‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 8 sur 183 · I. MELIK-MOËZZ-ÀÏBEK · texte numérisé non relu

I. MELIK-MOËZZ-ÀÏBEK

Le jeudi, dixième jour du mois, Moëzz se prépara au combat, et INâser, de son côté (20) , rangea ses troupes en bataille. Les deux partis en vinrent aux mains à la septième heure du jour. Il arriva dans cette circonstance un fait singulier, et dont on a vu bien peu d’exemples. L’armée égyptienne, battue d’abord, reprit l’avantage, et défit celle des Syriens. L’aile droite et l’aile gauche de ceux-ci attaquèrent avec une extrême impétuosité les corps qui leur étaient opposés. La gauche des Egyptiens fut rompue et mise en pleine déroute. Les plus braves d’entre les Syriens s’acharnèrent à la poursuite de l’ennemi, sans s’occuper de ce qui se passait derrière eux. Pendant ce temps, la droite des Syriens avait été défaite. Les deux centres tinrent ferme et continuèrent le combat. Les fuyards de l’armée égyptienne prirent la route du Saïd; et tous leurs bagages furent pillés par l’en-

Puisque j’ai parlé des sables qui font partie de l’isthme de Suez, on me permettra, je crois, de consigner ici un fait qui, par sa singularité, m’a paru mériter une mention spéciale. Un voyageur anglais, Veryard , qui a parcouru l’Égypte et une partie de l’Orient, à la fin du XVIIe siècle , parlant de son séjour à Suez , continue en ces termes ( An account of divers choice remarks, London , 1701, pag. 302) : « De là, nous finies une excursion d’environ cinq lieues, dans l’intérieur de l’isthme, « pour voir une pyramide qui, pour toutes ses dimensions, peut le disputer à la plus grande de « celles qui sont situées au voisinage du Caire. D’un côté, elle offre également des degrés, par « lesquels nous montâmes au sommet, sur lequel nous trouvâmes un obélisque qui a environ quatre « pieds en carré à sa base, dix-huit pieds de hauteur, et qui est couvert d’hiéroglyphes. 11 paraît « être d’une seule pierre. J’ai peine à concevoir comment on a pu élever une pareille masse à une « hauteur si prodigieuse. Car, autant que je puis croire , nos plus habiles architectes modernes ne « sauraient exécuter un travail de ce genre. Au pied de la pyramide , à la lueur d’une torche , « nous entrâmes par un passage étroit, dans une grande chambre voûtée, dans laquelle nous vîmes « trois tombes , qui s’élèvent du sol à la hauteur d’environ quatre pieds , et dont deux sont couvertes « d’hiéroglyphes. De là, en escaladant vingt-trois degrés, nous arrivâmes dans une autre salle, '< voûtée comme la première, mais un peu moins vaste. Nous y remarquâmes six niches pratiquées « dans le mur, et au milieu, un siège de pierre, qui est supposé avoir soutenu une statue, dont les « fragments sont encore dispersés au-dessus et au-dessous de cette place. Cette pyramide forme un « monument d’antiquité bien remarquable, et fut probablemont le tombeau de quelque personnage « d’un haut rang, quoique les histoires anciennes et modei’nes gardent à ce sujet le plus profond « silence. « Ce récit présente un problème difficile à résoudre. Si la narration du voyageur n’est qu’une imposture, comment supposer qu’un homme qui, sur d’autres points, se montre exact et véridique, aura, sans aucun intérêt quelconque, imaginé un mensonge grossier, dont la fausseté pouvait être facilement démontrée par quelque observateur que le hasard ou l’amour de la science aurait conduit en Égypte. Et, d’un autre côté, si un monument aussi gigantesque existe réellement à quelques lieues de Suez, comment a-t-il échappé aux investigations de tant d’hommes plus ou moins habiles qui, depuis cette époque, ont parcouru la même contrée.

(20) J’ai lu v î£i.4! v .ôjj au lieu des mots L» .£ l^i que présente le

manuscrit.

nemi. Au moment où ils passèrent devant le Caire, on fit, dans cette ville, la Khotbah au nom de Melik-Nâser, et on lui prépara des provisions de bouche L»lS^i d (21)»

Ce prince ignorait complètement ce qui se passait; il était resté campé à Kera,

(21) Le mot se prend souvent chez les écrivains arabes, dans le sens de provisions. On lit dgns l’ Histoire cl’Égypte d’Abou’lmahasen (man. arab. 661, fol. 36 r° ) : glsr'b C->b»Ls^l j «Il leur envoya des robes d’honneur, de l’argent et des provisions. » Dans la

Vie de Bibars de Nowaïri (man. arab. d’Asselin, fol. 4 v°) : ,3 s ^1 «UaLJÎ

j d yojj j «Le sultan écrivit

« aux gouverneurs pour leur enjoindre de le recevoir avec les plus grands égards , et de préparer des «provisions pour lui et pour les gens de sa suite, sur les chemins, depuis Damas jusqu’au Caire. » Dans une autre partie de l’histoire de Nowaïri (man. arabe de Leide, fol. 80 v°) : d jjli.

i .x» « Schawer disposa pour lui et pour tous ceux qui l’accompagnaient des proavisions abondantes. » Ailleurs (fol. 1 56 v°) : {j* ijs\^\ oL«Ls^l d CUydî

«On lui fournissait chaque jour, des magasins du prince, des provisions abondantes.» Plus loin

(fol. 192 r°j : \ jjllO AjLs çj> JS" d «Il lui assigna, pour chaque jour, cent

«pièces d’or et des provisions abondantes.» Dans l’histoire de Makrizi (Kitab - assolouk , man.

arab. 672, pag. 143): "ïpsliJî ^ ôLAsbîl) J^LCd ïüil j « Kâmel partant d’Alexan-

«drie, avec des provisions, vint à sa rencontre jusqu’au Caire.» Dans un autre volume du même ouvrage (man. arab. 673, fol. 94 v°) : JjU-4! ,3 j^-jÙÜÎ ^

” On enyoya des provisions consistant en orge et en farine, que l’on fit déposer dans «les lieux de station qui se trouvaient sur la route de la Mecque.» Enfin, dans la Description de l’Égypte , du même écrivain (article de la Terre de Louk , man. arab. 798 fol. 109 v0) : j* t

I j « 11 ordonna de les combler d’honneurs, et de leur préparer des provisions. »

Dans la Vie du sultan Kelaoun (man. arab. de Saint-Germain des Prés, 118 bis, fol. 47 r°) :idl diyj ^»î ^ dd-ûla'iî! « On lui porta des provisions de tout

«genre, savoir tout ce qui pouvait faire honneur à un homme tel que lui.» Plus loin (fol. 82 v°) :

. ^ ^ j J L. ^ JS” ^ wjbjlsbÜ «On leur présenta des provisions de toute

«espèce. » Et enfin (fol. 34 1 v°) : aJI « On lui porta des provisions. » Dans un passage

de la Vie de Mahmoud , écrite par Otbi (man. arab. de Ducaurroy 27, fol. 39 r°), on lit : ^ J-vdj

j oL»LSb5î «Il leur fournit constamment des provisions, et tout ce qui pouvait flatter leurs « désirs.» En marge du manuscrit se trouve cette note : ^JjUI ^ 'j*

, j.A.41 j 3 iJî U j « Le mot îkâtnah est ici employé dans

«une signification technique. 11 désigne les provisions destinées aux voyageurs qui arrivent dans un «endroit, et les aliments, les boissons et autres objets qui peuvent leur être nécessaires pendant « leur séjour. »

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