‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 80 sur 183 · IV. MELIK-DAHER BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER BIBARS

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chemin qui, des deux fossés, pénétrait jusqu’à la citadelle; on amoncela dans le fossé une énorme quantité de bois ; mais les Francs , à l’aide d’un stratagème, réduisirent en cendres toute cette masse. Bientôt, par ordre du sultan, on pratiqua des excavations, depuis l’entrée des deux mines jusqu’à la mer. On creusa sous terre plusieurs autres mines, de manière à ce quelles fussent recouvertes par le mur du fossé de l’ennemi. On ouvrit dans le mur plusieurs portes, par lesquelles on jetait la terre qui tombait dans les mines, elle sol de celles-ci se trouva de niveau avec celui du fossé. Des géomètres que l’on avait appelés, réglèrent les travaux , dont la direction fut confiée à l’émir Izz-eddin-Aïbek-Fakhri. Ils furent poussés avec une extrême activité. Le sultan se livrait en personne à un travail assidu , s’occupant tantôt à creuser la terre, tantôt à traîner les machines, à jeter la terre, à transporter des pierres, afin d’exciter, par son exemple, le zèle des autres. On le voyait marcher seul , armé d’un bouclier , tantôt dans la mine, tantôt sur les portes que l’on venait d’ouvrir, tantôt sur le bord de la mer, d’où il lançait des traits sur les vaisseaux des Francs, tirant les cordes des machines , montant par dessus les palissades, et de là décochant des flèches.

Dans un seul jour, il en lança jusqu’à trois cents. Étant un jour à visiter la mine, il s’assit à son extrémité supérieure, derrière une embrasure , et était occupé à tirer des flèches; les Francs sortirent de la place, armés de lances garnies de crocs, afin d’enlever ce prince. Il tint ferme, et combattit de près. Il avait auprès 320 de lui les émirs Sonkor-Roumi , Baïsari, Bedr-eddin, le khazindar (le trésorier). C’était Sonkor qui lui remettait les pierres. Le sultan tua de sa main deux cavaliers Francs; les autres tournèrent bride dans un désordre complet. Bibars, durant le siège, se plaisait à circuler seul, entre les armées, sans que personne osât le regarder ou le désigner du doigt. Parmi les personnes qui assistèrent à cette expédition, on comptait un grand nombre de religieux , d’anachorètes , de jurisconsultes, de fakirs , d’hommes de toutes les classes. On ne vit dans le camp ni vin , ni aucun genre d’actions honteuses. Des femmes vertueuses venaient au milieu du combat, donner à boire aux soldats, et traînaient elles-mêmes les machines. Le sultan assigna à plusieurs personnages d’une vertu éminente, une gratification qui se composait de moutons et autres objets. Le scheïkh Ali-Bakka reçut une somme en argent. On n’entendit jamais dire qu’aucun des grands officiers attachés à la personne du sultan, eût manqué, pour une affaire quelconque, de combattre à son tour, qu’un émir eût envoyé ses pages se battre à sa place, et se fût livré au

repos; mais tout le monde travaillait sans distinction. Enfin, les machines de

L {deuxieme partie.) 2

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guerre firent tomber une (io) partie des murailles. En même temps,, on acheva les mines creusées aux deux côtés du fossé, et dans lesquelles on ouvrit de larges portes.

Le jeudi (n), huitième jour du mois de Redjeb, on livra l’assaut à la citadelle d’Orsouf, et la place fut prise; ce jour-là même, le bastillon venait de s’écrouler, et les Francs n’eurent pas le temps de se reconnaître, que déjà les Musulmans avaient escaladé le rempart et pénétré dans la place. Les drapeaux de l’islamisme furent arborés sur le bastillon , et autour d’eux se pressèrent les combattants. On mit le feu aux portes. Cependant les Francs continuaient à se défendre.

Le sultan remit son drapeau à l’émir Sonkor-Roumi , et lui recommanda d’assurer aux Francs la vie sauve. A cette vue, l’ennemi cessa de combattre. L’étendard fut confié à l’émir Alem-eddin-Sandjar-Mesrouri, le hacljeb, connu sous le nom de Khaïat bUsél. On lui jeta du haut du mur plusieurs cordes, qu’il s’attacha autour du corps, tenant à sa main le drapeau. On le hissa ainsi jusque sur le rempart, et il pénétra dans la place. Après avoir enlevé les épées des Francs , il les fit garotter eux-mêmes avec des cordes, et conduire en présence du sultan, au travers des rangs des émirs. Les prisonniers étaient au nombre de plusieurs milliers. Par ordre du prince, la place fut abandonnée au pillage. Elle renfermait des quantités considérables de grains, de munitions, d’argent, sans compter un grand nombre de chevaux et de mulets. Le sultan ne toucha à aucun de ces objets; il se contenta d’en racheter quelques-uns aux soldats qui les avaient pris. On trouva dans la ville un grand nombre de prisonniers musulmans , chargés de fers. On les mit en liberté, et les Francs furent enchaînés à leur place. Un corps de troupes fut désigné pour conduire les prisonniers Francs. Le sultan partagea entre les émirs les tours d’Orsouf, et ordonna que les Francs captifs seraient chargés delà démolition , qui fut exécutée par leurs mains.

bientôt après, il enjoignit d’inspecter le territoire de Kaisariéh et d’en déterminer le produit; ce qui fut constaté par des cédules en bonne forme. Ensuite on manda le kadi de Damas , accompagné de ses adl aJ^A* (greffiers) et du wakil (agent) du trésor; il reçut l’ordre d’assigner à chacun des émirs qui avaient pris part à cette guerre, une portion des terres conquises. Chaque donation fut consignée dans un acte particulier, et cela sans qu’aucun de ceux qui se trou-

(icô Je ç A3) ^ Cl Jji\, au lieu de , que présente le texte.

(n) Dans le texte de Nowaïri, on lit le lundi.

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