‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 89 sur 183 · deuxième partie · texte numérisé non relu

deuxième partie

avait fait élever des tours sur la crête des montagnes (39). Après quoi , il avait eml)i ‘asse la vie religieuse, et cede le trône a son fils Lifon. Celui-ci se prépara à la guerre, et se mit à la tête de ses troupes. Les deux armées étant venues aux mains, Lifon, roi de Sis, fut fait prisonnier. Son frère et son oncle paternel furent tués. Son autre oncle prit la fuite; et Iefds de ce dernier fut au nombre des prisonniers. Le reste des princes, qui étaient au nombre de douze, se dispersa. Les Arméniens perdirent dans cette action leurs plus braves guerriers, leurs meilleurs soldats. L’armée musulmane poursuivit les fuyards, massacrant ou faisant prisonniers tous ceux qu’elle atteignait , et portant partout l’incendie. Elle s’empara d’une place très-forte, qui 'appartenait aux Templiers. Tous les hommes furent égorgés; les femmes captives furent partagées entre les soldats. On livra la citadelle aux flammes, avec tous les trésors qu’elle renfermait. Les vainqueurs, ayant pénétré dans la ville de Sis, la ruinèrent de fond en comble. Ils passèrent dans ce canton quelques jours, portant partout le carnage, l’incendie, et enlevant un grand nombre de prisonniers. Ensuite, l’émir Ougan (Igan) se dirigea vers le pays de Roum, et l’émir Kelaoun vers Masisah, Adnali, Aïas , et Tarsous. Tous deux égorgèrent la population, enlevèrent des prisonniers, ruinèrent quantité de places fortes, et livrèrent tout aux flammes. Le prince de Hamali était resté à Sis. Les deux émirs allèrent le rejoindre, amenant avec eux un bu- 335 tin immense. On offrait un bœuf pour deux dirliems , sans trouver d’acheteurs. Le sultan reçut la nouvelle de ces succès, au moment où il était à la chasse, près de Djeroud djjz s. (4°)- H gratifia le courrier d’une somme de mille dinars, et d’un grade d’émir de Tablkhanâh. Puis, il reprit la route de Damas; et, après avoir fait ses préparatifs, il partit pour aller à la rencontre de son armée, le treizième jour du mois de Dhou’lhidjah. Arrivé à Kârâ \j la , on se plaignit à lui que les habitants de cette ville exerçaient, contre les habitants des campagnes, de nombreuses vexations, et que tous ceux qui tombaient entre leurs mains étaient vendus par eux aux Francs, dans la ville d’Akkâ. Le sultan ordonna à ses troupes de piller cette population; ce qui fut exécuté. Les principaux d’entre les habitants furent massacrés, les femmes et les enfants réduits en captivité (40-

(39) Au lieu de b J.3, il faut lire Si.

(40) J’ai lu au lieu dej^p., que présente le manuscrit. Au rapport de l’auteur du Lexique

géographique arabe (pag. 160) , « Djeroud est un bourg du district de Maloulâ dans la Goutah

« de Damas. » Dans l’histoire de Nowaïri, on lit

(4 1 ) Nowaïri nous donne, sur cet événement, des détails plus circonstanciés. Au rapport de

1Y. MELIK-DAHER-BIBARS.

Cependant, on \it arriver les troupes chargées de l’expédition contre Sis. Elles présentèrent au sultan la part du butin cpii lui appartenait, et qu’il distribua

l’historien (f. 73 v°, 74 r°) : « Le sultan, étant parti de Damas, pour aller à la rencontre des troupes «qui revenaient de l’expédition contre Sis, passa près de Kârâ, le sixième jour du mois de « Dhou’lhidjah, et ordonna de mettre cette ville au pillage. Voici le motif qui provoqua cette mesure « rigoureuse. Un palefrenier , qui était au service de l’eunuque Mourschid, cominan-

« dant des troupes de Hamah , revenant de la cour du sultan, avec son maître, et étant arrivé dans «le lieu nommé jj-jÜI, tomba malade, et passa la nuit dans cet endroit. L’eunuque ignorait cet « événement. Deux des habitants de Kârâ allèrent trouver cet homme, et l’attirèrent chez eux, pour « lui donner l’hospitalité. 11 séjourna auprès d’eux durant trois jours, et recouvra la santé. Alors, «ses deux hôtes l’emmenèrent pendant la nuit, et le conduisirent au château des Curdes OÎ^ll, où ils le vendirent pour une somme de quarante dinars souris. Cette même année, un «marchand de Damas, s’étant rendu au château des Curdes, pour payer la rançon des prison- «niers , racheta, entre autres, ce palefrenier, qu’il conduisit à Damas, où il lui rendit la liberté. « Cet homme se mit au service d’un soldat, et fut du nombre de ceux qui accompagnaient le sultan « dans sa marche. Lorsqu’il fut arrivé dans la ville de Kârâ, le palefrenier se présenta à l’audience « de l’émir Fâres-eddin , l’atabek , et lui rendit compte de son aventure. L’émir lui ayant demandé « s’il connaissait celui qui l’avait vendu , il répondit affirmativement. On le fit partir, accompagné de « plusieurs djandâr. 11 rencontra un des deux hommes qui l’avaient trompé, l’arrêta, et le conduisit «en présence de l’atabek, qui se hâta de communiquer l’affaire au sultan. Ce prince fit comparaître «les deux adversaires, et les confronta l’un avec l’autre. L’habitant de Kârâ nia le fait. Le pale- « frenier certifia qu’il reconnaîtrait la maison , et tout ce qu’elle renfermait. L’habitant de Kârâ se « vit contraint d’avouer la chose ; puis il ajouta : «Je ne suis pas seul à commettre de pareils actes : « tous les habitants de la ville y prennent part ». Des moines de Kârâ, s’étaient rendus à la tente du « sultan, apportant des provisions : le prince les fit arrêter; puis, montant à cheval, il se transporta, « en personne , au monastère, situé en dehors de la porte de Kârâ, fit massacrer ceux qui s’y trou- » vaient renfermés, et livra l’édifice au pillage. Étant revenu sur ses pas , il ordonna à ses troupes de « se mettre en marche, et marcha vers la colline, située hors de Kârâ, du côté du nord. Ayant mandé « Abou’lizz, reM(chef) de la ville, il lui dit : «Nous avons dessein d’aller à la chasse. » Les habitants « eurent ordre de sortir. Une partie d’entre eux s’avança en dehors de la place. Lorsqu’ils furent à « une assez grande distance, le sultan ordonna de leur trancher latète; ce qui fut exécuté. 11 n’échappa «au carnage que ceux qui prirent la fuite, et allèrent se cacher dans les maisons et dans les puits. « Plusieurs s’étant cantonnés dans les tours, obtinrent la vie sauve, et furent retenus prisonniers. Ils « étaient au nombre de mille soixante et dix, tant hommes que femmes et enfants. Quelques uns se « réfugièrent auprès d’Abou’lizz, reïs de la ville : le sultan lui accorda leur liberté. Bientôt après, « les moines qui avaient apporté des provisions, furent, par ordre du sultan, fendus par le milieu «du corps. L’armée reçut l’ordre de mettre la ville au pillage; ce qui fut exécuté. L’église fut « convertie en mosquée. On amena dans cette ville un grand nombre de Turcomans et d’autres «habitants; ensorte qu’elle se trouva repeuplée. On y plaça un khatib (prédicateur) et unkadi. «Avant cette époque, elle était entièrement habitée par des Chrétiens. Un motif particulier engagea »le sultan à conserver le reïs de cette place. Lorsque Melik-Dâher poursuivait les Tatars, après le

toute entière aux soldais. Le roi de Sis et les autres prisonniers furent comblés par lui de témoignages de bienveillance. Le sultan retourna à Damas, le vingtquatrième jour du mois, ayant devant lui le roi de Sis. Il revêlit de khilah (robes) les émirs, les princes et les soldats. Damas se trouva remplie d’objets précieux, et l’on y vendit une immense quantité de pierreries, de chevaux, de farine et de soie. Le sultan ne s’attribua rien de tout cela. Le prince de Hamali reprit la route de ses états, après avoir été comblé par Bibars de marques de munificence, et avoir reçu quantité de chevaux, d’objets de prix et de robes. Sur ces entrefaites, il arriva des ambassadeurs, envoyés par Abaga , fils de Houlagou, pour offrir des présents et demander la paix.

Cette même année , on donna ordre de rassembler les hommes attaqués d’infirmités graves (4a) On les réunit dans 1 e Khan-cissebil J wJt «U., situé au Caire, en dehors de la porte appellée Bab-alfotouh , >b (la porte

des victoires). De là, ils furent transférés dans la ville de Fayoum, et on leur assigna une place , dont le produit devait fournir à leur entretien ; mais ils n’y restèrent pas, et ne tardèrent pas à se disperser. Beaucoup d’entre eux revinrent au Caire. Le sultan, plein de zèle pour l’abolition des abus, fit partout répandre le vin et supprima , dans toute l’étendue de l’Egypte , tous les genres de désordres , les cabarets, les lieux de débauche. Dans tous les cantons de l’empire ces établissements criminels disparurentà la fois. Le kadiNâser-eddin-Abmed-ben-Moliammed.., kadi d’Alexandrie, au moment où il vit arriver les ordres du prince, et où le gouverneur > abolit ces abus réprouvés parla religion, composa les vers suivants :

« combat d’Aïn-Djalout , et qu’il passait près de Kârâ, le rets sortit à sa rencontre, et le reçut chez « lui. Le prince, pour lui témoigner sa reconnaissance, le combla de témoignages de bienveillance.

» Les enfants des habitants de Kârâ furent vendus, puis élevés parmi les Mamlouks, et apprirent à «parler la langue turque. Plusieurs d’entre eux furent enrôlés parmi les soldats, obtinrent le grade « d’émirs, furent nommés gouverneurs de grandes provinces, remplirent, en Égypte, des places impor- « tantes, et acquirent des richesses considérables. » La ville de Kârâ L,ls était située au nord de Damas, sur la route qui conduit à Hems. Khalil-Dâheri (man. 695, fol. 238 v°), énumérant les relais disposés pour les pigeons chargés de porter les lettres, dit: « De Damas à Balbek et à Kârâ, puis à Hems. » Le même auteur (fol. v°), parlant des relais établis pour le transport de la neige, dit : « De « Kastal on se rend à Kârâ, puis à Gasoulah '<Uy*«xJI. » Le Matla-assacicleïn (t. I , f. 21 1 v°),

écrit ïjl&, et Abou’lféda ( Tabula Syriæ , pag. 17) ï\ LS.

(42) Le mot A» le désigne Une maladie qui , comme la lèpre , etc., peut se communiquer par le contact. On lit dans l’ouvrage intitulé lnschâ (man. 1073, fol. i33 r°), en parlant d’un hôpital :

aj ! Jo 'i! « On n’v traite point de malades attaqués d affections « cutanées, par crainte de la contagion. «

an 665 (1266). IV. MELIK-DAHER-BIBARS. Zq

« Le diable n’avait plus parmi nous de moyen d’action , si ce n’est dans les « états de l’émir, qui lui offraient un asile.

« Tu l’as privé à la fois du vin et du haschisch ( le chanvre), c’est comme si « tu lui avais enlevé l’eau et le pâturage.»

Abou’lhosaïn-Djezzar , dit sur le même sujet :

« La coupe a perdu son écume; la bouche n’a plus de salive.

« Le vieillard pleure aujourd’hui sur la jeunesse qui l’a fui. »

Cette même année, on vit arriver Ali, fds du khalife Mostasem, qui avait jusqu’alors été prisonnier chez les Tatars (43).

Au mois de Moharrem, le sultan fit partir les deux émirs, Seïf-eddin- Bektemur-Saki , et Schehâb-eddin-Bourana , à la tête d’un corps de troupes et de 665 soldats montagnards ils. JL=s.j (44)- H revinrent à Safad , après avoir coupé les roseaux sur le territoire des Francs. Ceux-ci, ayant reçu des îles de Chypre un

(43) Au rapport d’Abou'lmahâsen (m. 661, f. 217 r°), la hauteur primitive du Nil était de quatre coudées, vingt-sept doigts ; et la crue s’éleva à dix-huit coudées , douze doigts.

(44) Le mot se trouve , avec cette signification, dans plusieurs passages. On lit dans

Y Histoire d’ Égypte d’Ebn-kadi-Schohbah (man. arab. 643, f. 5i r°) : îLlysbij ■. >jx) ! ^ja

« 11 réunit un grand nombre d’Arabes et de montagnards. » Plus loin (fol. 64 r°) : ^a pF*

àsjî LLs-d «Une troupe de montagnards fondit sur le bourg de Zabdâni. » Dans le Manhel-sdfi d’Abou’lmahâsen (tom. V, f. 28 r°) : j . 5 £11*.) J-ad ^a sxa « 11 avait

« avec lui des montagnards , qui faisaient partie de la population de Balbek et de Bekâ. « Et ailleurs (fol. 3i v°) ^a ^JLasdt ^a ^jt A “ Les montagnards qu’il

« avait faits prisonniers, et qui avaient servi sous le prince de Djobaïl. »On lit dans Y Histoire de Jérusalem (man. ar. 713, pag. 389) : J-Asb ! ^ jJÜ ! ^a J les. j.) ! J v 9 J

« Afin de distribuer cet argent aux hommes qui avaient été choisis pour cette expédition, et qui ve- « liaient des montagnes de Kuds (Jérusalem) et de Khalil (Hébron).» Plus bas ( ibid.'j : jç=s.

^.bb ^ « H mit en campagne des hommes pris dans la montagne de Nabolos. » Ailleurs

(pag. 3gi) : 14 ^«bb ^,lw> I yv.J . . . b ^çs.

çjj) I ^ bL-J ^ J.A.J ! p.^4 ! ^ja ç,^.a « 11 se rendit à la montagne de Nabolos . . .

« afin de faire arrêter les Benou-Ismaïl , scheïkhs de cette montagne, pour les punir de la négligence « avec laquelle ils avaient exécuté les ordres du sultan, dans le pays de Boum.» Plus loin ( ibid .) : YL» wVAljj w\üJI ^»î . . . çjss. ^jb js. S j*û9 « L’émir

« des Arabes de Djerm voulait exercer de nouvelles vexations contre les Fellahs de la montagne « de Jérusalem , et leur extorquer de l’argent. » Et enfin (pag. 392) : ^ja Jbs.jJ î

^9» j « Faire marcher à la guerre des habitants des montagnes de Jérusalem , de « Khalil, et autres. »

secours d’environ quinze cents cavaliers, firent des courses dans le canton de Tabariah. A cette nouvelle, l’armée marcha du côté d’Akkâ, attaqua les Francs et en tua un grand nombre. Le reste se retira en désordre dans la ville d’Akkâ, et célébra les funérailles de ceux qui avaient péri dans l’action. Le second jour du mois, le sultan partit de Damas, à la tête de ses troupes, et se rendit à Farar ( ou y yü! ). De là, escorté d’un détachement, il se dirigea vers Ziza. Étant tombé de cheval, le huitième jour du mois , il s’arrêta dans ce lieu durant quelques jours , jusqu’à ce qu’il fût bien remis de cet accident. Il se plut à répandre ses largesses sur tous ses soldats et ses émirs, à qui il fournit, sur le produit des grains de Karak, tout ce qui était nécessaire pour leur entretien.' Les courtisans intimes et les secrétaires eurent part à celte libéralité , et on leur distribua des sommes d’argent considérables. Les émirs de Gazali furent aussi mandés et comblés de présents. L’émir Izz-eddin-Aïdemur, naïb ( gouverneur ) de Karak, ayant été appelé auprès du prince, reçut mille pièces d’or, et fut revêtu d’une khilah ( robe ). D’autres robes furent envoyées aux habitants de Karak. Le sultan continua sa marche, placé dans une litière, qui était portée sur le cou des émirs et des courtisans intimes. Arrivé à Gazali, il en repartit, et se rendit à Belbeïs. Là, son fils Bérékeh vint à sa rencontre, le troisième jour du mois de Safar, accompagné de l’émir Izz-eddin-Halebi. La ville du Caire fut parée en signe de réjouissance. Le premier jour du mois de Rebi-premier , le sultan monta à cheval; et le rétablissement de sa santé fut annoncé publiquement, par le son des lambours. Le sultan arriva à la porte de Nasr, y séjourna jusqu’au cinquième jour du mois, et monta alors au château de la Montagne. Il reçut un ambassadeur, envoyé par le takajour Haithoum, roi de Sis, pour intercéder en faveur de son fils. Le sultan, cédant à ces instances, rendit la liberté au jeune prince, lui fit ôter ses chaînes, le vingt-deuxième jour du même mois, lui accorda, pour lui et ses états, une trêve d’un an; après quoi, il le fit monter à cheval, et l’amena avec lui au lieu nommé Birket-aldjubb Ç^sr'i XÏy , pour tirer l’arquebuse. Le dernier jour du mois de Rebi-premier, le sultan envoya Xatabek et le sdheb (vizir) Fakhr-eddin-Mohammed, fils du sciheb Beha-eddin-ben-FIinnâ , pour chercher dans le quartier nommé Hosainiah un terrain sur le-

quel on pût élever une mosquée djami. Tous deux s’accordèrent à choisir le lieu qui avait servi de parc pour les chameaux du sultan (45). Mais le prince

(45) Makrizi, dans un autre ouvrage (Description de V Égypte, man. 682, fol. 449 r°b rapportant

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