‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 87 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIBARS

an 664 (1266).

ture du jeûne, on proclama que tout homme qui boirait ou apporterait du vin , serait étranglé.

Le second jour du mois, on attaqua la ville de Safad. Les artificiers commencèrent à lancer le naphte; le sultan promit aux tailleurs de pierres que celui d’entre eux qui arracherait la première pierre de la place, recevrait trois cents pièces d’or; que le second , le troisième et les autres, jusqu’au dixième, obtiendraient la même gratification. Il recommanda aux personnes de sa suite de ne pas songer à son service particulier. Il s’engagea un combat terrible, dans lequel beaucoup de guerriers obtinrent la palme du martyre. Lorsqu’un Musulman avait été tué, son compagnon le tirait de côté, et prenait sa place. Cependant on ouvrit un grand nombre de mines, et les mineurs s’y introduisirent; le sultan y pénétra avec eux, et distribua ce jour-là une somme d’argent considérable et de nombreuses robes. Il fit dresser une tente, dans laquelle se trouvaient des médecins des chirurgiens , des breuvages et

des aliments. C’était laque l’on amenait ceux d’entre les Arabes, les fakih, les fakirs ou autres , qui avaient reçu quelque blessure. Le huitième jour du même mois, les attaques recommencèrent; le quatorzième jour, on livra un assaut qui se prolongea depuis la nuit jusques vers midi. Les troupes, épuisées de fatigue, s’étaient dispersées ; à cette vue , le sultan , profondément irrité , ordonna à ses familiers de marcher vers lestentes(3i),et défaire, à coups de massue, lever les émirs 33 et les soldats. Lui-même gourmanda les émirs, et leur dit : «Quoi! lorsque les « Musulmans sont ainsi en péril , vous vous reposez! levez-vous.» Puis, il en fit arrêter plus de quarante, qui furent chargés de chaînes, et enfermés dans l’arsenal ïljla..5ÿ. Mais, bientôt , se laissant fléchir, il leur rendit la liberté, et leur enjoi-

(3i) Le mot est 'e pluriel de , qui désigne une tente. On lit dans les Voyages

d’Ebn-Batoutah (manuscrit, fol. 21 r°) : ^.Uî ,jJb « On placera une tente, où tout

« le monde sera à l’ombre. « Dans le Roman d'Antar (tom. IV, fol. 5i r°) : ^.LLî

« H fit paraître la tente, et ordonna à ses pages de la dresser. » Et plus bas ( lb . v°) : w>Lj «La porte de la tente.» Dans l’histoire d’Ahmed-Askalâni (tom. II, fol. 1 54 r°) : yvÆj “fi défendit de vendre dans

« l’intérieur de la mosquée sacrée, et d’y dresser des tentes. » Le mot , comme il est facile

de le voir, n’est autre chose que le terme persan ou ^LjL* , qui signifie une tente, et qui,

en passant dans un autre idiome, a subi le changement assez commun du en y>. C’est ainsi que le mot persan serd froid, adopté par les Arabes, a pris chez eux la forme

gnit de reprendre leurs postes. On battit les tambours, et les attaques recommencèrent. Enfin, les Francs demandèrent une capitulation; elle leur fut promise, sous la condition qu’ils n’emporteraient de la place ni armes, ni cuirasse, ni aucun ustensile d’argent; qu’ils ne détruiraient, ni par le feu, ni parla hache, aucun des objets de défense que renfermait la place. Des négociations s’engagèrent sur ce sujet et se prolongèrent jusqu’au vendredi, dix-huitième jour du mois. Alors les drapeaux de l’islamisme furent arborés sur les remparts; cette prise de possession fut un moment de fêle. Le sultan, à cheval, s’était placé devant la porte de Safad; tous les Francs sortirent de la place, et furent amenés devant le prince, qui ordonna de les fouiller. On trouva sur eux, au mépris de la capitulation, des armes et des objets en argent; on découvrit aussi parmi eux, quantité de prisonniers musulmans qu’ils emmenaient, en prétendant qu’ils étaient chrétiens. On leur enleva ce qu’ils portaient, on les fit descendre de leurs chevaux, et on les renferma dans une tente, où on leur donna des gardiens. Les Musulmans prirent possession de la place. Le sultan nomma, pour commander dans la citadelle, l’émir Medjd-eddin-Touri , et donna à l’émir Izz-eddin-Alaï, le gouvernement de la ville.

Dès le matin, les troupes se présentèrent devant le sultan, qui loua leur zèle, s’excusa de la rigueur qu’il avait montrée envers quelques individus: « Je n’avais, « leur dit-il , d’autre but que de stimuler, et de hâter cette importante conquête.» Puis il ajouta : «A compter d’aujourd’hui, nous serons amis. » Par son ordre, ils montèrent à cheval ; puis on amena les chevaliers francs , et tous ceux que l’on avait fait sortir de Safad, et on leur trancha la tê^e sur une colline voisine de la ville. Deux d’entre eux, seulement, échappèrent à la mort. L’un était le négociateur, qui avait voulu rester auprès du sultan, et avait embrassé l’islamisme; le prince lui avait donné un apanage, et l’avait admis dans sa société intime. Le second reçut la vie sauve, afin qu’il pût rendre compte aux Francs de ce qu’il ayait vu. Le sultan monta à la citadelle, et distribua aux émirs les munitions des Francs, les esclaves femelles, les Mamlouks; il y fit transporter un arsenal complet ïU là. Lui-même portait les armes sur ses épaules, jusques dans l’intérieur de la place. Tout le monde suivant son exemple, l’arsenal entier se trouva transporté dans l’espace d’une heure. Il fit venir de Damas des hommes qui devaient résider à Safad. Il fixa à quatre-vingt mille pièces d’argent par mois la solde de la garnison de la citadelle. Il fit construire une mosquée djami dans

Page 1