IV. MEL1K-DAHER-BIBARS
teresses , de passer en revue les troupes de Hamah et d’Alep, et les habitants des places frontières ; d’enjoindre aux émirs de tenir au complet le nombre de leurs soldats et la quantité de leurs bagages , et de repousser les excuses que l’on alléguait, pour ne pas prendre part à la guerre. On lui remit plusieurs rescrits^ffij', contenant ce qu’il avait à faire ; il devait faire porter de Damas à Birah , un trésor considérable, afin de pourvoir aux dépenses de cette place. Dans le même temps, plusieurs Arabes, de la tribu de Kliafadjah, quittèrent la cour. Ils étaient venus apporter des lettres de ceux de leurs compatriotes qui habitaient l’Irak. Ceux-ci annonçaient qu’ils avaient fait des incursions sur les terres des Tatars, et poussé leurs courses jusqu’aux portes de Bagdad (106). Ils donnaient également des nouvelles des événements qui se passaient à Schiraz. On fit réponse à ces Arabes, et on les combla de témoignages de bienveillance.
Ce même mois, des ambassadeurs, envoyés vers le prince Bérékeb, se mirent en route. Parmi les Tatars arrivés en Égypte, il y en eut beaucoup qui, à l’instigation du sultan , embrassèrent l’islamisme. Il en fut de même des Francs qui s’étaient soumis volontairement, et des émirs nubiens, qui avaient été envoyés parleur roi. L’émir Bedr-eddin , le trésorier, leur distribua, dans un seul jour, cent quatre-vingts chevaux. Au mois de Djoumadâ second, on arrêta deux espions apostés par les Tatars. A cette même époque, on termina la construction de (107) la tour que le sultan avait fait construire à Kârâ tjlâ, et l’on s’occupa d’en bâtir une plus grande, qui devait servir à protéger les routes contre les incursions des Francs. Sur ces entrefaites, le roi d’Arménie (108), ayant dessein de porter la guerre en Syrie, avait fait préparer mille manteaux tatars (109) La, et mille serdkoudj (bonnets) ^3(^(1 10), dont il revêtit des Arméniens, afin
(106) Je n’ai pas hésité à lire v >b , au lieu de ÏLç wjU.
(107) Je lis^ac^, au lieu de ■
(108) Je lis au lieu de v^XJLï.
(109) C’est ainsi que je lis, au lieu de ,j^o.
(1 10) Le mot se retrouve dans un autre passage de notre historien. On y lit (, Solouk , t. 1 ,
p. 472) ■ *^*7^. A j !.}! «Il demandait
« trente serâkoudj, afin que, lorsqu’il enverrait des espions pour surveiller les mouvements de l’ennemi, «ces émissaires prissent ce costume. » Dans la Vie de Bibars de Nowaïri (folio 66 recto) : !^*wJ
jbt-db ! « Ils prirent des serâkoudj , afin de ressembler à des Tatars. » Et (ib.) : . àj !
-wlsr^l l^uJ! «Il fit prendre à ses compagnons mille serâkoudj .» Dans l’histoire de Schehâb-
eddin, ou plutôt de Djemâl-eddin-ben-Wâsel (man. non catalogué, fol. 438 v°) : w «11
de faire croire que c’était un corps auxiliaire, envoyé parles Tatars. Dès qu’on eut reçu cette nouvelle, les courriers de la poste furent expédiés vers Damas, apportant un ordre que les troupes de cette ville se dirigeassent vers Hems ; que celles de Hamali entrassent en campagne , et que les Arabes de Syrie s’abstinssent, cette année, de se rendre dans le désert. Les armées s’étant mises en marche, firent des courses de tous les côtés. Les Arméniens furent complètement battus. Les troupes vinrent camper sous les murs d’Antioche, tuèrent ou firent prisonniers beaucoup d’ennemis, et enlevèrent un riche butin. Un autre corps pénétra dans le Sahel , pour attaquer les Francs, s’avança jusqu’aux portes d’Akkâ, et commença à relever la ville de Schakif-Tiroun qui était en ruine, de-
puis l’année 658. Dès que les travaux de construction furent terminés, on fit transporter dans cette place un arsenal ïUU.^j et des vivres. Le sultan envoya aux troupes du Sdhel une somme de deux cent mille pièces d’argent, qui fut partagée entre les soldats. Sur ces entrefaites, un courrier de la poste annonça que plusieurs émirs de l’Irak, venant de Schirâz, ainsi que des émirs de la tribu de Kafadjah , étaient arrivés, et se rendaient à la cour du sultan.
Le premier jour du mois de Redjeb, on présenta au prince un placet 'Làà (ni).
«jeta son serdkoudj. » Suivant l’auteur du Borhani-hati (pag. 499), le mot seragoudj ou
désigne : Une coiffure de femme qui, d’un côté , tombe sur le front, enveloppe les cheveux, et pend jusque sur l’épaule gauche. On sent bien que, dans le passage de Makrizi, il ne saurait être question d’un pareil genre de parure, et que le mot doit signifier un simple bonnet. Voyez
ci-dessus, p. 21 5.
(1 n) Le mot kissah 'ifs , signifie : Une requête , un placet. Il se trouve, avec ce sens, dans plusieurs passages de la Vie de Saladin par Behâ-eddin (pag. 10, 23). Dans l’ouvrage biographique d’Ebn-Khallikan (fol. 354 v°) , on lit : 'ifs çSj « Un homme présenta un placet
«à Fakhr-almoulk. » Dans l’Histoire d’Égypte d’Abou’lmahâsen (man. 663, fol. 35 r°) : t
I « Il prenait de la main de chacun le placet qu’il avait à présenter. » Dans la Description de l’Égypte de Makrizi (art. &XÎ ! ^1 jti) : jid! JL~j Lrâ « Il écrivit un placet
«dans lequel il implorait sa grâce.» Ailleurs (man. 798, fol. 179 v°, art. : àJU
v j\ï ifs «On lut devant lui le placet des fermiers de la monnaie.» Plus loin (f. 180 r°) ;
(J*2*? xds- “ On lui lisait quelques placets. » Ailleurs (fol. 3 v0) : ^*3 1^31 t
j «11 examinait les requêtes des plaideurs et leurs griefs. » Dans l’histoire du même écrivain
(, Solouk , tom. I, pag. 496) : aJ) -Xà. ! «Il prit plusieurs placets qui lui furent pré-
« sentés. » Dans X Histoire de la Conquête de Jérusalem (fol. 90 v°) : ! « Il de-
« manda qu’on lui présentât les placets de ceux qui avaient des réclamations à faire. » Dans X Histoire d’ Égypte d’Ahmed-Askalâni (tom. II, fol. 3a v°) : jJLc j.*J| yjlf «Le secrétaire de la