‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 63 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIB ARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIB ARS

an 66x (1263).

pour se rendre à Alexandrie. Le sâheb (visir) Behâ-eddin-ben-Hinna l’avait précédé dans cette ville , et y avait levé des sommes considérables, et entre autres ,

avec des provisions pour un an. Le sultan ordonna que l’on conduisît les ambassadeurs en pèlerinage, dans les lieux les plus révérés parmi les Musulmans. Il recommanda de la manière la plus formelle, que dans les villes de la Mecque, Médine et Jérusalem, on fît la prière pour Bérékeh, dont le nom serait prononcé à la suite du sien. Les envoyés se mirent en route, le dix-septième jour du mois de Ramadan, de l’an 66 1.

«Mais l’année suivante, le sultan reçut la nouvelle que les ambassadeurs qu’il envoyait à Bérékeh avaient été retenus dans les États de l’empereur grec; et voici de quelle manière la chose s’était passée. Au moment où ils abordèrent à Constantinople, l’empereur Michel (Paléologue) était absent de cette ville, et occupé à faire la guerre aux Francs. Dès qu’il eut appris l’arrivée des ambassadeurs, il leur fit dire de venir le trouver dans la forteresse où il était alors, et qui était à vingt journées de Constantinople. Il les reçut avec de grands témoignages de joie, les combla d’honneurs, et leur promit de favoriser leur voyage. « Mais, leur dit-il, je ne puis jusqu’à nouvel ordre, vous permettre depar- « tir, attendu que j’ai à ma cour des ambassadeurs de Houlagou, et j’appréhenderais que ce prince ne « vînt à savoir l’objet de votre mission. » Il leur recommanda ensuite de reprendre la route de Constantinople, et d’y rester jusqu’à son retour, leur promettant qu’à cette époque il leur laisserait toute liberté de continuer leur voyage. Mais tout cela n’était qu’une feinte de sa part, car durant un espace de quinze mois , il ne cessa de chercher des prétextes, pour amuser et retenir les ambassadeurs. Ceux-ci , ennuyés d’un si long délai, écrivirent à l’empereur, le priant de leur permettre, ou de se rendre à leur destination, ou de retourner en Égypte. Il consentit que le schérif, tout seul, prît ce dernier parti; mais il retint le reste de l’ambassade, alléguant l’excuse suivante : « Mes États , dit-il , « sont éloignés de ceux du sultan Bibars , et voisins de ceux de Houlagou; si ce dernier venait à ap- « prendre que j’ai autorisé les ambassadeurs du prince d’Égypte à se rendre auprès de Bérékeh , il « regarderait cet acte comme une infraction au traité qui nous unit, et viendrait porter le ravage sur « les frontières de mon empire , qui sont à une trop grande distance , pour que je puisse voler à leur « secours. » Le schérif ayant repris la route de l’Égypte, Fâres-eddin-Akousch fut retenu deux années entières à Constantinople. Dans cet intervalle, les esclaves et les animaux qu’il conduisait, périrent pour la plupart, et le reste des objets se détériora d’une manière sensible.

« Sur ces entrefaites , des troupes envoyées par Bérékeh s’avancèrent vers Constantinople, et dévastèrent les environs. Michel, s’étant réfugié dans la ville, pour échapper à ces ennemis redoutables, ordonna à l’émir Fâres-eddin-Akousch de se rendre auprès du général de l’armée mongole, et de lui représenter que l’empereur grec, étant uni par un traité avec le sultan d’Égypte, se trouvait ainsi l’allié et l’ami de Bérékeh. L’émir, à la requête de Michel, certifia le fait par une attestation écrite de sa main, et y joignit une déclaration, dans laquelle il reconnaissait que s’il s’était arrêté à Constantinople, c’avait été de son propre mouvement, et sans que son voyage eût été entravé en aucune manière. Aussitôt les troupes mongoles reprirent la route de leur pays. Michel laissa partir Fâres-eddin , et le fit accompagner par un ambassadeur qu’il envoyait à Bérékeh, pour lui présenter une lettre, dans laquelle il sollicitait l’alliance de ce prince, et s’engageait à lui offrir annuellement, par forme de tribut , trois cents robes de soie. »

«Fâres-eddin étant arrivé sur les terres des Mongols, et s’étant présenté à l’audience de Bcrékeh, ce prince lui demanda quel motif avait pu l’engager à s’arrêter si longtemps en route, et à laisser I. 28

une contribution, qui se montait à quatre-vingt-quinze paquets LU (98) d’étoffe d’Alexandrie. Toutefois, il n’avait fait donner la bastonnade à personne. Le sultan

ainsi périr la plupart des animaux que le sultan avait remis à sa garde. Il allégua , pour excuse , qu’il avait été retenu par l’empereur de Constantinople. Mais Bérékeh lui présenta la déclaration signée par lui et remise au général de l’armée mongole. Puis il ajouta : « Je m’abstiendrai de te faire « aucun mal, par égard pour le sultan d’Égypte, auquel je laisse le soin de punir ton mensonge, « et la perte des objets qu’il t’avait confiés.

«Cependant Izz-eddin, prince de l’Asie Mineure, avait écrit à Bibars, pour lui mander la prévarication de Fâres-eddin, qui avait engagé les troupes mongoles à se retirer de devant Constantinople, en leur faisant accroire que l’empereur grec était allié du sultan. Il ajoutait que cet émir, en récompense du service qu’il avait rendu à Michel, avait sans doute reçu de lui une somme égale à la valeur des objets qui s’étaient trouvés perdus. En conséquence, lorsque Fâres-eddin fut de retour en Égypte, au mois de Djoumada second, de l’an 665 (1266 de J. C), Bibars, après lui avoir adressé de vifs reproches , le fit arrêter, et confisqua les objets précieux qu’il avait rapportés , et qui s’élevaient à une somme de quarante mille dinars.»

Ne voulant point allonger cette note outre mesure, je n’ajouterai rien à la relation qu’on vient de lire. Je me contenterai de faire une seule observation. On a vu que Bérékeh , parlant aux ambassadeurs égyptiens , leur demanda s’il était vrai que , dans leur pays, il existait un os de géant , placé en travers sur le Nil, et qui servait de pont. Cette question, qui semble avec raison bien absurde, est fondée toutefois sur une tradition, conservée chez les Arabes, et dont l’origine paraît remonter à une grande antiquité. Nous lisons dans X Histoire de la conquête de l’Égypte, écrite par Abd-alhakam (man. arab. 655, pag. 39), qu’un géant, nommé Aoudj ayant été tué par Moyse, son corps tomba en

travers sur le Nil, et forma un pont qui servait de passage; et, dans le XVe siècle de notre ère, cette fable était encore répandue chez les peuples de l’Orient. Au rapport du voyageur Schiltberger (Reise in den Orient, pag. i3o, i3i), « il existait dans l’Arabie un pont formé de l’os de la jambe d’un géant. 11 réunissait deux rochers, séparés par une vallée profonde, dans laquelle roulait un torrent. 11 fallait nécessairement que les voyageurs franchissent ce pont, attendu que c’était le seul passage praticable. Et les marchands qui allaient commercer en Arabie, suivaient exclusivement cette route. Non loin de ce pont, les Arabes avaient établi un péage ; et du produit de cette douane, on achetait de l’huile, que l’on employait à frotter l’os, afin de le garantir de la carie. »

(97) Je lis LjJ ! , au lieu de

(98) Le mot LU signifie un paquet. C’est de la même racine que vient le pluriel v à Ai), qui dé-

signe des bandes de toile. On lit dans l’ouvrage biographique d’Ebn-Khallikan (fol. 240 verso), en

parlant d’une blessure : wàjLUJb «Il l’enveloppa de bandes.» De là vient aussi v — âL», qui

signifie une enveloppe plus ou moins grande. On lit dans l’ouvrage intitulé Inschâ (f. io5 v°) : |

L~o! Js La. JS” «11 prit deux petites enveloppes de soie, et mit

« dans chacune d’elles une cerise. » Plus loin (f. 120 v°) v«âL> iJù^a v — àlo

J \y U! jt Lî « Il réunit chaque espèce dans une enveloppe particulière, qui se com-

« posait d'un mouchoir ou d’une serviette de fil. »

Me voici amené naturellement à revenir sur une assertion que j’ai émise au commencement de

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