IV. MELIK-DAHER-BIBARS
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annonçant que , près de la porte du Meschhed-Hosaïni, se trouvait une mosquée, et à côté d’elle un lieu dépendant du palais, et qui avait été vendu pour une somme de six mille dirhems, payés à la chancellerie. Le sultan ordonna de rendre cet argent, d’employer tout le terrain à la construction d’une mosquée, et de commencer immédiatement les travaux. Bientôt apres , un soldat se présenta, accompagné d’un orphelin, dont il déclarait avoir été chargé par un testament <dî (11 2). Le sultan dit au kadi-alkôdât : «Lorsqu’un soldat de la « milice vient à mourir, ses camarades s emparent de sa succession, et loiphe- « lin est placé parmi les pages Si l’orphelin meurt, son bien passe à
« l’individu qui a pris soin de lui; ou l’orphelin, en grandissant (1 1 3), ne trouve « plus rien , et ne sauraitproduire aucune preuve, pour revendiquer son bien ; ou « celui qui s’est chargé de son enfance étant mort le premier, l’avoir de l’orphe- « lin se trouve absorbé dans la masse de l’héritage. Il ne convient pas qu’un de « ceux à qui un enfant a été confié puisse se prévaloir de dispositions particu- « lières. La loi doit être la même pour tous. Il faut que les biens des orphelins « soient l’objet d’une surveillance exacte, et que les administrateurs de la jus- « tice (1 1 4) président à l’emploi des fonds.»
On manda les délégués des émirs, les nakibs de l’armée, et on leur recoin-
« chancellerie secrète lui fit lecture des placets. » Dans l’histoire du continuateur d’Elmacin (f. 23 5 v°) : ! vj£U! ^3 « On reçut un grand nombre de placets concernant Melik-
« Afdal. « Dans l’ouvrage intitulé lnscliâ (fol. 106 v°, 292 r°) : 8 là j bî
U àJULxd ïj !i' j laits! Ï.XJ « Dans les placets, on relate tantôt la mort de celui à
« qui appartenait la propriété, tantôt la perte qu’il a faite de cette propriété par un événement «quelconque. » De là venait le nom d’un officier, qui portait le titre de kissâh-dâr j 1 J , et dont
les fonctions consistaient à recevoir, tous les jours de la semaine, les placets, requêtes et réclamations de tout genre. Il les faisait porter le vendredi, à l'audience du sultan, si ce prince devait en donner une , et il recevait les réponses. Cette charge avait une haute importance.
(112) Le mot ^3$ est ainsi expliqué par Meïdani ( Proverb . 385o) : JM aJI
« Celui que l’on charge de l’exécution de ses dispositions testamentaires.» On lit dans l’histoire de Masoudi ( Moroudj , 1. 1, fol. 12 v°) : ïjJj “ C’était Seth qu’il avait chargé
« du soin de son enfant. » Dans l’histoire de Makrizi ( Solouk , tom. I, pag. 610) : 11* JS”
Ùja jm « Chacun de nous avait chargé l’autre de veiller, après sa mort, au soin
« de ses enfants. »
(n3) Je lis au lieu de ^^35.
manda de se conformer à ce règlement, et telle est, en effet, la marche que l’on suit encore aujourd’hui.
Le troisième jour du même mois, on vit arriver des députés qui venaient de Schiraz. Ils avaient pour chef l’émir Seïf-eddin-Beklemek; avec eux se trouvait Seïf-eddin-Aktebar-Khawarizmi, qui avait été djemdar , au service de Djelâl-eddin- Khawarizm-schah , plusieurs pages de l’atabek Saad, savoir : Schems eddin-Sonkordjah, et les personnes de sa suite. Dans la même réunion se trouvaient aussi Moudliir-eddin-Wischah-ben-Schehri , l’émir Hosam-eddin-Hosaïn-ben-Mallâh , émir de l’Irak, ainsi qu’un grand nombre d’émirs des Arabes de Kbafadjah. Le sultan sortit en personne à leur rencontre, conféra à Seïf-eddin-Beklemek le grade d’émir de tabl-khanah , et combla de bienfaits tous ceux qui composaient cette réunion.
Au mois de Schaban , le sultan ordonna aux émirs , aux officiers de la milice et aux Mamlouks, de tenir leur équipement au complet (n5). Tous se mirent en devoir d’exécuter avec le plus grand zèle les intentions du prince. La foule se pressait dans le marché des armes. Le prix du fer augmenta, aussi bien que le salaire des forgerons , et des ouvriers qui fabriquent les différentes pièces d’armure; on n’avait plus d’autre occupation. Les soldats employaient exclusivement leur revenu à l’achat des armes. Chacun se livrait à quelque exercice guerrier, tel que le jeu de la lance et autres; et l’on se familiarisait avec la pratique de l’équitation. Sur ces entrefaites, une lettre adressée par l’émir de Médine, an-
(n5) Le mot ï-X* , dans ce passage, et dans un autre (man. pag. 3o5), que j’ai traduit ci-dessus,
désigne : Un équipement guerrier. Quand ce terme est mis au pluriel il signifie, en général : Des munitions de guerre, tout ce qui peut servir a la défense ou à l'attaque. On lit dans X Histoire de la Conquête de Jérusalem (f. 14 vp) : J «Il rassembla les hommes, et distribua
«les munitions.» Ailleurs (fol. 204 r°), l’écrivain, rendant compte de l’incendie d’un bélier de guerre, ajoute : 3 «En fouillant les cendres, on en tira
« tout ce qu’elles contenaient de munitions.» Plus loin (fol. 233 r°) : lao!j j l~Jzi . . .jv& ^ LLLJ I
ik-j «Le sultan équipa un bâtiment, et le fournit abondamment de munitions
« et de machines. » Ailleurs (fol. 270 v°) : j « La destruction des chevaux,
« des munitions et des armes. » Et (ibid. v°) : !LK)Lj O -XA9 5 -X*J| « Les munitions manquèrent com-
«plétement.» Et enfin (fol. 297 v°) : U « Il en tira tout ce qui s’y
« trouvait de richesses et de munitions. »
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nonça qu’il s’était mis en marche, avec le voile de la Kabah , et qu’il l’avait suspendu à cet édifice.
Au mois de Ramadan, on acheva la fabrication du rideau destiné pour le tombeau du Prophète. On désigna, pour l’accompagner, l’eunuque Djemâl-eddin- Mohsin-Sâléhi ; et l’on s’occupa de faire partir en même temps de la cire, des aromates , des parfums et de l’huile.
Un courrier, expédié à l’émir Nâser-eddin-Kaïmeri , lui apporta l’ordre de faire 311 des courses sur le territoire de Kaisariéh et d’Atlilith En effet, il
pénétra jusqu’aux portes de cette dernière ville, pilla, égorgea, et enleva un grand nombre de prisonniers. De là, s’avançant vers Kaisariéh, il y fit les mêmes ravages. Les Francs qui étaient en marche, pour aller attaquer Jaffa, furent saisis de frayeur, et retournèrent précipitamment sur leurs pas.
Le sultan, suivant son usage, fit distribuer aux cuisines du Cairè et de Misr, de nombreuses aumônes, destinées pour les pauvres. Chaque nuit du mois de Ramadan , il dépensait une somme considérable, employée en achat de pain et de viande cuite. Suivant sa coutume, et à l’imitation des princes qui l’avaient précédé , il affranchit trente personnes , sans compter ceux de ses Mamlouks , auxquels il accorda la liberté.
Sur ces entrefaites, on reçut la nouvelle que les Francs avaient fait sur les Musulmans une prise considérable. Le sultan écrivit aux gouverneurs de la Syrie , pour leur ordonner de faire tous leurs efforts pour recouvrer ce qui avait été perdu. Mais bientôt après, on sut par une lettre de l’émir Nâser-eddin-Kaïmeri, que les Francs avaient rendu toute leur capture, qui se composait d’un grand nombre d’hommes, et de quantité d’animaux. Au moment où cette restitution eut lieu, les acclamations des hommes et des femmes, et les pleurs des enfants, formèrent un concert de voix qui aurait, pour ainsi dire, attendri les pierres elles-mêmes.
Un courtier, arrivé de Birah, apporta la nouvelle que Sârem-eddin-Bektasch- Zâliidi avait à plusieurs reprises, fait des courses jusqu’aux portes de Kalaat-arroum J! a*1£ (le château des Romains). En même temps, on reçut une lettre du roi Charles, frère du Français (saint Louis) roi des Francs. Cette dépêche était accompagnée d’un présent, et d’une lettre de Yostaddr (le majordome) de ce prince. Il annonçait que son maître avait ordonné de faire reconnaître dans ses États l’autorité de Melik-Dâher. « Il veut, ajoutait-il, que je me regarde comme « délégué du sultan , ainsi que je le suis de mon souverain. »
Le vendredi, vingt-cinquième jour du même mois, on lut dans la grande mosquée de Fostat, une lettre qui supprimait les droits levés sur la charge du wâli de cette ville, et qui se montaient à la somme de cent quatre mille pièces d’argent. On reçut la nouvelle que Lascaris (Michel-Paléôlogue) avait retenu les ambassadeurs envoyés , avec un présent , vers le prince Bérékeh , et les avait empêchés de continuer leur voyage; en sorte que les objets dont ils étaient porteurs avaient péri pour la plupart. Le sultan ayant fait venir les patriarches et les évêques, leur demanda ce que méritait un homme qui avait violé ses serments, et lés engagements souscrits par Lascaris. Tous répondirent qu’un pareil homme devait être excommunié. Le sultan, après leur avoir fait donner une déclaration par écrit, leur présenta les actes mêmes des serments prêtés par Lascaris. Puis, il leur dit : «Ce prince, en retenant mes ambassadeurs, a violé ses engagements, «et a montré qu’il recherchait l’alliance de Houlagou. » Puis, il dépêcha vers l’empereur un moine, philosophe grec, un prêtre et un évêque, pour signifier à ce monarque son excommunication. Le sultan lui adressa en même temps une lettre extrêmement dure. Il écrivit aussi au prince Bérékeh, et fit remettre cette dépêche à l’émir Fâres-eddin-Akousch-Masoudi , qui avait été chargé de se rendre comme ambassadeur auprès de Bérékeh, et de lui porter le présent. Dès que Lascaris eut reçu le message du sultan, il mit en liberté les ambassadeurs qui se dirigèrent vers la cour de Bérékeh. Sur ces entrefaites, un courrier expédié de la Syrie, apporta la nouvelle que des Tatars, des Turcs, des habitants de Bagdad, en très-grand nombre, étaient entrés sur les terres de l’empire, pour venir faire leur soumission. Le sultan ayant convoqué les émirs, leur fit part de cet événe- 312 ment, et leur dit : «Je crains que l’arrivée de ces hommes, qui viennent de tous «côtés, ne cache quelque projet dangereux. Sortons à leur rencontre; s’ils arri- «vent avec des intentions d’obéissance, nous les traiterons comme il convient; « sinon, nous serons prêts à tout événement. Ceux qui composent mon armée re- «cevront de moi tous les objets qui leur seront nécessaires. Je ne vë^x être que «comme l’un d’entre vous : je me contenterai d’un cheval. Tout ce que j’ai de «chevaux, de mulets, d’argent, vous appartient, et à ceux qui combattront pour «la cause de Dieu.» Les émirs conseillèrent au prince de donner le titre de sultan à son fils, qui résiderait en Égypte durant l’absence de son père. En effet, le jeudi, treizième jour du mois de Schewal, le sultan fit monter à cheval son fils, Melik-Saïd, accompagné de tout l’appareil de la souveraineté. Lui-même marchait à pied, à côté de l’étrier du jeune prince, et portait devant lui le