‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 69 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIB ARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIB ARS

AN 662 (l264)-

rusalem. Le kacLi-alkodat Tadj-eddin-ben-Bint-alaazz était présent à cette lecture. On fit plusieurs copies de cette pièce. On assigna également une destination du meme genre à deux écuries situées au bas du château , et dont l’une portait le nom de Djauher-Noubi. En même temps , on reçut la nouvelle que , dans la ville de Khalil (Hébron), on avait rétabli le repas et les distributions destinés pour les habitants et les voyageurs. Cet usage avait été interrompu depuis un grand nombre d’années.

Le sultan se rendit à Wasim, et de là, dans la province de Garbiah. Il se promenait seul, et incognito , afin de prendre des informations sur l’émir Ebn-Homam, gouverneur du Garbiah, ainsi que sur la conduite des lieutenants, des pages, et des agents de cet officier. N’ayant recueilli que de mauvais renseignements, il fit arrêter Ebn-Homam , et lui donna un successeur. Ayant reçu des plaintes au sujet des vexations qu’exerçait un mobascher chrétien, il le fit étrangler, attendu que cet homme avait tenu des discours qui méritaient un pareil châtiment. Après être entré dans Damiette, il retourna à Oschmoum et se dirigea par la route de Menzaleh , vers la province de Scharkiah.

Cependant les Francs firent demander au sultan la permission de mettre en culture les terres qu’ils possédaient en Syrie, et d’y semer une quantité de grain. On conclut avec eux une trêve de quelques jours, et on les autorisa à faire ce qu’ils réclamaient.

Le vendredi, vingt et unième jour de ce mois, mourut Melik-Aschraf-Modaffer-eddin-Mousa, fils de Melik-Mansour, prince de Hems ; comme il ne laissait ni fils, ni frère, ni héritier désigné par lui, l’émir Bedr-eddin-Bilbek-Alaï, par ordre du sultan, prit possession de la ville , le vingt-septième jour de ce mois. Toute la population prêta serment de fidélité à Melik-Modaffer ( lisez Dâher). Le même émir se fit livrer également la ville de Rahbah, où le sultan envoya une somme de vingt mille pièces d’or. L’émir Djemâl-eddin-Djâki fut nommé gouverneur de Harran , et un autre émir eut le commandement de Rakkah. Cependant, on reçut la nouvelle que le souverain de l’ile de Dahlak, et celui de l’île de Sewaken, s’emparaient des biens des marchands qui venaient à mourir. Le sultan fit partir un des officiers de la halkah , avec un ambassadeur, pour témoigner à ces princes qu’il désapprouvait leur conduite. Cette année, le trèfle j que mangèrent les chevaux du sultan, et les chameaux des différents parcs ouS.lL* de l’Égypte, s’éleva à la valeur de cinquante mille pièces d’or.

Cette même année, on éprouva en Égypte un renchérissement des denrées.

Varde b de froment se vendait environ cent pièces d’argent; le sultan ayant ordonné de taxer^ju-J (io4) les différents objets, cette mesure ne fit qu’accroître le mal. Le pain manqua totalement; Xardeb de froment s’éleva au prix de cent cinq pièces d’argent; Xardeb d’orge à soixante-dix pièces : trois ntl de pain coûtaient un dirhem ; et un ritl de viande, un dirhem un tiers. Dans la ville d’Alexandrie, le prix de Xardeb de froment monta jusqu’à trois cent vingt dirhems. La misère allant toujours en augmentant, on en vint à manger les feuilles de

raves «j^iJ , de choux , et d’autres plantes. Les habitants , se dispersant dans les

campagnes , dévoraient les racines des fèves vertes. Le vendredi , septième

jour du mois de Rebi second, le sultan s’étant rendu dans la maison de la justice JjLsJljb, abolit la taxe des denrées. Il fit enjoindre aux inspecteurs des greniers de vendre, chaque jour, aux pauvres, une quantité de cinq cents ardebs de grains. Il leur était ordonné de ne vendre à la fois que deux waibah au plus, afin que les acheteurs ne pussent faire d’approvisionnements. Cette mesure ayant été annoncée par une proclamation, les pauvres se réunirent au pied du château; les hâdjebs (chambellans) descendirent, vinrent inscrire les noms de ceux qui se trouvaient présents. Après quoi, chacun des hadjebs se dirigeant vers un quartier, ils prirent note de tous les pauvres qui étaient restés au Caire et à Fostat, et en rapportèrent un dénombrement, qui contenait plusieurs milliers d’individus. Le sultan s’écria : « Par Dieu, si j’avais une quantité de grains suffisante « pour nourrir tous ces malheureux , je la leur distribuerais en entier. » Il se réserva plusieurs milliers de pauvres. Il en assigna un pareil nombre aux lieutenants de son fils , Melik-Saïd. Par son ordre, on dressa à la chancellerie militaire djO des états de répartition, qui donnaient à chaque émir un nombre de pauvres proportionné à celui des soldats qui étaient sous ses ordres. Les djundis , les muf redis de la halkah , les commandants, les bahris eurent à leur

(104) Le verbe^Ju», à la deuxième forme, signifie : Taxer une denrée, en fixer le prix d’une manière arbitraire. On lit dans la Description de V Égypte de Makrizi (m. 798, fol. 179 ^**«*dl JJîjLs «On examina ce qui concernait les prix des denrées; et on renonça à les

« fixer arbitrairement. » Dans la Vie de Bibars par Nowaïri (f. 22 v°) : IJJs ^UaL^J!

« Le sultan ordonna de fixer le prix des denrées. Il espérait par

«là soulager la population. Mais cette mesure ne fit qu’augmenter la détresse; et le pain manqua « entièrement. « Plus loin (fol. 23 r°) : JLk> ! U Jjl « La première mesure que l’on

«proposa fut l’abolition de la taxe des denrées.» Dans l’histoire de notre écrivain ( Solouk , t. III, f. 48 v°) : « On fixa la valeur du mithhal d’or à cent dirhems. »

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