IV. MELIK-DAHER-BIBARS
ce qui s’était passé dans l’armée de Syrie, en l’absence du sultan. Le matin qui suivit le départ du prince, l’émir Schems-eddin-Fârekâni fit accroire aux émirs que le sultan, par suite d’une indisposition grave, ne pouvait recevoir personne. Ayant fait venir les médecins, il leur demanda quels remèdes il convenait d’employer à l’égard d’un malade qui se plaignait de mal de tête, d’engourdissement, de langueur et d’une soif ardente. Il leur donna à entendre que c’était le sultan qui éprouvait ces symptômes. Ils indiquèrent les médicaments qui convenaient en pareille circonstance; sur les ordres de l’émir, les scherbedaris pré-
parèrent et apportèrent 4e breuvage désigné. Fârekâni entrait en personne dans la tente, afin que l’armée ne conservât aucun doute sur la réalité des faits. Dans la nuit du vendredi, vingt-neuvième jour de ce mois, le sultan étant arrivé au voisinage du dehliz jJUjJI, enjoignit à Aïdemuri et à Djermek de se rendre à leurs tentes. Pour lui, prenant dans sa main le sac de cuir s>î^. du courrier, et jetant une serviette sur son épaule (78), il s’avança à pied jusqu’au poste des gardes. L’un d’entre eux s’opposa à son passage, et le saisit au collet. Le sultan se débarrassa de ses mains et entra dans le dehliz , où il passa la nuit. Dès le matin, il manda les émirs, et les assura qu’il avait été gravement indisposé. On célébra par des réjouissances publiques la convalescence du prince. Pendant l’absence du sultan, toutes les affaires qui concernaient l’armée étaient expédiées régulièrement , et personne ne savait la vérité des faits, à l’exception deYatabek , de Vostâddr , du dewâdâr et des principaux djemdars. Dans cet intervalle, on recevait des dépêches auxquelles on répondait exactement, suivant les ordres donnés par le sultan. Tout marchait comme si ce prince avait été présent, et aucune affaire ne resta en arrière. Le prince, dans ce voyage mystérieux, avait eu pour but d’inspecter ce qui se passait dans ses états, et de voir par lui-même de quelle manière son fils Melik-Saïd gouvernait l’Égypte. Ayant réussi dans son dessein, il ordonna par un édit de supprimer, dans les villes de Fostat et du Caire, ainsique dans leur territoire, l’usage du vin , les désordres de divers genres et les courtisanes : toute la contrée se Trouva délivrée de la présence du vice. On pilla les cabarets obW5! (79) où se tenaient habi-
(78) Je lis au lieu de iJi£.
(79) Le texte porte «JIjUIs'H c’est-à-dire les khans, les caravansérails; mais je crois qu’il faut lire
les cabarets. Les commentateurs de Hariri ( maham . XII), expliquent lilsT! par J maison d’un marchand de vins. On lit dans le Kitab-alagdni (tom. IV, fol. 16) : O ' jksT )
tuellement les hommes débauchés (80); on saisit les biens (8i)des prostituées il!, et on les retint en prison jusqu’à ce qu’elles se mariassent; des hommes vicieux furent en grand nombre condamnés à l’exil (8a). Des ordres du même genre avaient été envoyés dans les différentes provinces ; on abolit la contribution qui se levait sur ce honteux trafic, et les fermiers de cet impôt reçurent en échange des fonds affectés sur une branche de revenu licite.
Cependant on reçut la nouvelle qu’un tremblement de terre avait éclaté dans la province de Sis (la petite Arménie) et détruit de fond en comble la forteresse de Sarfandkar (83), ainsi que plusieurs autres places; uuiné un grand nombre de cantons, et fait périr un si grand nombre d’hommes, que la rivière avait roulé des flots de sang. On apprit aussi que les Francs avaient répandu le bruit de la mort du sultan. Sur ces entrefaites, un ambassadeur, envoyé par eux, vint demander une trêve. Quatre Mamlouks du sultan ayant pris la fuite, s’étaient retirés dans la ville d’Akka; Bibars les ayant fait réclamer, les Francs refusèrent de les rendre, à moins qu’on ne leur donnât un dédommagement. Le sultan témoigna un vif mécontentement qu’il exprima par des reproches sévères. Les Mamlouks lui furent remis, quoiqu’ils eussent embrassé la religion chrétienne ; Bibars Fit arrêter les ambassadeurs des Francs, qui, par ses ordres, furent chargés de chaînes. Il écrivit aux gouverneurs des différentes places que la paix était rompue. L’émir Akouscli-Schemschi fit une expédition sur le territoire des Francs, égorgea ou emmena en captivité beaucoup de monde. Le sultan, de son côté, se mit en marche le vingtième jour du mois de Ramadan, se dirigea du côté de Sour (Tyr),
1 -yà ^ — j ^£-01 UAI « Le mot hnnât est le pluriel de hânah qui désigne
« le lieu où l’on vend du vin. » Dans le même ouvrage (tom. III, fol. 35 r") : XjIsAÎ « Il se
« rendit au cabaret.» Ailleurs (tom. I, fol. 334 r°) : ^ « Plusieurs fois, j’avais
« bu dans son cabaret. » Dans la Chronique cl’Otbi (f. 244 v°) : « Les cabarets furent
« supprimés. » La glose marginale explique ^jla. par jk^srH Dans le Kitab-arraoudatain
(man. 707 A, f. i36 r°) : -X-vd !j hj j ^kLL-J!
Oj'-^àb 5 j j «Le sultan trouva que le camp de Mausel (Mosul) ressemblait à
« un cabaret, tant on y voyait de vin , de lyres, de luths, de cymballes, de musiciens et de musi- « ciennes. »
(80) Je lis k$j LAâ'ifb Jj»! ôU au lieu de k^j
(81) Je lis J LA, au lieu de J!^k
(82) Je lis , au lieu de
(83) Je lis avec Nowaïri . kkxjj au lieu de JJij que présente le manuscrit.