IV. MELIK-DAHER-BIBARS
tjZjs. j tj\* ^!j. Après la dernière heure du soir, toutes les troupes, en vertu du commandement qu’elles avaient reçu, s’armèrent complètement. Le prince se mit en marche , à l’extrémité de la nuit, et se dirigea vers Kaisariéh. Il arriva sous les murs de celte place, le matin du jeudi, neuvième jour de Djoumada-premier , surprit les habitants qui ne s’attendaient point à cette attaque, et donna à ses troupes le signal du combat. Aussitôt, les soldats se jetèrent dans le fossé. Us prirent les piquets de fer destinés pour les chevaux, ainsi que les brides, et s’en servant comme d’échelles, ils montèrent de toutes parts. En même temps, des machines de guerre battaient la place. Les musulmans, après avoir mis le feu aux portes, pénétrèrent dans la ville. Les habitants se réfugièrent dans la citadelle, qui portait le nom de Khadrâ (la verte), et était une des plus belles et
des plus fortes places de guerre. Les Francs y avaient transporté des colonnes de granit, qu’ils avaient placées en travers dans le corps des murs, de manière à ce qu’ils n’eussent rien à craindre de la sappe, et ne pussent pas tomber, lorsqu’ils seraient minés. Les attaques et les assauts se succédaient sans interruption. La place était battue continuellement par le jeu des machines, des balistes et une grêle de flèches. Cependant un corps de troupes , détaché de l’armée du sultan , se porta vers Baïsan, sous la conduite de l’émir Schehab-eddin-Kaïmeri. Une troupe d’Arabes et de Turcomans s’avança jusqu’aux portes d’Akka, et fit prisonniers un grand nombre de Francs. Le siège de la citadelle de Kaisariéh se continuait avec vigueur. Le sultan avait établi son poste au sommet d’une église, située vis-à-vis cette place, afin d’empêcher les Francs de monter au haut des remparts de la forteresse. Quelquefois il se mettait en marche, monté sur une de ses balistes que des roues faisaient mouvoir, et s’avançait jusqu’au mur, afin d’inspecter par lui-même l’état des mines. Un jour, s’étant armé d’un bouclier, il combattit avec courage, et ne quitta la place qu’au moment où son bouclier fut criblé de flèches. Enfin, le jeudi, quinzième jour du mois de Djoumada-premier, les Francs offrirent de rendre la citadelle, avec tout ce qu’elle renfermait. Bientôt les musulmans escaladèrent les remparts, brûlèrent les portes, entrèrent en foule par le haut et le bas des murs. De là, on appela les musulmans à la prière du matin. Le sultan monta vers la citadelle, accompagné des émirs. Il partagea la ville (8)
(8) Notre auteur, à l’exemple de plusieurs autres historiens arabes, emploie souvent le verbe / /(
dans le sens de partager les murs d’une place de guerre , en assigner une portion à chacun des émirs, afin de hâter les travaux de démolition. Si je ne me trompe, c’est ainsi qu’il faut entendre le verbe dividere, dans ce vers de Virgile ( Æneid ., lib. II , v. 234) :
Dividimus muros et inœuia paudimus urbis.
entre les émirs , les mamlouks, les soldats de la halkah, et l’on commença aussitôt à détruire la place. Le prince descendit, tenant en main une pioche, et travailla en personne à la démolition. Elle était presque consommée, lorsque le sultan fit partir les deux émirs Sonkor-Roumi et Seïf-eddin-Mostarab, à la tête d’un corps de troupes. Ils ruinèrent une place qui appartenait aux Francs, située 319 Pr^s de Melouhah , dans le voisinage de Damas, et qui était extrêmement
forte (g). Ils la rasèrent en entier.
Le vingt-sixième jour du même mois, le sultan envoya un détachement vers Athlith Par son ordre, les émirs Sonkor, 1 esilahddr, Izz-eddin-Hamawi , et
Sonkor-Alfi, marchèrent du côté de Haïfa LL».. Au moment de leur arrivée, les Francs abandonnèrent la place, et se réfugièrent sur leurs vaisseaux. Les émirs entrèrent dans la ville, après avoir massacré un grand nombre de Francs et fait beaucoup de prisonniers. Dans l’espace d’un seul jour, ils ruinèrent la ville et la citadelle, et brûlèrent les portes. Après quoi, ils retournèrent sains et saufs , emmenant avec eux des captifs , des têtes et un riche butin. Le sultan s’étant transporté à Athlith, donna ordre de démanteler complètement cette ville, et de couper les arbres. Ils furent tous abattus , et les bâtiments démolis , dans l’espace d’un seul jour. Le sultan regagna sa lente, qui était placée à Kaisariéh, et fit compléter la démolition de cette ville , en sorte qu’il n’en resta pas le moindre vestige. Cependant, on vit arriver des machines de guerre qui venaient de Soubaibah, et un arsenal envoyé de Damas. En même temps, plusieurs Francs vinrent présenter leur hommage au sultan, qui les accueillit avec distinction, et leur concéda des propriétés territoriales.
[je vingt-neuvième jour du même mois, ce prince partit de Kaisariéh, et se mit en marche, sans que personne sût vers quel point il se dirigeait. Il vint camper sous les murs d’Orsouf, le premier jour du mois de Djoumada-second. Il y fit transporter les pièces de bois qui étaient amoncelées dans les environs, et formaient comme de vastes montagnes. Il les employa à fabriquer des palissades Il fit creuser deux mines qui s’étendaient depuis le fosse delà ville jusqu à celui de la citadelle, et qui furent recouvertes d’un toit de planches. La garde de l’une de ces mines fut confiée à plusieurs émirs , savoir : Sonkor-Roumi, Bedreddin-Baïsari, Bedr-eddin le khazindar (le trésorier), et Schems-eddin-Aldekiz- Karki , et autres. La seconde mine fut confiée aux émirs Seïf-eddin-Kelaoun , Alem-eddin-Halwa-a/Æeôô’ , Seïf-eddin-Kermoun , et autres. On pratiqua un
(9) Le texte porte a.oL & je lis , comme dans 1 ouvrage de Nowairi.