‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 94 sur 183 · IV. M E L I K- DA H EB-B I B A R S · texte numérisé non relu

IV. M E L I K- DA H EB-B I B A R S

am 666 (1267).

de Iafâ, dont il forma le siège , et qu’il emporta le jour même. La citadelle tomba également en son pouvoir. Il fit sortir tous les habitants de cette place, et la détruisit complètement; les bois et les marbres furent embarqués et transportés jusqu’au Caire. Là, les bois furent employés pour former la maksourcih delà mosquée Dâheri , située dans le quartier de Hosaïniah ; et avec les marbres, on construisit le mihrab. Le sultan fit élever dans ce canton plusieurs mosquées d/ami. 11 abolit dans cette ville, ainsi que dans celle de Ludd, quantité d’usages condamnables. Il plaça sur les rivages des khafir (gardiens), les obligea à veiller à l’en-

tretien de ces cantons. Il décida que le produit des contributions levées sur ces parages, ne serait point mêlé avec des fonds d’une autre nature; et le consacra exclusivement pour la dépense de sa table. Il fit présent d’un village à l’émir Ala-eddin-Hadj-Taïbars. Il en donna un autre à l’émir Alem-eddin-Sandjar- Hamawi, et les mit tous deux en possession de cette propriété. 11 établit les Turcomans dans les provinces du Sahel (la côte maritime), pour défendre ce pays contre l’ennemi; il leur imposa un tribut de chevaux et de munitions. Il eût ainsi, sans aucun frais, une armée à sa disposition. Ce même mois, le sultan donna l’ordre de rebâtir la ville de Khalil ( Hébron ), et voulut que le repas qui s’y donnait eût lieu à quelque distance de la mosquée.

Ensuite, il fit marcher ses troupes vers la ville de Schakif (Schakif-Arnoun ). Après quoi, il partit en personne, et vint camper devant cette place, le mercredi, dix-neuvième jour de Redjeb. Des fakih ( jurisconsultes ) et des fakirs vinrent prendre part à cette guerre. On dressa vingt-six machines , et on pressa les attaques, en sorte que la ville fut prise le dimanche, dernier jour du mois. On en fit sortir les femmes et les enfants des Francs , et on les envoya à Sour ( Tyr). Quant aux hommes, ils furent tous mis dans les fers, et livrés aux soldats. On démolit une citadelle qu’avaient élevée les Francs. L’autre reçut pour gouverneur l’émir Sârem-eddin-Kaïmaz-Kafouri. On y établit une garnison composée de djundis et de fantassins; et l’on y plaça un kadi et un khatib (prédicateur). Ce fut l’émir Seïf-eddin-Belban-Zeïni , qui fut chargé de surveiller la reconstruction de cette place. Ce même mois, on reçut des lettres qui venaient du pays des Kurdjes ( la Géorgie ).

Au mois de Scliaban , un ambassadeur du prince de Beïrout, apporta un présent, et ramena des marchands qui avaient été pris sur mer, depuis plusieurs années. Le sultan n’avait cessé de négocier, jusqu’à ce qu’il vint à bout de re-

tirer des mains de l’ennemi ces individus et leurs richesses. Le dixième jour de ce mois, Bibars partit de Schakif, et se rendit dans le voisinage de Banias. 11 fit transporter ses bagages à Damas. Il envoya dans une direction, l’émir Izz-eddin- Ougan ( Igan ), à la tête d’un corps de troupes, et vers un autre point, un détachement sous les ordres de l’émir Bedr-eddin-Aïdemuri. Les armées gardaient ainsi tous les passages. Le sultan se dirigea vers Tarabolos (Tripoli), et vint camper sous les murs de cette place , au milieu du mois. Il fatigua les habitants par des escarmouches; s’empara d’une tour, située dans le voisinage, et fit trancher la tête des Francs qui en formaient la garnison. Les troupes firent des courses dans ces montagnes, attaquèrent les habitants, et recueillirent un immense butin. Us forcèrent, l’épée à la main , plusieurs cavernes, et vinrent présenter au sultan les prisonniers et le butin. Ce prince donna ordre de trancher la tête de ces captifs, de couper les arbres, de démolir les églises. Il distribua le butin entre les soldats. Après quoi, il décampa, le vingt-quatrième jour du mois. Le prince de Safila LaLs (bJL») et d’Antarsous vint à sa rencontre, pour lui présenter son hommage, et lui amena trois cents prisonniers qui étaient en son pouvoir. Le sultan le remercia, et ne toucha point à ses domaines. Arrivé à Hems (60), il supprima l’usage du vin , et d’autres abus condamnables. Delà, il se rendit à Hamâh, personne ne savait de quel côté il allait se diriger. Il partagea son armée en trois corps; l’un fut mis sous les ordres de l’émir Bedr-eddin, le khazindar ( trésorier ) ; un sous le commandement de l’émir Izz-eddin-lgau. Le sultan se mit à la tête du troisième. Le khazindar prit la route de Souwaidiali (61) Igan marcha vers Derb-besak L’un et l’autre mas-

sacrèrent ou firent prisonniers un grand nombre d’ennemis. Le sultan vint camper à Afamiah (62); et bientôt, toutes les troupes se réunirent devant Antioche (63). Le premier jour du mois de Ramadan , dès le matin , Bibars commença

(60) Au rapport de Nowaïri (fol. 76 r°), il fit rebâtir la mosquée de cette ville.

(61) V. Abuljedæ Tabula Syriœ.

(62) De là, dit Nowaïri, il se rendit au pont, situé au-dessous de Schogr et de Bakas )!

(63) Au rapport de Nowaïri, l’émir Scliems-eddin-Ak-sonkor, l’ ustdd-dâr, s’étant avancé à la tête

des éclaireurs , rencontra un corps de troupes, de la garnison d’Antioche. Les deux partis

étant venus aux mains, un soldat, nommé Folan-eddin-Modafferi , qui appartenait à l’émir Ak-sonkor, se précipita sur le connétable , le fit prisonnier, elle présenta au sultan, qui reçut ce

soldat avec bienveillance, et lui conféra le titre d’émir. Ce prince, ayant reconnu que le connétable

IY. MELIK-DAHER-BIBARS.

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les attaques, et la ville se trouva bloquée de tous les côtés. Le troisième jour^ l’armée était complètement établie sous ses tentes. Le sultan, durant trois jours, députa vers les Francs, pour les engagera se soumettre, et leur annoncer l’assaut. Les habitants n’ayant point accepté ses propositions, les attaques commencèrent avec une extrême vigueur. Les Musulmans escaladèrent les remparts du côté de la montagne, dans le voisinage de la citadelle, et descendirent dans la ville. Les habitants se réfugièrent dans la forteresse. Les vainqueurs, répandus dans la ville, égorgeaient, pillaient, et faisaient des prisonniers. Aucun homme n’échappa au carnage. La population se composait de plus de cent mille hommes. Les émirs gardaient les portes, afin d’empêcher que personne ne se sauvât par la fuite. La citadelle renfermait huit mille combattants, sans compter les femmes et les enfants. Ils demandèrent et obtinrent une capitulation. Le sultan monta vers eux, faisant porter avec lui des cordes. Les prisonniers furent garottés, les mains derrière le dos (64), et répartis entre les émirs. Les secrétaires inscrivaient leurs noms en présence du sultan. La ville d’Antioche avait appartenu jusqu’alors au prince Boëmond, fds de Boëmond, qui possédait également Tarabolos (Tripoli), et faisait sa résidence dans cette dernière place. La nouvelle de ce succès fut envoyée dans les différentes provinces (65). Le sultan confia le commandement de la forteresse à l’émir Bedr-eddin-Bilik, le khazindar ( trésorier) et à l’émir Baïsari. Il se fit apporter le butin, afin d’en faire le partage. Ensuite, il monta à cheval et s’éloigna du camp, emportant avec lui la part de butin qui lui appartenait, ainsi qu’à ses mamlouks, et à ses courtisants intimes : « Par Dieu, dit-il, je n’ai rien caché de tout ce qui m’a été présenté, et « je n’ai pas souffert qu’un de mes mamlouks osât rien soustraire. x\yant été

était un homme plein de sens, l’engagea à rentrer dans la ville, et à négocier avec les habitants, li voulait, suivant son usage, employer la douceur avant de recourir à la force. Le connétable ayant fait venir son fils, qu’il laissa en otage, entra dans la place, et fit des propositions de paix. Il ramena avec lui un nombre de prêtres et de moines. Les négociations durèrent trois jours, pendant lesquels ces chrétiens ne montrèrent qu’une fermeté intraitable, et la crainte de déplaire à leur souverain, le prince (Boëmond). Le matin du jour où l’attaque devait commencer, le sultan en prévint les négociateurs, et attendit jusqu’à ce que les prêtres et les moines fussent rentrés dans la ville.

(64) J’ai lu jLsél, au lieu de JLs-H ; et jyhT, au lieu de .

(65) Bibars écrivit, en même temps, une lettre menaçante, adressée au prince Boëmond, et dont je donnerai dans l’appendice le texte et la traduction. Le fut, disent les historiens, cette lettre qui donna à Boëmond la première nouvelle de la prise d’Antioche.

« informé qu’un page, appartenant à un mamlouk, avait dérobé un objet de peu et de valeur, je l’ai puni sévèrement. Il faut que chacun de vous se dégage de * toute responsabilité. Je vais faire jurer les émirs et les commandants, qui, de (f leur côté, demanderont le serment de leurs soldats, et des personnes attachées et à leur service. « Chacun apporta l’argent monnayé, les bijoux d’or et d’argent, que l’on amoncela, de manière à former des collines (66). Tout fut partagé entre les vainqueurs. Il fallut beaucoup de temps pour peser tous ces objets. On partagea les pièces de monnaie en les mesurant dans des vases. Les jeunes gens furent répartis entre tous les assistants; et il ne se trouva pas un page, qui n’eût à son tour un page pour le servir. On se partagea les femmes, les jeunes filles, et les enfants. Un enfant en bas âge se vendait douze dirhems, et une jeune bile, cinq. Le sultan resta pendant deux jours, présidant en personne à la 344 distribution (67). Comme on n’avait pas mis une grande exactitude à rapporter le butin, le prince s’en alla tout en colère. Les émirs s’excusaient auprès de lui, et lui promettaient de redoubler de vigilance et de zèle pour la défense de la religion, jusqu’à ce qu’il fût remonté à cheval, et qu’il n’eût rien laissé sans en faire la distribution. Ensuite, il se dirigea vers la citadelle, la livra aux flammes, et enveloppa dans cet incendie la ville d’Antioche tout entière. On enleva une masse énorme de fer des portes , et du plomb des églises. On établit des marchés en dehors de la place, et les marchands s’y rendirent de toutes parts. Dans le voisinage d’Antioche, étaient situées quantité de forteresses, dont les habitants demandèrent à capituler. L’émir Bilik-Aschrafi se rendit sur les lieux, prit possession de ces places, le onzième jour du mois, et fit prisonniers tous les hommes qui s’y trouvaient.

Le takafour , roi de Sis, ne cessait de demander la liberté de son fils Lifon , pour la rançon duquel il offrait des sommes considérables, et plusieurs forteresses. Les Tatars, à l’époque où ils avaient conquis la ville d’Àlep sur Melik- Nàser, avaient fait prisonnier l’émir Schems-eddin-Sonkor-aschkar. Le sultan exigea que le roi de Sis, en échange de son fils, ramenât Sonkor, et restituât les forteresses dont il s’était emparé, et qui avaient fait partie de la principauté d’Alep. Le roi demanda un délai d’une année, afin d’avoir le temps d’envoyer un

(66) Je lis wm' ..0 , au lieu de Lj'hb.

(67) Au rapport de Nowaïri, Bibars mit en liberté le connétable, ainsi que sa femme et ses proches. Cet officier ayant témoigne le désir de se rendre à Sis, le sultan lui en accorda la permission.

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messager à ïordou (la cour). Ce délai expiré, il fit dire au sultan qu’il avait trouvé Sonkor, et obtenu sa liberté. En même temps, Bibars reçut de cet émir une lettre écrite en chiffres Cependant, le roi de Sis voulant rétracter la promesse qu’il

avait faite de rendre les forteresses, le sultan lui écrivit en ces termes : «Puisque « tu montres tant d’insensibilité pour ton fils, ton héritier présomptif, j’en mon- « trerai également pour un ami, avec lequel je ne suis uni par aucun lien de parenté. « C’est à toi, et non pas à moi, que l’on doit reprocher ce manque de parole. Nous « allons suivre de près notre lettre. Du reste, fais à l’égard de Sonkor-aschkar , « tout ce qu’il te plaira. » Le roi, ayant reçu cette dépêche, datée d’Antioclie, fut vivement effrayé. La paix fut conclue, sous la condition que le roi rendrait Behesna, Derb-besak, et les autres villes du territoire de l’Islamisme, dont il s’était emparé. Qu’il restituerait toutes ces places avec toutes les provisions qu’elles renfermaient, et dans l’état où elles se trouvaient lorsqu’il en avait fait la conquête; Qu’il mettrait en liberté Sonkor-aschkar ; que le sultan , de son côté , mettrait en liberté le fds et le neveu du roi, ainsi que leurs pages; que des otages seraient envoyés au sultan, et résideraient auprès de lui jusqu’au moment où il aurait pris possession des forteresses. L’acte du traité fut transcrit dans la ville d’Antioche.

L’émir dewadar , et le sadr Fatah-eddin-ben-Kaïserâni , kdteb-adderj ^ jJ ! »

(le secrétaire du cabinet) (68), se mirent en marche, pour aller recevoir le serment du roi. L’émir Bedr-eddin-Bedjkâ-Roumi fut dépêché, sur les chevaux de la poste, le treizième jour du mois de Ramadan , afin de faire venir d’Égypte le roi Lifon. Arrivé au Caire, il en repartit le deuxième jour qui suivit son entrée, emmenant avec lui le prince. 11 rentra à Damas, le lundi, vingt-sixième jour du même mois. Treize jours seulement s’étaient écoulés, entre son départ d’Antioche et son retour à Damas. Le 27, le takafour Haïthoum jura l’observation du traité. Tout étant ainsi conclu , le sultan partit d’Antioche, et se rendit à Schaïzer. De là, prenant la route du désert, et se livrant au divertissement de la chasse, il se dirigea vers Hems. 11 entra dans la ville de Hamâh, accompagné de trois personnes seulement, savoir : l’émir Baisari , l’émir Bedr-eddin, le khazindar ( le trésorier ) et l’émir Hosam-eddin le dewadar. L’armée tout entière vint camper près de Hamâh. Le sultau quitta Hems , et prit la route de Damas, où il

(68) On peut voir les détails que j’ai donnés, sur le sens de cette expression, dans les notes qui accompagnent la Ire partie de ce volume, pag. 176, 176.

HISTOIRE DES SliLTANS MAMLOUKS.

fil son entrée, le vingt-sixième jour du mois, faisant conduire devant lui les prisonniers. Le prince de Sis vint lui faire sa cour, et fut reçu avec une extrême bienveillance. Le troisième jour de Schaban , d’après l’ordre du sultan , il jura l’observation du traité, sur le même exemplaire qui avait reçu le serment de son père. Il accomplit cet acte debout, et la tête découverte. Il partit ensuite pour retourner dans ses états, le onzième jour du mois, monté sur les chevaux de la poste, et accompagné de l’émir Bedjkâ, qui le mit en possession du trône. Les otages promis arrivèrent auprès du sultan, qui les combla de témoignages de bienveillance et de considération. Ils résidèrent à la cour, jusqu’au moment où les délégués du sultan eurent obtenu des habitants de Sis la remise des places fortes. Les otages furent alors rendus, et emportèrent les présents qui leur avaient été faits. Lorsque Lifon arriva à Sis, Sonkor-aschkar fut mis en liberté, et envoyé au sultan. Ce prince, quittant sa chasse, sortit à la rencontre de l’émir, dont l’arrivée n’était connue de personne, et qui prenait soin de se cacher. Il l’amena avec lui , et le logea dans sa tente j^JLo , où ils passèrent la nuit ensemble. Le lendemain matin, tout le monde étant rassemblé pour offrir ses hommages au sultan, ce prince sortit, accompagné de Sonkor-aschkar, dont la vue excita une surprise universelle. Bibars lui fit remettre de l’argent, des khilah (des robes) des ceintures, des chevaux, des mules, des chameaux, des

mamlouks, et tout ce qui pouvait lui être nécessaire. Les émirs, de leur côté,

gnages de bienveillance, et lui fit bâtir une maison, dans l’enceinte du château de la Montagne; à son arrivée au Caire, il lui conféra le grade d’émir, et l’admit au rang de ses plus intimes favoris. Le treizième jour de ce mois, l’émir Schems-eddin-Ak-sonkor-Fârekani , Yostàddr ( majordome) du sultan, conquit sur les Francs la forteresse de Bagras. Toute la population avait pris la fuite, et il n’y restait plus qu’une vieille femme; mais la place était abondamment fournie de provisions et de munitions. Ce même jour, des envoyés d’Akkâ arrivèrent apportant un présent. On tomba d’accord que la ville de Haïfa, avec trois villages, appartiendrait aux Francs; que la ville d’Akkâ, et le reste de son territoire, serait partagé par moitié, ainsi que les environs du Karmel; que, pour ce qui concernait Saïda , la plaine resterait sous la domination des Francs, tandis que les parties montueuses seraient cédées au sultan; que la trêve durerait dix années, et que les otages, de part et d’autre, seraient mis en liberté. Le sultan envoya au

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