‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 90 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIBARS

an 665 (1266).

dit : « Je ne vois rien de mieux que de placer une mosquée dans mon meïdan «(hippodrome), qui a servi de théâtre à mes divertissements. » Le huitième jour du mois de Rebi-second, le sultan monta à cheval, accompagné du salie b Belia-eddin , ainsi que des kadis, et se rendit au meïdan de Karakousch. Il désigna l’emplacement sur lequel devait être construite la mosquée, et décida que le l'este du terrain serait un wakf, assigné exclusivement à cet édifice. Ensuite, il retourna au collège qu’il venait de faire construire dans l’intervalle qui sépare les deux palais. Par ses ordres, il s’y était réuni un grand nombre de fakih (jurisconsultes) et de lecteurs (de l’alcoran ). Le prince leur adressa la parole en ces termes : «Voici le lieu que j’ai consacré au Dieu Très-Haut; lorsque je viendrai à « mourir, ne m’enterrez point ici; et gardez-vous de rien changer à la disposi- « tion de cet édifice. » Puis, il monta au château. Là, il reçut une dépêche de Mansour, prince de Hamah, qui demandait la permission de se rendre en Égypte, 33 afin de s’assurer par lui-même de la convalescence du sultan. En ayant reçu l’autorisation, il arriva le vingt-septième jour du mois. Bibars s’avança à sa rencontre jusqu’à Abbasseh; et lui envoya, pour lui et pour tous ceux qui l’accompagnaient des robes d’honneur v jbjUo. Ensuite, il retourna au château de la Montagne. Mansour, ayant demandé et obtenu la permission de faire le voyage d’Alexandrie, se dirigea vers cette ville, accompagné de l’émir Sonkor-djah- Dâlieri. Partout , jusqu’à son retour, il trouva toutes les provisions qui lui étaient nécessaires. Le vendredi , dix-huitième jour du mois de Rebi-second, on fit la prière dans la mosquée Azliar , située au Caire. La chose n’avait pas eu lieu, depuis l’époque où Sadr-eddin-Abd-elmelik-ben-Derbasch avait été promu aux fonctions de kadi d’Égypte, par ordre du sultan Salab-eddin-Iousouf-ben-Aïoub. L’émir Izz-eddin-Aïdemur-Halebi, étant venu habiter dans le voisinage de cet édifice, reprit un grand nombre de wakf s, qui appartenaient à la mosquée, et que plusieurs personnes s’étaient appropriés. Il donna lui-même une somme d’argent considérable, et engagea le sultan à contribuer aux frais de l’entreprise. Il ht rebâtir les piliers et les murs qui étaient dégradés, fit reblanchir et repaver tout l’édifice; réparer la toiture, et placer partout des tapis. Par son ordre, on éleva un nouveau maksourah, et on y construisit un menber ( une chaire). Une contestation s’éleva alors sur la question de savoir s’il était licite ou non de faire la prière dans cette mosquée. Plusieurs jurisconsultes se prononcèrent pour l’affir-

le même fait, développe un peu la réponse de Bibars. Suivant l’historien , « le sultan déclara cpfil ne « consentirait jamais à placer une mosquée sur un terrain qu’avaient occupé des chameaux. »

mative; mais le kadi-a/kodat, Tadj-eddin-ben-Bint-alaazz, et d’autres personnages refusèrent leur assentiment. Sur les plaintes de Halebi, le sultan conféra luimême sur cette affaire avec le kadi-alkodat ; mais celui-ci persista dans son opposition. Cependant, l’émir ayant obtenu un fetva (une décision juridique) de ceux qui permettaient la chose, fit faire dans la mosquée la prière du vendredi. 11 invita le sultan à y assister; mais ce prince déclara qu’il n’y paraîtrait pas, à moins que le kadi-alkodat ne consentit à s’y rendre. L’atabek, le sâheb (vizir) Beba-eddin, et quantité d’émirs et de jurisconsultes assistèrent à cette cérémonie. Le sultan ne s’y montra pas, non plus que le kadi-alkodat. L’émir Bedreddin-Bilik, le khazindar (trésorier), fit pratiquer dans cette mosquée un maksourah (chambre grillée), dans lequel fut établi un mouderris (professeur) et plusieurs fakih (jurisconsultes) de la secte de Schaféï. II y plaça également un mohaddith, chargé d’expliquer les traditions du Prophète , et l’ouvrage intitulé Rakaïk ainsi que sept lecteurs, qui devaient réciter le livre auguste du

Koran. On assigna, pour cet objet, des wakfs , dont le revenu devait suffire à ces dépenses.

Au mois de Djoumada-second , on vit arriver des ambassadeurs, envoyés par les Ismaéliens VjcjJ! , et qui apportaient une somme d’or considérable. «Voilà, dirent-ils, la contribution que nous étions dans l’usage de payer aux « Francs. Nous venons la remettre au trésor, afin qu’elle soit consacrée aux dé- « penses des défenseurs de la religion. » Avant cette époque, les chefs des Ismaéliens ■JUv) se faisaient payer des tributs par les rois, les kha-

lifes, et recevaient chaque année une contribution des souverains de 1 Egypte. Mais, depuis ce moment, ils envoyèrent régulièrement leur tribut à Melik-Dâber, comme au monarque le plus zélé pour la défense de la cause de Dieu.

Ce même mois, on rebâtit la forteresse de Kâkoun .jÿÜ, qui devait remplacer celles de Kaisariéh et d’Orsouf. L’église des Chrétiens fut convertie en mosquée djami. Beaucoup de personnes s’établirent dans cette ville, qui devint florissante et pourvue de nombreux marchés. Dans le même temps , le sultan s occupa de lever la dîme dans toutes les parties de son empire. Il perçut, dans le Magreb, la dîme des troupeaux et des grains. A Sawaken , et dans les îles qui en dépendent, la même perception eût lieu. L’émir Schakal-ben-Mohammed fut envoyé dans le Hedjaz, pour réclamer de Djemaz, émir de Medine, le paiement du adad Ne recevant que des paroles évasives, il se rendit auprès des Benou-

Khâled, pour les engager à se joindre à lui contre les Arabes de Djemaz. Puis,

IV, MELIK-DAHER-BIBARS.

aw 665 (1266).

effrayé de sa mission (46), il écrivit au sultan, le priant d’envoyer un homme qui pût le remplacer dans les fonctions de lever les taxes prescrites parla religion (47).

Le vingt-septième jour du même mois, le sultan partit pour la Syrie, accompagné d’un nombre considérable d’émirs, et laissa en arrière la plus grande partie de ses troupes. 11 avait avec lui Melik-Mansour, souverain de Hamab. Arrivé à Gazah, il congédia le prince, qui retourna dans ses états, après avoir visité, comme pèlerin, la ville de Jérusalem. Le sultan, durant son séjour à Gazah, reçut des ambassadeurs envoyés par les Francs , et qui lui amenaient , avec des présents , un grand nombre de prisonniers musulmans. Bibars fit revêtir ces captifs, et leur rendit la liberté. De là, il se dirigea vers Safad. Sur ces entrefaites, il apprit que les Tatars avaient fait une tentative sur Rahbah , mais que les habitants de cette ville les avaient mis en fuite, après leur avoir tué ou pris un grand nombre d’hommes. Le sultan séjourna à Damas durant cinq jours , puis reprit la route de Safad, le vingt-quatrième jour du mois. Il partagea entre ses émirs les travaux du fossé, et s’en réserva une part considérable pour lui, ses mamlouks, et les hommes attachés à son service. Il travaillait en personne ; à son exemple , les émirs et toute la foule s’occupaient avec ardeur et à l’envi les uns des autres, aux travaux de construction , à transporter des pierres , à amonceler de la terre. Des ambassadeurs , envoyés par les Francs pour demander la paix , furent témoins de l’empressement que tout le monde mettait à cette entreprise.

Cependant, le sultan préparait une expédition secrète. Il se mit en marche, tandis que les Francs étaient dans une entière sécurité. Ils n’eurent avis de son projet, qu’au moment où il était déjà arrivé aux portes d’Akkâ, faisant mainbasse sur tous les Chrétiens. De toutes parts on lui apportait des têtes ; comme la chaleur se faisait vivement sentir, on plaça au bout d’une pique une pièce d’étoffe , sous laquelle il se mettait à l’ombre. Après avoir ainsi passé la nuit, et le matin du jour suivant, il reprit la route de Safad.

Des ambassadeurs de Sis arrivèrent, et apportèrent un présent. Les députés des Francs virent les têtes que l’on portait au bout des piques.

(46) Je lis au lieu de . qla..

(47) Si l’on en croit deux historiens arabes (man. non catalogué , f. 1 92 r°, et ni. 8o3, f. 96 r° et v°), ce fut, au contraire, l’émir des Arabes de Médine, qui, redoutant la colère de Bibars, écrivit à ce prince, pour lui apprendre qu’il se soumettait à payer les taxes prescrites par la religion, et à les faire acquitter par les Arabes qui lui étaient soumis. Il envoya au sultan un présent composé de chevaux précieux.

L (deuxième partie.)

On fit avancer les ennemis, faits prisonniers dans cette expédition, et on leur trancha la tête. Le sultan, ayant mandé les ambassadeurs des Francs, leur dit : « Celte incursion a eu lieu par représailles des courses que vous avez faites sur «le territoire de Schakif. » Ensuite, il les renvoya, sans leur avoir accordé la paix. Il monta à cheval , le vingt-unième jour de Schaban, partit de Safad, et prit la route d’Akkâ. Les Francs n’eurent connaissance de sa marche (48), qu’au moment où il se trouvait aux portes de la ville. Il plaça devant les jardins, les édifices et les puits, des maçons, des tailleurs de pierres, des hommes du peuple, avec ordre de tout ruiner. Ils se partagèrent les travaux, et commencèrent à démolir les bâtiments , à couper les arbres. Le sultan montait la garde vjjTÿJt J.v& du côté d’Akkâ, et resta, durant quatre jours, à cheval, une pique à la main, jusqu’au moment où tous les édifices furent complètement renversés ou livrés aux flammes, et tous les arbres abattus. Après quoi , il reprit la route de Safad. Là , des ambassadeurs de Sis, et d’autres de Beïrout, étant venus le trouver, obtinrent de lui les points qui étaient l’objet de leur mission.

839 Au mois de Ramadan, des députés de la ville de Sour (Tyr) arrivèrent à la cour, et demandèrent la confirmation de la trêve. Le sultan y consentit, et leur signa un traité qui assurait une trêve de dix ans à Sour et à son territoire, qui comprenait quatre-vingt-dix-neuf bourgs. Mais auparavant, ils furent astreints, en réparation du meurtre de Sâbek-Schaliin , à payer à ses enfants une somme de 1 5,ooo dinars souri (de Tyr. ) Ils en acquittèrent la moitié, et on ne songea point à exiger le reste. Les Francs rendirent également un nombre de prisonniers Magrebis.

Des ambassadeurs, envoyés par les Hospitaliers, vinrent demander au sultan un traité qui protégeât le château des Curdes et Markab. Le prince y consentit, et leur accorda une trêve qui devait durer dix ans, dix mois, dix jours et dix heures. Cet acte supprima les contributions que payaient aux Hospitaliers les villes des Ismaéliens, les places de Hamah, Schaïzer, Afamiah et Bou-Kobaïs, ainsi que la redevance qu’ils percevaient du territoire de Aintab , et qui consistait en 5oo dirhems souri (de Tyr) (49) deux makkouk de froment, et six dirhems

v-ü î jj pL L*â,

au lieu de JJ

(48) Je lis ^Jj

(49) La monnaie de Tyr est souvent nommée par les historiens arabes. On lit, dans un passage

de notre auteur (pag. 374) : jLp i.A& jjs «On l’imposa, pour

« chaque année, à vingt mille dinars souri. » Dans la Vie de Bibars, deNowaïri (fol. 75 r°) :

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