IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE EICARDO 2o
lorsque leurs marchandises tombent au-dessous de leur valeur naturelle. Une population étant donnée, la demande de blé est limitée, aucun homme ne peut avoir le désir de consommer plus d'une certaine quantité de pain ; si donc le blé est produit au delà de cette quantité, il baissera dans sa valeur relative à celle des autres marchandises, qui sont produites dans la quantité requise. L'intérêt du capitaliste est d'adapter son offre à la demande réelle. « S'il produisait du blé avant qu'il y eût une population pour le consommer, le blé baisserait dans sa valeur relative ; le capitaliste se dirait : si je produis du blé, je perdrai, car sa valeur relative tombera ; si je produis du fer en quantité plus grande, on ne me demandera pas l'excédent » (I).
Ces ici qu'apparaît la thèse de Ricardo sur les crises. Aucune question plus grave n'a été agitée entre les grands économistes de la première moitié du xix" siècle. C'est là qu(i nous verrons Malthus et Sisn:iondi unis contre Say, Ricardo et son école : c'est là aussi que nous verrons ^Jalthus se séparer de Sismondi, et par là même se révéler une opposition plus profonde : celle de deux conceptions de l'organisation sociale. D. Ricardo, J. B. Say, James Mill, J.-R. Mac CuUoch admettent que le rapport naturel d'échange peut être altéré entre certains produits particuliers et les autres, que leur offre dépasse leur demande effeclive,qu'ily aitcrise spéciale desurproduction : ils nient qu'une surproduction générale {universal glut) soit possible. JMalthus et Sismondi affirment la possibilité de ces crises générales contre les représentants illustres de ce que Malihus appelle la nouvelle Ecole : seul des économistes néanmoins, Sismondi pénétrera dans
[\) Leiters of liicardo to Trower, p. 129-131.
les profondeurs du problème social, en condamnant l'état caractérisé par la dissociation du capital et du travail.; et nous verrons quels liens l'unissent à Robert Owen luimôme.
ïl faut essayer de reconstituer la chaîne des idées.
1. Dans une lettre à Malthus, Ricardo se déclare d'accord avec J.-B. Say pour dire que toute demande de produits est réglée par la production : c'est toujours l'échange d'un produit contre un autre. Le bottier, lorsqu'il échange des souliers contre du pain, exprime par là une demande eiîective pour le pain, aussi bien que le boulanger forme une demande effective de souliers; et bien qu'il soit évident que la demande de pain soit limitée par les besoins du bottier, il aura toujours, puisqu'il a des souliers à offrir en échange, une demande effective pour d'autres choses, et si ses souliers ne sont pas demandés, il montre par là qu'il n'a pas été gouverné par les vrais principes du commerce, et qu'il n'a pas usé de son capital et de son travail dans la production des marchandisea lé lamées par la société (l).
James Mill et J.-B. Say disaient en termes plus saisissants encore : on n'achète en dernière analyse les produits des autres qu'avec ses produits : la demande et l'offre s'impliquent, se renferment l'une l'autre ; elles sont coextensives ; dès lors, si certaines marchandises ne se vendent pas, c'e -t parce que d'autres ne se produisent pas, c'est la prod Hion qui seule ouvre des débouchés aux produits (2).
(1) Lettcra of Ricardo to Malthus, 18déc. 1814, p.o4, c'est après la publication de la 2» édition du Trailc d'Economie iJoUtiquc de J.-B. Say. Voyez. l'édition (îuillaumin p. lit et suiv., les passages vraisemblablement invoqués par Ricardo.
(2) James Mill, Eléments d'Economie politique-, traduction Pari-