IV. MELIK-DAHER-B1BARS
an 663 (1264)- *
proscrire l’usage de la bière ^1 (6), de supprimer entièrement cette liqueur, de détruire les maisons destinées à la vendre, de briser les instruments qui servaient à
c’est une espèce de réchaud. On lit rnachallah dans l’ Histoire de la régénération de la Grèce, de M. Pouqueville (t. II, p. 245). Je vois cet instrument indiqué dans un passage de Khalil-Daheri (f. 294 v°), où nous lisons « qu’un émir, ayant mérité la colère du sultan, on lui mit la tète dans un maschal, et on le promena ainsi dans les rues du Caire. » On lit dans une Histoire d’Égypte (man. ar. 689, f. 69 r°) : JjtlAdî j Jw>! A3 « Devant lui étaient les lanternes et les maschal. » Suivant le récit d’Abd-
errazzak [Matla-assaadeïn , fol. 75 v°), lors de la prise d’Isfahan, par les troupes de Schah-rokh, l’armée alluma sur les remparts un grand nombre de maschal : j~> y j‘==z.é5
îO £ J L-J j Los» . Dans l’histoire d’Ebn-Khaldoun (t. VIII, f. 24 r°):
« Devant eux étaient des flambeaux et des maschal , que portaient «des cavaliers.» Dans le Voyage d’ Ebn-Batoutah (man. de la Bibliothèque du Roi, fol. 12 v°) : Sby « On allume le maschal. » Plus loin (fol. 32 r°) : ^>Ld j «Les
« flambeaux et les maschal étaient portés devant les litières. » Ailleurs (f. 39 r°) :
1§jJü Ülj jb «Devant elles étaient les maschal , portes sur de longues piques. » Et (ibid.) dans
la description d’un enterrement: J^La4( L^-sLalj l^Abk ÎjJJjI Ss «On portait devant et derrière « des maschal allumés. » Or, j’ai appris d’un de mes confrères, M. Pouqueville, que le maschal est encore aujourd’hui, dans toute la Turquie, l’attribut distinctif des Bohémiens, et fait une partie essentielle de leur mobilier. C’est une sorte de réchaud, auquel on adapte un long manche, et que l’on emplit de bois résineux, pour servir à l’éclairage public. Les Bohémiens l’emploient aussi comme un piège pour prendre des oiseaux. Enfin, il devient, dans certains cas, un instrument de supplice. Après l’avoir fait rougir, on l’enfonce sur la tète du criminel, autour de laquelle on le serre fortement.
Ce rapprochement caractéristique, forme, si je ne me trompe, une preuve bien forte pour l’opinion que j’ai émise relativement à l’identité des Maschaëlis^et des Bohémiens. Peut-être l’habitude qu’ont ces hommes de porter habituellement un fanal ou réchaud, a-t-elle donné naissance à la dénomination noutvar qu’ils portent dans la Syrie (Burckhardt, Travels in Syria, p. 240; Schultz, Der leitungen des hœchsten , t. IV, p. 283, 299; V, p. 5, 53, 225, 236, 25i), et qui dérive de la même racine que les mots signifiant le feu et la lumière.
Comme dans l’Orient rien ne change, rien ne se modifie, il est à croire que les professions viles, exercées aujourd’hui parles Bohémiens, étaient remplies par eux, dans des temps plus reculés. Ainsi, en parcourant l’histoire de l’Orient, nous trouvons, à la cour de chaque khalife, de chaque souverain, un bourreau en titre, désigné par les noms de saïiaj v jL , djallad On peut pré-
sumer que cet homme, chargé d’exécuter les sentences de la justice, et plus souvent de satisfaire la vengeance ou la cruauté d’un tyran , était pris , comme de nos jours , parmi les Bohémiens.
D’un autre côté, il existait en Égypte, à l’époque de la dynastie des Fathimites, une race d’hommes appelés Rémadis hf L>j , qui montraient les mêmes goûts, les mêmes inclinations, que l’on observe chez les Bohémiens. Nous apprenons de l’historien des Patriarches d’ Alexandrie que? dans une circonstance, les Rémadis avaient volé les poutres qui formaient la charpente d’une église du Caire (manuscrit arabe, 140, pag. 92). Pendant une fête qui eut lieu dans cette capitale, les Rémadis, au rapport de Makrizi ( Description de l'Égypte, tom. 1, man. 797, fol. 164 v° , par-
sa fabrication , et de rayer entièrement des registres financiers les droits provevenant de cette denrée. Ceux qui avaient un revenu assigné sur cet objet, devaient recevoir, en échange, un dédommagement, pris sur des fonds dont la perception était licite. Tout cela fut exécuté. Ceux qui touchaient des sommes assignées sur la bière, reçurent d’autres allocations.
Le sultan , après le départ des différents corps d’armée , quitta la ville d’Aoudja , et se mit en marche pour aller chasser dans la forêt d’Orsouf (y). Il manda aux émirs que ceux qui voudraient prendre le divertissement de la chasse, n’avaienl qu’à se présenter. En effet, cette forêt était remplie d’animaux sauvages. Le prince 318 poursuivit sa route jusqu’auprès d’Orsouf et de Kaisariéh; et, après avoir contemplé ces deux places , il regagna sa tente. Il trouva que les bois destinés pour les machines étaient déjà arrivés, avec l’arsenal Il donna ordre de dresser
et de fabriquer un grand nombre de machines. Lui-même, assis au milieu des ouvr iers , les excitait au travail. Dans l’espace d’un jour , on éleva quatre grandes machines, sans compter les petites.
Le sultan écrivit aux gouverneurs des diverses forteresses, pour demander des machines de guerre, des ouvriers, des tailleurs de pierre. Les soldats reçurent ordre de fabriquer des échelles. Le prince alla camper dans le voisinage des sources d’Asawir qui font partie de la vallée de Arali et Ararah ^
couraient les rues de la ville , montrant des figures , des ombres chinoises , faisant toutes sortes de boufonneries et de récits grotesques, qui réjouissaient extrêmement la multitude, et même les hommes élevés en dignité.
Comme, parmi les tribus arabes, je n’en trouve aucune qui ait porté le nom de Rémadis 2oL<>j , comme, d’ailleurs, le métier de bateleur est un de ceux que les Bohémiens exercent, dans l’Orient, d’une manière exclusive, on peut, si je ne me trompe, regarder les Rémadis comme faisant partie de ce singulier peuple. Aujourd’hui, encore, au Caire, les Rémadis font le métier de chiffonniers.
Les Aimés , ou danseuses publiques, sont encore, aujourd’hui, des Bohémiennes. Je crois donc pouvoir présumer que cette joueuse de tymbales, si célèbre, dont parle Makrizi, et qui avait donné son nom à un terrain voisin du Caire, appartenait à la même nation.
(6) Le mot mezr ^y> désigne une bière faite avec du froment. C’est ce qu’atteste Maknzi, qui
s’exprime en ces termes ( Description de l’Égypte , t. 1, man. 797, f. 3oi v°) : I jji !
! « Ils boivent la bière blanche extraite du froment. « Dans l’ouvrage intitulé Halbat-
alkoumaït (man. ar. i566. fol. l\ v°), le mot^y.* est expliqué par «Levin de froment. »
Dans Y Anthologie arabe de Soïouti (man. ar. i568, fol. 210 r°), le terme jfy» indique celui qui fabrique ou qui vend cette sorte de bière.
(7) Je lis 1 2a l&, au lieu de 2jL& et de 2a L& , qu’on lit à la ligne suivante. On peut voir,
sur la ville d’Orsouf, Abulfeda, Tabula Syrien, pag. 81.