IV. MELIK-DAHER BIBARS
an 662(1264)* IV- M E LI K-D A H E R-BIB À R S.
gâschiah. Les émirs l’ayant pris de ses mains, il rentra dans son palais. Les émirs et tous ceux qui composaient l’armée, accompagnèrent le prince jusqu’à la porte de Nasr, entrèrent dans les rues du Caire, à pied, et portant le gâschiah. La ville fut ornée de la manière la plus brillante. Les émirs, à l’envi l’un de l’autre, dressèrent des pavillons ^L3. L’émir Izz-eddin-Aïdemur-Halebi , monté sur un cheval, s’avançait à côté du prince, dont il devait être l’atabek. Des tapis de satin ^JlLi et d’étoffe attâbi jbi (1 16), étaient étendus sous les pieds du cheval. Le prince rentra au château de la Montagne. Il n’y eut pas un émir qui ne fit couvrir la route de pièces d’étoffes de soie. On en recueillit plusieurs charges, que les mamlouks du sultan partagèrent entre eux. Le kadi Molii-eddin-ben-Abd-alkâder rédigea l’acte jJüV, qui conférait à Melik-Saïd le titre d’héritier présomptif du sultan. Le lundi, dix-septième jour du même mois, on convoqua les émirs, les kadis, les jurisconsultes, et l’on fît devant eux lecture de l’acte d’inauguration. Après quoi, on songea à la circoncision de Melik-Saïd. Tous les soldats reçurent ordre de se disposer à passer une revue, avec leurs armes et leurs instruments de guerre. Sur ces entrefaites , des Tatars arrivant , pour faire leur soumission , les émirs de Khafadjah furent désignés pour les accompagner.
Dans ce même temps , 011 vit paraître du côté de l’orient, une comète, dont la chevelure se dirigeait vers l’occident. Elle se levait un peu avant le point du jour, et s’avançait petit à petit, jusqu’à ce qu’elle se montrait dans un point fort élevé. Sa queue jetait une lueur très-vive; elle ne quittait pas la constellation de hakah Ixan près de laquelle onia voyait constamment, du côté de l’orient, à la distance d’environ la longueur d’une grande pique. Elle se montra depuis la fin du mois de Ramadan jusqu’au premier jour du mois de Dhou’lkadah. Avant son lever, elle répan-
(116) Le mot désignait une étoffe de soie. En effet, on lit dans la Géographie d’Ebn-
Haukal (manuscrit, pag. 120) : j ^ j.jL* j j
« en exporte X attâbi, les étoffes peintes, et tous les genres d’étoffes de soie et de laine. » Mais il paraît que ce mot était une épithète qui signifiait : Marqué de raies de couleurs différentes. Ebn-Beïtar (man. 1071, f. 78 V0, 79), donnant la description d’une variété de melon, s’exprime ainsi ■
iaiasr-* «Il est d’une petite espèce, rayé de rouge et de jaune : «comme les étoffes attâbi. » Dans la Vie du sultan Kelaoun (fol. 249 r°), il est fait mention de tapis
d’ attâbi, Hasan-ben-Omar (m. 688, f. 3o r°), parle d’un âne, qui était de couleur attâbi: j L?-. Dans l’histoire de Djemâl-eddin-ben-Wâsel (f. 3g r° et v°), on lit que parmi
les présents que Saladin envoya d’Égypte à Noradin se trouvait une ânesse rayée : Ljdi- ïj'-?- (pro" bablement une femelle de zèbre).
dait dans l’air une masse considérable de rayons lumineux. A la fin du mois de Ramadan, et dans les premiers jours de Schewal , on vit , durant plusieurs nuits , après . la dernière période du soir, paraître , vers le nord-ouest, des lignes brillantes, qui ressemblaient à des doigts, et qui se trouvaient dans la partie la plus élevée du ciel. Le quatrième jour de Scbewal, un peu avant le coucher du soleil, cet astre se colora d’une teinte rouge, perdit son éclat, et resta complètement éclipsé, jusqu’à ce qu’il disparut sous l’horizon. A l’extrémité du soir, la lune éprouva un accident semblable.
On apporta du quartier de Maks, situé hors du Caire, un enfant mort, qui avait deux têtes, quatre yeux, quatre pieds, quatre mains. Cet enfant avait été 313 trouvé sur le quai de Maks.
On fit mettre à mort Melik-Moughith-Fatah-eddin-Omar, fils de Melik-Adel , et prince de Karak. On reçut la nouvelle que les ambassadeurs envoyés vers le prince Bérékeh étaient arrivés à leur destination; qu’ils avaient reçu l’accueil le plus distingué, et obtenu ensuite la permission de partir.
Le premier jour du mois de Dhou’lkadah, au lever du soleil, le sultan passa ses troupes en revue. Elles étaient en nombre immense; chaque émir s’avançait à la tête de son corps, revêtu d’une cuirasse. On conduisait les chevaux de main, qui étaient parés comme pour la guerre. Suivant les ordres du sultan, personne, ce jour-là, ne devait porter d’autre costume que le costume militaire. Le monarque se tint constamment assis sur l’estrade placée à côté de la Maison de la justice. L’armée défilait dans tout l’appareil guerrier, et la chancellerie militaire était devant le prince. Les soldats s’avançaient, cinq par cinq, puis dix par dix; et enfin, comme ils étouffaient dans la foule et sous le poids de leurs armures de fer, on les fit marcher en nombre illimité. Il périt dans cette occasion quantité de personnes, entre autres Aibek, mamlouk de l’émir-Izz-eddin-Aïdemur-Halebi. Son corps fut enterré, puis exhumé, et déposé dans un autre tombeau. Le kadi Mohieddin-ben-Abd-alkâder, fit, à cette occasion, les vers suivants :
« Si l’on a transporté Aïbek hors de son tombeau , ce n’a point été par suite « de quelque accident , ou par châtiment ;
«Mais il est mort le jour d’une revue; et la revue (celle du jugement dernier) «doit toujours être accompagnée delà résurrection.»
Le sultan avait voulu que la marche des troupes se terminât dans un jour, afin qu’on ne pût pas dire qu’un soldat eût rien emprunté à un autre. Les soldats passés en revue entraient par la porte de Karâfah, se dirigeaient du côté