‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 66 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIBARS

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an 661 (1263).

Sur ces entrefaites , l’émir Behâ-eddin , emir-akhor frappa violemment un des courtiers du marché aux chevaux ; et cet homme expira , après avoir été transporté dans sa maison. Ce fait excita au plus haut point la colère du sultan. U emirakhor, épouvanté, alla chercher un asile dans la maison de l’émir Kelaoun, et s’y tint caché. Kelaoun se rendit chez l’atabek, pour traiter l’affaire. Il remit lui-même aux enfants du mort cinq mille pièces d’argent, cent ardebs de froment et un habillement complet. A ce prix, ils abandonnèrent l’accusation, et certifièrent que la mort de leur père avait eu pour unique cause la destinée et la volonté divine. L’atabek s’étant présenté chez le sultan, lui rendit compte de ce qui s’était passé. Ce prince entra dans une violente colère. L’atabek lui dit : « Vous êtes « irrité; et cependant la loi est pour nous. Que le meurtre ait eu lieu par mé- « garde, ou avec préméditation , les parents du mort ont renoncé à toute pour- « suite. » Tous les émirs implorant la grâce du coupable , le sultan se rendit à leurs instances. Bientôt après, on fabriqua, par ordre de ce prince, une mosquée djami, composée d’étoffes taillées ïLiL, et qui était destinée à être dressée à la droite de la tente du sultan. On y adapta des mihrab et des portes. Et l’on y plaça un maksourah, destiné pour le monarque.

Cette même année, on reconstruisit la maison de justice située au

pied du château de la Montagne. Le sultan y tenait une séance, les lundi et jeudi de chaque semaine, pour passer les troupes en revue. Bientôt après il arriva un présent, envoyé du Yemen.

Cette même année , le sultan ordonna de créer quatre kadis , qui devaient être les substituts du kadi-alkoddt Tadj-eddin-ben-Bint-alaazz. Celui-ci nomma, en effet, pour remplir ces fonctions, un Hânefi, un Mâleki ; mais il ne trouva point parmi les Hanbalis un homme qu’il pût choisir; et il se contenta de désigner un hanbali, pour rédiger les contrats jiL. Bientôt après le sultan envoya vers les principaux personnages de l’Irak, des Arabes de Khafadjah, avec des robes d’honneur ^U.. Il écrivit au souverain de Schiraz et à d’autres princes, pour les exciter à entreprendre la guerre contre Houlagou. Plusieurs émirs de la tribu de Khafadjah furent revêtus des habits, symboles de la noblesse t , et l’émir Izz-eddin reçut ordre de les accompagner à Schiraz. Le sultan expédia par mer un grand nombre de maçons, de charpentiers, de scieurs, de portefaix , avec quantité de pièces de bois et d’autres matériaux , pour réparer la mosquée du Prophète On fabriqua, suivant l’usage, un voile ïj*S ( ioo) des-

(roo) Le mot kisoueh , est souvent employé pour désigner le voile de la kabah. On lit dans

tinépour la kabah. 11 fut placé sur des mules, et promené dans les rues du Caire et de Fostat. Il était accompagné des familiers du sultan , des principaux personnages de l’État, des kadis, des jurisconsultes, des fakirs, des lecteurs, des 305 khatibs, des imams. Ce voile partit pour la Mecque, dans la seconde dizaine du mois de Schewal. Zeïn-eddin-ben-Bouri fut chargé de présider à la reconstruction de la mosquée sacrée.

Cette même année, le Français (saint Louis) , roi des Francs, rassembla

ses armées, avec l’intention de tenter la conquête de Damiette : ses officiers lui conseillèrent d’aller plutôt attaquer Tunis, lui représentant que la prise de cette dernière place faciliterait celle de Damiette. Le prince arriva en effet devant Tunis; il était sur le point de s’en rendre maître, lorsque Dieu envoya dans son armée une maladie dangereuse , qui emporta le roi , et un grand nombre de ses principaux officiers. Les autres retournèrent dans leur pays.

Cette année vit mourir i° Yémir-kebir Moudjir-eddin-Abou’lhaïdjâ-ben-Isâben-Khaschken, le Curde , qui périt à Damas ; 20 Izz-eddin-Abou-Moliammed-Abderrazzâk-ben-Rizk-allah-Rasani (c’est-à-dire natif de la ville de Ras-Aïn)

de la secte de Hanbal, scheïkh (docteur) des provinces du Djézirah. Il mourut dans la ville de Sindjâr, à lage de soixante-douze ans; 3° Ilm-eddin-Abou-Mohammed-Kâsem-ben-Ahmed-Mursi-Lorki. Il mourut à Damas, âgé de soixante ans. Il était regardé comme le chef des lecteurs.

Le premier jour de l’année 662 , le sultan tint une audience dans la maison de la justice. On lui présenta un papier cacheté, qu’apportait un esclave noir, et qui contenait une dénonciation Lè )j* contre Schems-eddin, scheïkh des Hanbalis. Suivant l’accusateur, le scheïkh haïssait le sultan, et désirait voir finir son règne, attendu que ce prince , en fondant un collège, dans le voisinage du tombeau de Sâleh, n’y avait point donné place aux Hanbalis, et n’avait nommé au-

l’ Histoire cl’Êgypte d’Ahmed-Askalâni (t. I, man. 656, fol. 187 r°) : ! j Jl-i 1 vJl ^ d J;

« Il exerça les fonctions de wakil (agent) du trésor, et fut chargé de la fabrication du kisoueh. »

Ailleurs (tom. II, man. 657, fol. 20 r°) : jYd j v «Il présida, comme

«inspecteur, aux fondations pieuses, et à la fabrication du kisoueh.» Plus loin (f. 56 r°) :

ÜJuJ ! «Relativement au kisoueh (voile) qui fut fabriqué cette année. »

Et enfin (fol. 76 r°) : I ojs. « Le kadi. . .

« présenta le kisoueh (le rideau) qu’il avait fait faire, et qui était de la plus grande beauté. » Le mot kisoueh est encore employé aujourd’hui avec la même signification. On peut voir sur ce sujet, \ansleb [Relation de l’Égypte, p. 345, 34g); M. Estève [Finances de l'Égypte, p. 83, 85); M. le comte de Chabrol [Essai sur les mœurs de l’Égypte, p. 470) ; M. Martin [Expédition de l’Égypte, t. I, p. 33g), etc.

an 662 (1264). IV. MELIK-DAHER-BIBARS. 225

cun d’eux aux fonctions de kadi. On alléguait encore d’autres griefs. La lettre ayant été envoyée au scheïkh, il protesta qu’elle ne renfermait rien de vrai. Puis il ajouta : « Cet esclave était à mon service, et je l’ai congédié. » Le sultan lui dit: « Quand tu tiendrais contre moi des discours injurieux, je te le permettrais. « Après quoi , il fit donner à l’esclave cent coups de bâton.

Au mois de Moharram, on proclama dans les villes du Caire et de Fostat, qu’aucune femme ne portât de turban, et 11e se revêtît du costume des liommes; que si une femme, trois jours après cette publication, contrevenait à l’ordonnance, on lui enlèverait les habits quelle aurait sur le corps. L’eunuque Schodja-eddin-Mourscbid-Hamawi , ayant été mandé au château de la Montagne, le sultan lui reprocha que son maître, le prince de Hamah, ne s’occupait que de ses amusements. Il régla avec lui que les troupes seraient astreintes à placer des corps avancés (101), el- a tenir leur armure au com-

(101) Le mot yezek qui fait au pluriel Lij-x, désigne : Des gardes avancées, des coureurs.

On lit dans le Kâmel d’Ebn-Athir (tom. VI, pag. 66) : A9

« Des Francs, en grand nombre, étaient sortis de Jérusalem, afin de servir d’éclaireurs. « Plus loin (pag. 89) : ^ jS.) 1 LiU ,111 « Ses compagnons, qu’il avait placés

« devant les Francs comme une garde avancée. » Et plus bas (pag. 99) : ^ AXjilLj àSjj

«Ses éclaireurs et ses coureurs ne cessaient d’observer les Francs. » Dans l’Histoire de

la Conquête de Jérusalem (man. 714, fol. 2x3 v°) : ^ j I Sis HÉyJ 1 j v jjx) ! ^ ^

« Il voulut chasser devant eux les Arabes et les coureurs qui se trouvaient là. » Dans l’histoire de Nowaïri (26e partie, man. de Leide, f. 201 r°) : ^iJ! ibliù aj lar-0 1

jy*o A/3 «Ses compagnons qu’il avait placés comme vedettes, vis-à-vis des Francs, près de la «ville de Tyr. » Et plus loin (fol. 204 r°) : ^.Ix'Lsj ^LkLJf Lfjx «Il marcha contre les

«vedettes du sultan, et les attaqua. » Dans une Histoire d’Égypte (de mon manuscrit, fol. 87 v°) : i*UJ! J! « Les gardes avancées restèrent , pour surveiller la forteresse. » Et ( ibid .):

j'aaJ î « Les coureurs des Tatars. » Plus loin (fol. 88) : -lÉy) ! Lslf i « Ceux

« qui étaient là pour former la garde avancée. » Et enfin (f. 97 r°) : iSjj «Ses cou-

rt reurs arrivèrent dans cette contrée. »

Il est un autre mot que les historiens emploient quelquefois comme équivalent de celui de Je veux parler du terme djâlisch J La.. Il désigne proprement un drapeau. On lit dans les Prolégomènes d’Ebn-Khaldoun (fol. g5 r°) : h î î i à U i

j^.***^ | ^ ’ J) ^ J1 .i ~aâ. (3 j ÏA».tj « Quant

«à ce qui concerne les Turcs qui régnent aujourd’hui dans l’Orient, ils prennent, avant tout, un « grand drapeau, dont la tète est surmontée d’une touffe de crins. Ils le désignent par les noms de « djâlisch et de djitr. Cet étendard accompagne toujours l’armée.» Ebn-Aïas, dans son Histoire L 29

plet. Il lui remit un diplôme, et le fit partir pour Hamah. Bientôt après, on vit arriver l’émir Djemâl-eddin-Iaschker, fils du dewaddr Moudjâhid, dewadâr du

(l’Égypte (ni. 689, f. 20 r°), nous donne les détails suivants : lit ïAc

L*jJ (jiüLsét LAiuJt ûbU! ^J| « Jadis les sultans d’Égypte, lorsqu’ils

« se préparaient à faire un voyage en Syrie, étaient dans l’usage de suspendre le djâlisch (le drapeau) « quarante jours avant leur départ. » Plus loin (fol. 22 v°, man. 5g5 A, tora. II, fol. 99 v°), le même historien nous apprend que le sultan Gauri, partant pour une expédition contre les Turcs , changea , sur plusieurs points, les usages adoptés par ses prédécesseurs : (j£vJlsé! <ù!

1 ^ 1 ^ y I9 SS.) I..J I v ^ .Cli 1 ? ^ L*S" Li 1

Jjo j) j ^LilJt (jL.)Wl 'ILi) «Entre autres choses,

«il ne fit pas, à l’exemple des rois ses prédécesseurs, suspendre le djâlisch à l’édifice appelé tabl- « hhanât. Car, ils y attachaient ce drapeau, puis, passaient les troupes en revue, et leur accordaient « la gratification telle qu’elle avait lieu lors des voyages. Le djâlisch restait suspendu jusqu’au départ « du sultan , quand même ce départ n’aurait eu lieu qu’au bout de deux mois. » On lit dans l’histoire

de Makrizi ( Solouk , tom. II, fol. 106) : Jjlaô ^LLU! jA «Par son

«ordre, le djâlisch (drapeau) du sultan fut suspendu au tabl-khanât » Et Abou’lmahâsen (man. 663, fol. 216) s’exprime en ces termes «On suspendit le djâlisch du départ. «Lorsque

le sultan se mettait en campagne, ce drapeau accompagnait constamment l’armée. On lit dans l’histoire de Makrizi ( 'loc . laud., fol. 106) : ^>îiJ ! ^jàhseh partit, et prit

« la route de la Syrie. » Comme le drapeau, suivant l’usage, était toujours en tête de l’armée, le mot la. signifiait , par extension , l’avant-garde des troupes. On lit dans Y Histoire d’Égypte d Ahmed- Askalâni (tom. II, man. 65y, fol. 56 v°) : ÜxJJsM. Dans l’histoire de Nowaïri (m. 683,

fol. 14), et dans celle de Makrizi ( Solouk , tom. I, pag. 4*5), le mot ^vJla- est expliqué par

-liJî (Lajliü « Les troupes en avant du centre. » Dans l’histoire d’Ebn-Aïas (tom. II, fol. 25) :

’àjJ! ^Jt ^iJLa. J « L’avant-garde de son armée arriva devant la ville de Birah. » Dans

Y Histoire de la Conquête de Jérusalem (m. 714, fol. 264 v°) : ^ sJ> (JW-

« Les Turcs qui formaient l’avant-garde, fondirent sur eux, montés sur des chevaux. » Dans Y Histoire d’Égypte d’Ahmed-Askalâni (tom. I, m. 656, fol. 161 v°) : ^jUaL*JI 1

î «L’avant-garde du sultan en vint aux mains avec celle du gouverneur de la

« Syrie. » Dans le même ouvrage (tom. II, man. 657, fol. 24 v°) : 4.^3-üô iAc «Il apprit que l’avant-garde qui le précédait l’avait trahi.» Et ( ibul .) :

« Les émirs de l’avant-garde. » Dans le Manhel-sâfi d’Abou’lmahàsen (t. III, f. 162 v°) {-y?

OU ^ <u JÜûlj j jÜWi J, * ^ ’i&Uw ça . . . ^ li. « Il désigna l’émir

« Schahin, avec d’autres émirs, pour se tenir à l’avant-garde, et leur ordonna de précéder l’armee, « ainsi que fait toujours une avant-garde. » Dans le même ouvrage (tom. IV, fol. 4 r0) : j.ck.1 Ay\ LctvJL^. « Il plaça l’émir Touga, avec plusieurs autres émirs, à 1 avant-garde. » Dans la Fie de Bibars (man. 8o3, fol. 7 r°) : ïcl?- Ajo» j, \iuJl2». ^a>LkJ! wAl-i! ^LîaLJl

î « Le sultan Melik-Dâher le précédait , formant l’avant-garde , et ayant avec lui une partie « de l’armée. » Et plus loin ( ibid v°) : j+a* J Li*JL=». yos*. « Il formait l’avant-garde de

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