IV. MELIK-DAHER-BIBARS
an 661 (ia63).
de continuer les pensions que l’on faisait aux pauvres. Il remit le droit qu’on levait sur la population d’Alexandrie , et qüi était d’un quart de pièce d’or sur chaque kintar de tout ce qui se vendait. Il joua à la paume; après quoi il fit revêtir les émirs de robes d’honneur, donna àl’atabek une gratification de trois cents pièces d’or, et distribua à chaque émir un présent proportionné à son rang. Puis, il monta à cheval, pour aller visiter un scheïkh universellement respecté, qui se nommait 303 Mohammed-ben-Mansour-Aiâri Le scheïkh ne voulut point admettre le
prince chezlui; il consentit toutefois à lui parler, sous la condition que le sultan resterait dans le jardin , tandis que le scheïkh se tiendrait dans sa salle haute.
De là, Bibars alla visiter le scheïkh Schâtebi. Bientôt après, deux hommes , habitants de la place d’Alexandrie, et dont l’un se nommait Ebn-Bouri , et l’autre, Moukarram-ben-Zaïiat , se présentèrent devant le prince, apportant avec eux des écrits qui contenaient les moyens de recouvrer des sommes per-
dues. Le mardi , sixième jour du mois , le sultan manda l’alabek, le sâheb (visir) , les kadis, les jurisconsultes, et fit lire devant eux les pièces indiquées. A chaque mesure vexatoire qui lui était proposée, il la repoussait, et témoignait hautement combien il désapprouvait la conduite de ces deux individus. Lorsque la lecture fut terminée, il s’exprima en ces termes : « Sachez que j’ai sacrifié pour « plaire au Dieu très-haut, une valeur de six cent mille pièces d’or, que m’auraient «produite le cadastre, l’évaluation des propriétés, des fantassins, des esclaves « mâles et femelles, et l’appréciation des palmiers. Et Dieu m’a dédommagé am- « plement, par un accroissement de puissance. De plus , m’étant fait apporter les « registres des percepteurs, j’ai reconnu que leur recette avait augmenté, depuis « l’abolition des taxes injustes. Quiconque renonce à quelque chose pour l’a- « mour de Dieu, en reçoit infailliblement la récompense. » Il oi’donna qu’Ebn- Bouri fût promené ignominieusement dans la ville. Le septième jour du même mois, les courriers de la poste, qui arrivaient de Birah et d’Alep, apportèrent la nouvelle que des Mongols et des Behculurs (guerriers) au nombre de treize cents cavaliers, se rendaient à la Porte Sublime ^JUJ! et venaient se soumettre
au sultan. Ce prince expédia l’ordre de recevoir ces étrangers avec bienveillance.
Le jeudi, huitième jour du mois, le sultan tint une audience dans la maison destinée à rendre la justice, et enjoignit de purifier la ville, par l’expulsion des courtisanes franques.
Le douzième jour du même mois, le sultan quitta Alexandrie, et prit la route du Caire. Arrivé à Teroudjeh, il convoqua les Arabes de ce canton, et leur or-
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donna de disputer, en sa présence, le prix de la course. Les Arabes se rassemblèrent au nombre de mille cavaliers, auxquels se réunit une partie des cavaliers de l’armée. Le sultan se plaça sur une colline, fixa lui-même l’espace qui devait être parcouru, et fit planter des piques , surmontées de pièces de soie ^JLL|et d’étoffe rayée qui renfermaient les sommes destinées pour les prix. Les chevaux se rangèrent dans la carrière. Chacun des cavaliers, lorsqu’il avait devancé ses rivaux , recevait la somme qui lui avait été assignée. Après quoi , le sultan retourna au château de la Montagne. A son arrivée, il nomma aux fonctions de kadi de la place d’Alexandrie, le jurisconsulte Borhan-eddin-lbraliim-ben-Mohammed-ben- Ali-Bouscbi , de la secte de Mâlek. C’était un homme religieux, d’une dévotion austère, qui avait choisi pour sa retraite habituelle une des mosquées de Fostat. La charge de khatib (prédicateur) fut donnée à Zeïn-eddin-Abou’lfaradj-Mohammed, fds du kadi Mouwaffek, fds d’Abou’lfaradj , natif d’Alexandrie, qui avait j usqu’alors rempli dans cette ville les fonctions de juge
Le dernier jour du mois de Dhou’lkadah, le sultan descendit au Caire. L’émir Seif-eddin-Kelaoun-Alefi s’en retourna, accompagné des émirs Hosâm-eddinalhadj-Idagdi-Rokni , et Hosâm-eddin, fils de Bérékeh-Khan. Le mercredi, cinquième jour du mois de Dhou’lhidjdjah, Hosâm-eddin, fds de Bérékeh-Khan étant venu à mourir, le sultan assista à ses obsèques, et les suivit à pied, avec toute la foule.
Le sixième jour du même mois, on vit arriver les Tatars qui venaient se soumettre. Les principaux d’entre eux étaient Keremoun, Amtaghiah, Nokiali, Djerek, Kaïan, Nâsaghiah, Taischour, Bentou, Soblii, Djaudjelan, Adj-Karkâ, Adkerek, Kerai, Salaghiah, Motakaddem, et Daragan. Le sultan sortit à leur rencontre. Dès qu’ils l’aperçurent, ils descendirent de cheval, et baisèrent la terre devant le monarque, qui resta en selle. Ce prince, après les avoir comblés d’honneurs, reprit la route du château. Le huitième jour du même mois , le sultan fit revêtir ces étrangers de robes d’honneur. Ensuite il alla visiter le tombeau du fils de Bérékeh-Khan. Bientôt après on reçut la nouvelle qu’il arrivait un autre corps de Tatars. Le sultan se prépara à les recevoir d’une manière distinguée, et sortit à cheval, pour aller au-devant d’eux. Une troisième troupe ne tarda pas à venir. Ces nouveaux hôtes furent accueillis comme l’avaient été les premiers. Les principaux d’entre eux obtinrent le grade d’émir. Le sultan les ayant invités à embrasser l’islamisme, ils acceptèrent la proposition, et se firent tous cir-
concire.