‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 74 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIBÀRS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIBÀRS

du château de la Montagne, par la porte de Nasr, vers la tente qui avait été dressée sur ce terrain. A l’approche du coucher du soleil, le sultan monta à cheval, vêtu seulement d’un manteau de couleur blanche, et passa au milieu des troupes qui étaient sous les armes. Il n’avait avec lui qu’un petit nombre de Silahdârs, et de ses familiers. Arrivé à la tente, il mit pied à terre, et assigna à chacun son poste. Après quoi , il rentra dans le château, au moment du coucher du soleil. Bientôt, toute la foule se livra à de nombreux divertissements. On para les chevaux de housses (1 17) et de caparaçons de guerre Lij.sr’î

d’écharpes , de croissants aL»! d’or et d’argent, de satin et de hatâmi

Le sultan descendit du château, accompagné de ses chevaux de main. Toute cette fête présentait un spectacle dont la beauté éblouissait les yeux. On avait employé, pour former les écharpes , des drapeaux de satin jaune , pour

une valeur de dix mille pièces d’or; et l’on en fabriqua ensuite une quantité incalculable. Le sultan se rendit au meïdân de la fête , précédé par ses chevaux de main. 11 promit de donner à chaque émir qui atteindrait le kabak (118),

(117) Le mot taschhir se retrouve, avec le même sens, dans un passage de notre auteur

(Solouk, tom. I, pag. 370) Loi tj-*?- « Il promit à celui qui atteindrait le but

« un cheval avec son harnais. » Dans la Vie de Melik-Aschraf (de mon manuscr., f° 85 v°) :^UJÎ

^Jylj «Les housses et les différentes sortes d’étoffes de soie, tissues en or. «

(118) Abou’lmahâsen (man. 662, fol. 4i) nous donne sur le mot kabak les détails suivants :

i sjXta Aü/O y 1 ) A Î^&bîj ! yZ lb ^Lbl**JI

V jLwmJL pi yAj &.&ys} ! ^ 2, J ® y ! l ^yA J

| iAû.b pJ AJ ^ I y^b y &&y2.) î j' 3 &*vy9

« Le sultan fit dresser, hors du Caire , près de la porte de Nasr, un kabak dont voici la description. « On plante en terre un mât élevé, au haut duquel on place une courge d’or ou d’argent , dans l’in- « térieur de laquelle est un pigeon. Des hommes habiles à tirer de l’arc se présentent dans la lice, et « décochent leurs flèches contre le mât , tout en faisant courir leurs chevaux. Celui qui atteint la «courge et l’oiseau, reçoit une robe d’honneur, proportionnée à son rang; après quoi, il emporte «la courge. » Makrizi ( Description de l’Égypte, article de (JfAM nous donne, sur ce sujet^

Jüî

p^)Li 'J v^TLa « On désigne

«par le mot kabak une poutre fort élevée, que l’on dresse dans une plaine, et qui est surmontée «d’un cercle de bois. Des archers se placent devant cette poutre, ét décochent des flèches vers le « milieu du cercle, afin que, passant au travers, elles aillent atteindre un but : ces flèches doivent y

un de ses chevaux avec son harnais^aliô. Chaque mufredi, mamlouk ou djundi, reçut une robe d’honneur. Ce prince continua sa marche, accompagné des émirs, des muf redis, des Bahris, des Dâheris, des soldats de la halkah , et des djundis. Dès le matin, la foule entra armée de piques. A l’heure de la prière, le sultan descendit pour accomplir cet acte religieux, et donner ensuite le festin d’usage. Après quoi, tous les assistants montèrent à cheval, revêtus de leurs armures. Le sultan, de son côté, monta à cheval, pour aller s’exercer à tirer de l’arc, et distribua un grand nombre de présents et de vêtements d’honneur. Dans le courant de ce mois, les ambassadeurs du prince Bérékeli arrivèrent à la cour. Ils furent éblouis en voyant le nombre des troupes du sultan, leur beau costume, le zèle du monarque, la parure des chevaux, et la magnificence des cavaliers. Placés à côté du sultan, ils contemplaient les évolutions des soldats, et leur habileté à tirer des flèches. Cette fête se prolongea durant plusieurs jours.

Le neuvième jour de ce mois, le sultan distribua des robes d’honneur aux rois,

aux émirs, aux Bahris, aux chambellans > >W- , aux membres de la halkah, aux

hommes de loi pAy*J| (119), aux vizirs, aux kadis, et aux membres de fa-

« passer suivant les règles de l’art. Ce jeu porte , en langue turque, le nom de kabak. » Makrizi, dans son ouvrage historique , emploie plusieurs fois ce même mot. On lit ( Solouk , t. I, pag. 378) :

^Jül. Et (ibid.): 3JÜÎ 3 jyj- Et enfin (pag. 474): 3^ . On lit dans

l’ouvrage intitulé llm-alforousiah (la science de l’équitation) (m. ar. 1127, fol. 5o r°) : 3?*^

pi «On joue au kebak\ ensuite on place dans sa courge un pigeon. » Il paraît que ce jeu a toujours été en usage dans l’Égypte, car Vansleb ( Relation de l’Egypte, pag. 338) dit que le mot kara désigne une courge, qui servait de but aux gens du pacha.

(119) Le mot ernamah désigne : Le gros turban que portent les gens de loi; et par suite les

termes «LoL,.*!! •. >j , ou v ou , ou p^sO, s’emploient indistinctement, pour

signifier : Un magistrat, un homme de loi. On lit dans le Kâmel d’Ebn-Athir (t. V, p. 53) : -Vs-! p^-*

p^K" v âJ \ «On en comptait onze mille, qui tous étaient gens de loi. « Dans le

Mesalck-alabsar (man. 583, fol. 174 r°) : !j ïhiaàSt ïj j xf ! pj ! jj S «Les porteurs de

« turbans arrondis, tels que kadis, vizirs. » Suivant ce que rapporte Sakhâwi, dans son Histoire des kadis d’Egypte, un sultan, voulant conférer à un de ses sujets la dignité de kadi, lui dit ces mots (man. 690, f. 100 r°) : jS «Aie soin, demain, de faire agrandir ton turban. » Dans

le Kâmel, ou plutôt dans l’histoire de Djemâl-eddin-ben-Wâsel (tom. VII, pag. 162) : ^

juaLj A.ajJ ! pj tjj* ! Jjî 3 « Il était primitivement homme de loi; en.

« suite on l’obligea de quitter le turban , et de prendre la coiffure appelée scherbousch. » Plus loin (pag. 167) : « A son festin se trouvaient les émirs, et les

« principaux d’entre les gens de loi. » Dans l’histoire de notre auteur ( Solouk , t. I, p. 612) : J

an 662 (1264). IV. MELIK-D AHER-BIBÀRS. 2^5

milles illustres Tous se présentèrent devant le prince, revêtus de leur

fthilah. Les divertissements durèrent jusqu a la fin du jour. Les ambassadeurs demandèrent si les troupes qu’ils avaient sous les yeux composaient la totalité des forces de l’Egypte et de la Syrie. On leur répondit que c’était seulement l’armée d’Égypte, sans compter les garnisons des places frontières, Alexandrie, Damiette, Raschid, Kous, les soldats détachés pour des expéditions, et ceux qui se trouvaient dans leurs propriétés. Les députés, en recevant ces détails, témoignèrent la plus vive surprise.

Le dixième jour du même mois, le sultan donna, dans le château de la Montagne, un grand festin auquel assista Melik-Saïd, accompagné des fds des rois et de ceux des émirs. A l’issue du repas, Melik-Saïd fut circoncis : puis le fds de l’émir Izz-eddin-Halebi l’atabek, le fds de l’émir Schems-eddin-Sonkor-aschkar- Roumi, celui de l’émir Seïf-eddin-Tenkez , de Hosâm-eddin , fds de Bérékeh-khan, le fds de Melik-Moudjahid, fds du prince de Mausel : puis les trois fds de Melik- Mougliilh, souverain de Karak, le fds de Faklir-eddin-Hemsi, et un grand

dût» £,.3 y « On écrivit pour lui un diplôme, tel qu’on n’en écrivait point de pareil

«pour un homme de loi. » Et ( ibid .) : v >U£j"î tj)j3 «H avait la préséance sur

« tous les gens de loi qui se trouvaient parmi les écrivains. » Dans le Inschd (fol. 1 12 v°) :

j} t « Si le vizir est un homme de loi. » Plus bas (fol. 1 1 4 v°) : L^i t

î j LJjjJI I « Ce genre d’acte était réservé ex-

« clusivement pour les gens de loi qui remplissaient des fonctions religieuses ou administratives. On

« ne le délivrait point aux hommes d’épée. » Plus loin (f. i32 r°) :

L 1 I ! «Les fonctions de mohtesib étaient jadis données unique-

« ment à des gens de loi. Par la suite, on y nomma des hommes d’épée. « Et enfin (f. i33 r°) : jLo

J! Sw. ^ v* 'J* « On désignait pour cette inspection ceux d’entre les gens de

«loi qui avaient la capacité nécessaire. » Dans la langue persane, le mot J-al signifie les gens

de loi ( Zafer-nâmeh , fol. 3 r°) . Le terme 5 répond à et désigne un homme de loi. On

lit dans le Boston de Sadi (pag. 20) : J-sF*- ^ ! jJJj « Il ne rougira pas devant les gens « de loi. « Et laglose explique par j j j!t' . Dans un passage de Mirkhond

(Ve partie, fol. 63 r°) : 2^ 'jL* j (lis. CljLa’à j l'd j Cld-iL.

«Lesseïds, les imams, les kadis,les gens de loi, les courtisans intimes , et les princi- «paux émirs. » Puisque j’ai nommé le mot scherbousch je dois en donner la définition. Au

rapport de Makrizi ( Description de l’Égypte, article des marchés) : 3

« Le mot scherbousch désigne une coiffure qui ressemble « à une couronne, qui est à peu près de forme triangulaire , et que l’on pose sur la tète sans turban. « Il est probable que ce terme est une altération du mot serpousch

nombre d’enfants des émirs. Avant la cérémonie, on avait eu soin de faire distribuer des vêtements neufs à quantité d’orphelins et d’enfants pauvres du Caire et de Misr. On les réunit ce jour-là au château, et on les fit circoncire. Le sultan défendit aux émirs et à ses courtisans d’offrir le présent qui, suivant l’usage, devait être remis aux princes dans cette occasion solennelle. En sorte que nul des personnes à la cour ne donna la moindre chose. A peine la cérémonie étaitelle terminée, que le sultan se dirigea vers Terraneli, puis vers la vallée de Habib, et vint loger dans les monastères. De là il se rendit à Teroudjeh, puis à Hamâmat, et enfin à Akabah. Là il forma une enceinte circulaire ££1». (120) pour la chasse. A cette époque arriva la fête des victimes^-1! Le sultan envoya des troupes pour arrêter les Arabes qui, suivant ce qu’il avait appris, se livraient à de nombreux brigandages. Il fit comparaître devant lui les Hawarah et les Arabes de Selim, et les obligea de souscrire des actes, par lesquels ils s’engageaient à cultiver le pays, et à n’accorder aucun asile aux malfaiteurs. Le sultan prit ensuite la route de la place d’Alexandrie. Il distribua aux mufredis , aux émirs, et aux personnes attachées à sa personne, sans distinction , de l’argent et des étoffes. Il joua à la paume dans le meïdcin , visita le scheïkh Schâtebi, et se dirigea vers le Caire. Arrivé dans la ville de Teroudjeh, il désigna Seïf-eddin-Ata-allah-ben-Azar, comme chef des Arabes de Barkah : il lui enjoignit de lever la dîme Ütëj des troupeaux, celle des champs et des fruits, suivant l’ordre de Dieu. L’émir s’étant engagé à remplir ces conditions, reçut du sultan un drapeau et des tymbales; il s’éloigna pour aller veiller à la défense du pays, et exiger des Arabes de Barkah, le tribut d’aumône 's&j et les dîmes. Le sultan étant rentré au château de la Montagne, vit arriver le gouverneur de Tekrit à la tête d’une troupe nombreuse ; il fit partir l’émirAmin-eddin-Mousa-ben-Turcomâni, qui avait avec lui un grand nombre d’archers et autres soldats, un trésor, quantité de robes d’honneur, une foule d’émirs arabes de Rarak , et des Bcihris de cette ville , un vaste amas de grains et d’autres provisions. Ces troupes se dirigèrent vers Khaïbar, dont la citadelle tomba en leur pouvoir.

Cette même année, on vit flotter sur le canal du Caire les cadavres d’hommes assassinés. Plusieurs personnes disparurent, sans qu’on pût découvrir la cause de leur mort. Enfin , au bout d’un mois , on recueillit les détails suivants : Une

(120) Le mot halkali lïla. désigne ce que dans la langue persane on nomme tchergah *5^=». , c’est-à-dire, le cercle plus ou moins étendu que formaient les chasseurs, et dans lequel ils enfermaient ordinairement une immense quantité de gibier.

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