‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 84 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIB ARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIB ARS

an 664 (ia65).

Cette année vit périr : i° l’émir Djemàl-eddin-Mousâ-ben-Iagmoui-làrouki , qui avait rempli les fonctions de naïb-cissaltanah (vice-roi) d’Egypte et de Damas, puis avait été destitué. Il mourut à Koseïr, ville d’Égypte, à l’âge de soixantequatre ansr; 20 Nedjm-eddin-Abou’lmodaffar-Fatah-ben-Mousâ-Kasari-Magrebi , kadi de Soïout, mourut dans cette ville.

Dans le mois de Moharrem, l’émir Seïf-eddin-Kelaoun (24) conclut son mariage avec la fdle de l’émir Seïf-eddin-Kermoun , le Tatar, nouvellement arrivé j.àtjJ!. ^4 Le sultan descendit du château de la Montagne, et fit dresser une tente j„AaO dans le marché des chevaux J.^1 Ie jour où l’émir Kelaoun vint célébrer ses

noces (a5). Il se chargea de tout ce qui concernait les repas, et s’assit lui-même à table. 11 n’y eut pas un des émirs qui n’envoyât à Kelaoun des chevaux et des paquets d’étoffes . Le sultan lui envoya, par forme de présent, des

robes ^1*3 ^ l*j , des chevaux et dix mamlouks. Kelaoun accepta le reste du présent, mais il demanda qu’on le dispensât de recevoir les mamlouks; «car,

« dit-il , ces hommes-là sont mes camarades, ayant été comme moi au service du « sultan. » Le prince approuva ses refus.

Ce même mois , on adressa à Damas trois lettres d’investiture jJl Jü', dont l’une nommait Schems-eddin-Abd-allah-Mohammed-ben-Ata, le hanefi, kadi-alkodat; la seconde, Zeïn-eddin-Abou-Mohammed-Abd-elselam-ben-Omar-Zewawi, kadi-alkodat des Malekis; et la troisième désignait Schems-eddin-Abd-errahman, 329 fds duscheïkh Abou-Omar-Moliammed, kadi-alkodat des Hanbalis. Schems-eddin- Abmed-ben-Kballikân était kadi-alkodat pour la secte de Schaféï. De cette manière, on eut à Damas quatre kadis, ainsi que la chose avait lieu en Égypte. Mais lorsqu’arrivèrent les diplômes de ces trois magistrats, le mdleki et le hanbali re-

(24) Dans la suite de cette histoire, j’aurai souvent occasion de parler de Seïf-eddin-Kelaoun.

qui doit jouer, ainsi que sa famille , un grand rôle dans le gouvernement de l’Égypte. Quant à ce qui concerne le nom de ce personnage , je dois faire observer, que , suivant le témoignage de l’auteur du Nozhat alkoloub (man. pers. i3q, p. 297), le mot 5 en langue mongole, désignait un canard.

(25) Le verbe avec la préposition ou v > , signifie Entrer auprès d'une femme que l’on

vient d’épouser , afin de consommer son mariage, et par suite se marier. Le nom d’action J fi-. désigne la consommation du mariage , et par suite la noce. On lit dans l’ Histoire d’Égypte d’Ebn-Kadi- Schohbah (m. ar. 643, f. 3 v°) : v^fLbs jJI « Le mariage se célébrera dans cet endroit. »

Plus loin (folio 188 recto) : }UaL*Jl J « H épousa la sœur du sultan. » Dans les

voyages d’Ebn-Batoutah (manuscrit, fol. 123 v°) : oL* « Elle vit mourir

« deux maris , avant la célébration des noces. »

fusèrent la place qui leur était donnée; 1 e hanefi seul accepta. Bientôt, une lettre du sultan enjoignit de contraindre les deux récalcitrants. On les menaça , s’ils persistaient dans leur refus, de saisir tous leurs revenus. Ils cédèrent; mais, dès le matin , le mdleki déclara qu’il renonçait au rang de kadi et à ses pensions. Un ordre du sultan lui enjoignit d’accepter. 11 y consentit; mais lui et le hanbali refusèrent de toucher le traitement LC U. attaché à la place de kadi. Un littérateur de Damas, en voyant cette réunion de quatre kadis, dont chacun portait le surnom de Schems-eddin , fit les vers suivants :

«Les habitants de Damas sont embarrassés du nombre de leurs juges : car « chacun d’eux est un soleil , et tout le monde est dans l’obscurité. »

Un autre dit à cette occasion :

«Dans la ville de Damas, dans une même année, un phénomène vient de « paraître.

« Chaque fois qu’un soleil a été promu au rang de kadi, les ténèbres se sont « accrues. »

Ces magistrats prirent possession de leur dignité le sixième jour du mois de Djoumada-premier, et continuèrent leurs fonctions. Le même mois, on vit arriver des ambassadeurs de l’empereur, d’Alfonse, du souverain du Yemen. Ils étaient porteurs de présents destinés pour le gouverneur en chef des forteresses des Ismaéliens. On préleva sur ces objets les droits ordinaires (26); Le huitième jour du mois de Safar, une bataille eut lieu entre l’émir Alem-eddin-Sandjar-Basch-

(26) L’historien de la Vie de Bibars (man. 8o3, fol. 79 v°, 80 r°), nous donne sur cet événement des détails plus circonstanciés, que je crois devoir traduire : « On vit arriver des ambassadeurs envoyés « par l’empereur, par Alfonse, et le souverain du Yemen. Les vaisseaux sur lesquels ils s’étaient em- « barques, étaient chargés de présents , destinés pour les Ismaéliens. Cette démarche avait pour but « de désarmer ces sectaires, de conjurer leurs mauvais desseins, et de les engager à mettre dans « le fourreau leurs poignards empoisonnés. A cette époque, les Ismaéliens étaient puissants, redoutés. « Leurs forteresses étaient dans un état florissant. Ils avaient pour souverain Ràschid-eddin-Sinan- « ben-Soleïman-Basri, qui se distinguait par un grand mérite littéraire, écrivait élégamment en « prose comme en vers, et dont les opuscules étaient célèbres et loues universellement. Lorsque les « présents furent arrivés, le sultan résolut d’humilier les Ismaéliens , de faire voir le peu de cas qu’il «faisait d’eux, et de montrer à leurs députés , aussi bien qu’aux ambassadeurs des princes étrangers, « que ces sectaires n’étaient à ses yeux que des sujets, dont il se mettait peu en peine de gagner la «bienveillance. 11 ordonna que les présents destinés pour eux fussent soumis à payer intégralement « les droits de la douane, et qu’on agit, à cet égard, comme on l’aurait fait envers les hommes les « moins distingués et les moins redoutables. »

IY. MELIK-DAHER-BIBARS.

kirdi , le naïb (gouverneur) de Hems , et le Prince , souverain des Francs de Tarabolos (Tripoli). Ceux-ci furent mis en déroute (27).

Ce même mois, un ordre expédié pour Damas, enjoignit de construire des barques, qui , à peine terminées, furent transportées à Birah (28).

Bientôt après, le sultan se dirigea vers Alexandrie, et s’occupa activement de faire creuser le canal de cette ville. Le prince, en personne, prenait part au travail; il était secondé par les émirs et le reste de la population. On parvint à enlever les sables qui s’étaient amoncelés sur le rivage, entre Altakidi et

l’ouverture du canal. Le sultan passa ensuite le fleuve près d’Abiar; dans cet endroit, il fit couler bas un grand nombre de barques, par-dessus lesquelles on jetta quantité de pierres, après quoi il retourna au cliâteau de la Montagne. Ce prince, à la tête de ses troupes, travailla, en personne, à creuser le lit du fleuve de l’Égypte, entre l’île de Baudali et Manschah, dans le voisinage de la berge de Raudali; ensuite, il fit partir le Mahtnel (le voile destiné pour la Kabali), revêtit d’une robe d’honneur l’émir qui devait faire le voyage du Hedjaz, savoir : Djemâleddin, naïb de la maison de la justice w-o U . Il lui remit une somme de

dix mille pièces d’argent, qui devaient être employées à rebâtir le sanctuaire de l’apôtre de Dieu. L’on y joignit les grains nécessaires pour la nourriture journalière des ouvriers. Au mois de Djoumada-premier, Fakhr-eddin-Ebn-Djelban , arriva du pays des Francs , ramenant avec lui un grand nombre de prisonniers, qu’il avait rachetés avec les fonds provenant du wakf, et qui lui avaient été 330

(27) L’auteur de la Fie de Bibars (man. 8o3, fol. 80 v°), et Nowaïri (fol. 71 r°), décrivent cet

événement avec un peu plus de détails. Suivant eux« Au mois de Safar, l'émir Alem-eddin-Baschkirdi « naïb (gouverneur) de Hems, fut informé que le prince souverain de la ville de Tarabolos

« (Tripoli), levait des troupes, avait demandé du secours aux rois des Francs , ainsi qu’aux ordres « de chevalerie et se disposait à faire une invasion sur le territoire de Hems. Prenant aussitôt

« ses mesures , il aposta des espions , pour observer les démarches de l’ennemi. A peine le prince «avait- il quitté Tripoli, que l’émir, informé de sa marche, le prévint, et arriva au gué dont il s’em- « para. Le prince, voyant ce poste occupé par les musulmans, rebroussa chemin, et se dirigea d’un « autre côté. Alem-eddin , à la tête de ses troupes, passa la rivière, et se mit à la poursuite de l’ennemi, «lui tuant beaucoup de monde, faisant des prisonniers, et enlevant un grand butin , jusqu’au mo- « ment où le prince fût rentré sur son territoire. L’armée musulmane retourna victorieuse, et la nou- « velle en fut envoyée au sidtan, qui rendit à Dieu des actions de grâce. »

(28) Suivant l’écrivain de la Vie de Bibars (man. 8o3, fol. 81 r°), « Le sultan donna l’ordre de « jeter un pont sur l’Euphrate , devant la ville de Rahbah; et ce projet causa aux Tatars de vives « inquiétudes. »

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