auprès de Bérékeh. Un exemplaire fut envoyé au khan, qui en fit faire la lecture en présence de toute sa cour, et qui en parut extrêmement satisfait. 11 congédia les envoyés, après leur avoir remis sa réponse, et les fit accompagner par des ambassadeurs qu’il députait en Égypte. Tous ensemble prirent leur route par les États de l’empereur grec, et arrivèrent auprès de Bibars, l’an 662. On sut par eux, qu’à la cour du prince Mongol, chaque princesse et chaque émir avait auprès de soi un imam, et un crieur chargé d’annoncer les heures de la prière, et que les enfants, dans les écoles, apprenaient l’Alcoran.

« Cependant Bibars étant arrivé dans les environs de Gazah, à son retour de la ville de Karak, reçut un message de l’émir Izz-eddin, vice-roi d’Égypte, qui lui annonçait qu’il était abordé au port d’Alexandrie deux ambassadeurs de Bérékeh, savoir, l’émir Djelàl-eddin, et le scheïkh Nour-eddin, accompagnés d’un cortège nombreux; qu’avec eux étaient arrivés le commandant des Génois, des envoyés de l’empereur Lascaris, et du sultan Izz-eddin, prince de Roum (l’Asie Mineure). Le sultan ordonna que tous fussent reçus avec les égards et les honneurs convenables. Lorsqu’il fut de retour au château de la Montagne, il leur donna audience, en présence des émirs et d’une foule nombreuse. Le scheïkh Nour-eddin présenta la lettre de Bérékeh, écrite du campement d’Etil, le premier jour de Redjeb de cette année. Ce prince annonçait qu’il avait embrassé l’islamisme , aussi bien que ses frères, leurs enfants , et un grand nombre d’émirs , détaillant le nom de chacun , et la tribu à laquelle il appartenait. Qu’il s’était déclaré l’ennemi de Houlagou, et qu’il faisait à ce prince une guerre sanglante, afin de raffermir la véritable religion, de lui rendre son ancien lustre, et de venger la mort des imams et des autres Musulmans, égorgés contre toute justice. 11 priait Bibars de seconder ses efforts, et d’envoyer une armée vers l’Euphrate, afin de couper le chemin à Houlagou. Bérékeh terminait sa lettre en recommandant à la bienveillance du sultan Izz-eddin, prince de l’Asie Mineure. Bibars combla de présents les ambassadeurs, leur fit préparer un festin splendide, et leurrendait visite tous les samedis et les mardis, qui étaient les deux, jours de la semaine où il jouait à la paume.

«Bientôt après, il donna à ces envoyés leur audience de congé, et les chargea de remettre à leur

l’un des hadjebs, et fit venir d’Alexandrie un nombre d’hommes, qui devaient être chargés de creuser et de nettoyer les puits. Ensuite , il partit de Troudjeli ,

souverain un présent magnifique. Voici ce que raconte à ce sujet le kadi Mohi-eddin, auteur de la Vie de Bibars : « Ayant reçu les ordres de ce prince, j’écrivis en son nom, et pour répondre à celle « de Bérékeh , une longue lettre qui contenait soixante-dix feuilles de papier de Bagdad de demi- « dimension. Elle renfermait tous les versets de l’Alcoran, et toutes les traditions qui recommandaient « la guerre contre les infidèles, et je citais à l’appui l’exemple du Prophète, qui n’avait cessé d’avoir « les armes à la main, pour combattre. Ensuite venaient les passages du Livre divin et les traditions « qui ont rapport à l’Égypte, l’indication des lieux de pèlerinage et des mosquées où l’on faisait la « prière au nom du sultan, des protestations d’attachement pour Bérékeh , avec tout ce qui pouvait « flatter ce prince, l’irriter contre les ennemis, et relever à ses yeux la grandeur du sultan. Je passais « en revue les forces qui composaient l’armée égyptienne, les nombreux accroissements qu’elle avait « reçus, et je vantais le zèle intrépide avec lequel ces troupes combattaient pour la défense de l’isla- * misme. Je lus ma lettre au sultan, qui y fit plusieurs additions. Dès qu’elle fut mise au net, on « s’occupa de l’envoi du présent, qui consistait en une foule d’objets aussi rares que précieux. On y « distinguait un exemplaire de l’Alcoran , que l’on disait avoir été écrit de la main du khalife Othman. « Il était renfermé dans un étui de soie rouge, brodé en or, que recouvrait une enveloppe de cuir, « doublé d’étoffe rayée ; un trône enrichi d’ivoire et d’ébène ciselés, avec un coffre d’argent et une « serrure de même métal ; des tapis pour la prière , de toute espèce et de toute couleur, des rideaux « de plusieurs sortes, quantités de bancs, de coussins et de tables destinées à recevoir des chandeliers; des épées superbes, avec des poignées d’argent, des instruments de musique, en bois « peint , et renfermés dans des étuis. Des lampes d’argent , des chandeliers d’argent massif et « doré, avec les pieds de même métal; des selles du pays du Khawarizm , des arcs de Damas , « dont les cordes étaient de soie; des piques de bois de Kana, dont le fer avait été trempé « chez les Arabes, des flèches d’un travail admirable, et renfermées dans des coffres couverts «de cuir; des chaudières de pierre de Beram, de grandes lanternes vernissées , avec des chaînes «d’argent doré, des eunuques noirs , des jeunes filles habiles à faire la cuisine, des perroquets « du plus beau plumage ; quantité d’excellents chevaux arabes , des dromadaires , des mulets pleins «d’ardeur, et extrêmement légers à la course, des ânes sauvages, et des singes bien dressés, 11 avec des selles pour les dromadaires, des mors et des brides, des housses de laine pour les mulets, « et des couvertures de soie pour les singes; plusieurs girafes, avec des housses et des brides de laine « peinte. » A ces objets dont nous venons de donner le détail , le sultan avait ajouté une foule de choses rares et curieuses, qui ne se trouvent dans le trésor d’aucun prince. Des esclaves et des hommes experts étaient chargés d’avoir soin de chacpie espèce d’animaux. Bibars remit ce présent entre les mains de l’émir Fâres-eddin-Akousch , et du schérif Imad-eddin, qu’il avait choisis pour aller en ambassade auprès de Bérékeh. Les deux envoyés de ce prince furent admis à l’audience du khalife, et placés derrière lui durant la prière. Il les chargea de recommander j à Bérékeh leur maître, plusieurs points importants, et, en particulier, la guerre contre les infidèles ; de vanter, en son nom, les grandes qualités du sultan, son zèle pour le maintien et la défense de la religion, la pureté de ses mœurs, sa justice et sa modération à l’égard de ses sujets, et la multitude innombrable de ses soldats. Bibars leur fit équiper un grand vaisseau , sur lequel on embarqua tous les animaux destinés pour Bérékeh, avec tous les objets qui composaient le présent. On y plaça des archers, des arbalétriers,

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