IV. MELIK-DAHER-BIBARS
charge un nombre plus ou moins grand de ces malheureux. On fit une classe à part desTurcomans,et une des Curdes. Chaque pauvre dut recevoir de quoi suffire à ses besoins pendant trois mois. Quant aux marchands, et aux hommes riches, des 308 différentes classes, on remit à chacun d’eux, suivant son état, un nombre de pauvres plus ou moins grand. Le sultan donna l’ordre que l’on distribuât chaque jour aux religieux des divers monastères Idjjh î quatre cents ardebs de grains, tirés des greniers royaux , sans compter le pain que l’on fabriquait dans la mosquée d’Ahmed-ben-Touloun. Ce prince dit ensuite : « Nous avons rassemblé aujourd'hui cette foule de malheureux , et déjà la moitié du jour est écoulée : que « l’on donne à chacun d’eux une demi-pièce d’argent, afin qu’il se procure du pain ;
« et les mesures que nous avons arrêtées auront leur exécution , à partir de de- « main. » On distribua, de cette manière, une somme considérable. Le sâheb (vizir) se chargea d’un grand nombre d’aveugles; l’atabek, d’une multitude de Turcomans; enfin, parmi les familiers du sultan , les personnes attachées à son service, les hddjebs (chambellans), les émirs, les gouverneurs, les hommes en place,
**les hauts fonctionnaires, les hommes riches , il ne s’en trouva pas un seul qui ne prît à ses frais un nombre plus ou moins grand de pauvres. Le sultan dit alors à l’émir Sârem-eddin-Masoudi, wâli du Caire : « Charge-toi de cent pauvres , que « tu nourriras, pour l’amour de Dieu. » L’émir répondit qu’il avait déjà réalisé ce que demandait le prince , et pris à perpétuité le soin de ces malheureux. « Hé « bien , dit le sultan , tu as fait la chose de toi-même, adopte ces cent pauvres en « ma considération. » Ce qui fut exécuté. Bientôt on commença à ouvrir les magasins, à distribuer des aumônes. Le prix des grains diminua , et ne fut plus que de vingt dirliems par ardeb.
Le jour où le sultan donna audience , dans la maison de la Justice , on lui apporta un placet ü? adressé par les fermiers de l’hôtel de la monnaie; ils représentaient que la fabrication du dirhem était arrêtée, et demandaient la suppression des dirhems nâseris; ils faisaient observer que le prix de leur fermage s’élevait à deux cent cinquante mille pièces d’argent. Le sultan leur accorda, sur cette somme, une diminution de cinquante mille pièces d’argent; puis, il ajouta:
« Nous ne voulons pas léser les intérêts pécuniaires de nos sujets.» Le vingtième jour du mois de Rebi second, on éprouva un fort tremblement de terre, qui renversa quantité de lieux habités. Le vingt-troisième jour du même mois , le sultan accorda aux filles de l’émir Hosam-eddin-Ladj in , le djoukenddr, la remise des droits qu’elles devaient au fisc sur la succession de leur père, qui était mort !• 3o
à Damas, le quatorzième jour de Moharram; cet héritage s’élevait à quatre cent mille pièces d’argent monnayé, sans compter les propriétés territoriales, les grains, les chevaux. Un acte, constatant cette faveur, fut envoyé en Syrie. Le sultan voulait faire entendre à ses émirs que s’ils mouraient à son service, après s’être montrés fidèles à leurs serments, il veillerait sur les intérêts de leurs enfants, auxquels il assurerait la propriété des hiens laissés par leur père. L’émir Schehâbeddin-Kaïmeri, qui gouvernait au nom du sultan les conquêtes faites dans la province du Sahel (la Phénicie), étant venu à mourir, son fils fut mis en possession de son héritage, qui se composait de cent eunuques. L’émir Schodja-eddin, gouverneur de Sermin, ayant été fait prisonnier par les Francs, ses propriétés territoriales furent abandonnées à ses frères et à ses pages. En agissant ainsi , le sultan avait pour but de s’attacher tous les cœurs.
Cette même année, on reçut la nouvelle que Hailhom, roi d’Arménie, ayant 309 rassemblé des troupes, marchait vers la ville d’Héraclée, et était venu camper devant la forteresse de Sarfand X.9j~e. Des courriers, expédiés du château de la Montagne, arrivèrent à Hamah et à Hems, où ils apportèrent l’ordre de marcher* vers Alep. Les troupes se mirent en route, tombèrent sur l’armée arménienne, massacrèrent ou firent prisonniers un grand nombre d’ennemis. Les Arméniens, forcés de prendre la fuite, implorèrent le secours des Tatars, qui étaient campés dans le pays de Roum, et qui s’avancèrent au nombre de sept cents cavaliers. A peine étaient-ils arrivés sous les murs de Harem, que la neige , qui tombait en abondance, les contraignit de rebrousser chemin, après qu’ils eurent perdu beaucoup de monde.
Dans le même temps, on apprit que le canal d’Alexandrie s’était obstrué; que son embouchure était comblée par des amas de terre ; et que, par suite de cette circonstance, la ville d’Alexandrie éprouvait une disette d’eau. Le sultan envoya aussitôt l’émir Izz-eddin, emir-djanddr, qui fît recreuser le canal. D’un autre côté, l’émir Djemâl-eddin-Mousa-ben-Iagmour , Vostadiir , reçut la mission de faire creuser le canal de l’île des Benou-Nasr, attendu que ce canton ne recevait qu’une irrigation insuffisante.
Au mois de Djoumadâ premier, l’émir Seïf-eddin-Belban-Zeini , emir-alam Jæ (io5) , partit pour la Syrie, avec ordre de régler ce qui concernait les for-
(io5) Dans un passage de l’ Histoire des Seldjoucides de Bondari (f. 122 v°), le mot dé-
signe un porte-drapeciu.