‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 75 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-B1BARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-B1BARS

an 662 (1264). IV. MELIK-DAHER-B1BARS. 247

femme d’une grande beauté, nommée Gaziah, sortait journellement, dans une parure recherchée, étayant avec elle une vieille femme. Lorsqu’un inconnu s’approchait et lui faisait des propositions galantes, la vieille disait à cet homme : «Ma «maîtresse ne peut aller chez personne; mais ceux qui ont des vues sur elle, «n’ont qu’à venir à notre logement.» Dès que le malheureux était entre dans cette maison, des hommes apostés se jetaient sur lui, l’égorgeaient, et enlevaient tout ce qu’il avait sur lui. Cette femme changeait continuellement de demeure. Tandis qu’elle habitait en dehors de la porte de Schariah yb, sur les

bords du canal, la vieille alla un jour trouver une coiffeuse ikiL» célèbre du Caire, et l’invita à venir pour un mariage (1 2 1). La coiffeuse partit avec cette femme » portant, suivant l’usage, quantité de bijoux, et accompagnée d’une jeune fdle qui était à son service. Lorsqu’elles furent arrivées à la maison, la coiffeuse entra, et la jeune esclave s’en retourna. Les hommes apostés massacrèrent la coiffeuse, et volèrent tout ce qu’elle avait apporté. Cependant la jeune fdle s’étant présentée au logis indiqué pour demander sa maîtresse , on lui dit qu’on ne l’avait pas vue. Elle se rendit alors chez le wali, et lui raconta le fait. Cet officier étant entré brusquement dans la maison qui lui avait été désignée, surprit la vieille, la jeune femme, les arrêta, et les appliqua à la torture. Elles avouèrent leurs crimes, et furent mises en prison. Un homme étant venu s’informer du sort de ces deux femmes, fut saisi et torturé. Il dénonça son associé, qui était le propriétaire des fours où l’on cuisait la brique, et qui fut immédiatement mis à la question. On sut, par leurs aveux que, dès qu’ils avaient tué un homme, ils jetaient le corps

(iai) Le mot farah ^^3 signifie une noce. On lit dans l’histoire de Makrizi ( Solouk , 1. 1, p. 824) : ,3 « Il célébra une noce dans sa maison. » Plus loin (pag. 1097) : ! ,3

j « Surtout dans les fêtes et les noces que le sultan célébrait « pour ses enfants. « Dans X Histoire d’Égypte d’Ahmed-Askalâni (tom. II, fol. i36r°):Lo^ d | « Il célébra pour lui une noce splendide. » Dans le Roman d’ Antar{t. III. fol. 101 r°) : (3

,3 AkL «Il pensait que les enfants de Abs étaient occupés à la

«noce de Scbas. « Dans les Opuscules de Makrizi (fol. 129 r°), on lit : «On célébra

« les fêtes. »

Je dois faire observer que dans le kartas on trouve le mot pluriel vJLjWysù employé dans deux

sens. D’abord il désigne des fêtes y comme dans ce passage (pag. 206) : wdy « On célébra

«les fêtes.» En second lieu, des instruments de musique. On lit (pag. 256] : yyü yd

j « Il ordonna de battre les tambours et les autres instruments de musique. »

dans la fournaise, afin de calciner les os. Ils indiquèrent des caves qui existaient dans la maison, et qui étaient remplies de cadavres. Tous les coupables furent cloués sur des pièces de bois. Au bout de deux jours, la jeune femme fut mise en liberté; mais elle ne tarda pas à mourir.

Cette même année, le sultan assigna un grand nombre de villages, situés en Syrie et près de Jérusalem, afin que leur produit fût employé à fournir du pain, des sandales, et une somme de pièces de cuivre aux pèlerins qui feraient à pied le voyage de Jérusalem. Il fit bâtir dans cette ville un khân, un four et un moulin. L’inspection de ces diverses fondations fut confiée à l’émir Djemâl-eddin- Mohammed-ben-Nahar.

Cette même année , Lascaris (Michel-Paléologue) , empereur de Constantinople, fit arrêter Izz-eddin-Kaïkaous , fils de Kaïkhosrev, et petit-fils de Kaïkobad, souverain du pays de Roum; ce prince était en guerre avec son frère, qui le défit complètement et le força de fuir. Le vainqueur, nommé Rokn-eddin-Kilidj- Arslan resta maître des États de son frère. Izz-eddin se retira auprès de Lascaris, qui lui accorda un asile, et le reçut dans son palais, ainsi que tous les émirs de sa suite. Durant quelque temps, il s’annonça comme leur protecteur; mais, étant informé que ces fugitifs avaient formé le projet de l’assassiner, et de s’emparer de son royaume, il les fit arrêter, mit en prison Izz-eddin, et fit aveugler, au moyen d’un fer chaud, tous les compagnons de ce prince.

Cette même année vit mourir à Damas le kadi-ctlkodal de cette ville, Imâd-eddin- Abou’lfadâïl-ben-Kliarestâni, de la secte de Schaféi. Il avait été destitué de son emploi; mais il avait conservé la place de khatib de la principale mosquée, et de professeur de traditions dans le collège Aschrafiah. Il était âgé de cinquante-cinq ans.

Page 1