‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 95 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIBARS

prince d’Akkà un présent, dans lequel étaient compris vingt prisonniers, appartenant à la population d’Antioche. Le kadi Molni-eddin-ben-Abd-aldâber, et l’émir Djemâl-eddin-ben-Saib , se rendirent auprès du commandant d’Akkà, pour recevoir son serment. Ils firent leur entrée dans cette ville, le vingtième joui' du mois de Schewal. Le sultan leur avait expressément recommandé , lorsqu’ils prendraient place ou adresseraient la parole, de ne se prêter à rien d’humiliant. Ayant obtenu audience, ils furent admis devant le prince, qui était assis sur un trône. Ils refusèrent de s’asseoir , jusqu’à ce qu’on eut posé deux trônes sur lesquels ils se placèrent vis-à-vis de lui. Le vizir étendit la main pour prendre la lettre; mais ils ne voulurent pas la lui remettre, et exigèrent que le prince allongeât la main, et reçut lui-même la dépêche. Comme on ne put pas 346 s’accorder sur plusieurs objets, les deux négociateurs se retirèrent, et le serment n’eut pas lieu.

Le dix-huitième jour du mois de Dhou’lkadah, le sultan quitta Damas, et prit la route du Caire. Melik-Saïdvint à sa rencontre jusqu’à Omm-albârideh , ’ôjUI autrement nommée Saïdiah Ce fut là qu’il célébra la fête avec le sultan.

Celui-ci rentra au château de la Montagne, le onzième jour de Dhou’lhidjah , et se chargea, pour toute la population, des frais de la zinah aôjJ! (décoration). Cette même année vit mourir le sultan Rokn-eddin-Kilidj-Arslan, souverain du pays de Roum (1 Asie-Mineure). 11 eut pour successeur son fds Gaïath-eddin-Kai-khosrev, qui était âgé de quatre ans. L’administration du royaume fut confiée àMoin-eddin- Soleïman , le benvànah (69). Rokn-eddin mourut, étranglé avec la corde

d un arc; car le fils de Moïn-eddin le benvànah , s’était concerté avec les Tatars établis auprès de lui, pour faire périr ce prince, qui fut étranglé par leurs mains.

Cette année, ou suivant un autre récit, l’an 668 (de J. C. 1269) (70), le khan Mangou-Timour, fils de Tagan, souverain des Tatars des pays septentrionaux, déclara la guerre à Lascaris (Michel-Paléologue), empereur de Constantinople.

Une armée tatare, envoyée par Mangou-Timour, fit une incursion sur les terres

(69) Le mot ïbîjjJ est la transcription arabe du terme persan perwâneh qui signifie un

chambellan. On lit dans 1 histoire du prétendu Hasan-ben-Ibrahim (f. 220) : was.Ls-8 ÿLsw

Mais, chez les turcs Seldjoueides de l’ Asie-Mineure, ce mot désignait le principal ministre.

(70) Le texte de notre auteur est ici visiblement altéré. On y lit : Ji b

(^.*7" J ^ cette phrase insignifiante , je crois devoir substituer ces

mots : J

^ ^ L^j . En effet, c’est sous

1 année 668 (de J. C. 1269), que cette expédition est placée par Abou’lféda ( Annales , t. V, p. 26).

L (deuxième partie.) g

de l’empereur grec, et enleva Izz-eddin-Kaï-Kobad , fils de Kai-Kosrev, qui, comme on l’a vu, était prisonnier dans une forteresse. Ce prince fut amené, avec sa famille, et présenté à Mangou-Timour, qui le combla d’honneurs, et lui donna une épouse. Kaï-Kobad séjourna à la cour de ce monarque jusqu’à sa mort, qui arriva l’an 667 (de J. C. G68). Son fds Masoud, ainsi qu’on le verra plus bas, reprit la route de ses états héréditaires, et monta sur le trône (71).

(71) Au rapport d’Abou’lmahâsen (fol. 218 v°), la hauteur primitive du Nil fut, cette année, de quatre coudées et vingt doigts. La crue s’éleva à dix-huit coudées.

Nowaïri place , parmi les événements de cette année (f. 37 v°) , l’histoire d’un anachorète chrétien , sur lequel il donne les détails suivants : «Cet homme, qui faisait partie des chrétiens de l’Égypte

avait été d’abord un des écrivains de l’arsenal naval «•tio'i!! L& Lbo. Ensuite, il embrassa la vie monastique, et se retira dans la montagne de Halwan. On prétendait qu’il trouva dans une caverne

■ de cette montagne un trésor qu’y avait déposé Hâkem Xobaïcli (le fatimite). Cet homme faisait de i nombreuses aumônes aux pauvres de toute l’Egypte. Le sultan, instruit de ces libéralités, manda

■ l’anachorète, et le somma de lui livrer le trésor. Il répondit : «Je ne vous le remettrai pas de la

■ main à la main : ne vous flattez pas de cette espérance ; mais il vous arrivera d’une manière indirecte. : Si un particulier , condamné par vous à une amende , n’a pas le moyen de l’acquitter, je l’aiderai,

en lui fournissant la somme qu’il devra vous payer. » Le sultan, sur les instances qui lui furent

■ faites, ordonna la mise en liberté de cet homme. A l’époque de la catastrophe qu’éprouvèrent les

chrétiens, et dont le récit a été donné plus haut, l’anachorète se rendait chez le Mouschidd-almoustakfiradj jJU/s (le percepteur des amendes) ; et là, si quelqu’un, chrétien et juif.

«se trouvait hors d’état de payer la taxe à laquelle il était imposé, il en acquittait le montant. Il « pénétrait dans les cachots , et délivrait les prisonniers détenus pour dettes, en se chargeant de payer «pour eux. Ses dons avaient quelque chose de prodigieux. Ayant fait un voyage dans le Saïd , il « acquitta la plus grande partie des taxes imposées sur les tributaires. De là, il se rendit à Alexandrie, «où il étonna les habitants par l’abondance de ses aumônes. Des jurisconsultes adressèrent au sidtan « des décisions Ül-3 pour demander la mort de cet homme. Ils alléguaient pour prétexte, la crainte «d’une émeute. Cet avis se trouvant d’accord avec les intentions de Bibars, ce prince fit compa- «raître devant lui l’anachorète, l’an 666 (de J. C. 1267), et le somma de lui livrer son trésor, de «lui en apprendre l’origine, et de quelle manière il était tombé entre ses mains. Le chrétien refusa « de rien révéler, et ne répondit que par des paroles évasives. Le sultan, perdant l’espérance d’obtenir « aucun renseignement, fit appliquer cet homme à la torture, jusqu’à ce qu’il expira. Le cadavre fut « emporté du château, et jeté devant la porte de Karafah. On assure que l’argent qui, dans l’espace «de quelques années, et par suite des libéralités de cet homme entra dans le trésor, s’élevait à la «somme de six cent mille dinars, suivant le compte tenu par les Sarraf qui étaient

« chargés de recevoir l’argent , et d’en délivrer à chacun des quittances : et cela, sans compter

« ce qu’il distribuait lui-même, en secret. » Le même historien (f. 38 r°) rapporte une mesure financière, adoptée par Bibars, et qui présentait, sinon une injustice criante, du moins une sévérité peut-être excessive : « Tandis que le sultan était campé devant la ville de Schakif, il avait ordonné

Page 1