IV. MELIK-DAHER-B1BARS
le château, et une autre dans le faubourg (3a). Il assigna au scheïkh Ali-Medjnoun les trois quarts du revenu, et le dernier quart au scheïkh Elias. Le produit d’un village fut destiné pour l’entretien du tombeau de Khâled-ben-Walid , situé à Hems.
Le vingt-septième jour du même mois, le sultan partit de Safad,pour se rendre à Damas; il vint descendre dans le lieu nommé Hasourah ordonna
qu’aucun soldat n’entrât à Damas, et que l’armée restât dans la même position, jusqu’à l’époque de l’expédition de Sis. Pour lui, il entra dans Damas, accompagné d’une troupe légère. Ayant appris que plusieurs soldats s’étaient introduits 333 dans la ville, il les en fit sortir, chargés de chaînes. Melik-Mansour , prince de Hamah , reçut le commandement de l’armée qui devait agir contre l’ennemi , et dans les rangs de laquelle se trouvaient les émirs Izz-eddin-Igan et Kelaoun. On se mit en marche le cinquième jour du mois de Dhou ’lkadah, et l’on se dirigea vers Sis. Le troisième jour de ce mois , mourut Keremoun-Agâ (33). Le huitième
jour, le sultan distribua des robes d’honneur , aux émirs de Damas, aux
kadis de cette ville, et aux autres fonctionnaires. Portant son attention sur ce qui concernait la principale mosquée, il défendit aux pauvres de séjourner la nuit dans cet édifice, et en fit retirer tous les coffres qui s’y trouvaient déposés , et qui appartenaient à diverses personnes. Le dixième jour du même mois, l’atabek, accompagné de l’émir Djemâl-eddin-Nedjibi, naïb (gouverneur) de Damas, tint une séance dans l’édifice appellé Dâr-assaadah jbbuJîjta ( la maison du bonheur) , afin d’examiner les griefs des particuliers , et d’apostiller les placets.
Le sultan , de son côté, partit pour la chasse, et forma plusieurs enceintes (pour enfermer le gibier). Arrivé àDjeroud (34), puis à Awamiah iLd^i (35), il fit partir pour l’Égypte un individu qui venait d’arriver à Damas, et qui prétendait être Mobarek, fils de l’imam Mostasem; mais il n’était reconnu pour tel ni par Djelal-eddin , fils du dawadar, ni par l’eunuque Mokhtar, et il fut convaincu
(3a) J’ai suppléé ici une partie de la phrase : d’après le récit de Nowaïri, il est clair que, dans le manuscrit de notre auteur, le copiste a passé une ligne.
(33) Suivant la narration de Nowaïri (fol. 32), l’émir Keremoun-Agâ mourut à Damas, à son retour de la prise de Safad. Le sultan assista à ses funérailles.
(34) Je lis au lieu
(35) Je crois qu’il faut lire Damiah.
d’imposture. Peu de temps après, un autre individu, qui prétendait appartenir à la famille des khalifes, fut également envoyé en Égypte.
Ce même mois, le sultan s’empara des villes de Hounin Hanin et
Ramlah. Il les fit rebâtir, y établit le siège d’une juridiction , et y plaça un gouverneur. A la même époque, il supprima la ferme du hascliischah (la pâte de chanvre), et ordonna de punir ceux qui mangeaient cette drogue. 11 reçut une ambassade de la part des Hospitaliers, qui le priaient de maintenir la paix, relativement à la partie de leur territoire qui avoisinait Hems et les villes des Ismaéliens Le sultan répondit : « Je n’y consens pas, à moins que
« vous ne renonciez à la contribution qui vous est payée par la principauté « de Hamah, et qui se monte à quatre mille pièces d’or; à celle que vous levez « sur le canton de Boukobaïs ^ jôp qui est de huit cents pièces d’or ; à
« celle que vous percevez sur les villes des Ismaéliens, en deux payements, sa- « voir : douze cents pièces d’or et cent mudd (boisseaux) de froment et d’orge. » Les Hospitaliers, ayant consenti à subir cette perte, obtinrent un renouvellement de trêve; mais il fut stipulé que le sultan pourrait la rompre quand il le voudrait, moyennant qu’il leur signifierait cette rupture quelque temps d’avance.
Cependant, on reçut la nouvelle que les Francs d’Akkâ ayant trouvé quatre Musulmans sur le terrain d escheïha (3b), les avaient étranglés. Aussitôt,
en vertu des ordres du sultan, les troupes entrèrent en armes sur le territoire des Francs, égorgèrent plus de deux cents hommes, et se retirèrent, emmenant un très-grand nombre de bœufs et de buffles.
On apprit, par une lettre du gouverneur de Kous, que cet officier était arrivé dans la ville d’Aïdhab, et avait envoyé des troupes du côté de Sawaken; que le prince de cette ville, ayant pris la fuite, l’armée était rentrée à Kous; que tout le pays était pacifié, et qu’une garnison occupait Sawaken, au nom du sultan.
Le lundi, quinzième jour du mois de Dhou’lhidj ah , l’émir Izz-eddin-Halebi , naïb-assaltanah (vice-roi) de l’Égypte, accompagné du sdlieb ( vizir) Beha-eddin et des kadis, tint, suivant l’usage, une séance dans la maison de la justice. Un homme, qui tenait à la main un placet , perça la foule; arrivé devant l’émir, il se
(36) Peut-être faut-il lire Scheïhan Suivant le témoignage du Lexique géographique
arabe (pag. 34i) : «Scheïhan est le nom d’une montagne qui domine toutes les montagnes situées « autour de Jérusalem. »
àN 664 (1266). IV. MELIK-DAHER-B1BARS.
précipita sur lui, armé d’un poignard qu’il avait tiré de dessous ses habits, et le frappa à la gorge; l’émir lui ayant saisi le poignard , se blessa la main. Ce furieux le foula sous ses pieds, et se coucha sur son dos. Étant tombé, il voulut porter à l’émir un second coup , ou frapper le sdheb. Mais , en levant le bras , son poignard 334 atteignit au cœur l’émir Sârem-eddin-Kaïmaz-Masoudi , qui mourut à l’instant même. Fakhr-eddin , wdliàe Djizeh, qui se trouvait présent , saisit cet homme, et le renversa. Il alla tomber sur le kadi-alkodat ; et bientôt, percé de coups d’épée, il expira sur la place. On transporta l’émir Izz-eddin-Halebi à sa maison , située dans l’enceinte du château. Les chirurgiens (37) ayant été mandés , con-
statèrent que la blessure avait pénétré entre l’œsophage et la trachée-artère. On sut que l’assassin était un des djandar; que cet homme, déjà attaqué de folie, s’étant adonné à l’usage du haschischah (la pâte de chanvre), sa démence avait pris de nouvelles forces. On manda cette nouvelle au sultan. Il l’apprit au moment où il revenait de son séjour à Damas. Vivement affligé d’un pareil accident, il s’écria :« Par Dieu! je supporterais patiemment la mort de mon fils «Bérékeh, mais non pas celle de Halebi. » L’atabek lui dit : « Seigneur, vous «venez de porter la joie dans nos cœurs , lorsque vous avez dit que vous vou- « driez sauver la vie d’un de vos esclaves, aux dépens de celle de votre fils, de «celui qui est désigné comme votre héritier. » Bientôt, une dépêche, apportée parle mamlouk de Halebi, annonça que cet émir était guéri. Le sultan fit présent au messager d’une robe et de mille pièces d’or. Son compagnon de voyage , reçut trois mille pièces d’argent. Le prince combla de bienfaits les héritiers de Sârem-eddin-Masoudi
Cependant, Melik-Mansour et les troupes qui l’accompagnaient, étant arrivés à Derb-Besak (ou Derbcsak pénétrèrent dans les défilés
X.>j jJ! (38). Le takafour (roi) Haïthoum, fils de Constantin , roi d’Arménie,
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(37) Le mot ^ signifie un coiffeur , un barbier , remplissant les fonctions de chirurgien. On lit
dans un passage d’Ebn-Khallikan (inan. 730, fol. 240 v°) que, dans une circonstance où il s’agissait pareillement de guérir une blessure , ^ j-1 1 1 « On fit venir le barbier. » On voit dans un passage
de Makrizi ( Solouh , tom. II, fol. 36o v°),« qu’un barbier fut appelé pour circoncire un indi-
vidu. » Aujourd’hui encore, dans l’Orient, ce sont les barbiers par les mains de qui la circoncision est pratiquée.
(38) On peut voir sur ce défilé, et toute la contrée qui l’avoisine, le mémoire intéressant de
M. Will. Ainsworth : Notes upon the comparative geography dans le Journal of the royal geogra-
phical Society of London, tom. VIII, part. II, pag. i85 et suiv.