IV. MELIK-DAHER-BIBARS
an 666 (1267).
Au mois de Safar, on reçut, de la "ville du prophète (Médine) le an
montant de la zekah ïtejJî (l’aumône des revenus ), et de la dîme savoir : 666
«Dieu nous a préparé un défenseur, qui soutiendra nos droits, et nous vengera si nous mettons « notre confiance en Dieu , c’est assez. Nous trouverons en lui un protecteur suffisant. »
« Les assassins s’introduisirent chez lui une seconde fois, et l’égorgèrent, le mardi, dix-neuvième «jour du mois de Ramadan. Il fut enterré le jour même, dans le cimetière de la porte appelée Bab-
« aljaradis ^OÎ^àJt (la porte des jardins). H eut pour successeur dans les fonctions de
« scheïhh du collège Aschrafiah , Mohii-eddin-Nouwawi. »
Aboul’mahâsen [Manhel-sâfi , tom. IY, man. j5o, f. r° et v°), ajoute à la liste des ouvrages d’Abou-Schâmah ceux qui suivent : « i° Un commentaire sur les vers composés à la louange du Pro- « phète Sj jjLâiül par Sakhawi, en un volume; i° Une explication du livre intitulé Alhadilh- « almouktafa (la tradition suivie), concernant la mission de Mahomet :
« jLLæ4Î 3° Un livre intitulé : La lumière de celui qui marche la nuit, concernant la con-
« naissance du créateur : ^jU! Üà y# ^3 ; 4° Un traité sur les sciences fondamentales,
«qui ont rapport aux actions du Prophète: JUsLj Jj.o'i!! ^Is- ,3 ; 5° Un
« traité destiné à la réfutation des opinions erronées et des innovations:
« vjLoljsAî j ; 6° Le livre de l’interrogation : *. A*1} ; 70 « La réfutation des prétentions des
« fils d’Obaïd (les Fatimites) : JLs. a ktS ; 8° Les faits isolés qui ont rapport aux lec-
« teurs (de l’Alcoran) : *îj.ü)î ! J) y# ; 90 Une introduction à la grammaire 3 ; enfin , il
«avait mis en vers le traité de grammaire, rédigé par Zamakhschari , sous le titre de Moufassal
« jAaa.1!. » Abou’lmahâsen ajoute qu’Abou-Schâmah avait composé deux abrégés de l’histoire de Damas, l’un en quinze volumes, et l’autre en cinq. Abou-Schâmah , dans un de ses ouvrages (man. ar. 707 A, f. 36 r°), cite son histoire de Damas. 11 nous apprend en outre (fol. 1 r° et v"), « Que cet ouvrage était un abrégé du plus grand traité historique qui ait été écrit chez les Musulmans, de l’histoire de Damas, qui avait pour auteur Abou’lkâsem-Ali-ben-Hasan-Asâkeri (autrement nommé Ebn-Asâker ), et qui se composait de huit cents parties, réunies en quatre-vingts volumes. » Mais il prend soin de nous avertir que dans cet extrait, il ne s’était pas attaché à copier servilement son modèle, mais qu’il avait perfectionné l’ouvrage , et l’avait enrichi d’une foule d’additions utiles. Abou-Schâmah (f. 107 r°) cite le traité dont j’ai fait mention plus haut, et dans lequel il s’efforcait de prouver la fausseté des titres que produisaient les khalifes Fatimites , pour faire remonter leur généalogie jusqu’à Ali, fils d’Abou-Taleb. Des productions littéraires d’Abou-Schâmah, nous n’avons sous les yeux que le Kitab-arrnoudataïn , dont la Bibliothèque du Roi possède un exemplaire manuscrit (man. ar. 707 A), et qui renferme, ainsi qu’on l’a vu , une histoire détaillée de Noradin et de Saladin. C’est une compilation, mais une compilation bien faite, qui offre, sur la vie de Ges deux grands princes, une narration bien développée, bien authentique. Cet ouvrage mérite d’autant plus d’être consulté, que l’on y trouve, outre des extraits de Belia-eddin, Ebn-Athir, et autres écrivains bien connus, de longs fragments tirés de plusieurs livres importants, qui ne sont point sous nos yeux , et qui n’existent dans aucune collection de l’Europe.
(55) Cette année la hauteur primitive du Nil fut de cinq coudées, quatorze doigts. La crue s’éleva à seize coudées , quatorze doigts.
cent quatre-vingts chameaux et une somme de 10,000 dirhems.Le sultan trouva que c était trop peu de chose, et ordonna de tout renvoyer. Cependant, les Benou- Sakhr , les Benou-Hâm et les Benou-Anezeh , qui faisaient partie des arabes du Hedjàz, arrivèrent à la cour, et s’engagèrent à fournir la zekah des troupeaux et des chameaux. Le sultan fit partir avec eux deux (inspecteurs) pour lever cette
contribution. Ce meme mois, les travaux de construction de Safad furent répartis entre les émirs. Le sultan se réserva pour lui-même une portion considérable d ouvrage. Ce lut 1 émir Seïf-eddin-Zeïni qui fut chargé de rebâtir la citadelle et ses tours. Il y fit pratiquer des portes secrètes, qui débouchaient dans le fossé. Lorsque tout fut terminé, on grava sur les murs cette inscription :
« Nous avons écrit dans les Psaumes, après des avis salutaires, que la terre « sera 1 héritage de mes vertueux serviteurs ; ce sont eux qui forment la troupe « de Dieu, et cette troupe prospérera constamment. Cette citadelle a été rebâtie , « fortifiée, achevée, embellie , par le sultan Melik-Dâher-Abou’lfatah-Bibars, après « que ce prince a délivré cette place des mains des Francs maudits, et l’a remise «au pouvoir des Musulmans, qu’il l’a transportée du domaine des Templiers « AjjjjJt à celui des vrais croyants; qu’il l’a fait revenir à son état primitif, à la « foi véritable , et a causé ainsi aux infidèles une perte et un chagrin bien sen- 341 « sibles ; que, par suite de ses efforts, de ses combats, il a substitué la vraie religion « à l’erreur, la proclamatien de la prière au son des cloches, l’Alcoran à
« l’Evangile. Il a présidé en personne aux travaux, jusque là que lui et ses cour- « tisans intimes ont porté sur leurs têtes la terre et les pierres des fossés. Que « tout prince de l’islamisme qui possédera cette forteresse, que tout défenseur de « la religion qui habitera cette place, accorde à ce monarque la part de récom- « pense qui lui est due , et ne manque pas d’implorer sur lui , en secret comme « en public, la miséricorde divine. Car chacun se disait : «Puisse Dieu relever « cette citadelle, après avoir dit : Puisse Dieu en hâter la prise. » Les vrais croyants « doivent triompher jusqu’au jour du dernier jugement. »
Ce même mois, le sultan écrivit au roi Mangou-Timour, successeur de Bérékeh, pour lui faire un compliment de condoléance àjj.*dî, et l’exciter à commencer la guerre (56) contre le fils de Houlagou. Bientôt après , ce prince donna l’ordre de rebâtir la mosquée de Khalil J-iÿ5! (Hébron). L’émir Djemâl-eddin-ben-Nahar se rendit sur les lieux pour surveiller les travaux, et les conduisit à leur terme.
(56) Je lis au lieu deji-^lî.
an 666 (i 267). IV. MELIK-DAHER-BIBARS. 4q
Sur ces entrefaites , le sultan partit de Safad, prit la route du Caire, et rentra sain et sauf au château de la Montagne. Il reçut des ambassadeurs envoyés par le souverain du Yémen , et qui lui présentèrent vingt chevaux équipés comme pour la guerre, plusieurs éléphants, une ânesse sauvage, de couleur âHaltabi àLU& ^llî, ainsi qu’un grand nombre de choses curieuses et d’objets précieux. On fit remettre au prince du Yémen une khilah (robe), un drapeau et un présent,
dans lequel se trouvait une tunique, choisie parmi les vêtements du sultan, et que le prince avait demandée comme un gage de sûreté personnelle. On lui adressa en même temps une cuirasse et d’autres pièces d’armure ; et on lui
fit dire : « Nous vous avons envoyé à la fois un costume de paix et un costume de guerre; ce dernier se compose de vêtements que nous avons portés sur les champs de bataille.» Dans la lettre écrite à ce prince, on lui donnait le titre de « Son Altesse auguste et royale, le sultan (57) ^LhLJt Et Bibars
y traça de sa main le mot « le Mamlouk » Mî (58). Bientôt après , le sultan , passant devant Sedir, dans le voisinage d’Abbaseh, ce lieu lui plut, et il fit choix
(A7) Le mot makam ainsi que nous l’apprend l’auteur du Diwan-alirtschâ (manuscr. 1 57^, fol. i5g v°), était un titre qui se donnait exclusivement à des souverains : j.s>
LoLârh On lit dans l’histoire de Makrizi (. Solouk , tom. II, f. 336 r°) :
« Le prince Ibrahim, tils du sultan.» Plus bas (fol. 4 12 r°) : ^LLLuJî jJj « Le prince Djemal-eddin, fils du sultan. » J’aurai occasion de revenir sur cette partie de l’étiquette égyptienne.
(58) Les mêmes mots se trouvent répétés dans l’histoire de Nowaïri (man. d’Asselin, fol. 37 r°) : Les sultans d’Égypte, de l’une et de l’autre dynastie des Mamlouks, lorsqu’ils écrivaient à un autre souverain , ou à un personnage qui leur inspirait ou une haute considération, ou de la crainte , ne manquaient pas de se donner à eux-mêmes le titre de Mamlouk. Nous verrons plus bas ( Makrizi, Solouk, tom. I, pag. 3g6), Nowaïri , (man. d’Asselin, fol. 106 r°), que le sultan Melik-Mansour-Kejaoun,au moment de son avènement au trône, faisant écrire à l’émir Schems-eddin-Sonkor-aschkar, pour lui notifier ce fait, prit, dans sa lettre, le titre de Mamlouk. Il disait à son ancien camarade :
^,-kJ il!! v ^ L» j ioltO s à; Us j AjLjl > iJJ ^ \ «Le Mamlouk fait
«connaître les faits curieux qui le concernent, ses souhaits bien mérités, et tous les bienfaits que « Dieu a fait éclater en sa faveur. » Plus loin : La soumission uni-
« verselle à l’obéissance du Mamlouk. » Et enfin : ^CLfî î j IkLLJî v — » Le
« Mamlouk a paru en public avec les attributs de la dignité de sultan, la pompe de la royauté. » Suivant l’auteur du Diw an- alias cha (m. i573, f. 224 r°) , on lisait dans une lettre d’un sultan d’Égypte : w2.jj.iuJ ! « Le Mamlouk se prosterne devant le sanctuaire auguste,
« objet de sa vénération. » Khalil-Dâheri (man. 6g5, fol. 210 r° et v°) fait connaître quelle était, à cet égard, l’étiquette de la cour d’Égypte, à quelle place de la lettre, en quel caractère plus ou moins fin, I. {deuxième partie.) 7
d’un terrain, sur lequel on bâtit par son ordre un bourg, qui fut nommé Dâheriah et où l’on éleva une mosquée djami.
Tandis qu’il était à la chasse, il reçut la nouvelle que les Tatars s’avançaient en armes contre Alep. Il rentra au château de la Montagne, et donna ordre de faire sortir les tentes. Plusieurs de ceux dont les tentes ne furent pas trouvées en bon état furent réprimandés et promenés ignominieusement (5g). Les
courriers de la poste furent expédiés en Syrie, pour faire mettre les troupes en mouvement. Lorsqu’ils furent arrivés près de Banias, le messager montra des lettres cachetées , qui étaient adressées aux émirs Alem-eddin-Hemsi et Bedreddin-Atabeki , et qui leur enjoignait d’aller faire le siège de Schakif. Les F rancs ne se doutaient de rien lorsque l’armée parut sous les murs de la place. Le troisième jour du mois de Djoumada-second, le sultan quitta son campement, placé devant la Bdb-annasr j^a Jî (la porte de la victoire), et se rendit à Gazah.
Ayant appris que plusieurs d’entre les porteurs avaient fait du dégât dans un champ , il leur fit couper le nez. L’émir Alem-Sandjar-Hamawi ayant traversé une plaine ensemencée, le sultan le fit descendre de son cheval , et remit au propriétaire du champ la selle et la bride de l’animal. De là, il se dirigea vers Aoudja Le vingtième jour du mois, il quitta cette ville, et prit la route
le mot Mamlouk devait être tracé , probablement suivant le rang de la personne à laquelle la dépêche était adressée.
(5g) Le verbe , à la seconde forme, signifie, je crois, Promener ignominieusement. On lit
dans l’histoire de Nowaïri (26e part., man. de Leyde, f. 5i v°) : jB> j çJ.5
J-& « L’envoyé fut conduit en Égypte, promené ignominieusement sur un chameau. » Dans Y Histoire d’Égypte d’Àhmed-Askalâni (tout. I , man. arab. 656, fol. 35 r°) : j
« Ils furent frappés à coups de fouets, puis promenés dans la ville. » Plus loin ( ibid .) : yJJsl
« Ayant été découverte, elle fut promenée dans la ville. » Ailleurs (fol. 40 v°) :
^,9. j «Il reçut cent coups de bâton, et fut promené ignominieusement.» Ailleurs (f. 42 r°) :
yss> a II fut frappé et promené. « Ailleurs (fol. i63 r°) : psr-V.
« On promena dans la ville un individu, qui remplissait les fonctions d’astrologue auprès du «gouverneur de la Syrie.» Dans un même ouvrage (t. II, man. 607, fol. 73v°) :
^,0. çï j U& « Un rcscrit du prince ordonna d’arrêter cet homme, et de le promener
« ignominieusement. Ce qui fut fait ; après quoi il fut mis en prison. » Et enfin (f. 1 27 r°) : I
Çj.&U3Lj js. P j s II ordonna de leur couper les manches, et de les promener
« à pied dans les rues du Caire. *